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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 06:49
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Au-dessus de Lourdes se trouve le petit village de Ségus. A l’angle d’un des murs de l’église, une pierre sculptée en bas-relief sur deux de ses faces. Sur une face, une sirène accompagné d’un étrange monstre, sur l’autre, un crucifix fruste mais très expressif et un serpent. Cette pierre a un style indéfinissable : de quelle époque peut-elle bien dater ? Difficile à dire. Toujours est-il que son symbolisme est  explicable à l’aide des bestiaires anciens. Elle nous apparaîtra ainsi comme une figuration des différentes puissances du mal à l’œuvre dans le monde.
 
La sirène.

C’est elle qui frappe la première le regard. Son corps est représenté de manière extrêmement stylisée et géométrique. Néanmoins, il semble suggérer une féminité agressive et une séduction irrésistible. Elle porte de longs cheveux dénoués, ce qui équivaut, dans les mentalités ancienne, à une provocation sexuelle délibérée.
 
Le geste. 

Ses seins sont simplement suggérés par deux petit ronds, et d’un geste semblable à celui d’une dame de la Renaissance sur un tableau bien connu, elle touche son propre sein de l’index la main droite, geste que l’artiste anonyme a représenté avec beaucoup de détail. Quel peut être le sens de ce geste ? S’adresse-t-il au spectateur, ou au serpent qui se trouve à côté de la sirène et semble fixer sa poitrine ? On sait en effet que de nombreuses œuvres d’art, notamment à l’époque romane, montrent des femmes qui allaitent des serpents ou des crapauds, et la tradition populaire a toujours suggéré, dans le sud de la France, que le serpent était friand de lait, au point de venir le boire dans les étables. Retenons néanmoins la portée provoquante du geste, et l’association de la séduction au mal (le serpent).
 
Le regard et la fascination.
 
Mais le plus fascinant dans la sirène est son regard. L’artiste a utilisé une économie de moyen maximale : les yeux de la sirène sont formés de deux cercles concentriques. Mais ce regard, adressé directement au spectateur, semble chargé d’une facination magique. Il est porteur à la fois de séduction et de mort. Comment ne pas penser au croyances anciennes qui attribuent au regard des prostituées, ou des femmes menstruées, des effets nocifs (par exemple, ternir les miroirs). Ou à une autre croyance selon laquelle le maléfice, le mauvais œil, passe par le regard. Celui-ci est donc laissé à son ambiguïté de séduction et de mort. C’est une image de la femme fatale que nous avons donc ici, dont le pouvoir de séduction s’exerce avant tout par le regard.
 
La sirène au miroir.
 
D’ailleurs, autre élément symbolique lié à la vision, la sirène porte un disque que l’on peut associer au miroir, symbole de la coquetterie, du narcissisme coupable. La tradition ne dit-elle pas que le diable apparaît lorsqu’une femme se regarde nue dans un miroir ? Le regard porté vers le regard nu et séduisant, que ce soit le coup d’œil concupiscent du spectateur, comme la contemplation narcissique de la belle elle-même, est l’objet de la même réprobation dans la mentalité ancienne.
 
La présence de l’oiseau suggère peut-être aussi une autre fascination : celle du chant, que suggèrerait ainsi le langage muet de la sculpture. En effet, les sirènes sont réputées depuis toujours pour leur chant qui égare les marins. Et le geste de la sirène ne mobiliserait-il pas un autre sens, le toucher ? C’est donc une image d’une sensualité extrême et provocante que cette figuration du péché.
 
Le basilic.
 
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Un autre élément de la pierre semble confirmer l’interprétation liée à la fascination du regard. Sous la sirène, on remarque un étrange animal. Il ressemble à un coq, sauf que son corps se termine par une queue de serpent. Sa tête est ornée d’une crête de gallinacé, mais il ne semble pas avoir de bec mais une simple tête se serpent. Quel peut être le sens de ce mélange étrange d’oiseau et de serpent, ce quetzalcoalt en quelque sorte ?
 
La réponse est dans les bestiaires médiévaux. Ceux-ci nous décrivent ainsi le basilic :
 
« Sa taille est celle d’un demi-pied, et son corps porte des taches blanches, et il a une crête semblable à celle d’un coq. Lorsqu’il avance, la moitié antérieure de son corps est dressée tout droit, et l’autre moitié est disposée comme chez les autres serpents. » (Brunetto Latini, le Livre du Trésor, vers 1260).
 
La description semble donc correpondre à l’animal de Ségus : crête de coq, cntraste entre une partie antérieure droite et une partie postérieure serpentine. Or, le basilic était réputé pour avoir un regard mortel, Latini précise :
 
« même sa vue et l’odeur qu’il exhale so chargés de venin qui se répand aussi bien de loin que de près […] ; de sa vue il tue les hommes quand il les regarde, cepenant il ne fait aucun mal à celui qui voit le basilic avant que celui-ci ne l’ait vu ».
 
Donc, le basilic comme la sirène représentent les pièges du regard.
Le danger du regard séducteur de la femme fatale est suggéré par le regard mortel du monstre. C’ets donc un avertissement que l’artiste anonyme a voulu lancer aux paroissiens de Ségus… Méfiez-vous du regard enjôleur de la femme…
 
Le crucifix. 

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Il est également très beau dans sa naïveté. Ce qui peut pencher en faveur de la grande ancienneté de la pierre de Ségus, c’est que le Christ y est totalement imberbe, comme par exemple le christ roman de saint-sernin à Toulouse, et contrairement aux Christ gothiques qui sont immanquablement barbus. Néanmoins, dans l’inclinaison du cou, signe d’une grande souffrance, on est plus proche des crucifix gothiques, insistant sur la souffrance de Jésus, que des Christs romans beaucoup plus sereins.
 
Le crucifix surmonte un serpent : signe bien sûr de la victoire du Christ sur le mal. Ce qui est étonnant, c’est le regard doux que l’artiste a prêté au Christ expirant, en contraste total avec l’agressivité de celui de la sirène.
 
Les pièges du regard.
 
Donc, cette pierre mystérieuse est porteuse d’une symbolique et d’une culture plus approfondies que ce qu’il paraît au premier regard. Il s’agit de symboliser la séduction du mal et du péché, tout autant que la valeur rédemptrice de la mort du Messie. Voilà un langage silencieux simple et d’une grande efficacité. L’artiste nous replonge dans l’évocation des croyances anciennes relatives au regard et au mauvais œil, si présentes jusqu’à une date récente dans les campagnes, comme dans la culture savante de la Renaissance.
 
Les dames des eaux et leur mystère.
Il faut également évoquer les légendes locales des daunas d’aygo (dames des eaux), sorte de fées associées aux fontaines, et qui séduisaient parfois des mortels. Faut-il les reconnaître dans la sirène de l’église de Ségus ? 

L' étrange pierre d'Oô, conservée aux musée des Augustins de Toulouse, représente une femme allaitant un serpent qui sort de son sexe. Les spécialistes sont divisées sur l'interprétation de cette scupture, qui pourrait dater du moyen-âge et signifier la réprobation de la luxure, ou bien être la représentation d'une divinité féminine païenne ayant pour parèdre un dieu serpent, comme la déesse Mari dans la mythologie basque, ou Pyrène qui, d'après une légende, aurait accouché d'un serpent après le départ d'Hercule. 

La sirène de Ségus serait-elle ainsi une ancienne déesse déchue au rang de symbole de l'impureté? Hypothèse séduisante, mais qui sait...
 
Bibliographie.

L'inévitable Panthéon pyrénéen.
Charbonneau-Lassay, Le bestaire du Christ. 
Bestiaires du Moyen-âge, anthologie de Gabriel Bianciotto, Stock.
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commentaires

Jean Marc Libon 16/01/2010 01:39


Bonsoir,Abelion,et merci pour le conseil.
J'ai retrouvé ma petite sirène celte: elle a été sculptée dans une pierre écossaise:"the stone of Meigle,Perthshire."
Sa double queue entrelacée n'est pas sans rappeler des représentations de vouivres,d'ailleurs.
Apparemment, Meigle est un endroit où beaucoup de pierres ont été sculptées, ce qui la rend un peu difficile à trouver sur google, mais elle y est néanmoins.
A très bientôt...


Abellion 16/01/2010 07:44


Ah, je vais me renseigner. ce serait intéressant de savoir à quelle époque elle a été sculptée
-époque des celtes ?
-époque où les celtes ont été romanisés ?
-début du MA ?
Je vais voir tout de suite. merci beaucoup de cette précision qui me permet de découvrir une oeuvre que j'ignorais !


Jean Marc Libon 15/01/2010 00:25


Bonsoir, cher Abellion,
comme vous avez pu vous en rendre compte en venant me rendre visite, je suis artiste,et non historien...
J'aurais donc bien du mal à étayer mes propos.C'est pourquoi je ne parlais que de la facture de l'oeuvre:la position du corps épaules déployées,la tête chauve, les membres de forme "tubulaires",les
yeux ronds, tout cela me rappelle l'art Bogomile, dont on sait que la culture était présente à travers l'Europe et dont l'hérésie s'approchait assez, paraît-il, de celle des cathares.Pour ce qui
est de sirènes celtes, je vais entamer des recherches,car j'en ai déjà vu. J'espère pouvoir remettre la main dessus! Il est assez délicat de trouver des sources sérieuses en ce qui concerne l'art
celte à cause de tout le néo-folklore qui éclipse souvent entièrement les oeuvres originales...
A bientôt.


Abellion 15/01/2010 07:26


Oui, il y a des similitudes formelles, c'est vrai. Quant aux Celtes, ils nous ont laissé peu de représentations, et il est vrai que le XIXe et le XXe siècles ont beaucoup inventé de "celtitude". Je
connais quelqu'un qui se passionne pour l'histoire et la civilisation gauloise, je luui poserai la question. Je ne suis pas spécialiste en iconographie, mais d'après mes lectures le motif
visuel de la sirène est un héritage gréco-roman réinterprété par la Moyen-âge. Toutefois, il est vrai qu'il y a des femmes-poissons dans certaines légendes irlandaises, ce serait intéressant de
savoir s'il y a des représentations de ces personnages, mais pour l'instant je n'ai pas la réponse. Je vous contacte, bien sûr, si j'en sais plus.
PS: je vous conseille le découvertes Gallimard très bien fait sur le sujet, j'y ai puisé pas mal d'info moi-même !


Jean Marc Libon 08/01/2010 19:06


Bonjour, je découvre votre site qui me semble passionnant...
La facture de ces représentations me rappelle une autre culture que l'art roman: elles me font fort penser à l'art Bogomile ainsi qu'à des bas-reliefs celtes. Il va de soi que ces cultures ont soit
un fond commun,soit des intréférences historiques...
qu'en pensez-vous?


Abellion 09/01/2010 08:48


Monsieur, j'avoue humblement mon ignorance pour ce qui est de l'art celte ou bogomile. Personnellement, j'ai toujours été sésuit par des théories qui faisaient provenir certains motifs romans des
échanges autour du bassin méditerranéen, développée en particulier par Baltrusaitis.

Les sirènes et les basilics, par exemple, peuvent être conçus comme des emprunts au bestiaire gallo-romain (étrusque pour les sirènes aussi), réinterprétés dans un sens chrétien. En particulier,
des représentations antiques du monstre Scylla ont pu populariser l'image de la femme à queue de poisson, tandis que les sirènes homériques étaient de simples oiseaux (la tradition de la
sirène-oiseau est d'ailleurs reprise par Isidore de Séville).

Au crédit des origines celtiques, on peut dire que des légendes irlandaises évoquent des femmes partiellement transformées en poisson (Annales du royaume d'Irlande, 558). Il me
semble qu'il y a aussi un épisode de la légende de St Brendan face à une sirène. Si vous avez des références ou une photo d'un bas-relief celte, je serais heureux de les découvrir.

il y a aussi cette erreur de traduction de St Jérôme dans la vulgate, qui a traduit le mot hébreu tannim (chacal, Isaïe, XIII, 22) par sirène en latin ("et sirenes in delubris
voluptatis"), ce qui n'a sans doute pas peu contribué à donner à cette figure antérieure une place de premier plan dans les bestiaires, puis par la suite dans l'imagerie de nos églises en tant que
figuration du Mal.

Au XIIe siècle, dans les poèmes et les bestiaires, la sirène est attestée comme symbole de la luxure.

Influences celtes, gréco-romaines, judéo-chrétiennes : tout cela a sans doute contribué à donner corps au cours des siècles à la figure de la sirène. Les influences et les chemins suivis sont
toujours multiples, après tout pourquoi répudier a priori le lien avec les bogomiles ? De votre côté, avez-vous des informations ou un ouvrage de référence sur le sujet ?


Hélène, le-calame-et-la-plume. 17/10/2009 00:05


Par la magie de votre carte à surprises, je me retrouve ici, aux côtés de la sirène, que bien entendu je vais défendre, vous me connaissez...
Sa féminité pour moi n'a rien d'agressif: elle séduit, tant par sa beauté que son chant, mortel, il est vrai...
Sa main pointée vers son sein, (évidemment, la parallèle avec Gabrielle d'Estrée, maîtresse d'Henri IV, ne peut que nous venir à l'esprit)(la culture, c'est comme la confiture, j'adore
l'étaler...)
ne peut-elle être symbole de vie, puisqu'ils sont à la fois attrait et... Nourriture?
Quant-au basilic, je veux bien, mais son double, le serpent, aux pieds du Christ, ne peut-il suggérer qu'elle le terrasse?
Je m'enfonce...
La pauvre, elle est irrécupérable, alors?
Et son miroir n'arrange rien...
Une chose me console, cependant: elle fait toujours rêver les hommes...
(Oh la la, loggorhée du vendredi soir... J'arrête!)
Mes respects, mon Capitaine.
Hélène.


Abellion 17/10/2009 00:15


Mais pourquoi pas après tout ? Je ne prétends point avoir la mainmise sur les juste inetrprétations !

Il est vrai que malgré la charge anti-féminine, qui me semble indéniable ici (la sirène, un des grands classiques de la misogynie), il y a peut-être quelque chose de la bienveillance de ces
divinités antiques des eaux, néréides, etc. qui transparaît malgré tout. Olivier de Marliave, dans son Panthéon pyrénéen, évoque la figure légendaire des "dames des eaux", tantôt bienveillantes et
tantôt malveillantes, à l'image des fées dont elles sont très proches. L'ambivalence de ces figures fait aussi leur richesse.

Amitiés.


siratus :0010: 01/11/2008 00:40

C'est de cette photo dont je parlais, la sirène et le serpent de Ségus (le 2ème cliché).
Ton article est passionnant.
Merci !
Gros bisous

Abellion 01/11/2008 07:26


Merci Siratus ! C'est vraiment génial que tu reviennes à une heure aussi tardive !
Moi aussi, j'adore la pierre de Ségus, et les représentations de sirènes en général. C'est l'essence même du féminin séduisant et menaçant, de la femme fatale, en quelque sorte...
Et puis j'adore le style indéfinissable de ces pierres gravées par des artistes locaux, sans formation académique et à l'écart des courants artistiques de leurs époques. Il s'en dégage une
magie intacte et naïve.