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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 08:42
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L’assassinat et la légende.
 
En mars 1675, un homme est tué d’un coup de pistolet, alors qu’il voyageait sur la route de Paris à Lyon. Il s'agissait de l'abbé Pierre-Nicolas de Montfaucon de Villars. Les assassins ont eu le temps de s’enfuir. Mais bientôt une étrange rumeur se propage à Paris, où l’homme avait une certaine réputation. 

Les esprits railleurs disent que l’abbé a été tué par des esprits, d’autres par des magiciens. Et cela pour le punir d’avoir, plusieurs années plus tôt, en 1670, dévoilé des secrets de l’art magique dans son ouvrage le Comte de Gabalis.

D’après Stanislas de Guaita, membre de la société secrète des Rose-Croix au XIXe siècle, la sentence aurait été prononcée par un tribunal secret, une sorte de sainte-Vehme :
 
« …pour avoir profané et tourné en ridicule les arcanes de la Rose-croix à laquelle il était initié, Montfaucon de Villars fut condamné par u tribunal vehmique et exécuté en plein jour sur la route. »
 
Légende ou vérité ? Enquêtons donc !
 
L’itinéraire de Montfaucon de Villars.
Montfaucon est de sang noble, mais il naît cadet et donc pauvre, au manoir du Villars près d'Alet-les-bains (Haute-vallée de l'Aude). Pour réussir lorsqu’on part avec un tel handicap, une seule voie : les études théologiques et l'Eglise. Et l’abbé s’y fait remarquer par des succès fulgurants : il prêche à saint-Sernin de Toulouse alors qu’il n’a que vingt ans (vers 1655). C’est alors qu’il monte à Paris. Mais il se met alors à fréquenter les esprits forts et libertins, et aurait même conspiré contre Mazarin (il est embastillé en 1661). Plus tard, il écrit son œuvre maîtresse, le Comte de Gabalis, qui circule en manuscrit dès 1668, et est imprimée en 1670.
 
Le comte de Gabalis.
 
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L’ouvrage est un dialogue entre un cabaliste et un sceptique. Le premier évoque la possibilité pour les sages de contracter un mariage sacré avec des esprits élémentaires, particulièrement les sylphes, esprits de l’air. Il y révèle également un certain nombre d’autres secrets, dont le mot magique Agla, qui contiendrait la quintessence du savoir des cabalistes.

L’ouvrage, par ses thèmes équivoques et libertins, comme son appel à un certain merveilleux, est un véritable succès de librairie et s’arrache. Une carrière d’écrivain à succès s’esquisse pour Montfaucon. Tout cela jusqu’à ce jour de 1675, où il connaît la mort.. En a-t-il trop dit dans son ouvrage ?
 
La vérité sur le Comte de Gabalis.
 
En fait le comte de Gabalis n’est pas le grimoire de magie que l’on a complaisamment représenté. En effet, Montfaucon y révèle un savoir très limité en la matière. Le mot magique Agla, qu’il présente comme un grand secret, était alors présent dans tous les grimoires de colportages et autres clavicules de Salomon. L’histoire des génies élémentaires, il l’a tiré d’un ouvrage de Paracelse. Quand à la possibilité de s’unir charnellement avec des esprits, il a pu l’emprunter à la culture de l’époque, qui croyait encore aux enfants nés du commerce des femmes et des démons. 
Le succès du livre n'est pas tant dû à un prétendu savoir occulte qu'il renfermerait, qu'au parfum de scandale et de libertinage qui l'entoure...

La disgrâce de l'abbé. 
 
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Si Montfaucon de Villars n’a pas révélé de secret magique, pourquoi a-t-il écrit un ouvrage sur les "sciences occultes? 

C’est simple : pour ridiculiser la superstition ambiante par l’ironie. En effet, des pères de l’église et certains ecclésiastiques admettaient la possibilité de l’existence d’incubes (démons mâles capables d’engrosser les femmes). Ridiculiser cette croyance, par des histoires de mariages avec des sylphes, c’était se moquer de l’autorité de l’Eglise. D’ailleurs, les contemporains ne s’y sont pas trompés. Voici ce que nous dit Antony Mc Kenna sur la réception de l’ouvrage dans les milieux catholiques proches de Port-Royal :
 
« Les conversations des amis de Port-Royal à l'hôtel de Liancourt à Paris, telles qu'elles sont rapportées dans le Recueil de choses diverses, nous apprennent qu'indigné par le ton irrespectueux de Gabalis à l'égard des choses saintes, Antoine Arnauld fait chasser l'abbé de Villars de l'hôtel de Lionne ; dès la Saint-Thomas, le 28 janvier, 1671, l'auteur libertin est interdit de prêche par Guillaume Du Plessis de La Brunetière, archidiacre de Paris. »
 
Le vrai motif de l’assassinat.
 
Mais alors, si le comte de Gabalis ne révèle aucun secret compromettant pour les magiciens, et n’est finalement un motif de scandale que pour les religieux, qui, contrairement à ce que suppose un certain Dan Brown, n’ont pas la gâchette facile, qui a pu tuer l’abbé ? 

En fait, la raison de sa mort n’a strictement rien à voir avec le contenu de son œuvre. Et pour comprendre ses raisons, il faut la resituer dans son contexte, qui est celui de la petite noblesse languedocienne de la deuxième moitié du XVIIe siècle, dans la Haute-Vallée de l’Aude, et à Alet-les-bains notamment.
 
La vie à Aleth au XVIIe siècle.
 
Nous connaissons l’ambiance générale par diverses sources, dont les mémorialistes de l’époque. Il apparaît qu’à cette époque là Alet-les-bains et sa région était sous la coupe de familles nobles rivales, et qui n’hésitaient pas à jouer du couteau pour se débarasser des gêneurs. Ainsi, lorsque Nicolas Pavillon arrive en 1639 à Aleth pour exercer sa charge d’évêque, le pays est contrôlé par les frères d’Aoustenc : il lui faudra des années à l’évêque pour rétablir un semblant d’ordre.

Les méthodes que les familles nobles rivales utilisaient alors pour se faire la guerre ne brillaient pas par leur subtilité. Cela allait de la dévastation des cultures ou de l’incendie des châteaux au meurtre pur et simple. Une fois celui-ci commis, les coupables prenaient le maquis le temps que les esprits se calment.
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Montfaucon vs Ferrouilh.
 
Dans l’enchaînement de meurtres et de vengeances qui conduisit à la mort de l’abbé, se lit l’affrontement de eux familles nobles locales : les Montfaucon et les Ferrouilh. Jean-François de Montfaucon, le père de l’abbé, avait épousé Jeanne Ferrouilh de Montgaillard. Mais pour une raison inconnue, l’animosité, malgré ce mariage, avait éclaté entre les deux familles. Jean-François de Montfaucon est assassiné par son propre beau-frère, Paul de Ferrouilh, alors que le jeune Pierre, le futur abbé, n’était encore qu’un enfant. Ce meurte ne resta pas sa vengance : en 1662, l’abbé et ses frères tendirent une embuscade à Paul et l’assassinèrent sans pitié. Les criminels, condamnés à mort par contumace, réussirent à échapper à leur peine. Mais la vengeance appelle la vengeance… Et c’est Pierre de Ferrouilh, fils de la victime des Montfaucon, qui tue l’abbé à son tour an 1675, sur le chemin de Lyon.
 
Conclusion.
 
Un mystère cabalistique qui ne cache qu’une vendetta familiale… Encore une erreur à imputer aux savants et prétendus « initiés » du XIXe siècle ! Mais notre siècle n’est-il pas tout aussi fertile en naïvetés et en bobards ?
 
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Bibliographie.
 
Le Comte de Gabalis sur Gallica : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k81817s
 
Roger Laufer : préface à son édition du Comte de Gabalis.
 
René Nelli, Histoire secrète du Languedoc.
 
Bibliographie de l’abbé Montfaucon de Villars : bibliophilie.blogspot.com/2007_08_31_archive.html
 

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