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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 09:19

 

  On est parfois tenté de faire l’analogie entre le Pays cathare et les pays celtiques. Mais si celui-là a ses chevaliers dignes de la table ronde, les fameux faidits (bannis), a-t-il également dans son légendaire une figure féminine aussi ambiguë que la fée Morgane, à la fois séductrice, fatale et bénéfique ?

 

Ce personnage existe bien, c’est la Saurimonde. Un personnage troublant, à la fois fée, femme sauvage et démone. Nous allons suivre les itinérances de cet étrange personnage dans la Montagne noire tarnaise et audoise, du nord au sud, d’Hautpoul à Cuxac-Cabardès en passant par Lastours.


 


La fée d’Hautpoul
.

 

Le premier visage sous lequel apparaît la Saurimonde est celui d'une fée, dans une légende attachée au village d’Hautpoul, nid d’aigle médiéval perché au-dessus de Mazamet. C’est la légende du Peigne d’Or, recueillie au début du XXe siècle.

 

Un habitant d’Haupoul, Rivière, ventripotent, riche et prétentieux, passait son temps à la chasse. Un jour, au détour d’un chemin, au bord de l’Arnette, il aperçoit une fée avec sa fille. La mère, c’est la Saurimonde, lisse les longs cheveux blonds de son enfant avec un peigne d’or massif. Le cupide et brutal Rivière décide alors de s'emparer du précieux objet par la force, et décoche sur la fée plusieurs carreaux d’arbalète. Mais les traits, comme écartés par une force magique, manquent leur but. Rivière, déconfit, est contraint de rentrer bredouille sous les moqueries de Saurimonde et de sa fille.

 

Il raconte l'aventure à son curé qui lui précise que, la Saurimonde étant une créature démoniaque, elle ne peut être atteinte que par des flèches bénites. Muni du nécessaire, Rivière se poste à nouveau face à la grotte de la Saurimonde, décoche un carreau d’arbalète béni et… tue l’enfant de la fée. Celle-ci le maudit alors en ces termes :

 

« De grande rivière que tu étais, tu seras petit ruisseau ».

 

Et inexplicablement, la fortune de Rivière se transforme du jour au lendemain en misère ; il perd sa bedaine et devient un mendiant famélique condamné à courir les chemins.

Quand au peigne d’or, la fée, dans un mouvement de colère, le laissa tomber dans l’Arnette où il se trouve encore aujourd’hui. Certains disent que c’est ce talisman magique qui procura la fortune industrielle de Mazamet au XIXe siècle.  

 

 


La femme sauvage à Lastours.

 

Mais d’Hautpoul, et de ses sombres forêts, rendons-nous sur le versant sud de la Montagne noire aux paysages méditerranéens. Là se trouve une montagne couronnée de quatre châteaux médiévaux, les châteaux de Lastours, les « 4 fils de Carcassonne ». Ils furent un haut lieu de la résistance occitane et cathare lors de l’invasion de la région par les troupes de Simon de Montfort.

 

Sous les quatre châteaux, on trouve le cours d’une rivière asséchée. Près de cette rivière s’ouvre une petite grotte, connue dans le pays sous le nom de « maison de la sorcière ». C’est là qu’habiterait la Salimonde, créature étrange à moitié femme et à moitié animale, au corps couvert de fourrure. Le 2 février, jour de la chandeleur, elle sort de son antre. Si elle est joyeuse et chante, c’est que l’hiver va reprendre de sa rigueur. Si elle pleure, c’est que les beaux jours sont proches.

Ce qui est intéressant à noter, c’est l’opposition entre l’attitude de la « sorcière » et le temps qu’il va faire : les pleurs annoncent le beau temps, les chants le mauvais. Une telle capacité à prévoir le temps est attribuée aux sirènes dans les bestiaires médiévaux.

 

La démone.

 

Mais la Saurimonde apparaît aussi sous des traits plus nettement démoniaques, dans deux histoires.

 

L’une d’entre elles a été recueillie par A. de Chesnel au début du XIXe siècle, à un endroit non précisé de la Montagne noire. La Salimonde est un être démoniaque qui prend la forme d’un enfant abandonné au bord d’une fontaine. Lorsqu’un garçon du même âge la voit, il la prend sous sa protection et elle grandit dans sa famille. A l’âge adulte, il l’épouse, et alors la Salimonde entraîne sa victime au mal et au vice, en lui faisant commettre d’horribles forfaits : épouser la Salimonde revient en effet à épouser le diable.

 

Une autre légende met en scène une Saurimonde diabolique, sous le nom de Farimonde. Elle a été recueillie à la Cuxac par M. Courrière. Un habitant de Cuxac rentrait de chez lui la nuit, lorsqu’il entendit une voix infernale, celle du diable en personne, qui criait :

-Farimonda, ont es ? (Farimonde, où est-tu)

Une autre voie féminine répondit alors :

-Son aici (Je suis ici).

A ce moment, le diable ordonna à la démone :

-Brûle tout ! détruis tout !

Et c’est alors que se déclencha une tempête effroyable, avec coups de tonnerre tonitruants et vent « à décorner les cocus » !

 

Cette légende représente bien Saurimonde sous les traits traditionnels des démons, auxquels la tradition ecclésiastique et populaire reconnaît la capacité à déclencher des tempêtes. Dans les Pyrénées, d’ailleurs, encore au XXe siècle, des prêtres prononçaient des exorcismes contre les nuages d’orages, censés abriter des démons ; on brûlait des rameaux bénits ou des chandelles de deuil pour repousser ces mêmes nuées.

 

La Saurimonde pouvait donc être aussi un être démoniaque dont il fallait se prémunir. Et la tradition orale occitane nous a conservé une énigmatique formule de protection que les anciens disaient contre les êtres de l’ombre :

 

Saurimonde, Saurimonde,

Porte la hache et la conque,

Ici il y a quelque chose à deux têtes.

 

 



Conclusion.

 

La Saurimonde est donc à la fois démone, fée, femme sauvage. On peut la comparer à une figure du folklore basque, la Basa Andere, qui comme elle garde des trésors, lisse ses longs cheveux d’un peigne d’or et est aux confins de l’humanité et de l’animalité, du fait de son corps couvert de poils. Il est aussi caractéristique que la demeure de la Saurimonde, dans les légendes, soit toujours située près des cours d’eau. Tout ceci rapproche la Saurimonde de la figure légendaire des fées dans le légendaire occitan, êtres aquatiques qui tantôt aident l’humanité, et tantôt lui nuisent, mais qui exercent toujours un certain contrôle sur le destin des individus (fée vient du latin fatum, destin). Et l’attribut du peigne d’or évoque les travaux de tissage des Parques, dans la mythologie classique, autre métaphore du destin.

 

Saurimonde, d’après Anne Brenon (Dictionnaire des prénoms féminins de l’époque cathare) est un prénom médiéval d’origine germanique, qui connote la blondeur. Quel nom irait mieux à cette fille du rêve !

 

Sources.

 

Courrière, Contes et légendes de la Montagne noire.

Cousinié (revue Folklore Aude, 1943).

Marliave, Panthéon pyrénéen.

Le peigne d’or, légende de l’Hautpoulois, revue du Tarn, 1903.

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commentaires

c.douceur 02/09/2008 19:35

Moi, vous en vouloir? Certainement pas, bien au contraire! C'était juste une petite allusion entre nous...
Vos coms sur mon blog demandent un attention toute particulière... Je vous ai répondu... Et à tous les hommes à travers vous!
Cécile, votre élève.

Abellion le Polygraphe 02/09/2008 21:06


Mais non, Cécile, c'est moi qui ai tout appris de vous, ou presque, sur les blogs. En particulier sur la manière de s'occuper des visiteurs (que ce soit pour les remercier, les mettre en valeur, ou
au contraire les éliminer, nierk nierk ! Enfin, dans des cas d'agressivité pathologique très rare, s'entend, j'adore 99, 999999 % de mes visiteurs). A très bientôt !


c.douceur 02/09/2008 15:14

ESTOY completamente de acuerdo, amigo!
Cécile

Abellion le Polygraphe 02/09/2008 17:07


Vous m'en voulez donc encore pour ser et estar ?


c.douceur 02/09/2008 11:52

Et moi aussi... C'est pour cela que nous faisons une sacré paire de copains!
Cécile...

Abellion le Polygraphe 02/09/2008 12:04


Vrai ! L'amitié ne peut exister sans certaines valeurs communes et une confiance mutuelle, et je pense que les deux critères sont satisfaits.


c.douceur 02/09/2008 11:33

Elles n'existent pas que dans les romans, très cher... J'en suis une! (oups...)
Euh...Vous pouvez l'effacer, celui-là! Sinon votre tendre mie va faire de moi de la chair à pâté, et elle aurait raison!

Abellion le Polygraphe 02/09/2008 11:38


Ah ah ah ! Mais je suis un fanatique de la monogamie, vous le savez déjà.


c.douceur 02/09/2008 10:41

Dommage; j'aime les personnages contrastés!
Cécile

Abellion le Polygraphe 02/09/2008 10:43


Oui, mais bien que diabolique, le personnage pouvait fasciner à l'époque, et encore nous fascine aujourd'hui... Justement parce qu'il sent le souffre, ou parce que ce qu'il représente ne peut
s'exprimer que sous cette forme-là dans une société assez stricte. C'est peut-être le même plaisir que l'on a à voir des personnages de femme fatale dans les romans...