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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

25 avril 2008 5 25 /04 /avril /2008 08:00

 

Puisque rien de ce qui est humain ne nous est étranger, pourquoi ne pas s’intéresser, comme le dit Souchon, à « cette infortune à quoi nos vies se résument » ? Le récent tapage autour de l’exposition de l’enfer de la Bibliothèque nationale nous y incite.

 

On prétend que les époques anciennes étaient régies par un moralisme strict ; mais pour ma part, j’ai toujours cru que le XIXe siècle avait été beaucoup plus moralisateur que les siècles qui l’avaient précédé. Les contes et légendes, ainsi que certains témoignages historiques semblent confirmer cette intuition.

 

 





Eros à l’époque des cathares.

 

Prenons par exemple les pratiques sexuelles du Moyen-âge, telles qu’elles sont radiographiées dans le registre d’inquisition de Jacques Fourier (XIVe siècle). La sexualité y apparaît dominé par la puissante famille des Clergue qui se « partagent » les femmes du village… On constate dès ici quelque chose que l’on pourra généraliser, et qui n’est guère étonnant : sexe et pouvoir font bon ménage.


Ainsi, le curé Clergue lui-même, à une époque où la prêtrise est plus une institution sociale qu’une réelle vocation, est un véritable séducteur. Homme instruit dans une société encore assez brutale, il a, sans aucun doute, un avantage sur les autres mâles du coin.
Lors de l'acte, il place entre les seins de ses conquête un petit sac d'herbes médicinales, censées avoir un effet contraceptif. Charmante attention, non?


Eros extra-conjugal : le premier mai et l’amour médiéval.


René Nelli a évoqué, dans L’érotique des Troubadours, les différentes réjouissances qui marquaient autrefois le premier mai, fête redoutée par bien des maris et qui symbolisait l’amour extraconjugal.


Dans les temps anciens, le mariage n’était évidemment pas une affaire d’amour, mais d’alliances inter-familiales, comme cela doit toujours être le cas dans une grande partie du globe. La notion de mariage d’amour, nous disent les historiens, n’a commencé qu’avec l’exode rural et la révolution industrielle, où la famille nucléaire (mari-femme-enfants) est devenue l’unité familiale type, alors que dans la société rurale la femme quittait sa famille pour vivre avec la famille élargie de son mari, sur plusieurs générations.


C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le premier mai. La femme mariée, et donc la plupart du temps mal mariée, avait en cet occasion le droit de se faire courtiser par des galants, de danser avec eux… et plus peut-être, si elle savait échapper à la surveillance de son mari.


Un vestige du paganisme ? 

Il est possible que la célébration de la femme au premier mai date de l'époque païenne, comme l'indique Marliave dans son Panthéon pyrénéen. Les Romains fêtaient en effet au début du printemps la fête des Floralia, et dans certaines vallées de Navarre, des jeunes filles sont encore parées et portées en procession comme "reines de mai", pour célébrer le retour de la fécondité de la nature.


Sexe, sorcellerie et interdit.  

Les débordements sexuels sont associés également aux hérétiques et démoniaques. Les sorcières, encore au XIXe siècle, étaient accusés de débordements sexuels jugés menaçants piur la communauté, et souvent identifiées aux lesbiennes. Les cathares, selon des stéréoypes déjà présents à l’époque patristique, étaient aussi accusés d’adorer le diable sous la forme d’un chat (d’où leur nom venant de ketzer : adorateur du chat), après quoi ils se seraient livrés à des orgies sexuelles.

 

La femme et le sabbat.

Ces stéréotypes inquisitoriaux à propos des cathares se retrouveront plusieurs siècles plus tard dans les récits de sabbats.  Les ouvrages de Pierre de Lancre, chasseur de sorcières "laïque" au début du XVIIe siècle décrivent en détail les « embrassements » des femmes et des sorcières.

Il semble qu’il régnait en effet, dans les provinces basques, à l’époque des procès de sorcellerie, une certaine liberté sexuelle : les femmes pratiquaient le mariage à l’essai, ou bien rencontraient les jeunes hommes dans les « chambres d’amour ». Beaucoup de jeunes femmes nobles délaissées par leurs maris partis à la guerre devaient aussi prendre des amants…
 

Et les inquisiteurs ne manquaient pas de demander aux sorcières des détails sur leur commerce avec le démon. Certaines disaient qu’il avait le membre viril d’un mulet, couvert d’écailles ; d’autres, que sa semence était glaciale, les plus délurées qu’il disposait d’un membre double pour pratiquer à la fois fornication et sodomie.

 




 

XVIe siècle : La tragédie du nouement de l’aiguillette.

Egalement dans le domaine du sortilège, une hantise obsédait les hommes, particulièrement au XVIe siècle : le nouement de l’aiguillette. L’aiguillette était la partie du costume masculin qui correspondait plus ou moins à notre braguette. Sous le nom de nouement de l’aiguillette, on comprenait un sortilège lancé sur un jeune marié, et qui pouvait le rendre impuissant, et ainsi, de l’empêcher de « conclure le mariage », puisque selon le doit civil, comme le doit canonique, le devoir conjugal est la condition sine qua non de la validité du mariage. C’est donc une menace à la fois sexuelle et sociale, dans la mesure où un tel sortilège peut mettre en péril une stratégie matrimoniale élaborée par la famille.

Qu’en était-il réellement ? Qu’agissait-il d’un stress trop important, de manque de désir chez des époux qui ne s’étaient pas choisis, ou bien de l’effet de boissons alcoolisées consommées sans modération lors du festin de mariage ? Bien malin qui dira !

 

Eros à l’ère moderne : la gestion du sexe par la communauté de jeunes.

La sexualité est aujourd’hui une affaire privée, mais il n’en allait pas toujours de même autrefois. Le groupe des jeunes, dans chaque village, considérait qu’il était nécessaire d’avoir un œil sur le « cheptel » féminin disponible. De cette situation, que l’on peut à bon droit juger quelque peu machiste, naissent trois usages par lesquels la communauté villageoise sanctionnait un mauvais usage du sexe fait par ses membres : les courses à l’âne, les jonchées, le Carnaval.

 

Les couses à l’âne et charivaris.

Si une jeune femme épousait un jeune homme étranger au village, ou bien si un veuf se remariait avec une femme trop jeunes, on considérait qu’il y avait là une anomalie, et celle-ci devait être réparée sous la forme d’une course à l’âne, un fa corre l’aze, pratique encore fréquente à la fin du XIXe siècle.

La cérémonie consistait généralement pour les jeunes à aller en groupe nuitamment sous les fenêtres du couple jugé mal assorti. On faisait tapage jusqu’à ce que les visages ensommeillés des contrevenants émergent à la fenêtre ou au balcon. Là, généralement on forçait le couple à monter sur un âne, avec dans les mains des mariés des cornes, symbole du cocuage.

Dans d’autres villages, c’était les jeunes mariés que l’on faisait défiler sur des ânes, montés à l’envers et tenant des cornes. Il s’agissait de rappeler aux tourtereaux la menace latente du cocuage…  

 

Les jonchées.

Voilà une coutume qui concerne spécifiquement les femmes. La jonchée est un épandage de diverses matières plus ou moins parfumées ou malodorantes par lesquelles, en certaines occasions, les jeunes du village manifestaient leur admiration ou, au contraire, leur réprobation à l’égard une jeune fille.

Généralement, une traînée de pétales de fleur récompensait une jeune fille sérieuse ou vertueuse, une traînée de fumier punissait une jeune fille impopulaire ou dévergondée.

Les jonchées étaient effectuées en certaines occasions, pour le premier mai, ou bien à l’occasion du mariage de la jeune fille. Ainsi, dans le Lauragais, une jeune fille qui avait fait Pâques avant les Rameaux (entendre, qui était enceinte avant de se marier) s’était retrouvée avec une jonchée de fumier qui allait de son domicile à l’Eglise.

 

Le Carnaval.

Autre moyen pour la communauté de jeunes de manifester sa désapprobation face à l’inconduite sexuelle d’un membre de la communauté villageoise : le Carnaval. En effet, tout le monde sait que le mannequin représentait Carnaval était brûlé lors du Mardi-gras. Mais ce que l’on sait moins, c’est que son exécution était précédée de la lecture d’un acte d’accusation, qui mentionnait toutes les histoires croustillantes de l’année précédente !

 

Eros à l’ère moderne : la figure du meunier.

Un figure dominait l’éros villageois d’autrefois dans le Lauragais : celle du meunier ! En effet, celui-ci, amené à se déplacer de ferme en ferme pour recueillir la farine, ou bien à recevoir les femmes dans son moulin, avait par nature plus d’occasions de rencontrer les représentantes du sexe dit faible, dans une société encore rigide…

Ainsi, on peut citer le curé de Cucugnan d’Achille Mir, plagié par Alphonse Daudet, et qui indique significativement : « Samedi, je confesse le meunier… il n’y aura pas trop d’un jour entier ».

De multiples histoires grivoises évoquent les meuniers, et en voici une. Un meunier doit aller à la ville pour porter de la farine, qu’il avait chargée sur son âne. Il rencontre une femme du village qui s’y rendait aussi, et ils font chemin ensemble. Ils glissent tous deux dans le fossé une fois, deux fois, trois fois… puis à la fin, le meunier, qui n’en peut plus, dit à son insatiable partenaire : Que l’aze te foute (intraduisible).

 

 

Sources.

Pierre de Lancre, Tableau de l’inconstance des mauvais anges.

Gaston Jourdanne, Folklore de l’Aude.

René Nelli, L’érotique des troubadours.

H. et R. Bézian, Les dernières heures des moulins occitans.
Dessins de Lequeu, XVIIIe siècle (Gallica).

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commentaires

Schlabaya 27/05/2009 14:33

"Que l'aze te foute", cela voudrait dire qu'elle devrait coucher avec l'âne pour être rassasiée ? Charmant, ce meunier !
Trsè intéressant, cet article.

Abellion 28/05/2009 06:39


Dans les contes oraux du Languedoc, les meuniers sont souvent représentés comme des séducteurs, et donc aussi comme des machos -puisque les deux sont absolument liés, à mon humble avis ! Tous les
séducteurs sont des machos, mais tous les machos ne sont pas nécessairement des séducteurs, malheureusement pour eux !  


fée des agrumes 01/11/2008 12:18

Et les tableaux de Jérome Bosch, les fresques de Pompéi...

Abellion 01/11/2008 13:50


La Léda de Poussin, les somptueux tableaux des cinq sens de Brueghel de Velours, les éditions illustrées des poésies de l'Arétin (sorte de Kama-Sutra occidental) !


fée des agrumes 01/11/2008 11:32

Article et commentaires des plus intéressants !
Je furète dans les articles et certains mots m'accrochent; ce que je lis, ce que je ne lis pas, évidement.
je suis ravie de voir ce cheminement à travers le temps. Car oui, le XIXe siècle est celui de la rigidité, de la moralité, de la pudibonderie. Bien des maux nous viennent de ces rigueurs. Tout comme les rigueurs religieuses et morales des fanatiques anti- chair ( par opposition à la chaire où ils criaient leur prêche). Chacun est libre de ses choix à mes yeux dès que le partenaire y consent en pleine conscience.
Le XVIIIe siècle fut un siècle de douceur, d'art de vivre et de libertinage que les révolutionnaires en France ont voulu balayer, que les religieux ont condamné au XIXe siècle. Les cahiers des oeuvres de charité regorgent de ces jeunes femmes se retrouvant avec des enfants hors mariage conçus pendant le carnaval avec des inconnus ( je l'ai lu dans un registre pendant mon mémoire de maîtrise; les chroniques et les chansons du Moyen- âge parlent incessament des amours contrariées, de trahisons, des amants illicites, des fuites des jeunes gens refusant un mariage, des marivaudages ( bien avant Marivaux). les tableaux des peintres flamands ont aussi, comme chez Bruegel ce visage coquin et grivois.. et que dire de brantôme et ses dames galantes ou quand les guerres de religion fauchaient les jeunes gens ce qui les poussaient à courir après tous les palisirs dans leur vie rude. Et avant la réforme grégorienne, les currés de sparoisses avaient leur harem de bonnes chrétiennes...
les exemples se mêlent dans ma tête tant il y en a.
Je pense aussi à la différence entre des sociétés patriarcales et des sociétées matriarcales. De nos jours encore, rien que la dénomination madame ou mademoiselle est le théâtre d'enjeux et de représentations culturelles.
oh, oui, voilà un vaste sujet dont les humains n'ont pas fini de parler.
Je suis d'accord aussi avec l'idée que la sexualité est culturelle;c'est la reproduction pour la survie de l'espèce qui est naturelle.
Bon, je m'arrête là, le sujet n'a pas de fin.
merci pour ce petit instant de subtilité, loin des clichés et des caricatures trop souvent communément acceptées comme universelles et véritables.
:)

Abellion 01/11/2008 13:46


Merci Fée pour ce point de vue fort développé et illustré ! Il et vrai que le XIXe siècle est pour moi une période assez triste. Moi, je dirais que le XVIe et le XVIIe siècle, l'époque baroque,
remporte tous mes suffrages...


Hélène 20/10/2008 18:49

Réponse aux petits oignons: comme toujours, vous dites les choses justes...
Mais ce sont vos articles, qui donnent à penser...

Abellion 20/10/2008 18:56



Paroles dorées... et à méditer ! Merci Hélène de me tendre ce miroir !
Vous savez à quel point votre amitié me tient à coeur !

Alors à très bientôt.



Hélène 20/10/2008 17:08

Ah, vous savez bien que j'adore découvrir...Et votre blog me surprend toujours! Comment faites-vous donc, pour écrire autant d'articles, si intéressants?
Une phrase de vous m'interpelle: "hédonisme sans frein qui suppose que le sexe se confond avec le plaisir"...
Il y a tant de choses à dire là-dessus! Voulez-vous dire que cette recherche du plaisir peut_être préjudiciable à nous autres, pauvres hommes et femmes? Si oui, dans quel sens, et sinon, qu'avez-vous dit que je n'ai pas compris?
Amitiés,

Abellion 20/10/2008 18:33


C'était juste manière de signaler, au passage, que notre relation à l'autre, ne peut se fonder sur notre plaisir seul, mais sur l'attention à l'autre, à sa propre liberté, à son propre plaisir
aussi... Manière aussi de dire que la recherche du plaisir en général ne peut fonder notre rapport aux autres. Le plaisir est trop changeant, trop propre à l'individu, pour être un principe de quoi
que ce soit...à lui seul. Il ne doit pas pour autant être exclu.
Hélène, je poste votre article dès que j'ai les photos adéquates ! Je n'arrive pas à mettre la main dessus, j'essaierai de rechercher ce soir. Merci de vos coms toujours passionnants ( et
point bégueules!).