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  • : Mystères et histoire du sud de la France. Villages perchés,châteaux ruinés, trésors, pierres à légendes, personnages mystérieux... Abordé avec rêve,curiosité, photos, mais aussi humour et sens critique !
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Abellion.
Railleur et rêveur.
Dilettante aux poches trouées.
Polygraphe et curieux impénitent.
Coureur de chemins.
Eclectique de conviction.

La trentaine, marié.
Midi-Pyrénées (France).

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Mardi 29 avril 2008

 

 

Les bastides, ce sont ces villes nouvelles au plan géométrique, construites par les rois de France en Occitanie, au détour des XIII et XIVe siècles. On connaît souvent celles de la plaine : Revel, Carcassonne (ville basse), etc… Ce que l’on sait moins, c’est qu’il en existe une dans les sombres forêts de la Montagne noire. C’est Saint-Denys, que je vous propose de découvrir aujourd’hui, avec aussi ses légendes et ses mystères.

 

L’époque romaine.

 

Certains ont cru voir à Saint-Denys le plan de base de l’urbanisme romain (decumanus, axe  de l’est à l’ouest et cardo maximus, axe du nord au sud). Mais ce point est contesté ; il est possible que le plan géométrique de Saint-Denys ne doive en effet rien aux Romains, et tout à son statut de bastide du XIIIe siècle.

 

Ce qui est sûr, c’est que le village était occupé à l’époque romaine. On a retrouvé au lieu dit Co d’Espérou, sur le territoire de la commune, une ancienne villa qui semble avoir été la demeure d’un maître de forge de l’époque romaine. Dans l’antiquité, la Montagne noire était en effet réputée pour la qualité de son fer. La villa comporte une partie vraisemblablement destinée à l’exploitation du fer, et une autre réservée à l’habitation et à l’agrément, avec un portique avec bassin, un laraire (sanctuaire es divinités domestiques). Mais le tout est édifié avec un manque de moyen et une rusticité qui laisse penser que l’édificateur connaissant les canons de l’architecture romaine, mais sans avoir les moyens d’en imiter le luxe. Ainsi, les trompe-l’œil peints prenaient la place du marbre !

 

Saint Denys avant saint Denys : l’énigmatique château des Tours-nègres.

 




Sur le territoire de la commune se trouve un antique castel de Montagne connu dans le pays sous le nom de Tours-nègres. Il est situé dans le paysage sauvage et grandiose des gorges de l’Alzeau, où la rivière se taille un chemin en mugissant parmi les arbres et les falaises à pic.

Bien que la légende nous dise que les Tours-nègres étaient une abbaye, il est facile de voir qu’il s’agit en fait d’une ancienne petite forteresse, avec sa basse-cour et son donjon. On a remarqué que l’édifice était visible du château de Saissac, comme de l’Eglise de Montolieu, ce qui suppose la possibilité de signaux optiques.

 La raison d’être de cette forteresse en ce lieu sauvage ? Tout simplement, elle était là pour protéger une route très ancienne qui franchit en bas du château l’Alzeau sur un gué. Cette route qui gagnait Cuxac devait exister alors que Fontiers et Saint-Denys n’avaient pas été encore fondées (avant le XIIIe siècle).

Le château date peut-être du XIIe siècle, du fait de son architecture et de sa fonction défensive qui est devenue inutile après la fondation de saint-Denys (XIIIe siècle), puisque les routes ont alors changées. Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire et la légende des Tours-nègres, voyez donc cet autre article du blog (lien).  

 

 




La fondation de la ville.

 

En 1307, un acte d’inféodation du roi Philippe le Bel stipule que le bois de la Serre a été donné aux nouveaux hameaux de Saint-Denys et de Fontiers « pour leur usage et utilité et pour la construction de leurs maisons », ce qui laisse supposer qu’à l’époque le boug était encore en construction.

 

Comme toute les bastides, Saint-Denys a un plan en damier, formé de rues parallèles se coupant à angles droits. On le retrouve dans les autres bastides de plaine : Revel, Mirepoix, etc.

 

Contrairement à la ville voisine de Saissac, plus ancienne et jadis repaire de cathares (lien),  Saint-Denys a été fondée par la volonté du roi de France, à la fin du XIIIe siècle. Cette forte volonté politique de la monarchie française se marque par le nom de la ville : Saint-Denys, en hommage au saint patron de la monarchie française, évêque légendaire de Paris auquel on attribuait les œuvres connues sous le nom de corpus dionysien, avant que cette attribution soit réfutée en 1614 par Casaubon.

 

 

L’église.

 

Il reste près de l’église des vestiges des anciens remparts, avec une porte datée de 1616. L’Eglise est construite en dehors des remparts, ce qui laisse supposer qu’elle est postérieure à leur édification. Elle est de style gothique et a été remaniée en 1761 et 1853.

 

On y voit des vestiges intéressants. Il y a quelques vitraux sulpiciens assez jolis. Deux fresques anciennes se voient sur les pans du mur gauche : Jésus montant au ciel, la descente de croix. Au plafond, les quatre évangélistes. Une dalle funéraire de 1659, avec une croix de Malte, est visible près du sanctuaire. Mais le véritable trésor est une vierge ancienne que l’on date du XVe siècle. C’est une vierge dorée, couronnée, tenant l’Evangile qu’elle présente aux assistants. Sur son bras gauche, l’enfant Jésus. Il est à noter que la main gauche du Christ semblait porter un objet qui a depuis disparu : mystère…

 


 

Les cloches de l’église ont une histoire amusante. L’une d’elles s’appelle Apollonie, datée de 1877. Elle porte son nom en hommage à sa ‘marraine’ (la donatrice) Apollonie Saba, et ne pèse pas moins de 900 kg ! Une autre s’appelle Marguerite et a été fondue en 1806 avec des restes de bronze provenant d’une ancienne cloche, et pèse 200 kg. Quand à la dernière, elle a été échangée an 1793 contre une grosse cloche fêlée envoyée à la fonderie des canons de Toulouse. Elle est datée de 1613, et pèse 40 kg.

 

Curiosités.

 

-On peut voir dans le village une haute maison du XIXe siècle, avec une statue représentant une religieuse et une petite fille. C’était l’ancienne école des jeunes filles, tenue par les sœurs de saint-Joseph, et fondée en 1855. En 1964, l’école fut fermée lorsque les sœurs furent chargées par l’évêque de s’occuper de l’école secondaire Jeanne d’Arc de Castelnaudary.

 

-Un épisode curieux : en 1919, devant la mortalité des nouveau-nés à l’hôpital de Carcassonne, on décida d’établir à saint-Denys une pouponnière, où les nouveaux nés de la plaine pourraient profiter de l’air salubre de la Montagne noire.

 

Quelques anciennes coutumes et croyances.

 

-On raconte que le trésor du château des Tours-Nègres est accessible pendant la nuit de la saint-Denys, le 9 octobre.

 

-Saint-Denys avait son buisson (espèce de gros arbuste qui vit très longtemps, traditionnellement planté près d’une fontaine dans les villages du Cabardès). Voir notre article sur la question : lien.

par Abellion le Polygraphe publié dans : Villages insolites communauté : Vieilles Pierres
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