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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 06:43

Eurosix, internaute héraultais, nous fait part de ses souvenirs de l'année 1944. Voici donc la Libération à Béziers et à Montolieu, vue à travers les yeux de celui qui avait alors douze ans. C'est un beau témoignage sur la cette époque, où l'on croise aussi les hommes du Corps Franc de la Montagne Noire...

Souvenirs, Souvenirs…

  

Après la maternelle et le primaire, voici le secondaire. Cette rentrée des classes a changé mes habitudes. Au lieu d’un instituteur, j’allais avoir ‘’des’’ professeurs ! Au mois d’octobre 1944, juste avant mes 12 ans car je suis né en décembre 1932, je rentrais en 6ème dans un pensionnat de Béziers, le P.I.C. Dans cet établissement, il y avait plusieurs classes de 6ème, vu le grand nombre d’élèves. La mienne, un peu à l’écart des autres car dans un bâtiment différent, avait un avantage : la cloche qui sonnait les récréations, la rentrée ou la sortie des cours, se trouvait accrochée sur son mur, juste à côté de la porte d’entrée. Nous ne risquions pas de l’ignorer dès qu’elle s’agitait. La guerre, qui avait commencé en septembre 1939 ne représentait pas encore pour nous un événement. Seulement, nous n’allions pas tarder à déchanter. Ce pensionnat étant religieux, nous étions programmés pour faire notre communion solennelle dans le courant du mois de mai. Le sort allait en décider autrement. 

1944

La France n’était pas entièrement envahie car les troupes allemandes n’en occupaient que la moitié. Le Midi avait la ‘’chance’’ d’être libre ou, du moins, le voyions-nous sous cet angle malgré les restrictions qui, elles, étaient bien réelles. Fin 1943 ou début 1944, les Allemands, craignant un débarquement des troupes alliées sur les côtes méditerranéennes, franchirent la ligne de démarcation qui coupait la France en deux et le Midi se trouva à son tour occupé. La présence de l’armée allemande changea rapidement notre façon de vivre. Là, se situe une anecdote qui m’a marqué.
  


Mes parents, n’ayant qu’un fils unique, donc un successeur, avaient créé leur entreprise, une teinturerie, juste avant le début de la guerre : un magasin en haut d’une avenue qui arrivait au centre ville et une ‘’usine’’ un peu plus bas dans un boulevard perpendiculaire. Le magasin était tenu par une commise, ma Mère dirigeant les repasseuses à l’usine où mon Père s’occupait des nettoyages et des teintures. A cette époque, on teignait souvent des vêtements et des coupons de tissu.

Un officier allemand à la teinturerie
 

Un jour du mois de juin, ma Mère, qui se trouvait au magasin, vit entrer un officier allemand qui venait tout droit de l’immeuble d'en face où se trouvait le siège de la Gestapo, police politique de l’Allemagne nazie, instrument le plus redoutable du régime hitlérien. Etant en vacances d’été, je me trouvais là par hasard. Cet officier voulait parler au patron et ma Mère, pas très rassurée, lui expliqua qu’il se tenait toujours à l’usine de teinturerie. Il demanda où elle se trouvait et, m’apercevant, me dit de le conduire jusque là. Ma Mère pâlit mais ne put s’y opposer tandis que moi, insouciant, j’acceptais avec toutefois un petit pincement au cœur car je redoutais la réaction de mon Père. Il faut savoir qu’il avait perdu trois frères à la précédente guerre et qu’il ne portait pas les allemands dans son cœur. 

  

Durant le trajet, je n’ai répondu que très brièvement aux questions que me posait l’officier. Je ne savais pas que ma Mère avait prévenu mon Père par téléphone de cette visite et je fus tout surpris de le voir nous attendre sur le trottoir devant l’entrée. Sans lui demander s’il pouvait le faire, l’officier lui apprit qu’il allait recevoir des coupons de tissu et qu’il devrait les teindre dans la couleur adéquate. L’auteur de mes jours lui rétorqua qu’il ne pouvait pas par manque de charbon, la chaudière qui fournissait la vapeur marchant encore avec ce combustible. Mon Père pensait ainsi clore la discussion. Il se trompait. L’officier lui dit qu’il recevrait 2 tonnes de charbon sous quarante-huit heures et qu’il devrait se mettre au travail immédiatement. Il fut donc obligé d’accepter. En revenant au magasin, toujours en compagnie de l’officier allemand, celui-ci me dit que mon Père n’aimait pas les Allemands. Je lui expliquais alors que trois de ses frères étaient morts à la précédente guerre et qu’il ne fallait pas lui en vouloir. L’affaire en resta là. Par ailleurs, le travail effectué, il restait à mon Père suffisamment de charbon pour travailler au moins trois mois sans en commander !

 
Bombardements alliés
 
Mais revenons à nos moutons. Un matin du début de mars 1944, le directeur du Pensionnat nous réunit dans la grande salle qui servait de réfectoire aux pensionnaires et nous expliqua que le P.I.C. allait fermer ses portes fin mars, étant réquisitionné pour servir de caserne à l’armée allemande. Pour marquer cette fermeture, il nous avertit que la communion solennelle aurait lieu exceptionnellement le 25 mars. Tout se passa comme prévu mais mes Parents, plus inquiets de jour en jour, voulurent trouver une solution pour m’éloigner de Béziers. En effet, le nœud ferroviaire venait d’être bombardé par les Américains et ceux-ci, trompés par le vent qui déplaçait la fumée noire du bombardement, lâchèrent quelques bombes sur les habitations environnantes, c'est-à-dire à environ cinq à six cents mètres de notre maison. Il y eut des morts parmi les habitants.

Départ pour la Montagne Noire

Ce fut ma Grand-mère maternelle qui trouva la solution. Elle vivait avec nous et avait, dans un petit village de la Montagne Noire, Montolieu, une cousine éloignée à qui elle écrivit pour lui demander si elle pouvait nous héberger, ma Grand-mère, moi et ma cousine, fille de la sœur de ma Mère, qui avait mon âge, 12 ans. Nous avions entendu parler de ces parents éloignés mais, pour ma cousine et moi, la Montagne Noire et Montolieu nous semblaient le bout du monde. La réponse affirmative nous parvint par retour de courrier.

  

Cette famille accueillante était composée comme la notre : Grand-père, Grand-mère, Fils, Fille et Petit-fils. Ces trois derniers nous laissèrent leur maison de quatre pièces, presque à la sortie du village, à environ 500 mètres, en haut de la route qui le traversait et qui menait, en grimpant, à Saint-Denis. Ils allèrent vivre chez leurs parents en nous laissant leurs meubles, chambre et cuisine. La maison dominait directement la rivière, la Dure, qui passait au bord de Montolieu situé sur sa rive droite. De l’autre côté, mais nous ne la voyons pas de la maison, l’Alzeau, autre rivière, bordait aussi le village. Celui-ci était calme et semblait, à mon humble avis de 12 ans, en dehors de la guerre.

Débuts à l'école de Montolieu

Une fois installés, ce qui fut vite fait, nos parents nous inscrivirent à l’école. Ma cousine et moi étions donc en première année du cycle secondaire mais là, point de collège ! C’est à l’école primaire de garçons pour moi et de filles pour ma cousine que nous avons repris nos études. En plus, nous avons pris des cours de latin avec le Curé de Montolieu et d’anglais avec une vieille demoiselle d’origine polonaise, une heure par semaine seulement pour chacune des matières mais c’était seulement pour ne pas perdre ce que nous avions commencé d’apprendre. Avec l’insouciance de notre âge, les cours de latin se transformèrent vite en récréation car le Curé était un peu sourd et, quand il nous reprenait sur une faute, nous affirmions, avec la plus mauvaise foi, que nous avions bien répondu, ce qu’il admettait volontiers en s’excusant !

Quant à la guerre, personne ne nous en parlait sauf en latin, mais il s’agissait de la Guerre des Gaules par le fameux ‘’Jules’’ qui avait enfin battu notre Vercingétorix ! Je crois que le Curé n’aimait pas trop les Italiens car il nous raconta l’histoire d’un certain chef gaulois, Brennus, qui avait conquis Rome jadis. Je sais maintenant que ce Brennus avait triché en se servant de faux poids pour peser la rançon d’or qu’il réclamait et que, devant les réclamations des Romains il avait ajouté son épée dans la balance en leur disant ‘’Malheur aux vaincus !’’ Monsieur le Curé avait alors péché par omission car, à l’époque, il s’était abstenu de nous en parler, peut-être parce que la France était, pour le moment, vaincue elle aussi !

 


Notre vie de jeunes de 12 ans n’était pas désagréable. Il y avait, bien sûr, les ‘’cartes d’alimentation’’ avec leurs tickets spécifiques pour la nourriture, comme partout ailleurs, mais les restrictions, dans cette Montagne Noire, étaient loin d’égaler celle des villes. En fait, nous ne manquions de rien, du moins c’était notre impression. Ah, si ! Nos chaussures montantes avaient une semelle de bois très épaisse mais nous nous y sommes habitués rapidement. Nous avions des copains et copines grâce à l’école et l’avenir nous semblait serein. Nous avons vite déchanté.

Le maquis
 

Nous avons appris rapidement que certains hommes ne vivaient pas dans le village et qu’ils étaient au maquis ! Bien entendu, nous ne savions pas de quoi il s’agissait mais nos copains se chargèrent de nous mettre au courant. Il s’agissait d’un secret dont nous ne parlions qu’entre nous. Les maquisards du village  ne se cachaient pas quand ils venaient voir leur famille ou qu’ils passaient en traversant le village avec des voitures ‘’traction avant’’ qui portaient sur leurs portières les lettres F.F.I. peintes en blanc. Cela arrivait quelques fois mais pas trop souvent. Un jour, pourtant, ce fut un bataillon de l’armée allemande qui investit Montolieu et décréta le couvre-feu ! Qu’arrivait-il ? Le village était-il devenu si important pour être occupé ?

A chacune des entrées, au sud vers Carcassonne, au nord vers Saint-Denis et à l’est vers Saissac, furent installés des barrages avec nids de mitrailleuses. Cependant, les enfants comme nous passaient et repassaient sans être inquiétés. Seuls, les adultes devaient montrer leurs papiers. Cette période dura une quinzaine de jours et, bien entendu, aucun F.F.I. ne se montra. Un matin, plus aucun Allemand dans le village ! Le bataillon était reparti comme il était venu, sans avertir !  Quelques jours plus tard, les F.F.I. se montrèrent de nouveau et deux ou trois semaines après, les Allemands étaient de retour. Ce va-et-vient se produisit quatre ou cinq fois puis plus jamais. A notre niveau, nous n’avons pas compris pourquoi. 

Double communion
 

Au début de notre arrivée à Montolieu, le fait de prendre des cours de latin avec Monsieur le Curé m’a obligé de suivre également le catéchisme comme les garçons de mon âge qui préparaient leur communion solennelle. Le problème, c’est que, contrairement aux autres, je l’avais déjà faite. Lorsque j’en ai fait part à Monsieur le Curé, il est devenu encore plus sourd qu’avant. Bien entendu, on ne reçoit pas de diplôme prouvant la chose. J’ai donc été obligé de suivre le courant et, au mois de mai, j’ai refait ma communion solennelle, en compagnie, cette fois de ma cousine. En plus, j’ai été placé le premier dans la rangée des garçons afin de montrer aux suivants la marche à suivre, ce qui n’était nullement garanti. On peut renouveler ses promesses du baptême l’année suivante mais faire la communion solennelle deux fois la même année, ce doit être exceptionnel ! 

Combats après le 6 juin
 

Le 6 juin 1944 le débarquement des forces alliées en Normandie eut lieu. Il fallait donc que l’armée allemande renforce ses troupes dans le nord de la France. Dès lors, de nombreux régiments ont commencé à partir du Midi pour rejoindre le front. Les maquisards, je le sais aujourd’hui, avaient reçu des instructions pour empêcher ou au moins gêner ces mouvements de troupes. Au mois de juillet, sur la route qui allait de Saissac à Montolieu, les maquisards, une cinquantaine d’hommes tout au plus, montèrent une embuscade pour essayer de stopper une colonne qui rejoignait Carcassonne pour prendre le train vers le nord.

Les combattants du maquis n’avaient qu’un armement léger alors que la colonne comprenait des chars et quelques canons. L’escarmouche ne dura pas longtemps mais suffisamment cependant pour qu’on entende siffler les balles et les obus au-dessus de nos têtes. En réalité, les projectiles passaient un peu plus au nord de Montolieu mais on ne s’en rendait pas compte. La colonne allemande ne fut pas stoppée ni retenue très longtemps. Cependant, sur leur garde, les soldats tiraient sur tout ce qui bougeait. Il n’y eut pas de victimes chez les maquisards car ils se replièrent vivement. Quand les allemands ont traversé le village, ils n’ont vu personne car tout le monde est resté calfeutré dans sa maison. On a eu tout de même une belle peur.


 

Libération de Béziers


Par contre, Béziers fut ‘’délivré’’ le 22 août suivant sans aucun coup de feu, les Allemands étant partis rapidement sans faire de casse ni de bruit. Courant septembre, nous sommes revenus chez nous après avoir chaleureusement remercié notre famille d’accueil. Il fallait préparer une nouvelle rentrée en 6ème dans le but de faire une année complète et de poursuivre nos études. Pour marquer ce jour de ‘’délivrance’’ le Conseil Municipal de Béziers débaptisa l’avenue de la République pour l’appeler, dorénavant et encore aujourd’hui, ‘’avenue du 22 août 1944’’. 

  
Eurosix              

Illustrations
Quelques photos prises à Montolieu l'été 2007 

Liens
Le Corps franc de la Montagne Noire

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commentaires

catalan 08/03/2010 14:21


Bonjour Eurosix,
Je viens de lire avec attention votre texte sur la montagne noire.
Au niveau recherche personelle ,pourriez vs me situer la date.Au mois de juillet(le jour?) ..........sur la route qui allait de Saissac
merci ML


Abellion 08/03/2010 17:39


Je contacte Eurosix dès que possible pour lui poser la question... A bientôt


gene 08/11/2009 01:02


une part d'histoire que je n'ai pas vécu mais ma voisine qui a 85 ans me raconte souvent des histoires sur cette période , son mari a fait parti du maquis , il était réfugié espagnol et combattait
au maquis de picaussel . bon dimanche


Abellion 08/11/2009 06:39


Ah ! que de témoignages et d'histoire... Je trouve particulièrement émouvante cette histoire qui vit encore dans les souvenirs de nos contemporains. On aimerait avoir de tels témoignages pour les
périodes historiques plus anciennes, mais malheureusement c'est souvent impossible... Amitiés.


christian 06/11/2009 12:52


Alors tu es fait "pirater" ton blog par Eurosix . Hé bien c'est bien de donner la place aux autres surtout quand le sujet est bon . A bientôt


Abellion 06/11/2009 14:17


Ah, un "piratage" comme celui-ci, j'aimerais bien que cela m'arrive tous les jours ! Amitiés.


Mouneluna 06/11/2009 10:42


toujours aux mots libération et délivrance, accompagnés d'un récit comme celui là, mon corps se couvre de chair de poule.
j'adore ces histoires vécues, merci à Eurosix,
je suis née en 1943, donc j'ai peu de souvenir de la guerre.si ce n'est le bombardement de la voie ferrée entre gerland et perrache à Lyon, j'avais 18mois, mais je me souvient du bruit et de la
fureur.

bisous


Abellion 06/11/2009 14:16


Les témoignages en appellent d'autres, c'est ce qu'il y a de magique avec eux...

Eurosix parle avec talent et nostalgie de ses souvenirs, et je pense que comme moi tu as dû y être sensible ; mais chez toi qui as vécu, même toute jeune, cette période troublée et
parfois terrible, l'émotion doit être encore plus forte...

Amitiés.