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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 17:18

 

 

Il fut un temps où la bande dessinée ne prisait que les villes, les inventions, la technologie.  Jean-Yves Ferri, avec sa série Aimé Lacapelle, en fait tout au contraire l’instrument d’une peinture à la fois tendre et pleine d'humour du monde rural tarnais de notre temps.  

 

Saint-Léon.

 


Les aventures d’Aimé Lacapelle se situent dans un petit village imaginaire de la campagne tarnaise, Saint-Léon. Ce nom de village sonne juste, car il est extrêmement répandu dans le sud-ouest de la France. Certains éléments laissent penser qu’il est situé plus précisément dans le nord-est du département du Tarn, frontalier avec l’Aveyron. Saint-Léon est en effet proche de Crespin et de la Vallée du Viaur. Toutefois, pas de souci de réalisme excessif dans la géographie, on est dans une bd !  Ainsi Aimé, lors du « Rallye Fergusson » (Tome 3) se rend au Sidobre en tracteur, soit une distance de soixante-dix kilomètres environ !

 

Saint-Léon ressemble au petit village tarnais type, avec sa mairie Troisième République, sa petite épicerie tenue par Lespinade, son bar où se rencontrent les vieux célibataires. Aimé et sa mémé vivent là tranquillement, dans leur ferme. Certes, il n’ont guère le goût des voyages, et leur seule excursion hors du village est l’Hypermégatop, centre commercial géant de la ville la plus proche.

 

On parle à Saint-Léon un français mêlé d’occitan, qui est très réaliste pour ceux qui connaissent la campagne tarnaise. En voici un échantillon :

 


 

Une ferme comme autrefois.


 
Aimé habite une ferme qui pratique, selon une tradition séculaire, la polyculture. Il élève des poules, des vaches, des cochons. D’ailleurs, lorsqu’il s’énerve, sa Mémé lui demande si les cours du porc ont chuté. Il cultive diverses sortes de légumes suivant les saisons : les raves, des citrouilles, etc. Ici, pas question d’agriculture intensive, ni de volaille en batterie. Les poules, de la race « Coucou du Berry » vivent en plein air et la Mémé les rentre au poulailler le soir ! Sorte d’Eden rural, la ferme de Lacapelle semble dater d’une époque antérieure à la PAC et à l’agriculture productiviste.

 


La décoration de la ferme est également caractéristique. Aimé et Mémé passent le plus clair de leur temps dans la pièce principale qui sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de séjour, comme dans toute ferme tarnaise qui se respecte. Ferri a bien rendu par son trait judicieux le charme désuet de la déco, avec le vieux buffet, les chaises de pailles, la table vénérable en bois massif.  Il y a aussi le frigo style années 1960, la pendule dorée aux boules qui tournent, le coin évier rétro avec les carrés de faïence blanche et le robinet qui goutte… Ferri n’a pas même oublié le fauteuil fatigué avec son napperon en dentelle tricotée. On s’y croirait !

 

C’est là que Mémé mitonne son tripoux, ses patates rondes à la crème et autres plats traditionnels diététiquement incorrects. Une astuce cuisine de Mémé Lacapelle : en fin de cuisson, rajouter de l’huile pour décoller les sucs ! On comprend mieux, après cela, la magnifique ceinture abdominale affichée par notre Aimé préféré… 

 

Un tyrannosaure dans la bergerie…

 

Seulement voilà. Cet Eden rural à la fois charmant et désuet est menacé. Non pas par les touristes Parisiens ou Anglais, mais par la cupidité de certains affairistes, en majorité urbains. Lorsqu’un type en costume cravate pointe son nez dans la cour de la ferme, c’est sans doute qu’il a dans l’idée quelque chose de pas catholique…

Les employés de Rustic park veulent transformer Saint-Léon en parc d’attraction pour touristes en mal de campagne, avec retransmission de la vie de la ferme sur écran géant. Des collectionneurs fétichistes volent les épouvantails des champs, laissant ainsi les grains sans protections. Et, pire que tout, la Cogetox (Londres-Paris-Crespinet) produit des organismes génétiquement modifiés; ceux-ci menacent de transformer ceux qui les consomment en monstres reptiliens dignes de l’ère Jurassique. Pour contrer tous ces fléaux de notre temps, il manquait un héros… et ce héros, c’est Lacapelle !

 

Je ne reconnais plus personne en Massey-Fergusson.

 

En effet, Lacapelle n’est qu’en apparence un modeste agriculteur. A l’image d'un James Bond, il a une double vie, comme agent secret du BIT (Bureau d’investigation tarnais). Il mène alors des enquêtes, et n’hésite pas à faire le coup de poing pour arrêter les malandrins. Mais contrairement à Superman ou Batman, Lacapelle n’a ni pyjama bleu ni collants, ni batmobile. Il doit se contenter d'un bon vieux tracteur, un magnifique HV2 Vierzon, avec lequel il arrive facilement à semer ses poursuivants. Pas d’arme révolutionnaire, sinon les poings et, lorsque son hernie discale fait mal à Aimé, une bonne bêche.

 

Vous aurez compris qu’Aimé Lacapelle est construit sur le mode héroï-comique, comme une parodie des aventures de super héros, agents secrets et autres personnages qui sauvent le monde en embrassant une bimbo siliconée et en jouant du piano de leur troisième main… Bien que quinquagénaire et un peu "costaud", Lacapelle soutient néanmoins la comparaison par les éclatants succès qu’il remporte à coup sûr dans toutes ses missions.

 

Le drame secret de Lacapelle.

 

Contrairement à ses performances en tant qu’agent du BIT, la vie privée de Lacapelle se résume à un drame… sa solitude. Aucune femme n’a, à ce jour, voulu partager sa vie, bien qu’il ait « atteint sa plénitude d’homme mâle ». Certes, ses amis ont essayé de lui remonter le moral, en lui disant que les femmes modernes n’ont pas besoin d’homme, pour la bonne raison qu’elles ont un congélateur. Mais, après le repas, lorsque la satisfaction de l'instinct alimentaire laisse place à des besoins plus subtils, Lacapelle se trouve pris par une sorte de mélancolie, qu’il exprime laconiquement : "Bromph !" C'est-à-dire en clair : « Cinquante ans et encore célibataire, forcément on a l’air con ».

 

Pourtant, Lacapelle a tout essayé. Mais à chaque fois qu’il pourrait se passer quelque chose, tout se termine en catastrophe. La jolie postière ne le voit même pas. La belle Emma, la secrétaire du Maire, se fait enlever par les hommes de main de la Cogetox. Et lorsqu’une jeune femme pulpeuse semble s’intéresser de près à Lacapelle, elle en a en fait après son petit Cahuzac rosé bien frais… Lacapelle doit donc se contenter de rêver à l’impossible amour, en contemplant les mannequins des catalogues de la Redoute de Mémé, ou bien l’affiche du spectacle dénudé de Clita et Pipa, artistes locales.

 

L’individualisme bonhomme de Lacapelle.

 

Ce qui fait aimer Lacapelle, ce qui en fait un personnage attachant, c’est son individualisme naïf et exempt de préjugés. Il semble apolitique : « Oh, moi monsieur le maire, la politique, sauf votre respect… ». Lorsqu’il croise une manifestation paysanne, la seule chose qu'il craint, c'est d'arriver en retard au "dancing". S’il travaille pour l’Etat, il n’hésite pas à cacher un petit délinquant poursuivi par une armada de pandores; c'est qu'il se rappelle que son père avait aidé des gens recherchés par les Nazis pendant la guerre. En somme, c’est un type sympa. Profondément philosophe, il regarde le monde et ses extravagances sans s’en mêler, sauf lorsque cela devient dangereux. Là, en revanche, il cogne dur...

 

Quelques autres personnages.

 

Le maire de Saint-Léon.



Sa solide stature laisse supposer que c’est un type du coin. Rigide, au propre et au figuré, c’est un homme d’ordre, aux manières gaulliennes et à la couleur politique gaulliste. Ce qui ne l'empêche pas d'assister en cachette aux prestations déshabillées de Clita et Pipa... Il occupe dans l’organigramme du BIT une position hiérarchique supérieure à celle de Lacapelle. C'est à ce titre que le maire confie ses missions à notre héros (généralement dans un champ de maïs, ou dans quelque autre lieu discret). Son adversaire politique est Séraphin Bontrepas (référence au député ariégeois Augustin Bonrepos, connu entre autres pour sa géniale proposition d'obliger les véhicules lents à avoir des gyrophares). Bontrepas est un homme de gauche démagogue et (faussement) naïf que ses velléités de bain de foule jetteront dans les pattes d’une centenaire libidineuse… Le maire de Saint-Léon joue pour Aimé le rôle de la figure paternelle. Quant à la figure maternelle, la voici.  

 

Mémé Lacapelle.



Sans doute le personnage le plus drôle de la série. C'est, bien sûr, l'aïeule de Lacapelle. Elle parle une langue délicieuse, pleine d’occitanismes et de trivialités bien dosées. Elle roule les R (plutôt les RR). Contrairement à Aimé, elle est sensible aux modes venues de la ville, même si c’est avec 10 ou 20 ans de retard : elle s’habille à la Redoute, se fait des mises en plis, prend de la DHEA. Mais derrière son air de grand-mère sympathique se cache une véritable tueuse. Elle manie le fusil d’une main de maître, et est capable de décapiter quatre poules avec deux balles. Elle dispose également d’un stock impressionnant de tisanes narcotiques ou laxatives, ce qui lui permet de se débarrasser en un tournemain des gêneurs lorsque Aimé n’est pas là. Elle était très belle dans sa jeunesse. On dit qu’elle eut alors une relation adultérine avec un célèbre personnage de l’histoire de France contemporaine... dont nous tairons ici le nom, de peur de représailles.

Mémé Lacapelle fait de nombreux lapsus linguae : dans sa bouche, les bonzes deviennent des bronzes et Rustic Park donne Ruchtipac.

 

Sylvestre Cabalié.



C’est l’ennemi juré, le nemesis de Lacapelle. Lacapelle est tarnais, Cabalié est aveyronnais : cela aurait déjà suffi à les opposer. Mais leur conflit est viscéral, éthique même. Si Lacapelle est une figure d’agriculteur idéal, Cabalié représente les mauvais côtés de la profession : il a pour idéal une agriculture productiviste, adepte des produits phytosanitaires à outrance, et se fiche de la nature comme de sa première chemise. En outre, il est d’un caractère fourbe et déloyal.

 

Antoine.


C’est le grand copain d’Aimé. Il représente un autre type de rural : le paysan moderniste (avec tout de même un certain temps -c'est un euphémisme- de décalage sur les modes urbaines). Il a troqué son tracteur pour une Simca 1000 modèle 1978 et, s’il n’a pas renoncé à porter une casquette, il arbore fièrement un T-shirt « Agricol Attitude ». C’est lui qui emmène Aimé voir les spectacles dénudés de Clita et Pipa dans un dancing campagnard, le Summum. Mais un événement imprévu les empêche toujours d'arriver à bon port. Vraiment, il est des jours où Cupidon s'en fout.

 

Bref….


Tout cela pour dire qu’Aimé Lacapelle est une excellente bande dessinée, pleine de tendresse et d’ironie, qui vous fera bien rire si vous connaissez un peu la région (et même si ce n’est pas le cas).

 

Lire.

 

Aux éditions Fluide Glacial.

 

Aimé Lacapelle, T. 1 : Je veille aux grains.

Tome 2 : Tonnerre sur le sud-ouest.

Tome 3 : Poules rebelles.

Tome 4 : Bêtes à bon Diou.

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commentaires

Rustic 20/03/2014 20:48

J'ai découvert par hasard. Je suis devenu complètement accro. Aimé et moi, on se quitte plus. Il est drôle, brave et il a de l'éthique. Le pote idéal, quoi! Ferri, on t'en supplie, fabrique-nous d'urgence le prochain album.

Abellion 12/04/2014 19:52

Son Astérix est le dernier qui m'ait fait rire depuis 20ans, en tout cas... De Gaulle à la plage veut aussi le détour, et le "Retour à la ferme"... où Ferri se met lui-même en scène, en train de travailler dans une cave...
Cordialement

fée des agrumes 31/10/2008 15:31

Je ne connais pas du tout.
Aujourd'hui, rank 75 !!!
Je reviendrai

Abellion 31/10/2008 17:31


Ah, une bd qui parle occitan, même francisé, respect ! Et puis c'est hilarant !