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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 15:25

 


 

Certains films font l’unanimité comme des chefs-d’œuvre. D’autres, en dépit de leur qualité, rebutent une partie du public et des critiques, et ne sont appréciés que d’un cénacle d’initiés. La Neuvième Porte est  peut-être de ceux-là. Très bon film de divertissement, que ce soit sur le plan de la technique cinématographique et de l’efficacité narrative, il souffre peut-être d’une fin un peu expédiée. Néanmoins, il reste une de ces oeuvres méconnues, une petite perle un peu baroque que gardent jalousement ceux qui l’ont découverte…

 

Pourquoi j’aime…

 

Ce qui me séduit surtout, c’est le mélange de fantastique et d’humour noir, le second degré extraordinaire qui imprègne tout le film. Polanski nous raconte une histoire de diablerie, mais avec dérision et pince-sans-rire. Ce qui peut expliquer que les amateurs de fantastique « premier degré » se soient sentis floués, car le film détourne quelque peu les codes du genre. De même, les "intellos" ont aussi dû être déçus, car c'est bien ici du divertissement à grand spectacle, grand-guignolesque à souhait par moments. Un film assez inclassable, mais c'est ça qui plait.  

 

L’histoire du film.

 

Non, nous ne sommes pas sur un quelconque -pedia, et je ne vous raconterai pas la fin rassurez-vous, juste le début.

 

Années 1990, New York, Etats-Unis d’Amérique. Dean Corso (Johnny Depp) est un mercenaire de la bibliophilie. La quarantaine, armé de lunettes, d’une sacoche usée et d’un vilain pardessus élimé, il écume les rues de la grande pomme, en quête de livres qu’il pourra revendre en réalisant une importante plus-value. Une fille indigne veut-elle tirer de l’argent de la  collection de livres de son père paralysé par une hémiplégie ? Corso est là, estime trop haut l’ensemble de la collection pour mettre hors-jeu ses concurrents, puis s’enfuit avec un inestimable Don Quijote d’Ibarra acheté pour une poignée de dollars. On l’aura compris dès le début, le leitmotif du film est : livres, argent, cruauté. Et caricature acide…

 

L’élément fantastique est introduit rapidement. Corso est appelé par un magnat de la presse, Boris Balkan (Frank Langella). Balkan est un homme froid,  intelligent et manipulateur, d’un cynisme retors. Il embauche Corso car il n’est rien de plus fidèle que l’homme dont on peut acheter la loyauté. Il demande à Corso de voyager en Europe pour authentifier un grimoire satanique du XVIIe siècle, Les Neufs Portes du Royaume des Ombres, œuvre d’Aristide Torchia, brûlé comme sorcier à Venise en 1667. Les Neufs Portes contiennent 9 gravures qui auraient été copiées par Torchia sur le Delomelanicon, livre écrit par Satan en personne ; leur correcte interprétation devrait permettre d’invoquer le diable.

 

Toute l’intrigue du film se construit autour de cette quête bibliographique et ésotérique. Corso, au début simple mercenaire, va se passionner pour cette énigme, d’autant plus que les embûches ne manquent pas sur son chemin, ni les personnages hauts en couleurs. Femmes fatales, voyous teints en blond platine, bibliophiles jaloux ne vont pas lui rendre la tache facile. Sans déflorer la fin, on peut dire que sa quête le mène du côté de notre Pays cathare, le château de Puivert plus précisément !

 

La narration.

 

Le film est adapté du Club Dumas d'Arturo Perez-Reverte, romancier populaire espagnol. Le roman mêlait deux intrigues, une concernant un manuscrit de Dumas, et l’autre autour  du livre de Torchia. Les scénaristes du film sont sagement décidé de sacrifier la première, mais tout en gardant le coté « métafiction » qui faisait le charme du livre.

 

Tout tourne donc, dans le film, autour de la recherche des mystérieuses gravures des Neufs portes. Celles-ci ne sont pas seulement l’objet d’une quête, mais jouent un rôle central dans la narration, en annonçant des événements (on peut parler de prolepse, en terme de narratologie) : ainsi, lorsque Corso manque périr dans l’effondrement d’un échafaudage, c’est qu’une gravure des Neufs Portes (la troisième) lui indiquait que « le danger vient d’en haut ».

 

Pour représenter ces gravures mystérieuses, Polanski a réutilisé les 9 gravures présentes dans le livre de Perez-Reverte, et qui avaient été dessinées par un artiste espagnol, dans un style librement inspiré des œuvres du XVIe et du XVIIe siècle. Elles ont parfois été retouchées pour évoquer l'apparence de certains personnages du film, et jouer ainsi leur rôle d’oiseaux de mauvais augure. Ainsi, l'archer de la troisième gravure ressemble aux graveurs jumeaux, les frères Ceniza. Dans la gravure correpondante du livre, cet archer était un simple jeune homme.

 

Les gravures contribuent donc au climat d’angoisse et d’horreur du film. Mais, en même temps, elles soulignent peut-être le caractère illusoire du déroulement du film : tout ceci est déjà écrit, c’est de la littérature, de la fiction. De même que le Club Dumas, La Neuvième Porte est métafictionnel en diable. De ce point de vue, l'adaptation, en sacrifiant la lettre, a sauvé l'esprit.

 

Où veut en venir ce film ?

 

Ils s’agit clairement de créer chez le spectateur un sentiment étrange, fait à la fois d’angoisse et de distance. Il y a bien sûr le suspense, lié au secret du livre, et aux péripéties incessantes qui laissent le spectateur en haleine. Néanmoins, Satan et les satanistes apparaissent bien piteux pour être vraiment pris au sérieux. La messe noire est une cérémonie bien sage où l’on répond à l’officiant comme au catéchisme, et les satanistes s’enfuient sur un simple « Boo » de Balkan…

Ce traitement assez distancié du surnaturel est d’ailleurs souligné par Polanski lui-même, qui avait affirmé à l’époque de la sortie du film qu’il ne prenait guère au sérieux le satanisme, tel qu'il était présenté dans tant de fictions médiocres. Dans cet esprit, la fin est un énorme pied de nez au spectateur, et en a déçu plus d’un… Mais pour moi, elle est logique. Voyez vous-même le film pour vous faire une opinion…

 

Le fantastique est suggéré par des moyens très simples. Les images de synthèse ont été intentionnellement exclues à une époque où elles submergeaient le cinéma d’effets spécieux racoleurs. De ce point de vue, ce film, tout en suggestion et finesse, est diamétralement opposé aux blockbusters de la même époque, du genre Armageddon ou Independance Day.

 

Les personnages.

 

Les personnages sont intentionnellement caricaturaux, avec des références cinématographiques très présente : ainsi Liana Telfer, la femme fatale tout droit sortie d’un film noir des années 1940-50, sublimement incarnée (il est bien question de chair) par Lena Olin... Beaucoup de personnes qui n'ont pas aimé le film n’ont pas su goûter, à mon avis, cette nostalgie cinéphile.

 


D’autres personnages marquants sont les bibliophiles maniaques croisés par Corso. Tous, obsédés par leur marotte, deviennent par leur monomanie des caricatures d’être humains. Ainsi Fargas, dernier descendant d’une noble famille portugaise, qui préfère la ruine et la mort au sacrifice de sa collection d’éditions rares…. Ou la baronne Kessler, sorcière des temps modernes, mélange d’illuminée et de femme d’affaire, qui prétend avoir vu le diable et gagne des millions en écrivant sur le sujet.

 

Les acteurs.

 

Johnny Depp est tout à fait dans son emploi, dans le rôle de Dean Corso, intellectuel aussi cynique que fragile. Corso est le type même de l’anti-héros. Il se prend pour un dur, mais en fait ne cesse de se faire manipuler par tous les autres personnages, que ce soit Liana Telfer ou Boris Balkan. Il n’aura la vie sauve que grâce à l’aide « surnaturelle » de la Jeune Fille, avatar du diable. Il semble que l’acteur s’amuse à camper ce personnage satisfait, mais toujours dépassé par les événements. Insensible devant les cadavres, Corso est tellement hors du coup que cela en devient terriblement drôle.  

 

Frank Langella est très bien en Boris Balkan, le magnat de la presse collectionneur de livres interdits. Son jeu est une merveille, qui suggère à la fois l’autorité cassante du milliardaire et l’hypocrisie cauteleuse du manipulateur, en même temps que le fanatisme du bibliophile.   

 

Lena Olin fait la femme fatale. Que dire d'autre ? Elle est au diapason, et joue à la perfection le mélange de snobisme glacé et de violence pure qui caractérise son personnage. Elle est tour à tour veuve éplorée, et tigresse prêtre à tout pour récupérer son livre...  

On a beaucoup critiqué Emmanuelle Seigner dans le rôle de la jeune fille, incarnation diabolique venue aider Corso. Pour ma part, je trouve que son personnage d'avatar diabolique en baskets et en jean colle parfaitement à l’univers décalé du film. A certains moments, par les jeux d’éclairage, il se dégage de son regard quelque chose de réellement diabolique… Peut-être ses yeux verts ? Autre belle scène, celle où elle passe ses doigts ensanglantés sur le visage d’un Johnny Depp médusé.  

Barbara Jefford
est parfaite en comtesse Kessler, elle en fait des tonnes et c’est très bien. Il y a un détail amusant. C'est que les scénaristes ont supprimé la référence au passé nazi de ce personnage  qui joue un rôle important dans le livre; néanmoins, l'actrice prend un accent germanique à couper au couteau. Clin d'oeil aux lecteurs du roman ?   

 

Techniquement, c’est très bien fait.

 

L’image est magnifique (Polanski et Darius Khondji, ce n’est pas rien). Polanski et son équipe ont su rendre le charme désuet de ces intérieurs de bibliothèques feutrés, en les éclairant d’une lumière parcimonieuse et chaude à la fois. Ce parti-pris donne une unité d’ambiance certaine au film. Même l'implacable soleil espagnol semble briller d’une belle lumière crépusculaire. Les décors sont magnifiquement bien filmés, des quintas portugaise au palaces parisiens, avec des jeux d’écho : ainsi, la tour de béton et de cristal de New-York au début du film annonce la tour médiévale de Puivert à la fin.

 

La musique de Wojciech Kilar est tantôt envoûtante et mystérieuse pour évoquer le mystère des neufs portes, tantôt ironique lorsqu’il s’agit d’évoquer les mésaventures de Corso, avec des variations sur des motifs locaux (le Boléro, en Espagne). Elle soutient aussi parfaitement les moments d’action.

 

Le Pays cathare dans le film.

 

Est-ce aussi pour cela que j'aime ce film? On y voit avec plaisir des paysages de chez nous. Il y a un plan où Johnny Depp est pris en stop par un poids lourd immatriculé dans l’Aude (11), un autre très amusant où il est transporté cahin-caha dans un pick-up, en compagnie de moutons…

Puis vient le château de Puivert (Quercorb, sud de l'Aude), que l’on aperçoit à plusieurs reprises sur une photographie du célèbre Gérard Sioën, spécialiste des étranges atmosphères, de la brume. Lorsque Puivert apparaît enfin réellement, c'est aussi dans une lumière crépusculaire magnifique qui semble tout droit sortie des photos de Sioën. Et les images de synthèse viennent à la rescousse lorsqu’il s’agit de mettre le feu au château.

 

Puivert avait déjà accueilli un film, la Passion Béatrice de Bertrand Tavernier, en 1987 je crois (mais sans doute beaucoup d’autres, le monument vit sur des fonds privés).

 

Bref.

 

Ce n’est sans doute pas le film du siècle, ni le meilleur Polanski, mais un film qui se voit et revoit avec plaisir, pour peu qu’on ne soit allergique ni au fantastique, ni au second degré, ni au mélange des deux.  


C’est un bon divertissement pour ceux qui aiment l’humour noir et le pince-sans-rire, tout en n’étant pas dégoûtés par la culture populaire et le grand-guignol. Un indispensable pour ceux qui ne veulent voir ni de navrantes cascades d’effets spéciaux, cache-sexe d’un scénario inexistant, et qui ne supportent plus les héros idiots et baraqués qui sauvent le monde.

 

Liens

 

Site promotionnel du film (si, il fonctionne encore !).

Une critique intéressante (en anglais).

Critiques des spectateurs (en français) sur Allo Ciné.

Le pays cathare photographié par Gérard Sioën (photos utilisées dans le film).

 
Droits des photos: Artisan Films.

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commentaires

fée des agrumes 02/11/2008 10:39

D'abord, je le regarderai avec vos pistes de lectures parce que la première fois, j'étais curieuse de l'histoire, amusée de certaines situations et la fin m'avait beaucoup déçue, très /trop facile et caricaturale.
Je vous dirai.

Abellion 02/11/2008 10:40


Ok, j'attends vos impressions avec impatience !


fée des agrumes 01/11/2008 13:56

Voilà, j'ai tout lu.
:)

Abellion 01/11/2008 14:00


Il faudra que vous me disiez ce que vous avez pensé de ce film. Moi, je l'ai bien aimé, surtout le mélange du grotesque et du fantastique...


fée des agrumes 31/10/2008 20:43

Rosemary's baby.. brrr, il m'a fait tout bizarre ce film..
dérangeant.

Abellion 31/10/2008 22:07


Oui, quand on sait que le rôle du diable y est tenu par le fondateur de la "Church of Satan" (bonne histoire pour Halloween !). J'ai lu quelque part que Polanski était assez proche de certains
groupuscules à l'époque.


fée des agrumes 31/10/2008 15:29

Il va falloir aussi que je relise cet article.
Ce point de vue me donnera un autre angle de vue sur le film vu il y a qq années et dont la fin me paraissait baclée et pour franchement parler, nulle.
De Polanski, je suis une adepte de longue date du bal des vampires que j'adore regarder en version originale pour les accents très marqués...
" And they are flying in their sleep !" .. des scènes et des répliques d'anthologie ! j'adore

Abellion 31/10/2008 17:31


Ma foi, moi j'aime bien aussi Rosemary's Baby. C'est un film vraiment retros et diabolique. Le bal des vampires, j'en ai des souvenirs de fous rires. Merci pour ce marathon du com, Fée, j'espère
bien pouvoir vous rendre la pareille !


falbala 08/07/2008 19:21

Bon, si vous pensez ainsi, je vais me procurer le DVD...
Merci à vous,
Falbala

Abellion le Polygraphe 09/07/2008 08:21



Oui, allez-y sans crainte, en vous disant quand même que ce n'est pas tout à fait la même chose... Et puis cela ne doit pas coûter bien cher.
Bon mercredi,
Abellion.