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"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 12:10

Avant la Révolution, plusieurs couvents de Toulouse conservaient des momies. Il ne s’agissait pas de dépouilles pharaoniques, mais des corps naturellement desséchés des Toulousains qui avaient voulu se faire enterrer dans ces établissements religieux. 

 Affiche du film La Momie, avec Boris Karloff.

L’idée de cet article m'est venue d’Anne-Laure et de son article passionnant sur les momies bordelaises. Hélas, alors que celles-ci existaient encore il y a peu de temps (photo ici), les momies de la Ville rose ont été détruites lors de la Révolution. Je ne peux vous les montrer, mais je les évoquerai par l'intermédiaire des mots des témoins oculaires.

Un second article tentera de percer le mystère de la fabrication de ces momies et du sens que revêtait leur exposition. 

Les personnes impressionnables ou trop sensibles sont priées de tourner les talons. Pour les autres, qu'ils se rassurent. le but de cet article n'est pas de faire étalage de détails macabres, mais d'évoquer cette pratique autrefois bien répandue en Europe, celle de l'exposition des momies dans les couvents. Tout le beau monde affluait alors à Toulouse pour les voir, notamment au XVIIIe siècle. Enquête sur ce phénomène de société de jadis...

 

Les momies du couvent des Jacobins (dominicains).

 

L’Eglise et le cloître des Jacobins existent encore à Toulouse ; les joyaux en sont le musée, le « palmier » (pilier et voûtes gothiques de la nef) et la châsse de Saint Thomas d’Aquin.

 
Eglise des Jacobins.

Jadis, il existait là 24 tombes portant les lettres de l’alphabet. On y enterrait  les religieux dominicains du couvent. Tous les 25 ans, on ouvrait une sépulture et on en retirait un corps. Celui-ci ressortait du tombeau naturellement desséché et était placé dans une salle avec d'autres momies. Nous avons un témoignage sur ces momies, celui du P. Labat (Voyages), cité par Gannal (Histoire des Embaumements, 1838, p. 84).

 

« Le sacristain des Jacobins de Toulouse, dit-il, nous conduisit dans une espèce de cellier, autour duquel il y a avait un assez grand nombre de corps de nos religieux, rangés à côté les uns des autres, secs, légers, et si peu défigurés, que ceux qui les avaient connus vivants, les reconnaissaient et les nommaient. J’en pris quelques-uns, entre autres celui d’un jeune religieux mort à dix-huit ans ; la jeunesse était encore peinte dans les traits de son visage, et excepté la couleur, rien ne lui  manquait pour le faire croire vivant. Rien de plus léger que ces corps.

 

Le sacristain nous dit que, suivant la disposition du temps, ils étaient droits ou courbés ; que l’humidité relâchait la tension de la peau, et que la sécheresse la redressait. Il nous dit aussi que, selon ses registres, il y avait là des corps qui étaient depuis plus de 100 ans dans ce lieu. La peau était plus brune que celles des autres, mais elle était également ferme et tendue : quand on frappait dessus, elle résonnait comme un tambour. »

 

Les momies du couvent des Cordeliers (franciscains conventuels).

 

Le couvent des Cordeliers de Toulouse fut construit dès les débuts de l’ordre au XIIIe siècle, et Antoine de Padoue vint y prêcher. Il n’a pas eu autant de chance que celui des Jacobins. Vendu à la Révolution et transformé en grange, il fut dévasté par un incendie en 1871 et démoli en 1874. Seul le clocher octogonal a subsisté.

 Vestiges du couvent des Cordeliers (Monuments historiques).

Les momies se trouvaient dans une crypte située sous la nef de l’Eglise. On était frappé, selon le témoignage de Puymaurin, auteur d’un mémoire sur le sujet en 1784, par l’état de conservation des corps :

 

« Ce qu’il y avait peut-être, note-t-il, de plus prodigieux, dans tout ces corps, c’était la conservation parfaite de la face ; on y reconnaissait les traits de la physionomie, et jusqu’à l’expression qu’y avait laissé la dernière convulsion ».

On notera le contraste entre la sobriété du style et la matière macabre abordée !

 

Vanitas vanitatum, ou la deuxième mort de la belle Paule.

 

Le clou de la collection des Cordeliers, si j’ose ainsi parler, était la momie de Paule de Viguier, dite la « Belle Paule », élégante du XVIe siècle. De son vivant, elle était si célèbre par sa beauté qu’une loi municipale l’obligeait à se présenter à son balcon une fois par semaine. Par une espèce de voyeurisme étrange, des dames du XVIIIe siècle voulurent voir sa momie. Mais comme le beau sexe n’était pas admis dans la crypte (de son vivant, s’entend), il fallut la porter à l'extérieur de l'Eglise… ce qui fut fatal à la momie, nous dit Puymaurin.  

 

Dès que le cadavre fut porté à l’air libre, il se réduisit en poudre, et il n’en resta que les os. Ce qui nous permet de penser qu’un degré d’humidité de l’air et une température bien précises sont une nécessité pour conserver les momies. Les changements d’atmosphère trop brusques leur sont préjudiciables.

 

Danse macabre.

 

Il y avait en ce couvent des Cordeliers toute une collection de momies, étrange danse macabre qui rassemblait tous les âges, toutes les conditions sociales, et même toutes les sortes d’agonies :

 

« … le cadavre d’un écolier qui fut tué, selon les uns, d’un coup de hallebarde, et, selon les autres, d’un coup d’épée dans un combat singulier. En recevant le coup, cet écolier porta la main sur sa blessure qui est au bas-ventre ; elle garde encore cette position et si on fait un effort pour l’en retirer, elle y revient dès qu’on la laisse libre. »

 

« … un petit enfant qui avait environ un an : il a encore tous ses cheveux qui tiennent. Cet enfant est appuyé sur la main droite, comme s’il dormait : nous lui levâmes la main, et puis elle se remettait ».

 

Ce dernier « specimen » fut échangé au cabinet royal de Prague contre des modèles réduits de machines…

 

Puymaurin a fait quelques autres observations sur les momies toulousaines. Leur cerveau avait été transformé en une poudre jaune, incolore et insipide. Il l’avait donc goûtée ? Où ne va pas le zèle scientifique ! Cette poudre était hautement inflammable, et prenait feu avec une légère détonation.

 Monsu Desiderio, L'Enfer (détail).

Les momies de Saint-Nicolas de la Grave.

 

Dans cette autre église toulousaine proche de l’Hôtel-Dieu, sur les bords de la Garonne, c’est la comédie sociale qui rencontrait la danse macabre. On y racontait l’histoire des dépouilles qui s’y trouvaient, gentes dames, clerc dévots, nobles guerriers… Vingt cadavres étaient entreposés là, sous le porche, rangés à la file. D’après les témoins, le plus frappant était le rictus qu’arboraient les cadavres.

 

Celui-ci devait probablement résulter de la contraction des muscles du visage. On demanda au naturaliste Maupertuis la cause du phénomène. Celui-ci se contenta de répondre avec esprit :

 

« Mon cher, ces morts rient de ceux qui vivent ».

 

Ce qui pourrait récapituler la leçon de ces macabres expositions : le monde est un théâtre, l’homme est bulle et poussière. Rendez-vous au  deuxième article, pour poser quelques débuts d’explication de ce phénomène à la fois naturel et culturel que constituaient ces expositions de momies…

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commentaires

Anne-Laure 17/07/2008 00:19

Plus je lis d'articles et de textes sur les momies et plus elles m'intéressent et m'interpellent. Cette tentative de domestication de la mort par l'humain est franchement passionnante. Je vais avoir peut-être un peu plus de temps cette semaine et je vais tenter de me replonger dans ma lecture de l'histoire des embaumements. J'avais un peu bloqué sur l'utilisation de la gélatine pensant poursuivre mes recherches dans ce sens mais finalement non, j'irai plus volontiers faire un tour en Egypte...

Abellion le Polygraphe 17/07/2008 00:30


Il y a aussi ces magnifiques momies péruviennes. Mais aussi, en Europe, beaucoup de personnages importants du Moyen-âge et de l'Age moderne ont été momifiés, en particulier des papes. Il y a
des pistes là-dessus dans l'Histoire des embaumements, ouvrage dont je ne saurais assez te remercier de m'avoir conseillé la lecture.

Ce qui est émouvant avec les momies de Toulouse, ou de Bordeaux, c'est qu'elles ont conservé la mémoire de personnes qui n'étaient pas des très grands, qui n'ont pas laissé leur nom dans
l'histoire. ce serait passionnant si on les avait conservées pour faire des analyses, avec les techniques modernes.

A part les momies, d'autres tentatives pour donner un visage aux morts: les reliquaires de crânes africains (où le visage est modelé en terre) les totem Toradja en Indonésie (les morts sont inhumés
dans des trous de falaise, mais représentés par des statues en bois grandeur nature). Et tant d'autres...

Un détail m'a toujours frappé: les historiens anciens disent que les Gaulois conservaient les têtes de leurs adversaire décapités dans l'huile. La tête avait une grande importance dans la culture
gauloise.

Chez les Egyptiens, le livre des morts indique une métaphysique très profonde, avec la théorie des différentes "âmes" de l'individu, qui sous-tendait le processus de momification.

Je te conseille le documentaire du National Geographic, où des scientifiques ont essayé de reconstituer une momie égyptienne et ont fait pas mal de découvertes "empiriques" à cette occasion. Il y
avait aussi, si je me souviens bien, pas mal de choses sur les momies sud-américaine (type Rascar Capac).

En Amérique du Sud, il y a des faits étonnants à propros des momies. Ainsi, les momies des jeunes femmes consacrées au soleil, retrouvées en nombre dans je ne sais plus quelle cité (ce sont des
souvenirs lointains, mais je peux retrouver la référence si tu veux).

Merci de tes commentaires, Anne-Laure, et à très bientôt sur l'un de nos blogs.
Abellion.


Sylvie Jamet 16/07/2008 21:17

C'est amusant ça ! Je connaissais Toulouse pour le talent exceptionnel de ses musiciens et la tradition des bonbons à la violette (très bons !)... Mais les momies toulousaines, beaucoup moins.
Merci Abellion pour ce voyage dans les temps anciens...

Sylvie l'accordéonaute écolo

Abellion le Polygraphe 16/07/2008 23:25



Je te remercie, Sylvie. Toulouse est une vieille cité pleine d'histoire, que ce soit la Basilique disparue de la Daurade, les cloîtres médiévaux, ou bien de légendes comme celle du lac de
Saint-Sernin que j'ai évoquée ailleurs.

La violette est déclinée en bonbons, en parfums, et même en assiettes (!). Elle est concurencée de peu par le pastel, qui sert aussi à faire des produits de beauté.

C'est vrai que ces momies étaient célèbres, même si elles ont aujourd'hui disparu. S'intéresser à elles permet d'entrer dans le mystère des mentalités et des coutumes de jadis; assez différentes
des nôtres. J'aime bien le faire, et je suis ravi si des blogueuses distinguées comme vous apprécient !

Continue à nous régaler de tes mélodies et de tes prises de positions écolos !
Abellion.



Sylvie Jamet 16/07/2008 21:16

C'est amusant ça ! Je connaissais Toulouse pour la talent exceptionnel de ses musiciens et la tradition des bonbons à la violette (très bons !)... Mais les momies toulousaine, beaucoup moins.
Merci Abellion pour ce voyage dans les temps anciens...

Sylvie l'accordéonaute écolo

Abellion le Polygraphe 16/07/2008 23:25



Je te remercie, Sylvie. Toulouse est une vieille cité pleine d'histoire, que ce soit la Basilique disparue de la Daurade, les cloîtres médiévaux, ou bien de légendes comme celle du lac de
Saint-Sernin que j'ai évoquée ailleurs.

La violette est déclinée en bonbons, en parfums, et même en assiettes (!). Elle est concurencée de peu par le pastel, qui sert aussi à faire des produits de beauté.

C'est vrai que ces momies étaient célèbres, même si elles ont aujourd'hui disparu. S'intéresser à elles permet d'entrer dans le mystère des mentalités et des coutumes de jadis; assez différentes
des nôtres. J'aime bien le faire, et je suis ravi si des blogueuses distinguées comme vous apprécient !

Continue à nous régaler de tes mélodies et de tes prises de positions écolos !
Abellion.



Hélène 16/07/2008 14:04

Ah, je suis bien vivante, mais qu'est-ce que j'ai rit,à la réponse du naturaliste!
Je cours lire la suite!
Mazette, quel suspense insoutenable...

Abellion le Polygraphe 16/07/2008 14:12


Eh oui, cela nous reporte à un époque où les savants étaient aussi des hommes d'esprits et des humanistes (il y en a encore aujourd'hui). N'est-ce pas Buffon qui a dit "Le style, c'est l'homme". Et
Balzac qui se réclamait de Cuvier pour écrire sa comédie humaine...