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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 12:24

 

 Les momies de Toulouse sont des momies naturelles. Contrairement à celles de l’Egypte, ou de l’Europe moderne, elles n'étaient pas obtenues par des techniques d’embaumement, mais par des paramètres physiques comme la nature du sol, l’hygrométrie, la température… Du moins, c’est ce que laissent supposer les témoignages et les études anciennes.

 Le maquillage stupéfiant de B. Karloff, dans La Momie.

Même avertissement que dans le premier article, les gens sensibles et impressionnables sont priés de tourner les talons.

Une explication du procédé ?

Les Cordeliers ont raconté eux-même leur procédé à Anne-M. Petit, une dame qui faillit en 1713 devenir la belle-mère de Voltaire.

"Je demandai à ces bons pères par quel moyen ils pouvaient garantir ces corps de la corruption; ils me dirent qu'ils les enterraient d'abord dans une certaine terre qui en consumait la chair; et qu'après cela ils les exposaient à l'air, et que, lorsqu'ils étaient complètement desséchés, on les rangeait dans le charnier". 
 

Pour les momies des Jacobins, le processus semble avoir été analogue. On a avancé l’hypothèse que la chaux contenue dans le sol des tombes desséchait les dépouilles. En effet, ce serait précisément à l'emplacement des tombes que l’on aurait entreposé la chaux, lors de la construction du bâtiment. D’autres paramètres entraient en jeu. D’après les Voyages du P. Labat, voici comment les moines eux-mêmes s’expliquaient le bon état de conservation des corps des religieux dominicains :

 

« Ces corps doivent leur bon état de conservation tant à la température élevée de ces lieux qu’aux tombeaux de pierre dans lesquels on  renferme les corps après la mort. Les chairs et les entrailles s’y consument peu à peu, et la peau se dessèche. Quand ces tombeaux sont pleins, on ouvre les plus anciens, on en retire les corps, on les expose pendant quelque temps à l’air, et on les expose dans le charnier ».  

 Cloître des Jacobins à Toulouse.

Il y aurait donc eu une alternance de trois phases 1. Exposition à une terre chargée de chaux ( ou plutôt une tombe de pierre creusée dans cette terre) 2.  Exposition à l'air. 3. Conservation dans un local où certaines conditions d’humidité et de température étaient vérifiées.

Ces informations sur la conservation des momies recoupent celles des études menées en 1837 par les médecins Boucherie, Bermont, Gaubert et Pressac sur les momies bordelaises. A Bordeaux, les momies avaient été transportées après la Révolution dans un lieu dont la température était inférieure à la température extérieure, l’hygrométrie supérieure à celle du dehors. La température et l’hygrométrie sont aussi constantes en ce lieu.
Les analyses avec les réactifs ont révélé que la chair des momies bordelaises contenaient une teneur en fer supérieure à la normale, qui pourrait en partie expliquer le bon état de conservation des corps. 

Maintenant que nous avons vu le comment, il faut nous interroger sur le pourquoi : si en effet le phénomène a des causes purement physiques, pourquoi conserver et exposer ces momies aux visiteurs ? Et quelle leçon les visiteurs pouvaient-ils tirer de ce spectacle ?

 

Pourquoi une telle exposition de momies ?

 

Les derniers visiteurs des momies d'avant la Révolution étaient déjà imprégnés de sensibilité romantique, ou d’hypocrisie petite-bourgeoise, pourrait-on dire en étant méchant. Tout en se précipitant avec voyeurisme au spectacle des cadavres, ils exprimaient verbalement un certain dégoût, à l’image du poète Arthur Young :

 

« Si j’avais un caveau bien éclairé, qui conservât l’air et la physionomie, aussi bien que la chair et les os, j’aimerais à y voir tous mes ancêtres, et ce désir serait, je le suppose, préférable à celle-ci qui conserve des difformités cadavéreuses et perpétue la mort ».

 

Mais l’Ancien Régime était beaucoup moins bégueule, et ne répugnait pas à ces expositions de cadavres. Nos ancêtres s’y rendaient même avec un certain cynisme, que l’on peut aujourd’hui trouver déplacé. Au couvent des Cordeliers, les moines faisaient eux-mêmes visiter les dépouilles. Pourquoi ?

 

Un phénomène religieux ?

 

Il y a d’abord peut-être un motif religieux. Il ne s’agissait pas de la part des moines de fournir un divertissement à la galerie, ni de « mépriser le corps » comme on croit parfois, mais d’appeler à une prise de conscience en montrant la brièveté de la vie, la mort inéluctable. Ce Memento mori s’inscrit bien dans les mentalité de l’époque baroque : ne dit-on pas que Bossuet avait un crâne posé sur sa chaire lorsqu’il prononçait son Sermon sur la mort ?

 

Les prédications, les ouvrages de dévotion se présentaient, à l'ère baroque, comme des "miroirs qui ne flattent point", glaces où l'homme voit le spectacle de son inévitable fin.

La tradition des expositions de cadavres dans les couvents ou leurs cimetières (momies à Toulouse, squelettes ailleurs) est un phénomène culturel attesté en plusieurs lieux en Europe à l’époque moderne. En Italie notamment, les arrangements de restes mortuaires forment de macabres spectacles, destinés à rappeler le « Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière ». L’ordre franciscain en particulier, qui demandait à ses membres une humilité et un mépris de soi absolu, a édifié, semble-t-il, pas mal de monuments de cette sorte.

 

Un des plus frappants est le cimetière des Capucins, à Rome, dont une photographie figure dans L’art fantastique de Marcel Brion. On y voit une pièce voûtée, dont les murs sont tapissés de crânes. Des motifs circulaires figurent au plafond, dessinés avec des vertèbres et des côtes. Une niche est voûtée de tibias. Quatre squelettes de religieux en pied, encore habillés de leur bure, accueillent le visiteur. A Toulouse, la mise en scène n'était pas aussi impressionnante, mais néanmoins réelle, au vu des textes. C’est peut-être le même esprit, celui du Memento Mori qui inspirait les expositions de momies et les ossuaires.

En outre, il y a un point commun entre l'exposition de momies et le thème artistique de la danse macabre. Dans la danse macabre, les squelettes emportent dans leur sarabande des humains de tous les sexes, les âges, les conditions. De même, à Saint-Nicolas de la Grave, au couvent des Cordeliers, hommes et femmes, laïcs et moines se côtoyaient, indiquant l'égalité de tous dans la mort.


Autres motifs.

 

Il y aussi dans l’exhibition des momies, on peut le supposer, un motif financier. Les riches visiteurs de passage ne pouvaient manquer de donner aux moines quelque aumône, ce qui est toujours appréciable.

 

Il y a peut-être aussi, très simplement, une question de place. Le nombre de tombes étant limité dans les couvents et les instituts religieux, il est possible que l’on eût été périodiquement obligé de sortir les anciens morts pour en mettre de nouveau. C'est d'ailleurs attesté pour le couvent des Jacobins. Or comme les moines ne pouvaient se résoudre, comme certaines municipalités d’aujourd’hui, à jeter des ossements humains à la décharge (je l’ai vu de mes yeux, en quelle époque barbare vivons-nous), il les entreposaient dans des locaux avant de les placer dans des ossuaires. 

 

Enfin, il y aussi la part de la curiosité, humaine ou scientifique, sur le devenir de notre dépouille post mortem… Curiosité qui se mêle parfois de voyeurisme et de cynisme, bien sûr. Mais qui nous pose problème en nous renvoyant à notre propre mortalité.

  

Allégorie de la mort (XVIIe siècle).

J'ai assez parlé. Place à deux romanciers de l’entre-deux guerres, qui se sont réapproprié le souvenir de ces momies Toulousaines.

 

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1927).  

 

C’est à Toulouse, près de l’église fictive de Sainte-Eponine, que Bardamu contemple une exposition de momies semblable à celles d’autrefois :

 

« Avec sa petite lanterne, Madelon et moi,  on les a fait alors sortir de l’ombre les cadavres, du mur, un par un. Ca devait leur donner de quoi réfléchir aux touristes ! Collés au mur comme des fusillés ils étaient ces vieux morts… Plus tout à fait en peau ni en os, ni en vêtements qu’ils étaient….Un peu de tout cela ensemble seulement… En très crasseux état avec des trous partout… Le temps qui était après leur peau depuis des siècles ne les lâchait toujours pas… Il leur déchirait encore ces bouts de figure par-ci par-là le temps… […]

 

Il y en avait dans cette cave des grands et des petits, vingt et six en tout, qui ne demandaient pas mieux que d’entrer dans l’Eternité. On ne les laissait pas encore. Des femmes avec des bonnets perchés en haut des squelettes, un bossu, un géant et même un bébé tout fini lui aussi avec, autour de son minuscule cou sec, une espèce de bavette en dentelle, s’il vous plaît, et un petit bout de layette » (Folio, p. 387-388).

 

Ce texte est magnifique, il faut le lire dans son intégralité. Il suggère un  va-et-vient entre le souvenir des massacres de 14-18 et le spectacle des momies…. Céline étant médecin, il avait pu entendre parler dans ses études ou lectures des momies naturelles de Toulouse de l’Ancien régime. En les transportant dans le cadre d’un début de XXe siècle désespéré, il en fait le symbole du triomphe de la mort.

 

Maurice Magre, Le Trésor des Albigeois (1938).

 

Une ambiance fort différente. Dans ce roman initiatique, Michel de Bramevaque est un médecin du XVIe siècle en quête du Graal. Sa recherche le conduit dans des cryptes fictives de la basilique Saint-Sernin, où Magre place à son tour une exposition de momies, d’anciens moines du couvent :

 

« J’avançai le cierge que je levai dans ma main gauche, et, comme une révélation du repos et du silence de la vie d’outre-tombe, les morts m’apparurent. Ils n’étaient ni inquiétants ni effrayants. C’étaient des arbres humains qui s’étaient séchés. C’étaient des momies tristes. Ils étaient une douzaine bien alignés, avec les mains croisées sur la poitrine, à l’exception d’un seul qui n’avait dû posséder qu’un bras et dont la main unique et très grande avait des ongles tellement longs qu’on était obligé de penser qu’ils avaient poussé après sa mort, en vertu d’un phénomène assez fréquent, mais impressionnant. L’alignement de ces cénobites avait quelque chose de rassurant, car on pensait qu’ils se trouvaient tels qu’ils avaient été placés après leur mort et qu’ils ne s’étaient pas levés, après le départ des vivants, pour étirer leurs os, gravir l’escalier, échanger des regrets de spectres. Il montait de cette salle un parfum inexplicable, nullement horrible, un parfum minéral, pure comme l’essence de la substance éternelle. » (Fasquelle, 1938, p. 211-212).

 

La mort apaisée et confiante de l’homme spirituel : une autre facette de la camarde, directement opposée à celle que nous présente Céline. Du reste, les points communs entre les deux textes sont nombreux : narration à la première personne, le guide qui est une femme, le flambeau qui révèle les cadavres, la localisation toulousaine. Magre se mesure-t-il à Céline ?

 

Bref…

 

Je n’ai esquissé que des débuts de pistes sur ce phénomène étonnant des momies toulousaines. Si vous avez des références ou des infos sur le sujet, votre contribution sera la bienvenue.

 

Bibliographie.

 

Maurice Brion, L’Art fantastique.

J.-N. Gannal, Traité des embaumements,  2e éd., 1841. Disponible sur Google Books. Merci à Anne-Laure de m’avoir signalé cet ouvrage important.

André Rimalho, Lieux et histoires secrètes du Languedoc.

 

Liens.

Le très bon article d’Anne-Laure sur les momies bordelaises. 
L'article précédent sur les momies toulousaines.

 

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commentaires

Jean Michel Joffres 09/04/2015 14:41

Fascinant. Je ne connaissais pas. J'ai été élève en1970au lycée de Fermat à deux pas des Jacobins alors en pleine restauration. Le soir dans le cloître à la nuit tombée il fallait faire attention de ne pas mettre le pied dans les tombes béantes et vides.
Je ne suis plus retourné la-bas mais j'ai admiré sur internet les restaurations, mais où dont passées les momies? Merci pour votre étude fort intéressante. Jmichel

Abellion 02/10/2015 08:12

Merci, mais ce n'est qu'une esquisse. Quand j'aurai le temps, je remonterai aux sources manuscrites.

gene 07/01/2010 23:45


passionnante histoire , je ne connaissais pas l'existence de ces momies . l'homme a toujours été fascinée par la mort et aime bien la mettre en scène . bonne soirée


Abellion 08/01/2010 12:21


je prépare un article qui sera une sorte de conclusion de tout ce que j'ai écrit sur la mort. Représenter la mort permet à la fois d'essayer de comprendre, de se rassurer ou de faire passer un
message religieux, ou encore de la mettre à distance par le rire et par l'humour. C'est une des plus grandes énigmes de l'existence, il est donc normal qu'elle ait tant fasciné...


Hélène 18/07/2008 20:51

Difficile de se décider pour le titre...
J'aime bien "entre-parleurs", mais le mot parleur peut aussi évoquer "beau parleur..."
il faudrait donc rajouter quelque chose qui fasse plus "sérieux". Blog à 6 mains évoque un triangle: nos blogueurs pourraient avoir l'idée de discussions entre nous trois. "à bâtons rompus n'est pas suffisant.
Si on fait un mix, "Votre Blog: les entre-parleurs à six mains". On peut, comme vous le dites, rajouter le reste dans le profil du blog. Je me propose de me charger du profil, ainsi que des catégories.
Un compte chez gmail, c'est pas mal aussi...
RV sur mon mail, j'ai une ou deux questions à vous poser, pour la page d'accueil...
A bientôt le plaisir de vous lire

Abellion le Polygraphe 18/07/2008 22:14


Ah, j'ai mangé indien, je me sens bien !
Whaou, on se rapproche du but !
Moi, je verrai un truc juste un peu plus simple, un tantinet différent: "Les Entre-parleurs" (titre, en grôôs), blog à six mains (sous-titre, en pitit)." Et la description du blog qui intègrerait
d'une manière ou d'une autre l'idée de discussion à bâtons rompus sur des sujets culturels, sinon "cultureux".
Très bonne initiative Hélène pour le profil et les catégories, il faut qu'on se partage le boulot. Je vous joins sur mail dès que possible. D'accord pour gmail si vous voulez, mais je ne connais
pas : c'est français ? est-ce qu'on va être envahis par des spams ? La poste, on reçoit plein de saletés (mon épouse y est...). Sur la BAL orange de mon pseudo (Abellion) je n'ai pas reçu un seul
spam depuis son ouverture. Il faut comparer et voir au mieux.


Anne-Laure 18/07/2008 12:12

Bonjour,
Vous m'excuserez de ne pas avoir lu vos derniers commentaires sur les momies, parce que j'ai un mal de tête épouvantable et j'espère bien tenir la journée alors... Pour ce qui est du titre, je pensais à quelque chose qui retranscrive bien le côté collectif. Je pense pas que le titre doivent focément avoir une connotation de "culture" parce que même si un de nos objectifs premiers est qu'il y ait du contenu, un de nos autres objectifs premiers est de nous laisser entraîner par le fil de la discussion, donc il ne faut pas que le titre soit trop restrictif.
Au début j'avais pensé tout simplement au "Blog à 6 mains" (ben oui, on tape bien avec les deux non ?). Sinon, j'aime bien les "Entreparleurs". Et ça ne me paraît pas vieillot, les gens qui connaissent trouverons certainement la référence bonne, et les autres croirons qu'il s'agit d'un jeu de mot.

Abellion le Polygraphe 18/07/2008 13:23


Anne-Laure, tu es la voix de la raison comme toujours ! Effectivement, pas obligé de mettre culture dans le titre, comme l'avait déjà suggéré Hélène: les sous-titres et les tags sont là pour cela !
Je me range à votre point de vue à toutes les deux. Et pour ce qui est d' "Entreparleurs", je pense que, bien que vieillot, il est effectivement parfaitement compréhensible. pour le moderniser un
peu, on pourrait écrire Entre-parleurs (mais là je vétille...). Blog à 6 mains est excellent aussi.
 
Bien, vu qu'on a presque le titre (il faudrait choisir entre Entreparleurs, Blog à six mains, A bâtons rompus), on va pouvoir lancer le blog dans le courant de la semaine prochaine. Je suis
prêt à me charger de la partie "technique" (remplir les formulaires), mais si quelqu'un d'autre est volontaire, je ne lui couperai pas l'herbe sous le pied...

Quelle adresse internet donnerons-nous lors de la création du blog, quels mots de référencement et quelles description ? Je suis prêt, le cas échéant, à créer une nouvelle BAL sur mon compte orange
pour le nouveau blog, BAL qui serait accessible à vous deux via internet et un mot de passe (je me renseigne sur les détails techniques). Sinon, on peut créer un compte gratuit sur la
poste.net.

Voilà de beaux sujets de méditation, à vous les filles...


Emmanuel 18/07/2008 10:25

Je parlais récemment avec un ami de la "légende des catacombes de Toulouse" et justement nous avons évoqué ce passage de Céline. D'après vous, est-il possible que ces ossuaires existent encore de nos jours ? Dans le précédent article, vous écrivez que les momies auraient été détruites pendant la Révolution. Or, Céline semble les avoir vues... L'église Sainte Eponine, d'après vous c'est ? Saint Sernin ? Y aurait-il encore des mystères à découvrir dans les sous-sols de la Ville Rose ?

Abellion le Polygraphe 18/07/2008 10:55


Emmanuel, je vous donne une première réponse, mais il faudrait approfondir la question.

D'après les textes que j'ai consultés (je ne suis pas remonté jusqu'aux sources archivistiques, seule preuve définitive en histoire, faute de temps), les momies toulousaines ont été détruites à la
révolution aux Jacobins; quant à l'Eglise des Cordeliers, elle a brûlé au XIXe siècle, il y a peu de chances que les momies aient réchappé, s'il y en avait encore.

Voici ce que dit André Rimailho : "...toutes ces momies toulousaines devaient disparaître à la Révolution". Il ne donne pas de référence, il faudrait remonter ses sources, voir les historiens
toulousains et les mémoires de l'époque pour en être sûr.

D'après mes lectures, j'avais donc conclu que toutes les momies de Toulouse ont disparu depuis longtemps. Maintenant, qui sait: il y en a une qui a été envoyée à l'étranger (celle de l'enfant), et
il est possible que dans la tourmente révolutionnaire, un particulier, ou l'hopital aient récupéré une ou plusieurs de ces momies, on ne sait jamais. Certaines ont peut-être subsisté.

Si on pense que ces momies ont disparu, Céline ne peut les avoir vues. il a peut-être vu celles de Bordeaux, qui étaient encore visibles au siècle dernier (voir l'article d'Anne-Laure,
sur le blog Trésors d'Aquitaine). il faut que je vérifie si Céline est effectivement venu à Toulouse et dans le sud avant d'écrire Voyage.

Il est vrai que c'est partiellement une oeuvre autobiographique, mais avant toute une fiction, avec des distortions, des exagérations, du fantastique même... Il a pu transposer à l'époque moderne
les récits du XVIIIe siècle sur les momies de Toulouse (de même que dans un autre passage, il fait aborder une galère espagnole du XVIe siècle à New York au XXe siècle). Le Voyage est familier de
ces télescopages d'époque...

Il y a aussi le célèbre texte d'Hugo sur les momies de Bordeaux, qui a pu l'inspirer : http://webetab.ac-bordeaux.fr/Pedagogie/hugo/texte9.htm

Pour moi, s'il s'avère que les momies ont toutes disparu à la révolution, Céline aurait pu inventer cette crypte et cette église en s'inspirant de récits anciens ou de témoignages qu'il aurait
trouvé dans des mémoires. Elles sont évoquées dans l'Histoire de l'embaumement (vers 1840). Il était médecin, avait dû lire des livres sur l'embaumement et la conservation des corps. Mais
il faut que je creuse la question... Les glosateurs de Céline ont dû donner leur avis là-dessus.

Quant aux souterrains de Toulouse... Il y a aussi cette légende récurrente des sous-sols de Saint-Sernin, que j'ai traitée dans un autre article. Il semble qu'à Saint-Sernin il n'y ait rien qu'un
puits. Je ne m'y connais pas trop en géologie, mais les terrains toulousains sont alluvionnaires ou sédimentaires (sables, graviers, argiles) jusqu'à une grande profondeur : ce qui rend difficile
la contruction de souterrains (contrairement aux catacombes qui peuvent exister dans d'autres villes). 

Saint-Eponine comme transposition de Saint-Sernin dans la fiction ? Pourquoi pas, si on pense aux légendes de ces sous-sols de Saint-Sernin, et au fait que, 10 ans après Céline, notre Magre a repis
la légende de ces souterrains en la rattachant à Saint-Sernin.

Des souterrains existent bien dans la région toulousaine et albigeoise. Ils'agit d'abris creusés dans le grès molassique. Ce sont des constructions assez modestes, qui servaient
avant tout d'abris dans les périodes troublées.

Une piste intéressante, c'est celle des puits à offrandes dans lesquels les Gaulois jetaient toutes sortes d'objets, et dans lesquels les archéologues ont affectivement trouvé pas mal de
choses.

Toulouse est une très vielle ville, et sans doute des myriades de vestiges archéologiques ou autres restent à découvrir!

Voilà tout ce que je sais... Si vous avez des infos de votre côté, je suis preneur !