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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 08:25

Le 8 Janvier 1800, un enfant nu, voûté, âgé d’environ 10 ans, est débusqué par trois chasseurs. Il s’enfuit, et réfugie dans la maison du teinturier Vidal, à St Sernin Sur Rance. Il s’est déjà évadé trois fois, depuis qu’une femme l’a trouvé dans les bois environnants. Il est nu, sale, porte des traces de cicatrices dues à son existence solitaire. Il ne parle pas, se montre farouche, sale, violent parfois. Il renverse la nourriture qu’on lui sert dans une écuelle, à même le sol, et pétrit des boulettes avec ses mains sales, les roule dans la poussière avant de les avaler.

 

Envoyé à Sainte Affrique puis à Rodez, il est pris en charge par un certain Abbé Bonnaterre, puis, sa réputation grandissant, le ministre Lucien Bonaparte le réclame à Paris. Il y  est exposé comme un phénomène de foire.  Mais il reste sale et sauvage, n’apprend rien, et refuse tout contact. Le Docteur Pinel déclare qu’il est atteint « d’idiotisme ». Le tout Paris se désintéresse de lui.

 

Le Docteur Itard le fait entrer dans son institut pour sourds-muets. Son avis est très proche de celui de Monsieur Pinel :

 

« Procédant d'abord par l'exposition des fonctions sensoriales du jeune sauvage, le citoyen Pinel nous présenta ses sens réduits à un tel état d'inertie que cet infortuné se trouvait, sous ce rapport, bien inférieur à quelques-uns de nos animaux domestiques ; ses yeux sans fixité, sans expression, errant vaguement d'un objet à l'autre sans jamais s'arrêter à aucun, si peu instruits d'ailleurs, et si peu exercés par le toucher, qu'ils ne distinguaient point un objet en relief d'avec un corps en peinture : l'organe de l'ouïe insensible aux bruits les plus forts comme à la musique la plus touchante : celui de la voix réduite à un état complet de mutité et ne laissant échapper qu'un son guttural et uniforme : l'odorat si peu cultivé qu'il recevait avec la même indifférence l'odeur des parfums et l'exhalai­son fétide des ordures dont sa couche était pleine ; enfin l'organe du toucher restreint aux fonctions mécaniques de la préhension des corps. Passant ensuite à l'état des fonctions intellectuelles de cet enfant, l'auteur du rapport nous le présenta incapable d'attention, si ce n'est pour les objets de ses besoins, et conséquemment de toutes les opérations de l'esprit qu'entraîne cette première, dépourvu de mémoire, de jugement, d'aptitude à l'imitation, et tellement borné dans les idées même relatives à ses besoins, qu'il n'était point encore parvenu à ouvrir une porte ni à monter sur une chaise pour atteindre les aliments qu'on élevait hors de la portée de sa main ; enfin dépourvu de tout moyen de commu­nication, n'attachant ni expression ni intention aux gestes et aux mouvements de son corps, passant avec rapidité et sans aucun motif présumable d'une tristesse apathique aux éclats de rire les plus immodérés ; insensible à toute espèce d'affections morales ; son discernement n'était qu'un calcul de gloutonnerie, son plaisir une sensation agréable des organes du goût, son intelligence la susceptibilité de produire quelques idées incohérentes, relatives à ses besoins ; toute son existence, en un mot, une vie purement animale. » (Jean Itard, 1801).

Les différents savants ne seront jamais d’accord : son retard mental est-il dû à son isolement, ou un handicap précoce aurait-il conduit à son abandon ?

 

Itard s’attache pourtant à sa réinsertion sociale, alors que personne n’y croit.

Son mémoire de 1801 présente ses choix pédagogiques :

 

1-    L’attacher à une vie sociale, en lui rendant la vie plus douce que celle qu’il menait.

2-   Réveiller sa sensibilité nerveuse, (bains glacés puis brûlants, émotions vives.) La progression de son éveil sensitif devant développer ses fonctions intellectuelles.

3-   Eveiller son esprit en lui donnant des besoins nouveaux afin qu’il les désigne, et en multipliant ses rapports avec d’autres.

4-   Lui faire apprendre le langage, considéré non comme une expression de la pensée, mais un déterminant de son élaboration.

 

L’enfant, sollicité par le médecin, finit au bout de plusieurs semaines à tourner la tête en entendant le son « o » ; Il s’appellera donc Victor.

Il lui faut quatre à cinq mois pour qu’il relie l’audition s’une voix à une personne.

 

Il ne peut utiliser un mot comme signifiant. Il désigne le mot sur une étiquette lorsqu’il voit l’objet, mais si celui-ci disparaît, il ne peut en demander avec la même étiquette.

Victor, dont l’intelligence pourtant hors du commun l’a aidé à survivre dans un monde sauvage, n’a pas bénéficié d’un être parlant, (une mère), qui pouvait lui transmettre le langage.

 

Victor n’apprit jamais à parler. Jean Itard finit par considérer son incapacité, ou son refus de parler,  comme un échec personnel.

 

Victor fut confié à sa gouvernante, Madame Guérin, qui prit soin de lui et le soigna pendant 17 ans, de 1811 à sa mort, en 1828, dans une maison de l’Impasse Feuillantine.

 

Que retenir de cette histoire ?

 

Tout d’abord, que les différents acteurs ne sont pas toujours d’accord sur les dates et sur l’interprétation des progrès de Victor. Il a donc fallu se résoudre à prendre le parti du milieu. (Qui n’est pas plus juste pour cela.)

 

Ensuite, que le professeur Itard, bien qu’animé des meilleurs intentions, créa chez cet enfant des besoins faisant qu’il ne pouvait plus être capable de revenir dans son milieu naturel ; en effet, lui qui ne souffrait auparavant ni du chaud, ni du froid, devint incapable de vivre sans un confort minimum. De plus il perdit sa faculté à trouver de la nourriture.

Mais il ne fut jamais heureux non plus dans la « civilisation ». Il passa toute sa vie de « captif », collé à une fenêtre, regardant les forêts avec désespoir.

 

Bref, un fort intéressant sujet d’étude…

 

La question qui se pose alors est : Aurait-il été plus heureux en restant sauvage ? Aurait-il pu toute sa vie supporter sa solitude, et jusqu’à quel âge aurait-il vécu, à l’état de nature ?

 

Autant de pistes de réflexions qui demeurent du ressort de chacun…

Hélène.


Merci à Hélène d'avoir accepté d'écrire sur sur ce sujet qui m'intéresse fort, un article substantiel, bien documenté et qui pose les vraies questions. Faites-donc un tour sur son blog, radicalement différent ! Franc-parler, ténacité, elle a toute ces qualités à la fois, même si cela embête certain(e)s...
C'est une grande amie pour moi.

Illustrations.

Photos de l'Enfant sauvage, le film de Truffaut.
Diverses photos prises à St-Sernin-sur-Rance, où Victor fut trouvé (elles datent de la fin 2005). La première montre la statue de Victor.

Liens
Les hommes sauvages, légendes et réalité.

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commentaires

COUDRAIN 31/05/2012 12:47

C'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.
A votre dispositions
Cordialement
SCULPTEUR COUDRAIN

Abellion 05/06/2012 10:15



Merci, Maestro, je ne laisserai pas votre invitation sans suite !



COUDRAIN 27/05/2012 16:11

Vous vous intéressez à l'enfant sauvage de l'Aveyron ,sujet qui pose de vraies questions(l'inné, l'acquis,200 ans de polémiques sur l'autisme. La sculpture qui illustre cette histoire réelle, d'un
enfant sauvage découvert à Saint Sernin sur Rance a été crée et réalisée par l'artiste sculpteur REMI COUDRAIN .
Vous pouvez mentionner le nom de l'artiste , le titre du site de l'artiste, et créer un lien retour.
Vous pouvez me contacter si vous avez des questions à me poser.
Rémi Coudrain artiste sculpteur

Abellion 30/05/2012 18:36



Je vous remercie de votre aimable et bénévole proposition, chose qui devient si rare par les temps qui courent ! J'avais l'habitude sur ce blog d'interroger des artistes de la région, et ma fois
ce serait avec plaisir que je vous poserais quelques questions. pour l'instant, mes obligations me laissent loin de ce blog, mais serait-il possible de prévoir quelque chose pour cet été ?
Cordialement, Abellion



marline velay 22/01/2009 15:56

bravo continu comme ca

Abellion 23/01/2009 06:40


Merci, je transmets à Hélène vos félicitations.


Fardoise 26/10/2008 23:52

Merci pour cet article tout aussi passionnant que pertinent. Car la véracité du "cas" Victor a été remise en cause, il aurait pu souffrir d'un handicap ou de maltraitances. Mais quoi qu'il en soit, ce qui est intéressant c'est l'expérience menée par le professeur Itard pour le ramener vers la société de ses semblables et son semi échec. Car la théorie n'est pas tout et la froide méthode ne remplacera jamais l'amour dont un enfant a besoin, aussi, pour s'épanouir. Il a manqué à Victor/Joseph une Françoise Dolto qui lui permette d'accéder à sa personnalité propre. Acquérir un langage, c'est utile, mais si ce n'est pas pour communiquer, à quoi bon. Lorsqu'on est différent, on reste étranger et donc solitaire. A-t-on seulement cherché vraiment ce qu'il lui était arrivé pour pouvoir le guérir de cette différence ?

Abellion 27/10/2008 07:51



Je publie ce com et l'autre en article. merci de cet avis fort intéressant.



fée des agrumes 24/10/2008 09:35

Le pessimisme évoqué était celui d'Abellion entrevu dans sa réponse, au détour d'une phrase ou d'une question. Il ne concernait pas l'histoire de Victor.
Évidemment que les enfants sauvages soulèvent le débat pcq ils posent la question de notre humanité. Qu'est-ce qui fait de nous des êtres humains?
Pourtant, chaque cas est différent selon l'âge auquel l'enfant a été coupé des autres humains ce qui en soit permet de réaliser concrètement la réalité du développement du petit d'homme.
Les dernières découvertes scientifiques au sujet des comprtements animaux sont aussi très évocatrices et renvoit à cette question de notre humanité.
Nous sommes en pleine actualité!
Bonne journée :)

Abellion 24/10/2008 09:50


Oui, en voilà des pistes passionnantes... Merci Fée et à très bientôt !