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"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 10:11

 

(Conte traditionnel de la Montagne noire, littérarisé et arrangé par Henri Tournier vers 1899-1900. Ce texte n'est donc pas de moi, mais de Tournier ! ) 

Comme une petite sœur des Pyrénées dont elle est l’avant-courrière, la Montagne-Noire déroule les riants vallons et les sommets dénudés de sa chaîne, entre les vignobles ensoleillés de l’Aude et les coteaux de la vallée du Tarn.

 

La cité la plus importante de cette région, célèbre par les luttes de la Croisade albigeoise, était au Moyen-âge, le fort inaccessible d’Hautpoul, dont les sept consuls s’intitulaient avec orgueil les Rois de la Montagne-Noire, et qui portait dans ses armes les six coqs de sable crêtés et barbés de gueules, emblèmes de se fierté et de sa bravoure. Hautpoul est placé sur un contrefort rocheux de la chaîne, au pied rongé par le torrent impétueux de l’Arnette qui gronde à une centaine de toises au-dessous de ses remparts. Du sommet de son donjon le guetteur aperçoit, au loin, par-dessus le pittoresque promontoire de St-Sauveur couronné de son église fortifiée, la belle vallée du Thoré aux verdoyantes prairies, plus loin encore le plateau du Causse dont un pli de terrain cache l’antique abbaye d’Ardorel, et, dans le fond, les hauteurs boisées du Sidobre. L’horizon est vaste et le contraste violent entre le premier plan et les paysages qui lui font suite.

 

Parmi les notables bourgeois de la ville, vaniteux de sa grosse fortune qu’il cherche à augmenter sans cesse, le chef des archers, Rivière, jouit d’une considération qu’il doit autant à son adresse à l’arbalète qu’à la situation élevée de sa famille. Son plaisir favori est la chasse et nul dans l’Hautpoulois ne peut se vanter d’atteindre le nombre de sanglier ou de loups, de lièvres ou de chevreuils que son arme a abattus.

 

Seul et harassé de fatigue, messire Rivière rentrait, par un beau soir d’été, de courir la plaine et il suivait pour regagner Hautpoul le lit sauvage et encaissé de l’Arnette, lorsqu’un frais éclat de rire, perçant au milieu du tumulte des eaux, l’arrêta net, pris soudain d’une vague inquiétude. Aux derniers rayons du soleil disparaissant derrière les hautes cimes, une scène adorable s’offrait à ses yeux. Là, à quelques pas de lui, une jeune femme d’une beauté merveilleuse, les épaules couvertes d’une magnifique chevelure dorée, joue dans un remous du courant avec une ravissante fillette. L’enfant et la belle inconnue, sa mère (on n’en peut pas douter, tant est grande l’analogie de leurs traits) se disputent, avec des rires et des exclamations joyeuses, un peigne d’or étoilé de diamants, véritable merveille, telle que nul être humain ne pourrait en refaire de semblable.

 

A ce spectacle, pourtant charmant, Rivière pâlit, car il vient de reconnaître la fée Saurimonde dont si souvent à la veillée s’entretiennent les bonnes gens d’Hautpoul. Bien peu ont pu la contempler, mais tous ceux qui l’ont aperçue se souviennent encore de sa beauté magique, de sa splendide chevelure, de son adorable fillette et aussi du peigne d’or, bijou de reine, œuvre du diable, qui sert à sa toilette. Et le chef des archers repasse dans son esprit les chants des troubadours : ils l’ont tous célébrée, cette Saurimonde, et son nom est connu au loin, de Toulouse, où se tient la cour du comte Raymond, jusqu’à Montpellier, où le roi d’Aragon appelle les poètes ; et avec sa beauté, tous ont chanté son peigne d’or.

 

Cependant, tandis qu’il songe ainsi, Saurimonde, sortant du cristal du torrent, court se reposer sur un rocher de la rive ; la voici bientôt qui attire auprès d’elle son enfant : de sa blanche main, elle prend le peigne fameux et lisse avec tendresse les blondes boucles de la fillette.

 

Mais quoi ! un rien, un mouvement léger, un regard trop aigu de Rivière ! La fée se sent surprise et la vision s’évanouit : Saurimonde entraînant son enfant a regagné la grotte enguirlandée de chèvrefeuille qui lui sert de palais.

 

La nuit est descendue sur Hautpoul, lorsque le chasseur attardé franchit la porte de son château. Le souvenir du spectacle entrevu assiège son esprit et par-dessus tout, par-dessus la beauté de la fée, par-dessus la grâce de l’enfant, c’est le désir, la soif de posséder le peigne d’or qui hante son imagination.

 

Désormais, il n’a plus de repos, plus de sommeil : l’orgueilleux Rivière fuit ses amis, repousse ses flatteurs. La chasse n’a plus d’attraits pour lui ; seule, la vision troublante du royal joyau le poursuit et le possède. Le changement est tel que tous en parlent ans Hautpoul ; mais lui, muet, n’a confié à personne son secret.

 

Un soir, sombre, anxieux, il prend son arbalète depuis longtemps oubliée. Où va-t-il ainsi ? Comme un insensé il dégringole en courant les pentes abruptes que dominent les noirs remparts de la cité. Il se glisse au milieu des rochers et des buissons qui bordent le torrent écumeux. C’est là que la vision lui apparut !

 

Par la croix de Saint-Brès ! Elle y est encore ce soir. C’en est fait ! L’arbalète à l’épaule, il presse la détente… et le chef des archers, le tireur qui jamais n’a manqué son coup, le chasseur adroit qui ne revient jamais les mains vides, voit avec stupeur le carreau de son arbalète tomber à quelques pas de lui, tandis que la fée Saurimonde, plus belle et plus rieuse que jamais, le montre du doigt à son enfant en raillant sa maladresse.

 

Maintes fois, par la suite, Rivière, de la plus en plus torturé du désir de posséder le peigne d’or, renouvelle son odieuse tentative ; elle tourne toujours à sa confusion et son dépit augmente en même temps que son envie.

 

C’est après une nouvelle déconvenue que notre homme gravit le chemin escarpé, pavé de larges dalles, qui mène à l’église de St-Sauveur : -« Mon cousin l’abbé, s’est-il dit, saura mon secret ; je suis certain que lui du moins le gardera : peut-être même, en qualité de clerc, pourra-t-il me donner la recette qui fera passer dans mes mains le peigne d’or de Saurimonde. »

 

-« Oui, c’est pour sûr une fille du diable, lui répond le prêtre ; et tu as pour réussir un moyen infaillible : aie soin de fixer sur le projectile qui doit te servir une monnaie de notre seigneur le Comte, dont la croix de Toulouse orne le centre ; tu atteindras sûrement ton but ; la bonne arbalète portera avec sa précision habituelle et Saurimonde frappé à mort t’abandonnera son bijou ».

 

A ces mots, Rivière sent son espoir renaître et le lendemain même le soleil couchant le voit à son poste, dans les lieux témoins de ses ridicules déconvenues…

 

Voici enfin l’heure où la fée aux cheveux d’or apparaît. Saurimonde se montre, plus belle que jamais ; un voile léger couvre à peine son corps adorable ; sa chevelure dénouée flotte sur ses épaules et ses yeux profonds et clairs semblent sourire, en cherchant du regard son maladroit ennemi. Toute heureuse, elle s’approche de l’eau limpide du torrent et sa ravissante fillette, vraie miniature de sa beauté, court la rejoindre.

 

Maintenant, il fait presque nuit ; le froid descend ; Saurimonde, le peigne d’or à la main, appelle son enfant qui joue encore et lui échappe sans cesse.

 

-« Par Dieu, rivière, c’est le moment ‘agir, le joyau est à toi ! »

 

Une lueur féroce dans son œil avide, il ajuste, sûr cette fois de son coup ; il presse la détente…

 

Ciel ! Un cri terrible a retenti ; c’est l’enfant qui est atteinte et la mère éperdue, jetant dans le torrent furieux le peigne d’or désormais inutile, emporte dans ses bras sa mignonne fillette dont une plaie sanglante rougit la peau nacrée.

 

Mais la fée qui ne connaît que les jeux et les rires, s’arrête au seuil de la demeure qu’elle ne franchira plus jamais ? Au milieu des sanglots dont elle couvre le cadavre chéri, elle lance au misérable orgueilleux l’imprécation de son désespoir.

 

-« Malheur à toi ! Assassin de mon enfant, de grande Rivière que tu étais, tu deviendras petit ruisseau ! »

 

Puis elle disparut et nul ne l’a revue depuis.

 

Le vainqueur de Saurimonde cherche vainement dans le torrent le peigne d’or, cause de son forfait ; il ne put jamais le retrouver. Mais la prédiction de la fée se réalisa et la descendance de Rivière, tombant de chute en chute dans l’obscurité et dans la misère, a aujourd’hui complètement disparue dans l’Hautpoulois.

 

Il ne reste de cette légende que la grotte de Saurimonde qui porte encore le nom du Peigne d’or. Mais le palais de la fée a été presque complètement éventré pour laisser passage dans ces dernières années, à la route si pittoresque qui suit le fond du ravin de l’Arnette en amont de Mazamet.

 

Henri TOURNIER (château d’Aiguefonde, par Mazamet-1899).

 

 

NOTE.

Ce conte est donné tel qu’il est paru dans la Revue du Tarn (vol XVII, année 1900).  Il est bien sûr très littérarisé, dans un style désuet et très XIXe siècle qui lui donne un charme suranné. Toutefois, la Saurimonde est un personnage légendaire de premier plan dans la Montagne noire, d’où l’importance de ce témoignage, à l’époque où les traditions orales étaient encore vivaces…

 

Lien. 
Autres articles sur la Saurimonde.  

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commentaires

Anne-Laure 11/11/2008 15:07

Il me semble que les écrits que j'avais feuilletés étaient ceux de Jung, mais c'était il y a longtemps et du coup je n'en suis plus très sûre. Si ce n'était pas lui, alors oui j'ai une autre référence, mais je l'ai oubliée... Tu es bien avancé maintenant hein ? ;-)

Abellion 11/11/2008 16:03


De toute façon, ce n'est que partie remise, n'est-ce pas ? ;-)


Anne-Laure 10/11/2008 10:42

Il y a d'ailleurs de nombreux psychanalystes qui se sont penchés sur la symbolique des contes

Abellion 10/11/2008 13:25


Oui ! J'ai autrefois lu l'essai de Freud sur la Gradiva, mais j'ai été déçu par le côté purement sexuel de l'interprétation. J'ai préféré un essai de Jung sur les symboles. As-tu d'autyres
références ?
Mais tout cela est affaire de spécialistes... la mythologie et l'ethnologie, sans recourir à la psychanalyse, donnent aussi des indications précieuses.
Il y a aussi des théories qui font remonter les contes à un substrat chamanique originel.
On se perd un peu dans une forêt d'hypothèses !


Hélène 09/11/2008 21:59

Si l'on reprend votre parallèle avec les Parques, cela voudrait-il dire que le peigne d'or représente une espèce de droit de vie et de mort?
Le plus grand sacrilège, pour moi,(et là je rejoins AL,) c'est de désirer ce peigne. C'est une marque de cupidité, et-mais là je m'avance peut-être trop,-une incapacité à voir le beau, l'essentiel. Comment, ne voir qu'un peigne devant une si jolie scène?

Abellion 10/11/2008 06:41


Vous avez sans doute raison. Mais le désir du trésor des fées est un constante dans la légendaire occitan. Souvent, celui qui le désire fait semblant d'être amoureux de la fée pour gagner sa
confiance et voler son trésor. La convoitise du trésor, là aussi, se déguise en amour sincère et fascination de la beauté. Mais même dans ce cas, l'homme n'arrive jamais à ses fins ; d'une
manière ou d'une autre, le trésor des fées se dérobe !


Anne-Laure 09/11/2008 12:33

C'est en effet dans le conte, mais c'est aussi un des but du contes...

Abellion 09/11/2008 15:32


Oui, à la fois un motif textuel et métatextuel... En cela, les contes sont beaucoup plus complexes que l'on pense parfois et passionnants. Mais ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre, qui es
une conteuse-née !


Anne-Laure 09/11/2008 11:19

La cupidité est l'un des thèmes les plus abordés dans les contes.

Abellion 09/11/2008 11:42


Oui... Sous toutes ses formes. Désir des richesses, de la domination (désir de dominer), désirs de la chair... C'est aussi un des invariants de la nature humaine ! Mais peut-être prime avant tout
dans les contes le désir de l'homme de s'extraire, par l'imaginaire, de sa propre condition, et l'insatisfaction récurrente de ce désir (mythe de Sisyphe ?).