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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 22:40

 

 

Dans une vallée boisée du Béarn se niche un petit sanctuaire étonnant. Il fut fondé au Moyen-âge, nous dit la légende, après la découverte d'une statue de la Vierge. Ruinée lors des guerres de religions, l'église fut recontruite au XVIIe siècle, puis ornée aux XVIIe et XVIIIe siècles de belles boiseries baroques.

 

Je m'éloigne du Languedoc pour venir chez nos amis béarnais, j'espère qu'ils ne m'en tiendront pas rigueur !

 

Fondation du sanctuaire.

 

 

Le sanctuaire originel fut fondé au XIIe siècle. De cette époque, il ne reste qu'une abside romane "en cul de four", étonnamment accolée à l'église actuelle de style XVIIe siècle. En tout cas, en 1343, le pèlerinage à Sarrance était assez populaire, puisque Gaston II de Foix, vicomte de Béarn, laisse 150 sols pour faire dire une messe par jour. Comme tout sanctaire marial, celui-ci a sa légende fondatrice, liée à une statue miraculeuse... Je vous invite à entrer dans une petite chapelle de l'Eglise pour la découvrir !

 

Légende de fondation.

 

 

Dans une des chapelles latérales de l'Eglise se trouve un retable XVIIIe siècle. Selon les monuments historiques, il figurait jadis dans une petite chapelle située à l'endroit présumé où l'on avait trouvé la statue. Les panneaux de ce retable mettent en scène dans un style naïf mais habile les circonstances de la découverte.

 

La légende de Notre-Dame de la Pierre rapporte que jadis, un bouvier était étonné de voir un de ses boeufs engraisser en son absence. Intrigué, il le suivit et le vit agenouillé devant une statue de la Vierge.

 

Cette scène est figurée sur le retable. Sur le panneau de gauche, le boeuf plie ses pattes avant devant la statue. Son maître l'imite et s'agenouille à son tour, de l'autre côté du gave. On est frappé du regard quasi humain de l'animal !  

 

La légende ajoute que la scène eut un témoin, convoqué par le bouvier. C'est un pêcheur, qui figure sur un panneau opposé au premier. Il se tient au bord de la rivière, dans laquelle serpentent des poissons argentés. Les costumes permettent de rattacher le retable au XVIIIe siècle, semble-t-il.

 

 

Naïveté de la légende, naïveté de cet art à la fois orné et modeste, un peu campagnard... Il n'en faut pas plus pour me charmer, pour ce qui me concerne.

 

Francis Jammes a écrit quelques vers sur ce thème :

 

 Dans le val de Sarrance
Où les champs étagés
Encadrent les bergers,
L’onde a la transparence
D’un air toujours léger.

Or près d’un lit de pierres,
Que recouvraient les eaux,
Le plus gras des taureaux
Semblait être en prière,
A genoux, les yeux clos.

Son maître tout de suite
Alla chercher non loin
Pour le prendre à témoin
Un qui pêchait des truites
Et qui aussitôt vint.


Une vierge noire ?

 

Entre les deux panneaux du retable, on a conservé une étonnante tête de vierge noire. D'après les monuments historiques, elle daterait du XIVe siècle. Ce serait la plus ancienne représentation subsistante de la vierge de Sarrance. Elle est vêtue d'une robe et protégée par un verre qui évoque une sorte de gros ostensoir.

 


Litanie des visiteurs célèbres.

 

En 1385, les 3 rois : Gaston Fébus, comte de Foix et vicomte de Béarn, Charles, roi de Navarre et Pierre, roi d'Aragon. Il est dit que les frontières de leurs territoires n'étaient pas éloignées de Sarrance en cette époque. En 1461, Louis XI vint à son tour. A la Renaissance, la reine Marguerite de Navarre visita l'église et s'en inspira pour le cadre de son Heptaméron.  

 

 

Heurs et malheurs

 

Après ces fastes du début de la Renaissance, vient le spectre des guerres de Religion. L'église est dévastée, "l'idôle" de Sarrance détruite (1569). L'hôpital servant à accueillir les pèlerins devient auberge. Le Béarn devient protestant, le culte catholique est interdit. Sarrance est rachetée par un capitaine huguenot (1574).

 

Le renouveau.

 

 

En 1605, les conflits se sont un peu apaisés et les Prémontrés rachètent les ruines de l'abbaye. C'est eux qui donneront à l'église et au cloître de Sarrance leur physionomie actuelle. Il faudra plus de 70 ans pour reconstruire l'ensemble des bâtiments.

 

C'est grâce à cette destruction et cette reconstruction que l'on a avec Sarrance un ensemble baroque, d'une grande homogénéité.

 

Une riche décoration.

 

Du XVIIe et du XVIIIe siècle date aussi la riche décoration intérieure, très révélatrice de l'esprit de la Contre-Réforme par son insistance sur certains thèmes : la pénitence, la méditation, la prédication. 

On peut penser qu'en cette terre protestante, les religieux de Sarrance ont dû redoubler d'énergie pour ramener les gens dans les églises.  

 

 

La chaire.

 

Pour la Contre-réforme, il faut reconquérir les âmes par la parole et l'explication des Ecritures.

Signe de l'importance de la prédication dans la Contre-Réforme, la chaire où se tenait l'orateur. Elle est en bois doré et sculpté. Elle s'orne de représentations en  "bas-relief" des quatre Evangélistes. Chacun est accompagné de son animal symbolique et se tient debout sur un socle, peint pour donner l'illusion du marbre.  Ci-dessus, Luc avec son taureau.

 

Les panneaux de la nef.

 

Ils évoquent une autre valeur centrale de la Contre-Réforme, la prière et la méditation. Ces panneaux représentent en effet plusieurs spirituels ou saints, parmi lesquels Saint Bruno, Saint Fulgence, Saint Guillaume. Les personnages sont tous en pleine oraison, agenouillés ou bien comme en extase, les yeux levés au ciel. Ces représentations datent du XVIIe siècle, d'après les monuments historiques.

 

 

Un rébus et un confessionnal.

 

Non loin de ces panneaux, du côté droit de la nef, une sorte de rébus... Un serpent, tenant dans sa gueule la pomme d'Adam et Eve, voisine avec un crane posé sur des os en sautoir.

 

 

La signification en est bien sûr évidente, et devait s'imposer aux pèlerins à laquelle elle s'adressait : le péché entraîne la mort. Il est significatif de voir que le confessionnal est situé immédiatement au-dessous de cet avertissement, comme pour appeler les pèlerins à demander le pardon.

 

Le mont des Oliviers.

 

Il existe un deuxième retable proche de celui qui relate la découverte de la statue (voir ci-dessus). On y voit un panneau de bois remarquable, dont le sujet est caractéristique de la piété baroque : la méditation de la passion du Christ, qui a aussi inspiré maints poètes baroques, dont le plus connu est Jean de la Ceppède (Les Théorèmes, 1611). Sur ce panneau, l'artiste anonyme a figuré avec force une des phases les plus poignantes du drame : le Christ, seul au jardin des oliviers.

 

 

Les oliviers sont bien là, dont le feuillage est agité d'un beau mouvement. Soutenu par un ange, le Christ semble pris de faiblesse et défaillant. Face à lui se dresse un calice surmonté d'une croix, qui symbolise son prochain supplice et sa mort. "Père, si tu le veux, éloigne de moi ce calice". Mais le calice apparaît rayonnant d'une lumière surnaturelle... On peut apprécier la théâtralité, l'appel à l'émotion... 

 

 

Notre-Dame de la Pierre.

 

Pour finir, la statue qui attirait jadis ici les pèlerins par milliers. Datée du XIVe siècle, elle trône dans un sorte de niche derrière l'autel, juste au-dessus d'un petit escalier qui permet de s'en approcher.

 

 

  

Près de la Vierge, une série de vitraux décline les litanies de la Vierge, avec une figuration de ses symboles : Fons salutis (fontaine du salut), Janua Coeli (porte du ciel). Les vitraux de l'église datent de la fin du XIXe siècle, et sont l'oeuvre d'Antoine Lusson et d' Henri Feur.

 

L'église connaît une dernière restauration en 1975, et aujourd'hui un musée évoque le patrimoine local.

 

Bref...

Il aurait fallu évoquer le buffet d'orgues XVIIIe siècle, et tant d'autres choses magnifiques renfermées dans cette église... Je voulais juste faire partager avec cet article un peu de ma passion pour l'art baroque pyrénéen.

 

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commentaires

Mahinatu 19/07/2011 15:12


Sarrance, la si belle


Abellion 19/07/2011 16:33



On y retrouve cette beauté simple et mystérieuse, tout imprégnée de bonne santé paysanne et de sacré naïf en même temps, une beauté qui semble parfois déserter si cruellement notre époque...


Réjouissons-nous d'être encore de ceux qui sont capables de la voir. J'ai croisé plus d'une bigote éprise d'un style roman dépouillé (c'est sans doute celui-ci qui leur plaît le plus) qui voulait
envoyer au bûcher le retable baroque de son église. A Sarrance au moins, l'intégrité du site est respectée, avec ce superbe ensemble de boiseries.



Alain 21/01/2009 16:19

Une interview sur ce livre
http://www.dailymotion.com/video/x83mrb_interview-en-franais-de-f-delorca_creation

Abellion 23/01/2009 06:39


Ok pour l'info, mais la prochaine fois, pas la peine de laisser 15 fois le même message... Même si je mets un peu de temps à publier. Y a pas que les blogs dans la vie !


Alain 18/01/2009 13:04

Cette église est citée et valorisée dans le dernier roman de Frédéric Delorca "La révolution des Montagnes" (Editions du Cygne, janvier 2009). Ca vaut la lecture ! Adiu A.

Abellion 18/01/2009 14:01



A lire donc ! Merci du tuyau Alain !



othom 08/12/2008 00:17

toujours aussi érudit, toujours aussi passionnant ce blog est toujours un plaisir à lire.

Abellion 09/12/2008 08:45


Bien trop gentil. Je regrette de n'avoir pas trop le temps de venir voir le vôtre, passionnant et très drôle sur la vie de bureau ! A très bientôt !


Laurence 07/12/2008 23:02

Bonsoir Abellion, je visite, je découvre, je reviendrai

Abellion 09/12/2008 08:44


Et vous serez toujours la bienvenue !