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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 08:08


Aujoud'hui, je vous convie à regarder d'un peu près cette représentation du Jugement dernier, peinture à la chaux de la charnière XVIe-XVIIe siècle, sur un mur extérieur,de l'église de Mont, dans la vallée du Louron (département des Hautes-Pyrénées). Assistons donc à l'étrange rencontre du baroque et du Moyen-âge...

L'Eglise de Mont

La merveilleuse vallée du Louron renferme de véritables trésors patrimoniaux. Une série d'églises, souvent construites à l'époque romane, et ornées de peintures monumentales entre le XVe et le XVIIe siècle. La petite église Saint-Barthélémy de Mont est une de ces humbles et grandioses églises de village. Trappue, elle est acollée d'une puissante tour. C'est une de ces églises édifiées et partiemment restaurées au cours des siècles par les communautés villageoises, et qui portent la marque différentes époques. Une première construction eut lieu à l'époque romane (XIIe siècle), puis des modifications au cours des XIIIe et XIVe siècles. 

La peinture qui nous intéresse est sur le mur sud de la nef, à l'extérieur. Elle fait face au cimetière. Elle a été réalisée entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle.

Etrange surface pour peindre

Premier constat, de bon sens: l'artiste ne disposait pas d'une surface plane pour faire son oeuvre ! D'où une étrange disposition, de part et d'autre d'un contrefort médian. Rappelons que dans ce type de représentation, on trouve des éléments typiques : le Christ en majesté venu juger vivants et morts ; des figures du diable, de l'enfer, etc., et Saint Michel pesant les âmes. C'est bien le cas ici, mais du fait de l'étrange configuration des lieux, la scène est comme fragmentée en trois parties.  


-A gauche du contrefort, le Christ en majesté, entouré de saints et d'anges qui représentent le paradis; en dessous, la délivrance des âmes du Purgatoire.
-à droite, le diable et l'enfer.
-sur le contrefort lui-même, saint Michel opérant la pesée des âmes; et saint Pierre qui se rattache au monde céleste (à gauche).  

Le Paradis

Cette partie revêt une double fonction

-Le Christ apparaît en Juge, venu pour opérer le jugement universel du monde, représenté par une boule sous ses pieds. Sa représentation est conforme au récit de l'Apocalypse; ainsi, comme dans d'autres Eglises de la vallée, il est assis sur ce qui semble bien être un arc-en-ciel. Il est entouré d'une sorte de nimbe ou de halo solaire, représentation du "soleil de justice" peut-être (?)  

-Les saints et les anges, les nuages rebondis figurent le Paradis, le premier des trois lieux de "l'au-delà" avec le Purgatoire et l'enfer. Sont représentées de chaque côté du Christ la Vierge et Saint Jean-Baptiste. Pourquoi celui-ci ? Il semble qu'il y ait eu une chapelle qui lui était dédiée, avec des peintures.

On trouve une figuration très proche du Christ en majesté dans l'Eglise de Vielle-Louron (ci-dessous).



Le Purgatoire


C'est sans doute la partie la plus impressionnante de l'oeuvre, hélas bien effacée par les pluies et l'effrondement de l'enduit ; c'est un véritable scandale qu'on ne fasse rien pour protéger cette oeuvre. Le thème ne doit pas étonner. Entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle, l'Eglise catholique mettait une emphase particulière sur le dogme du purgatoire, remis en cause par les Protestants. Les personnages nus, des deux sexes, sont dans une attitude d'oraison et semblent lever des yeux plein d'espoir vers les anges qui viennent les libérer pour les emporter en Paradis.

La pesée des âmes


Ce thème iconographique remonte à des sources très anciennes; de plus, il est très répandu dans les églises de cette vallée du Louron. En-dessous de Saint Pierre qui s'inscrit dans la lignée des saints du paradis, Saint Michel, posé sur le contrefort médian comme un arbitre entre le Ciel et l'Enfer, tient la balance fatidique, tout en terrassant le démon de l'autre main...

La partie inférieure de la fresque est là aussi piteusement effacée... Mais on peut penser, que le diable terrassé, comme sur d'autres représentations analogues, essayait de faire pencher la balance du côté de l'enfer, en agrippant un des plateaux avec son doigt....


Ce diable tricheur et mauvais joueur est encore bien visible dans la sacristie de Vielle-Louron (petite photo à droite).






L'enfer


Bien que la peinture de Mont (ci-dessus) ait été tracée à l'époque moderne (XVIe-XVIIe s.), elle semble avoir quelque chose de typiquement médiéval, dans le registre de l'imagination monstrueuse... Le diable a un visage terriblement laid, cheveux en bataille et nez énorme, sourcils froncés. Ses mains et ses pieds se terminent par des griffes qui évoquent des serres d'oiseau de proie. Il est entièrement couvert de poils et muni d'une imposante paire de cornes. Il tient un étrange bâton, que je n'ai pas réussi à m'expliquer... Est-ce une sorte de fourche ou d'aiguillon pour torturer les damnés ?

Toutefois, le diable de Mont n'est peut-être pas le plus terrifant de toute la vallée. A Vielle-Louron (photo de gauche), le diable est représenté, comme à l'époque médiévale, en train d'enfourner les damnés dans la gueule du Léviathan, porte de l'enfer.

Rien de tout cela à Mont. L'enfer est suggéré, de manière extrêmement stylisée, par un semis de flammes sur un fond blanc. Au-dessus du diable, un autre démon ailé, avec d'étranges ailes qui paraissent d'insectes. On est frappé par la vigueur de l'imagination de l'artiste, qui a su synthétiser en une image tous les attributs traditionnels du malin...

Ce diable est-il grotesque ou terrifiant ? S'agissait-il de ridiculiser le démon, ou d'en inspirer la terreur ? je vous laisse libre de juger à votre guise, je n'ai pas de réponse à ce sujet.

Bref...

Un monde merveilleux, surnaturel, laissé à la contemplation des paroissiens pour les inciter à la conversion... Le message était simple, et les images le livrent avec la plus grande naïveté. En mettant en oeuvre des éléments traditionnels, l'artiste a su créer néanmoins une belle oeuvre, qui semble porter à la fois les conventions de l'époque baroque (angelots, etc...) mais aussi puiser dans l'imaginaire médiéval et plus ancien (pesée des âmes, démon animal...).  

Voici ce que dit à ce propos le site sur les peinture monumentales de la Vallée du Louron:

Ces peintures présentent de nomdreux détails pittoresques et réalistes qui, en dépit de leur date, accusent encore des caractéristiques médiévales. Archaïsmes stylistiques et originalité iconographique s'y côtoient en effet. Ces représentations populaires restent fidèles aux grands thèmes traditionnels eschatologiques et moraux, tout en abordant aussi des sujets révélateurs du dolorisme de la fin du Moyen Age. Les intentions didactiques sont souvent soulignées, dans les cycles peints de la Passion du Christ et des saints, par les inscriptions qui les accompagnent.


Cri d'alarme

Il est vraiment tragique qu'une telle oeuvre, unique, soit abandonnée à la dégradation des pluies, des intempéries et autres ruissellements. Cela fait longtemps que je ne suis pas retourné là-bas (depuis 2003), j'espère que quelque chose a été fait, sinon il ne restera bientôt plus rien de ce sombre et fascinant bijou...

Lien
Site du ministère de la culture sur les peintures monumentales de la vallée de Louron (auquel j'ai emprunté les photos de l'Eglise de Vielle-Louron).

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commentaires

lepoëtre 01/03/2014 10:13

Le "bâton" du diable ressemble à l'outil utilisé pour la fabrication du fromage, pour fragmenter le caillé. Quant à l'autre démon, je crois qu'il s'agit d'une "démone", cf ses seins, et une corne du diable semble lui chatouiller délicieusement l'ombilic... J'ai connu ces peintures vers les années 1980, puis suis revenue il y a quelques années : travaux en cours et les échafaudages m'ont permis de faire quelques photos bien en face, et non déformées comme depuis le sol. Mirelha

Abellion 12/04/2014 20:46

Ingénieuse remarque sur le bâton ! J'ai un fascicule sur cette église, il faudra que je me remette la main dessus. Quant au genre du démon, de la statuaire médiévale au tarot ou au Baphomet d'Eliphas Levi, il faut bien avouer qu'il a souvent été représenté sous une forme androgyne. Les vieux traités de démonologie confirment qu'il se présente au sabbat alternativement sous les deux sexes...
Cordialement.

Sam 31/10/2011 19:25


Bonjour,
Nous y sommes passe aujourd'hui et bonne nouvelle des travaux sont en cours. Et tant mieux car la fresque est magnifique tout comme le village !


Abellion 02/11/2011 14:29



Je vous remercie, cela me rassure... A ma grande honte je n'ai pas trouvé le temps d'y retourner ni de m'en préoccuper. Je suis heureux que cette merveille soit préservée pour les générations
futures.



Ruf 31/07/2010 19:02


Rien n'a été fait pour protéger ces extraordinaires peintures. La mairie est sans doute minuscule ou inexistante mais que fait le conseil régional ? C'est vraiment écoeurant


Abellion 07/08/2010 16:48



Je ne connais pas du tout la situation sur le plan local, mais généralement les gens du lieux sont toujours conscients que le
patrimoine se dégrade (sauf exceptions)mais peinent à obtenir aides et crédits, surtout en cette période de coupes (où néanmoins on trouve généralement davantage d'argent pour construire des
crèches et des boulodromes que pour restaurer le patrimoine...). Je ne suis pas revenu à Mont depuis des années, peut-être a-t-on fait quelque chose ? Je l'espère de tout coeur.



LN, p 03/03/2009 23:26

Combien cette fresque est réjouissante!
- Saint-Jean-le-Baptiste: sa présence s'explique peut-être par son rôle important dans la Bible: il baptise Jésus, et ce n'est pas rien!
Et ce brave St Michel est bien occupé!
Quant-à cet étrange objet que tient le Diable dans sa main, je trouve qu'il ressemble à une crosse, symbole de sa toute-puissance aux Enfers...Et le démon au-dessus vaut largement, à lui seul, le détour...
Ridiculiser ce haut personnage, ou le rendre terrifiant? Un peu des deux, non?
Quel dommage de ne pas protéger cette peinture...

Abellion 04/03/2009 01:15


Cette peinture est en effet d'une fraîcheur et d'une franchise inspirantes. Une absence tellement totale de second degré qu'elle est étrangement reposante, dans notre monde ricanant... Un diable
évêque à la crosse épiscopale en enfer, pourquoi pas ? Dante y a bien placé un diable ! Je suis heureux que cette fresque vous ait plu, Hélène... Pour moi, les représentations d'un autre monde,
dans toutes le cultures, sont une des parties les plus intéressantes de l'art. Les Enfers chinois valent eux aussi le détour... Et il y a le magnifique bouquin de Delumeau sur le paradis.


fée des agrumes 20/02/2009 18:13

Le bâton n'est- il pas simplement un symbole de pouvoir? temporel, terrestre? comme celui des rois?
C'était aussi la période de la contre réforme ne l'oublions pas; sur vos terres, les catholiques avaient bcp à craindre, il me semble, il fallait impressionner.
et en face du cimetière en plus pour préfigurer ce qui attends les morts ( encore vivants quand ils regardent la fresque)
c'en est presque drôle ( je suis une mécréante ouh!)

Abellion 20/02/2009 18:19


Pour ce qui est de régner par la peur, bien sûr, vous avez raison... Et il est vrai qu'en séapprochant du béarn, il fallait en rajouter face aux Huguenots, entièrement d'accord... Heureusement, les
choses ont bien changé !

Mais quand au bâton, je pense plutôt que c'est une sorte de crochet ou d'instrument, genre aiguillon à bestiaux, qui sert au diable pour pousser les damnés dans la gueule du Léviathan: on peut
le voir en comparant la peinture de Mons avec celle de Vielle-Louron, où le diablotin a une instrument similaire, avec des damnés suspendus aux crochets (berk!).