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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 18:06

Le château de Cabaret

A quoi pensons-nous quand nous voyons un de ces nids d'aigles ruinés sur sa montagne ? A chacun sa réponse... Pour moi, quand je revois Roquefort, Lastours, ou l'un de ces vieux châteaux de la Montagne noire, je pense à l'effort de toutes ces populations, bâtissant à la force de leur mains les murs qui assureraient leur sauvegarde en ces temps troublés.

Résistances ?

Dans ces forteresses vivaient certes souvent des cathares, mais aussi, on l'oublie souvent, des gens qui ne l'étaient pas, des marchands, des chevaliers, qui tous solidairement résistèrent contre l'envahisseur venu du Nord... Il n'est pas question  de refaire l'histoire, mais de rendre hommage au courage et à la lucidité de ceux qui se défendirent contre le malheur qui fondit sur eux.

Cabaret, château et village : le castrum

Un des châteaux symboles de cette résistance du sud, aux armées de la Croisade est sans doute le château de Cabaret, qui a donné son nom à la région du Cabardès, en Montagne noire. C'est l'un des quatre châteaux de Lastours, avec Quertinheux, Tour Régine et Surdespine. Ces murs, souventes fois rebâtis ou restaurés depuis l'époque de la Croisade, ont néanmoins été témoins des actes de cruauté ou de bravoure, que nous allons évoquer...

Le chemin conduisant aux ruines du castrum

Pour en finir avec l'image du château romantique...

Depuis longtemps, l'archéologie en a fini dans nos contrées avec l'imagerie romantique du château, demeure sombre d'un seigneur obligatoirement sanguinaire, isolée à l'écart des villages. Tout cela, divagations et imagination déréglée...

Les donjons médiévaux se tenaient en effet au milieu de ce qui était des groupements de population, des villages parfois prospères, les castrums. Ainsi en était-il du château de Cabaret. L'ancien village était construit en terrasses à l'aplomb du château de Cabaret, au Nord et au Nord-Ouest.

Vie et mort du village

Le village s'est sans doute développé dès 1063, autour du primitif château de Cabaret, qui n'était pas au même emplacement que l'actuel. Les maisons se situaient sur la pente ouest, sur neuf terrasses aménagées jusqu'au cours du Grésilhou. Un second faubourg, sur la pente nord, s'étendait jusqu'à l'Orbiel. Ces lieux ont été brusquement abandonnés vers 1229, lors de la reddition de la forteresse. L'abandon dut être brutal, puisqu'on trouva lors des fouilles du bois consumé, des restes de repas. Le castrum fut détruit volontairement par l'administration royale en 1240.

Un village fréquenté par les "bonshommes"

Il est dit qu'ici, entre 1223 et 1229, l'activité des Cathares fut intense. Tous les habitants du château, par exemple, étaient là pour les prédications de l'évêque cathare Guiraud Abit.

En 1229, au moment du siège d'Humbert de Beaujeu, deux parfaites, Marceline et Raymonde, seront évacuées au château de Miraval tout proche, tandis que Guiraud et la plupart des parfaits trouveront refuge dans le Pays de Sault.


L'état actuel du château


L'ensemble est orienté dans l'axe nord-sud. On y remarque un donjon à cinq côtés, acollé à un corps de logis restangulaire, le tout englobé dans une enceinte au Nord, à l'ouest, au Sud.

Un monde minéral

C'est ici un univers minéral, le monde de la pierre. Plusieurs parties (logis, côté sud de l'enceinte) son contruites à cru sur le rocher.

La bâtisse frappe avant tout par la beauté de ses pierres, aux couleurs diverses, tantôt blanches, tantôt dorées, et explorant toutes les nuances de gris. L'appareil mélange le calcaire dolomitique extrait sur place, avec le calcaire blanc, plus tendre, et le schiste minoritaire. L'ensemble tient par un mortier fait de chaux et de sable. Les moellons de tailles diverses donnent à la constuction le charme de la diversité...

Les deux cours

Passage entre les deux cours

On monte le chemin assez raide qui mène au château, pour se retrouver dans la première enceinte, la cour nord. Puis un petit passage nous conduit vers une autre cour interne aux fortifications, au sud. On voyait jadis entre les deux cours un pavement de galets. La cour nord contient à son extrémité les vestiges d'une citerne.

Le logis
Intérieur du logis

A cheval sur les deux cours, le corps de logis. On y pénètre par une porte jadis surmontée d'une bretèche, dont il ne reste désormais que les consoles. On voit dans la maçonnerie de nombreux trous de boulins qui laissent supposer qu'il existait autrefois un étage. 

Voûte du premier étage du donjon, dans la tour

La tour

Elle est de forme pentagonale (photo ci-contre). L'étage est en partie effondré, mais laisse voir les vestiges d'une merveilleuse voûte d'ogives, "à cinq quartiers rayonnants" (ci-dessus), selon les termes des gens de l'art. Les voussoirs sont en calcaire blanc taillé, les chapiteaux des ogives ne sont pas historiés (sculptés). Beauté fonctionnelle et sans fioritures d'un donjon de montagne, pourrait-on dire... 

Histoire : avant et après les Cathares

Le village de Cabaret fut abandonné au XIIIe siècle. Toutefois, le château, quant à lui, fut occupé jusqu'au XVIIe siècle.

La bâtisse ne présente pas aujourd'hui pas la même physionomie qu'à l'époque des bonshommes. En effet, à l'origine, Cabaret était une forteresse en pièces détachées: le logis était séparé du donjon, et de la tour nord. Ce n'est qu'à l'époque moderne, aux XVIe et XVIIe siècles, que l'ensemble a été englobé d'une enceinte, sans doute à l'époque des guerres de religion. Le château médiéval devint alors un fort, plus compact. 

Cabaret pendant la croisade

Cabaret fut un haut lieu durant la Croisade, notamment en raison du rôle que joua son seigneur, Pierre-Roger de Cabaret, une figure de premier plan. 

On ne sait rien sur lui, si ce n'est qu'il protégeait les hérétiques. En 1209, Pierre Roger était aux côtés de son suzerain Trencavel, pour défendre Carcassonne contre les Croisés menés par Montfort. Une fois la Cité tombée, Pierre-Roger et son frère Jourdain ont regagné leur forteresse de la Montagne noire, terre d'asile pour de nombreux cathares et seigneurs sans terre. 

La cour nord

Le premier assaut (1209)

Un premier assaut, mené par Montfort, aboutit à un échec. Pierre-Roger en profite pour continuer à mener une guerre faite de raids éclair et de guérilla, menés depuis son nid d'aigle montagnard. Voici ce que nous en dit Michel Roquebert : 

"... dès que les Croisés ont détalé, [Pierre-Roger] se met à parcourir sans cesse le pays en tendant des embuscades et en lançant des coups de main. Deux de ses compagnons, deux chevaliers de Fanjeaux refugiés dans ses murs, et dont la mère était une hérétique, Pierre Mir et Pierre de Saint-Michel, réussissent même, en novembre, au cours d'une escarmouche, à tuer un grand capitaine français, Gaubert d'Essigny, et à en capturer un autre, celui-là même à qui Montfort avait attribué le fief de Saissac: Bouchard de Marly, cousin germain d'Alix de Monmorency, l'épouse du chef croisé."

Bretèche à l'entrée du logis de Cabaret

La reddition de 1211

Cabaret capitula néanmoins en 1211, sans coup férir. La forteresse fut alors échangée avec d'autre domaines. Il est à noter qu'à Cabaret, il n'y eut pas de bûcher, comme à Minerve, ni de siège interminable, comme à Montségur. Pour Marie Elise Gardel, ce n'est pas un hasard.

"Et s'il ne s'est rien passé d'aussi spectaculaire à Cabaret qu'à Montségur ou à Minerve, il semble que cela tienne, d'une part, à l'habileté de ses co-seigneurs, en particulier de Pierre-Roger, mais d'autre part à la configuration du terrain, qui ne permettait pas de soutenir un long siège".

Le siège de 1227

Pendant la deuxième partie de la croisade, le château de Cabaret est à nouveau assiégé, en vain, par Humbert de Beaujeu.



Après la Croisade

Le catharisme ne disparut pas pour autant après la fin de la Croisade... Il est même dit que les châtelains installés sur place par le roi reçurent le consolament, le sacrement cathare des mourants, entre 1273 et 1283... L'histoire des idées et des pratiques est, encore une fois, bien plus complexe et délicate que l'histoire guerrière et politique...

Les châtelains étaient installés par le roi, et rémunérés. Jusqu'à la fin de l'ancien régime, les habitants du Cabardès sont exempts de taille en échange de la garde et de l'entretien des châteaux de Cabaret.

C'est pendant les guerres de Religion quye Cabaret, occupé par les protestants, est réaménagé pour les armes à feu. En mai 1591, les soldats du maréchal de Joyeuse prennent la forteresse. La Montagne noire passe ainsi toute entière au parti de la Ligue.


Une étrange histoire, ou la lamentable cohorte... 

Voilà une des histoires les plus frappantes sur ce château... J'ignore si elle est avérée ou pas, tellement elle semble étrange et horrifiante de cruauté. Il est dit qu'après la prise de Bram, Simon de Montfort voulut intimider Pierre-Roger de Cabaret. Il fit aveugler cent habitants, leur faisant aussi tailler les lèvres et le nez ; un seul d'entre eux fut laissé borgne, afin de servir de guide à ses compagnons jusqu'à Lastours.

Bref... 

Un lieu phare de la Montagne noire, important dans l'histoire et la mémoire de ce coin de France... Cet article n'a pas pour but de résumer tout ce qu'on peut savoir sur le château, simplement de donner des pistes de curiosité sur son histoire, à partir des travaux des spécialistes

Que Cabaret et l'ombre de Pierre-Roger nous fassent souvenir de ne pas céder à la force, et de se battre pour les nôtres et nos valeurs...

Liens
Les quatre châteaux de Lastours: introduction
Castrum de Cabaret

Bibliographie sommaire


Les divers travaux, ouvrages et articles de Marie-Elise Gardel, qui dirige les fouilles à Cabaret. 
Les Citadelles du vertige de Michel Roquebert. 

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commentaires

Le Chevalier Dauphinois 22/07/2009 06:37

Dès que j'entrevois une ruine, un rayon de soleil illumine mes yeux. Celle-ci est magnifique : Force et finesse.

Abellion 22/07/2009 08:14


Nous sommes tous sensibles aux ruines. c'est devenu une partie intégrante de notre culture. C'est en grande partie dû aux artistes, qui ont changé notre manière de les voir, créé une véritable
"poétique des ruines". Des poèmes de Du Bellay à ceux de Saint-Amant ou aux romans d'Anne Radcliffe, des tableaux de Monsu Desiderio à ceux d'Hubert Robert, les oeuvres d'art nous ont
appris à aimer ces palimpsestes où le temps et la nature effacent peu à peu la trace de l'homme... L'histoire et l'archéologie nous permettent d'en savoir plus et de lire ces traces avant qu'elles
disparaissent.

Une ruine, c'est avant tout pour moi le témoin d'un temps qui n'est plus, et au plaisir de les découvrir, s'ajoute toujours un certain sentiment, mélancolie, nostalgie, conscience du temps qui
emporte inexorablement toute chose. La beauté est éphémère, c'est aussi ce qui fait son prix.


Charlotteceramique 10/04/2009 12:26

Ca donne envie d'y aller!

Abellion 11/04/2009 06:25


Et encore ! Vous n'avez vu qu'un seul des 4 châteaux...


LN, 18/03/2009 23:11

La magie de ces lieux, Abellion, se vit aussi par la mémoire ou l'imagination...
Je suis d'accord avec vous: des demeures s'accordant avec la nature et restant debout malgré tant de sévices...Il y a là quelque chose de surnaturel, de sacré...Je ressens la même chose dans la première chapelle du Mont Tombe, (plus tard St Michel), mais le gothique flamboyant me plait aussi avec toute cette lumière et cet élégance architecturale si élancée...L'abbaye de Jumiège est une de mes préférées...)
Hélène.

Abellion 19/03/2009 11:19



Dans ces lieux, on sent une transcendance, quelque chose qui nous dépasse... peut-être les siècles accummulés sur ces murailles ? Peut-être aussi le dépouillement, qui nous change tant du
superflu, de l'agitation, de la laideur parfois du monde moderne ? En tout cas, on sent que l'on touche là quelque chose de primordial, d'essentiel... Et cela, même quand ces lieux n'ont pas été
conçus à des fins religieuses. Encore une fois, je ressens la même chose que vous.



LN, 17/03/2009 22:10

Il y a une chose qui m'émerveille toujours avec ces châteaux bâtis à même la roche, et dont je n'avais jamais entendu parler avant d'aller dans le "fief" de ma belle-famille: c'est cette sentation vertigineuse de ne pas savoir vraiment où s'arrête le roc, et où commence ce bâti par l'homme... Quelle ingéniosité que ces châteaux, avec leurs citernes, leurs corps de bâtiment tous différents, (je supppose que la conformation des lieux y faisaient beaucoup), et la fierté de ces édifices grimpant vers les cieux, et paraissant éternels comme la nature elle-même...On se sent si petit par rapport à eux...
Hélène.

Abellion 18/03/2009 08:51


Ah, Hélène, de grâce, arrêtez de me faire l'éloge de ces châteaux alors que je ne peux pas aller les voir... Vous me soumettez au supplice de Tantale, c'est vraiment pas gentil de votre part ! Oui,
le grandiose de cette architecture, c'est qu'elle est à la fois faite de quasi rien, et perdurable à travers les siècles. Tout le contraire de ce qu'on fait en ce moment, quoi (enfin, je généralise
un peu abusivement...). De plus, elle respecte le milieu, tant au niveau paysager qu'environnemental. Il y a vraiment des leçons à en tirer... Merci ! Je réponds à votre mail avant demain matin,
juré !


Margareth 16/03/2009 08:12

Magnifiques photos des châteaux de Lastours que je n'ai pas encore eu le plaisir de visiter. J'ai seulement lu le livre de Joseph Dovetto, "Lastours de Cabaret"

Abellion 16/03/2009 14:49


Livre que je ne connais point... Vous pouvez m'en dire un mot ? Votre blog a l'air intéressant, j'irai sans doute y faire un tour prochainement... A bientôt sans doute !