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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
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"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 07:58


Des gentilhommes-verriers, il y en avait dans le territoire actuel du Tarn (Sorèze, Arfons, Saint-Amans, Forêt de la Grésigne), celui de l'Ariège (montagnes du comté de Foix), et jusqu'à la Margeride.

Leur âge d'ora duré approximativement du XVe siècle au XVIIIe siècle.

Leur histoire fascinante a tous les ingrédients pour plaire : fours cachés au plus profond des forêts, habileté technique prodigieuse, secrets de fabrication du verre, ascension sociale, stratégies matrimoniales... Leur vie ne fut pas toujours facile, notamment en raison des persécutions religieuses.

Des recherches historiques récentes, le musée de verre de Sorèze, aussi bien que des photographies des vestiges du four verrier de Saint-Amans-Soult, guideront notre découverte...

Les origines


C'est bien connu, sous l'Ancien régime, les nobles n'avaient pas le droit d'exercer un travail manuel, fonction qui était dévolue aux bourgeois ou paysans. Toutefois, le noble art du verrier était ouvert aux gentilhommes. Alors comment expliquer qu'il existe des gentilhommes-verriers ? 

Une légende a longtemps existé pour rendre raison de cette bizarrerie. C'est en quelque sorte un mythe fondateur. Sous saint Louis, des nobles ruinés par les Croisades auraient obtenu le droit de travailler le verre, peut-être d'après des techniques rapportées d'Orient. Toutefois, il faut attendre des documents de 1312, un édit de 1436 et une charte royale de 1438 pour voir attestée, pour la première fois, la corporation.

Les gentilhommes se réunissaient parfois à Sommières et à Carcassonne pour se rencontrer et renvendiquer leurs titres de noblesse.

La vie quotidienne des verriers

Elle était plutôt dure, et pour les gentilshommes-verriers, et pour leurs ouvriers.



Privilégiés ?

En tant que nobles, les gentilshommes-verriers disposaient de certains privilèges: ils étaient exemptés de taxes sur leur productions, et d'impôts sur leurs biens, lors des ventes de la production (blé, bétail). 
Les gentilhommes-verriers utilisaient les revenus de leurs activités pour investir dans le terre, notamment en achetant des métairies, ce qui a pu leur conférer un certain pouvoir à l'échelon local.

Les règles de la corporation

Il existait de multiples interdits internes à la corporation des verriers: transmission de père en fils, interdiction de prendre un ouvrier non noble, interdiction de vendre directement sa marchandise, obligation de déplacer ses fours tous les cinq ans...

Ce qui apparaît à l'évocation de ces interdits, c'est que les secrets des verriers étaient jalousement gardés. On ne pouvait transmettre l'art de verrerie qu'à une personne noble, et justifiée de noblesse devant le viguier de Sommières.

Le labeur

Les ouvriers verriers étaient employés pour une durée de six mois, ils vivaient donc d'une autre activité le reste du temps. Le labeur était pénible. Il avait lieu autour des fours, abrités sous un bâtiment, la halle. Dix à douze heures de travail par jour, la chaleur à l'intérieur et le froid dehors...

Dans la Montagne noire, les gentilhommes-verriers employaient également des métayers. responsables d'une ferme (métairie), ils étaient payés moins cher que leur ouvriers-verriers, vaquaient aux travaux subalternes mais nécessaires, comme par exemple la coupe ou le transport du bois destiné à alimenter les fours de verriers. Certains métayers étaient polyvalents et chargés de veiller sur les fours, en parallèle à leur travail à la ferme.

La religion

Beaucoup de gentilshommes-verriers ont embrassé la Réforme, tout en étant fidèles au roi, ce qui leur a valu pas mal de tracasseries... Certains ont même payé au prix fort leur intégrité, en étant envoyés aux galères après la révocation de l'édit de Nantes, dans les familles de Robert et Grenier notamment. Les épouses étaient condamnées à la réclusion à vie et à la confiscation de leurs biens.


Caisse de secours

Peu de gentilhommes-verriers devenaient riches. Certains, comme Abraham de Robert, arrivaient à acheter des métairies et acquérir des biens. Cette réussite exceptionnelle fait figure d'exception. D'autres, au contraire, finissaient ruinés ou vivaient chichement.
Autre aspect de l'organisation des verriers qui semble très novateur, la caisse de secours permettait aux gentilhommes-verriers tombés dans l'indigence de survivre. Un des gentilhommes-verriers fut ainsi soutenu "jusqu'à un âge très avancé".

Une grande famille: les de Robert

C'est une des familles de gentilshommes-verriers les plus illustres. D'après les recherches de M. Blaquière, ils étaient fortement implantés dans la région du Lauragais et de la Montagne noire. Ainsi, la famille d'Abraham de Robert, un des patriarches de la dynastie, étendait ses possessions sur les deux versants de la montagne: versant septentrional avec Sorèze et Arfons, mais versant méridionnal avec Verreries-de-Moussans, et jusqu'en Ariège.

Le travail du verre

Les fours étaient actifs pendant six mois dans l'année, période connue comme la "réveillée" ou la "campagne".

Four de verrier, près de Saint-Amans-Soult

Les ingrédients du verre

Ce sont principalement le sable (la silice) d'une part, et les oxydes de sodium et de potassium (soude et potasse) d'autre part.
Les oxydes étaient obtenues par combustion des plantes (souvent les fougères) sur un terre-plein, non loin des fours. Le sable était généralement extrait d'un ruisseau ou d'une rivière proches du lieu de fabrication.Le verre cassé entrait également dans la composition des objets produits. En effet, il avait la propriété de produire un verre fin, sans bulles, ou d'accroître la résistance.

C'est la fougère qui donnait au verre de la Grésigne ou de la Montagne noire sa belle couleur bleutée...

La fabrication du verre

Les fours des verriers était construits dans les bois, où se trouvait bien entendu le combustible nécessaire. Les fours étaient disposés sous une "halle" des forme carrée, de 11 mètres de côté. On y aménageait trous fours: un four de travail, un four de refroidissement, et un four de dilatation.

Les creusets pour le verre fondu et les cannes pour souffler le verre existaient depuis l'époque romaine.

Four de verrier près de St-Amans-Soult

Querelles sur le bois

Les verriers avaient besoin de beaucoup de bois, et il semble qu'on les ait souvent accusés d'empiéter sur les bois communaux ou les bois appartenant au roi. Pour ne pas arranger les choses, les verriers négligeaient la plupart du temps de replanter là où ils avaient arraché, en contradiction avec les ordonnances royales : c'est ainsi que plusieurs forêts auraient disparu... Il faut dire que le bois était une richesse véritable, et convoitée alors par diverses corporations. Les verriers n'étaient sans doute pas les seuls à exploiter à outrance la forêt, et pourtant ils étaient les seuls à être punis, ce qui est évidemment injuste.

Les objets produits

Un verrier pouvait souffler jusqu'à 350 petites pièces par jour ! Ils créaient parfois des objets étonnants, comme des flacons destinés aux parfumeurs et des pots à onguents pour les apothicaires. Toutefois, la plupart du verre produit était utilitaire (bouteilles, gobelets, lampes).

En Bas-Languedoc, on a pu fabriquer des cloches à melon, des tuiles en verre, des boutons. Il sortait des verreries de la Grésigne toutes sortes d'objets en verre: gobelets, carafes, huiliers, burettes, pots à confiture, biberons... A la verrerie des Pradels, "quartier d'Arfons", on confectionnait des bocaux, des mesures à huile (photo ci-contre), des bouteilles dont le bouchon servait de verre à pied, et tant d'autre merveilles en verre bleuté... Les marchands se chargeaient de vendre le verre au loin: ainsi, la production des Verreries des Pradels était écoulée jusqu'en Ariège et dans les Pyrénées.

(Photo:
Mesure à huile en verre, provenant de la verrerie d'Arfons.
Photo de Denis Estève, dans les actes du colloque de Sorèze, voir bibliographie)

La fin des gentilhommes-verriers

Elle est due à plusieurs facteurs.

-L'Ancien régime
Le pouvoir central, dès Louis XIV, cherche à réduire les privilèges des gentilshommes-verriers en contrôlant leur utilisation du bois et en leur imposant des amendes. Cette politique pouvait aller jusqu'au harcèlement, avec la défense d'installer de nouveaux fours verriers.

-Persécutions religieuses
Huguenots, les gentilhommes ont eu à souffrir de nombreuses contrariétés de la part des autorités. Certains ont abjuré, d'autres ont pratiqué en secret, d'autres ont gagné le Refuge.

-la Révolution

Si certains s'engagèrent dans le mouvement révolutionnaire, d'autres immigrèrent comme nobles. Et la Révolution mit fin aux privilèges dont jouissaient les verriers.

-Absence de modernisation et concurrence du Nord de la France
Au XVIIIe siècle, les verriers de Grésigne ont continué à fabriquer du verre bleu, alors que le verre blanc était à la mode.

Contrairement aux verreries du Languedoc, les  verreries du Nord de la France ont su s'adapter à la révolution industrielle naissante, dès la fin du XVIIIe siècle, en installant des fours à charbon et en mécanisant leur production. Production à coûts moins élevés, donc concurrence déloyale...


Bref... 

Les photos de cet article ont été prises sur la route forestière des fours à verre, près de Saint-Amans-Soult, dans la Montagne noire tarnaise.

Pour aller plus loin, je vous conseille les ouvrages suivants, d'où je tire la matière de ce petit article.  

Yves Blaquière, le Souffle du Verrier

Actes du colloque de Sorèze-2001
(Anne-Marie Denis éditeur). Disponibles au musée du verre de Sorèze (Tarn).  
-Tome I: Collectif, Le Verre
-Tome II: Yves Blaquière, Abraham de Robert et les siens.

Il faut aussi visiter le musée du verre de Sorèze, qui renferme des trésors provenant des ateliers languedociens, et faire le parcours aménagé à Saint-Amans Soult, qui permet d'admirer un four de verrier

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commentaires

Arnaud de Laportalière 01/08/2016 15:03

Dans le sol de mon jardin, j'ai mis au jour un four identique à celui qui figure en première page des métiers du verre de l'Encyclopédie. Un Crénio. Je peux vous en envoyer des photos. Saverdun où je demeure est un ancien fief protestant.

Abellion 26/05/2017 03:59

Belle découverte ! Peut-être descendez-vous vous-même d'une de ces grandes dynasties ?
Cordialement

microsoft outlook errors 19/12/2013 11:39

I have never seen such wild areas in my whole life time. I am indeed glad to see them. This site has made the opportunity for everyone to view these images. Thanks a lot sharing these amazing pictures.

Abellion 12/04/2014 21:10

You're welcome!

NLG 16/02/2011 01:30


Le verre fougère (en réalité fait avec de la soude provenant de la cendre de fougère) ne donne pas un verre bleuté comme celui dit de la Grésigne, mais un vert verdâtre à brun) : ce qui donne le
bleu vert ou certains verts, c'est le cuivre ou certains minéraux présents dans le quartz. On ne sait rien des verreries de la Grésigne, pas même où elles se situaient. On connait mieux celles de
la Montagne Noire qui ont fait l'objet d'études et de fouilles. Les fours sont connus et les fragments retrouvés montrent qu'elles produisaient toutes du verre transparent ET du verre de toutes les
nuances de vert, y compris ce vert bleu canard, plus surement du à la présence de cuivre. les mines de Durfort sont à côté de Sorèze. La teinte du verre est moins dûe à l'effet de la mode (il n' y
a pas de "mode" du verre transparent) qu' à celui des impuretés contenues dans les quartz qui servent à faire la fritte. Il y a des verres transparents quand on sait blanchir le verre avec du savon
de verrier (manganèse), il y a du verre de couleur par hasard (brun avec la présence de fer, noir avec des fours à charbon, bleutés dans d'autres endroits...) quand on ne maîtrise pas le
blanchiment. Cela n'exclue pas qu'il y ait eu des recherches sur les pigments, des actes volontaires pour obtenir certaines couleurs qui pouvaient valoriser l'objet en verre par son côté
spectaculaire(latticimo, opale, calcédoine, hyacinte etc etc...) Les verriers du Tarn produisaient essentiellement de la verrerie d'usage et pas de prestige. Il fallait donc aller au coût le plus
bas : la preuve : quand il perd les avantages fiscaux (gratuité du bois par exemple), le verrier doit aller vers une source économique d'énergie : le charon de terre (ce qui implique de partir des
forêts.
Le verre vert bleu qui ne proviendrait que des verreries de la Grésigne est un mythe de brocanteur, trimbalé et repris par des collectionneurs qui n'ont jamais fait le moindre effort de recherche
scientifique.
Personnellement j'attends que des chercheurs s'attèlent à comparer la composition chimique des pièces de verre ce qui permettrait de retrouver les origines des pièces et de retrouver les familles,
comme on peut le faire en bijouterie ou en céramique.
Mais on ne fait pas carrière universitaire en France avec ce type de recherche sur le verre : l'archéologie, la céramique ou la peinture c'est plus gratifiant et cela assure des crédits de
fonctionnement.
Cordialement


Abellion 21/02/2011 20:59



Je vous remercie de tout coeur de ces précisions. Je suis sûr qu'un jour une thèse de doctorat, ou quelque chose de ce genre, finira par lancer une recherche universitaire sur le sujet, qui a
tout pour passionner. Le destin de ces familles huguenotes est aussi beau que tragique, et ces objets qui nous relient à ces maîtres-artisans forment comme un lien tangible avec le passé. Notre
époque, avec ses accélérateurs de particules et autres bijoux technologiques, a la chance de pouvoir étudier avec précision la composition et la nature des objets anciens. L'histoire des
gentilshommes-verriers est encore en large partie à écrire. Elle sera un jour.


Cordialement.



Dirk Zimmermann 23/02/2010 12:05


One ancestor of mine is an certain Hans Conrad REPPERT, a verrier who lived about 1614-1684 and died in Rosteig/Lorraine where he runs a verrerie. So far I wasn't able to find a human being of that
name who was born earlier. I always wonder, if the name "REPPERT" could be a mis-pronounciation for de "ROBERT" because the German pronounciation is nearly the same. Are there any informations
about de ROBERT emigrating from France to Germany ?

best regards
Dirk Zimmermann
Germany


Abellion 23/02/2010 20:11


Thank you for your interesting testimony, sir.

Actually I am not a specialist of the "verriers", and I can't answer immediately your question. But if you grant me some time, I will look for information in a book dealing with the De Robert
familial history.

Best regards


pp 30/11/2009 13:41


Alors n'hésitez pas ! J'ai plein d'infos et j'adore en parler !


Abellion 01/12/2009 17:24


Ah, ne me dites pas cela ! Parce que moi, quand je commence à poser des questions, je ne m'arrête pas, c'est dans ma nature d'être curieux de tout. C'est donc avec plaisir que je vous ferai
part de mes interrogations diverses et variées sur les dynasties de ces gentilhommes, dont l'histoire me fascine.