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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 00:00

De très loin, on aperçoit cet énorme édifice qui domine la ville. Ses dimensions sont telles que tout dans la cité paraît petit relativement  à elle... A distance, le monument semble massif et monolithique, tandis que de près se révèlent mille dentelles de pierres.

Colossale...

La cathédrale résume plus de 700 ans d'histoire à elle seule, portant la trace de l'ère gothique, de la Renaissance et même des artisans du XXIe siècle qui restaurent les vieilles pierres et continuent ce chantier jamais achevé...

Visiter un tel monument, c'est donc un véritable voyage, dans l'espace comme dans le temps. Je vous y invite... Le périple ne sera pas sans péripéties mouvementées, chutes de pierres ou  incendies... Ce sera aussi l'occasion d'évoquer tous les souvenirs et toutes les légendes qui témoignent de l'importance du lieu dans la mémoire des Ruthénois. On croisera ainsi un chanoine turbulent, des anges bâtisseurs, et un évêque qui voulut faire de cette cathédrale la huitième merveille du monde !

A vous de juger, après la visite, si c'était de l'orgueil ou la vérité pure et simple !

Les "planètes" (toits) de la cathédrale

Une catastrophe aux conséquences positives

Notre histoire débute dans la belle ville de Rodez, dans la nuit du 16 au 17 février 1276. Les habitants furent réveillés par un bruit tonitruant. Le clocher de la cathédrale romane s'effondrait, détruisant le chevet du bâtiment... De manière providentielle, le bel autel de marbre blanc avait été mis en lieu sûr le mois précédent. Certains, dit-on, n'hésitèrent pas à y voir un signe du ciel...

L'autel de Deusdedit (Xe siècle), peint au XVIIe siècle

Cet autel est l'un des derniers vestiges de la cathédrale romane, aujourd'hui entièrement disparue. Il est toujours conservé dans la cathédrale actuelle, qui est, quant à elle, du pur gothique. C'est un marbre magnifiquement travaillé. Une zone centrale lisse est entourée d'un rebord décoré, fait d'arceaux et de bandeaux. On le doit à un certain évêque Deusdedit (épiscope de 961 à 1004). Son style l'apparente à d'autres autels du IXe et du Xe siècle conservés dans l'Hérault, et laisse supposer une influence byzantine. En 1662, il a été peint d'une Vierge à l'enfant sur l'ordre des chapelains de la cathédrale. Elle est nimbée de rayons en forme de flammes, et accompagné de deux anges porteurs de lys.

Mais revenons en 1276. Une église détruite, c'est l'opportunité d'une reconstruction. Hélas, pendant près de deux cents ans, on dut se contenter des ruines de l'ancienne cathédrale effondrée, et du chantier de la nouvelle...

L'Aveyron, vu du haut du clocher...

Plusieurs siècles pour reconstruire une cathédrale

Le visiteur est écrasé par la grandeur majestueuse de l'édifice. C'est qu'il a fallu plusieurs siècles pour venir à bout d'une contruction aussi titanesque... Les bâtisseurs commencent par le chevet de la cathédrale : c'est ainsi qu'entre 1277 et 1300 sont construites l'abside et les chapelles rayonnantes. Ces premiers travaux sont dus aux libéralités de l'évêque Raymond de Calmont. Celui-ci peut voir les deux premières travées du coeur achevées en 1298, date de sa mort.

L'architecture conçue par Jean Deschamps est grandiose et ingénieuse. Les murs sont soutenus par un système d'arcs-boutants et de contreforts, particulièrement visibles au niveau des "planètes"' (les toits de la cathédrale, ci-contre).

Malheureusement, après 1300, le chantier se ralentit considérablement, sous l'effet de la diminution des revenus de l'évêché. Toutefois, à partir du milieu du XVe siècle, les travaux reprennent à cadence accélérée. Sous l'épiscopat de Guillaume de la Tour d'Oliergues (1430-1457) est élevé le portail sud aux 108 statues, et la troisième travée du choeur. En 1468, son successeur, Bertrand de Chalençon, termine le choeur et le transept, construit le jubé. Quelques années plus tard est achevé le magnifique portail du transept nord (voyez la photo ci-dessous), dont le tympan représente le couronnement de la Vierge et les rois mages. A la même époque fut également réalisée une autre merveille : un retable d'argent, une oeuvre d'une richesse et d'un rafinnement inouïs, hélas disparue.

Le transept nord (3e quart XVe siècle)

Maçons et évêques bâtisseurs : le souffle de la Renaissance

Arrive le grand courant de la Renaissance, qui n'est pas tant la sortie d'un âge de ténèbres qu'un retour à l'antique. Plusieurs hommes hors du commun vont apposer une marque indélibile à cet édifice : les évêques François d'Estaing et Georges d'Armagnac, et les Salvanh, une dynastie de bâtisseurs.

Deuxième catastrophe aux conséquences encore plus positives

Une nuit de 1510, le désarroi est immense dans Rodez. Un ouvrier qui travaillait dans la tour de l'horloge a oublié d'éteindre les braises avant de partir se reposer. La tour brûle. L'évêque François d'Estaing réveille ses bons paroissiens pour les faire prier, afin que le ciel empêche le sinistre de s'étendre. Il faut croire qu'il fut entendu, car le feu ne causa de dommage ni au reste de la cathédrale, ni aux maisons proches.

Des anges bâtisseurs

Loin de se lamenter, François d'Estaing voit dans ce sinistre une occasion providentielle de donner à sa cathédrale le clocher qu'elle mérite, "digne de la magnificence de l'église" ainsi qu'il aimait à dire. La vieille tour de l'horloge doit céder sa place à une merveille du gothique flamboyant... Pour mener à bien son projet, François fait appel à Antoine Salvanh, un jeune architecte talentueux. Le chantier dure de 1513 à 1526.

Le grand clocher construit par François d'Estaing

Le clocher est à la fois massif et élégant. Le bas de la tour est de plan carré, et au fur et à mesure que l'on monte dans les étages, la forme en devient plus élaborée, avec l'apparition de tourelles d'angle ; enfin, le sommet est bâti selon un plan octogonal, d'un grand raffinement. Les étages supérieurs sont ornés d'une véritable menuiserie de pierre. On y trouve des niches abritant des statues de saints, des balustrades, des arcs trilobés ou quadrilobés, des pinacles... Un véritable répertoire de l'art gothique !

Inscription commémorant la contruction du clocher, entourée de deux angelots
et des armes de François d'Estaing (fleurs de lys)

L'ascension du clocher est agrémentée de belles surprises. Les tailleurs de pierre semblent s'être amusés à soigner toutes sortes de détails. Tantôt c'est un oiseau fantastique qui se cache derrière un arc, tantôt c'est un élégant escalier de pierre en colimaçon qui vous emporte toujours plus haut....


Au bout d'une centaine de marches environ, on arrive à la terrasse du dernier étage, où la Vierge domine la ville, entourée de ses anges thuriféraires (porteurs d'encensoirs). Etonnamment, les traits des anges sont assez grossiers. Bien sûr, il fallait qu'on puisse les distinguer d'en bas, et c'est sans doute pour cela qu'on leur a fait d'énormes têtes, des yeux exorbités et de grosses mains aux doigts tentaculaires ! A propos d'anges, on rapporte que la nuit, à l'époque de François d'Estaing, ils venaient travailler à la construction de la cathédrale... Belle légende !


Un des quatre anges thuriféraires qui entournent la Vierge, au sommet du clocher

Priez pour le pauvre Gaillard Roux

Une des chapelles de la cathédrale date également de la Renaissance. On peut y admirer une mise au tombeau aux figures très expressives. On y remarque le chiffre GR : Gaillard Roux, nom du commanditaire des travaux. Une inscription en caractères gothiques nous en apprend davantage sur le personnage: chanoine attaché à la cathédrale, il fit élever ce monument grandiose pour obtenir le pardon de ses nombreux péchés, parmi lesquels le jeu, le blasphème et la débauche. Contemporain de François d'Estaing, Gaillard a même été emprisonné pour mauvaise conduite sur l'ordre de l'évêque. Datée de 1523, la chapelle mêle les figures de la mise au tombeau, d'inspiration résolument gothique, aux feuilles d'acanthes et oves de la Renaissance...


Mise au tombeau de la chapelle du Saint-Sépuclre

Plus belle que les pyramides d'Egypte...

Le clocher de François d'Estaing est une pièce d'architecture telle qu'il ne restait aux futurs évêques qu'à vivre dans son ombre... Toutefois, Georges d'Armagnac est bien décidé à rivaliser de projets grandioses avec son prédécesseur. Avec Georges, c'est l'esprit de l'humanisme qui souffle sur Rodez. Le prélat s'entoure de savants, parmi lesquels Guillaume Philandrier. Philandrier avait édité et commenté l'ouvrage de Vitruve, le classique de l'architecture antique. Pour cette raison, on pense généralement que le savant personnage fut une sorte de conseiller architectural du prélat.

Vus du clocher, les travaux de l'épiscopat de Geroges d'Armagnac:
à gauche, la tour sud inachevée ; à droite, l'arrière du fronton


Sous l'impulsion de Georges d'Armagnac et de son docte conseiller, l'architecte Jean Salvanh -le fils d'Antoine, le bâtisseur du clocher- conçut un projet grandiose. Il s'agissait de couronner la tour sud d'une construction à plusieurs étages, montrant les trois ordres antiques de colonnes (dorique, ionique, corinthien). Le projet était si ambitieux que l'on fit graver sur la tour une inscription latine, sans doute composée par Philandrier. Elle ordonne avec orgueil aux "masses insensées des pyramides d'Egypte" de disparaître devant les "vraies merveilles du monde"... Toutefois, Georges d'Armagnac quitta Rodez en 1562, avant l'achèvement ces coûteux travaux que son successeur jugera bon d'interrompre...   

L'autre réalisation de l'épiscopat d'Armagnac est l'étrange construction acollée au bout de la charpente de la cathédrale (ci-contre). C'est une fausse façade d'Eglise, totalement aveugle. Elle est surplombée d'un fronton flanqué de deux consoles en colimaçon et agrémenté de plusieurs statues de saints. Elle évoque une prémonition des églises jésuites bâties à partir du XVIe siècle sur le modèle du Gesu (Rome).

Bref...

Tant de découvertes, et encore, je n'ai pas tout dit... Il faut visiter la cathédrale l'été, pour faire l'ascension du clocher en visite guidée et le soir, visiter l'extérieur de la cathédrale avec un audioguide très bien fait (se renseigner auprès de l'Office de Tourisme).

Ce qui est magnifique dans un tel édifice, c'est que des hommes vivant à des époques différentes, ayant des goûts esthétiques parfois opposés concourent tous à la même oeuvre. Cela donne à penser sur la continuité d'une civilisation...


Sources
Claire Delmas, La cathédrale de Rodez, éditions du Bastion. Ouvrage court, mais dense et très complet.
Collectif, Rodez, 2000 ans d'histoire, éditions du Rouergue. Un régal !
La Revue du Rouergue

Crédits photographiques
Les photos en noir et blanc sont extraites de la base mémoire des Monuments historiques. Les photos de l'autel de marbre et de la petite façade Renaissance sont extraits de l'ouvrage Rodez, deux mille ans d'histoire.
 

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commentaires

Arnaud Villefranque 05/01/2017 11:29

Pour mieux la voir, elle est en visite virtuelle ici : http://www.visites-panoramiques.com/Cathedrale-Notre-Dame-de-Rodez.html

Abellion 26/05/2017 03:35

Tout à fait. Mais parfois ne voit-on pas mieux aussi avec des mots ?
Cordialement

Rolland 19/05/2014 20:42

En fait elles est sacrément vieille et abîmée...que d'argent englouti dans sa réfection!!!
Et pendant se temps l'emploi se meurt, la ville reste enclavée et les mentalité enracinées!
Vivement le 22ème siècle ;-)

Abellion 20/05/2014 16:05

Comme le dit une citation que j'affectionne, être sans passé, c'est être sans avenir. Et finalement, les restaurations des cathédrales permettent aussi de faire vivre des artisans et des artistes...
Etre enraciné n'est pas forcément vivre en vase clos. Je connais beaucoup d'Aveyronnais de résidence ou de coeur qui sont aussi ouverts sur le monde. Sans doute vous aussi en faites-vous partie.
Bonne soirée.

Fardoise 10/10/2009 02:20


Le gothique s'est assez mal exporté dans le midi, il a été digéré à la sauce locale. Et s'il ne nous a pas donné ces cathédrales à la belle unité du nord de la France, nous avons pour le moins des
édifices originaux. Je pense par exemple à Saint Siffrein de Carpentras, mais nos édifices vauclusiens n'ont pas la magnificence de la cathédrale de Rodez. A Avignon, seul le palais des Papes peut
chercher à rivaliser. Je ne la connaissais pas, mais je la trouve étonnante et les vues depuis les toits sont impressionnantes. Elle tente de concilier la solidité des bâtisses du Périgord à
l'élévation gothique, il se produit comme un déchirement dans la façade. Est-elle toujours aussi isolée que sur la carte postale ?


Abellion 14/10/2009 21:38


Exporté, ou bien imposé dans le sud... Bien des monuments gothiques sont postérieurs à la croisade, et on comprend pourquoi, triomphalisme oblige... Il fallait affirmer le catholicisme, vainqueur
du catharisme.

J'avoue que j'aime ces version régionales des grands styles architecturaux. Elle n'ont certes pas la pureté des originaux, mais quelque chose de plus familier, de plus accessible, que l'on peut
toucher de la main. J'aime bien votre idée de moyen terme entre gothique et bâtisse périgourdine.

C'est aussi un peu une cathédrale-forteresse, dont un des côtés se confondait avec les remparts, aujourd'hui disparus presqu'entièrement.

En fait, elle fait toujours face à une grande place "le Champ de Mars", mais elle est entouré des vestages des remparts, d'un intéressant palais épiscopal (avec des plafonds à la gloire de Louis
XIV), mais aussi de constructions plus modernes, notamment côté "faubourg". Ce qui la distingue vraiment de ce qui l'entoure, c'est la hauteur...

Amitiés.


Freedo 02/10/2009 22:12


Bonsoir Abellion !! Merci pour cette visite guidée de la cathédrale de Rodez. Comme toujours, c'est un plaisir de vous lire (d'autant plus que le sujet présenté ici me tient à coeur : ma compagne
est aveyronnaise -Espalion- et de la préfecture ruthénoise, c'est le premier monument qu'elle a tenu à me faire découvrir). Cependant, je me dois d'ajouter que les photos qui accompagnent le texte
sont impressionnantes : ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir la cathédrale de son sommet ! Merci pour cette "ballade". Amicalement.


Abellion 03/10/2009 07:04



J'ai pour ma part une amie aveyronnaise, qui prépare divinement bien les farsous ! C'est vrai qu'ils y tiennent, à leur cathédrale, et l'on comprend pourquoi. Espalion, j'y passais souvent à une
époque, j'adorais le château au bord de la rivière et les vieilles maisons. Pour les visites des "planètes" de la cathédrale, les toits, il faut venir l'été. Cela vaut vraiment la peine. Amitiés.



PAPY MARTIAL 26/09/2009 22:41


Bonsoir. Magnifique blog et bel article trés bien documenté. Je ne connaissais pas cette cathédrale. Elle sera surement le but d'une visite dans les prochains mois. Merci. A+


Abellion 27/09/2009 10:12


Merci de votre passage et de vos encouragements. Je vous conseille en effet de voir cette cathédrale, plutôt en été car il n'y a qu'en cette saison que le clocher se visite ; mais vous pourrez
néanmoins faire le tour de la nef et du coeur, même en hiver. Et la vieille ville de Rodez vaut aussi le détour...