Partager l'article ! La cathédrale de Rodez (Aveyron), huitième merveille du monde ?: De très loin, on aperçoit cet énorme édifice qui domine la ville. Ses dime ...
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Le design et les bannières du blog sont une oeuvre originale de Little Shiva. Un grand merci à cette graphiste de niveau international, pleine de talent et de générosité. Son boulot est splendide.Vous pouvez aussi admirer son oeuvre d'artiste ici.
De très loin, on aperçoit cet énorme édifice qui domine la ville. Ses dimensions sont telles que tout dans la cité paraît petit relativement à elle... A distance, le
monument semble massif et monolithique, tandis que de près se révèlent mille dentelles de pierres.
Colossale...
La cathédrale résume plus de 700 ans d'histoire à elle seule, portant la trace de l'ère gothique, de la Renaissance et même des artisans du XXIe siècle qui restaurent les vieilles
pierres et continuent ce chantier jamais achevé...
Visiter un tel monument, c'est donc un véritable voyage, dans l'espace comme dans le temps. Je vous y invite... Le périple ne sera pas sans péripéties mouvementées, chutes de pierres ou
incendies... Ce sera aussi l'occasion d'évoquer tous les souvenirs et toutes les légendes qui témoignent de l'importance du lieu dans la mémoire des Ruthénois. On
croisera ainsi un chanoine turbulent, des anges bâtisseurs, et un évêque qui voulut faire de cette cathédrale la huitième merveille du monde !
A vous de juger, après la visite, si c'était de l'orgueil ou la vérité pure et simple !
Les "planètes" (toits) de la
cathédrale
Une catastrophe aux conséquences positives
Notre histoire débute dans la belle ville de Rodez, dans la nuit du 16 au 17 février 1276. Les habitants furent réveillés par un bruit tonitruant. Le clocher de la cathédrale romane s'effondrait,
détruisant le chevet du bâtiment... De manière providentielle, le bel autel de marbre blanc avait été mis en lieu sûr le mois précédent. Certains, dit-on, n'hésitèrent pas à y voir un signe du
ciel...
L'autel de Deusdedit (Xe
siècle), peint au XVIIe siècle
Cet autel est l'un des derniers vestiges de la cathédrale romane, aujourd'hui entièrement disparue. Il est toujours conservé dans la cathédrale actuelle, qui est, quant à elle, du pur gothique.
C'est un marbre magnifiquement travaillé. Une zone centrale lisse est entourée d'un rebord décoré, fait d'arceaux et de bandeaux. On le doit à un certain évêque Deusdedit (épiscope de 961 à
1004). Son style l'apparente à d'autres autels du IXe et du Xe siècle conservés dans l'Hérault, et laisse supposer une influence byzantine. En 1662, il a été peint d'une Vierge à
l'enfant sur l'ordre des chapelains de la cathédrale. Elle est nimbée de rayons en forme de flammes, et accompagné de deux anges porteurs de lys.
Mais revenons en 1276. Une église détruite, c'est l'opportunité d'une reconstruction. Hélas, pendant près de deux cents ans, on dut se contenter des ruines de l'ancienne cathédrale
effondrée, et du chantier de la nouvelle...
L'Aveyron, vu du haut du
clocher...
Plusieurs siècles pour reconstruire une cathédrale
Le visiteur est écrasé par la grandeur majestueuse de l'édifice. C'est
qu'il a fallu plusieurs siècles pour venir à bout d'une contruction aussi titanesque... Les bâtisseurs commencent par le chevet de la cathédrale : c'est ainsi qu'entre 1277 et 1300 sont
construites l'abside et les chapelles rayonnantes. Ces premiers travaux sont dus aux libéralités de l'évêque Raymond de Calmont. Celui-ci peut voir les deux premières travées du coeur
achevées en 1298, date de sa mort.
L'architecture conçue par Jean Deschamps est grandiose et ingénieuse. Les murs sont soutenus par un système d'arcs-boutants et de contreforts, particulièrement visibles au niveau des
"planètes"' (les toits de la cathédrale, ci-contre).
Malheureusement, après 1300, le chantier se ralentit considérablement, sous l'effet de la diminution des revenus de l'évêché. Toutefois, à partir du milieu du XVe siècle, les travaux
reprennent à cadence accélérée. Sous l'épiscopat de Guillaume de la Tour d'Oliergues (1430-1457) est élevé le portail sud aux 108 statues, et la troisième travée du choeur. En 1468, son
successeur, Bertrand de Chalençon, termine le choeur et le transept, construit le jubé. Quelques années plus tard est achevé le magnifique portail du transept nord (voyez la photo
ci-dessous), dont le tympan représente le couronnement de la Vierge et les rois mages. A la même époque fut également réalisée une autre merveille : un retable d'argent,
une oeuvre d'une richesse et d'un rafinnement inouïs, hélas disparue.
Le transept nord (3e quart
XVe siècle)
Maçons et évêques bâtisseurs : le souffle de la Renaissance
Arrive le grand courant de la Renaissance, qui n'est pas tant la sortie d'un âge de ténèbres qu'un retour à l'antique. Plusieurs hommes hors du commun vont apposer une marque indélibile à
cet édifice : les évêques François d'Estaing et Georges d'Armagnac, et les Salvanh, une dynastie de bâtisseurs.
Deuxième catastrophe aux conséquences encore plus positives
Une nuit de 1510, le désarroi est immense dans Rodez. Un ouvrier qui travaillait dans la tour de l'horloge a oublié d'éteindre les braises avant de partir se reposer. La tour
brûle. L'évêque François d'Estaing réveille ses bons paroissiens pour les faire prier, afin que le ciel empêche le sinistre de s'étendre. Il faut croire qu'il fut entendu, car le feu ne causa de
dommage ni au reste de la cathédrale, ni aux maisons proches.
Des anges bâtisseurs
Loin de se lamenter, François d'Estaing voit dans ce sinistre une occasion providentielle de donner à sa cathédrale le clocher qu'elle mérite, "digne de la magnificence de l'église" ainsi qu'il
aimait à dire. La vieille tour de l'horloge doit céder sa place à une merveille du gothique flamboyant... Pour mener à bien son projet, François fait appel à Antoine Salvanh, un jeune
architecte talentueux. Le chantier dure de 1513 à 1526.
Le grand clocher construit
par François d'Estaing
Le clocher est à la fois massif et élégant. Le bas de la tour est de plan carré, et au fur et à mesure que l'on monte dans les étages, la forme en devient plus élaborée, avec
l'apparition de tourelles d'angle ; enfin, le sommet est bâti selon un plan octogonal, d'un grand raffinement. Les étages supérieurs sont ornés d'une véritable menuiserie
de pierre. On y trouve des niches abritant des statues de saints, des balustrades, des arcs trilobés ou quadrilobés, des pinacles... Un véritable répertoire de l'art gothique
!
Inscription commémorant la
contruction du clocher, entourée de deux angelots
et des armes de François d'Estaing (fleurs de lys)
L'ascension du clocher est agrémentée de belles surprises. Les tailleurs de pierre semblent s'être amusés à soigner toutes sortes de détails. Tantôt c'est un oiseau
fantastique qui se cache derrière un arc, tantôt c'est un élégant escalier de pierre en colimaçon qui vous emporte toujours plus haut....
Au bout d'une centaine de marches environ, on arrive à la terrasse du dernier étage, où la Vierge domine la ville, entourée de ses anges thuriféraires (porteurs d'encensoirs). Etonnamment, les
traits des anges sont assez grossiers. Bien sûr, il fallait qu'on puisse les distinguer d'en bas, et c'est sans doute pour cela qu'on leur a fait d'énormes têtes, des yeux
exorbités et de grosses mains aux doigts tentaculaires ! A propos d'anges, on rapporte que la nuit, à l'époque de François d'Estaing, ils venaient travailler à la construction de
la cathédrale... Belle légende !
Un des quatre anges thuriféraires qui entournent la Vierge, au sommet du clocher
Priez pour le pauvre Gaillard Roux
Une des chapelles de la cathédrale date également de la Renaissance. On peut y admirer une mise au tombeau aux figures très expressives. On y remarque le chiffre GR : Gaillard
Roux, nom du commanditaire des travaux. Une inscription en caractères gothiques nous en apprend davantage sur le personnage: chanoine attaché à la cathédrale, il fit élever ce monument
grandiose pour obtenir le pardon de ses nombreux péchés, parmi lesquels le jeu, le blasphème et la débauche. Contemporain de François d'Estaing, Gaillard a même été emprisonné pour mauvaise
conduite sur l'ordre de l'évêque. Datée de 1523, la chapelle mêle les figures de la mise au tombeau, d'inspiration résolument gothique, aux feuilles d'acanthes et oves de la
Renaissance...
Mise au tombeau de la chapelle du Saint-Sépuclre
Plus belle que les pyramides d'Egypte...
Le clocher de François d'Estaing est une pièce d'architecture telle qu'il ne restait aux futurs évêques qu'à vivre dans son ombre... Toutefois, Georges d'Armagnac est
bien décidé à rivaliser de projets grandioses avec son prédécesseur. Avec Georges, c'est l'esprit de l'humanisme qui souffle sur Rodez. Le prélat s'entoure de savants, parmi lesquels
Guillaume Philandrier. Philandrier avait édité et commenté l'ouvrage de Vitruve, le classique de l'architecture antique. Pour cette raison, on pense généralement
que le savant personnage fut une sorte de conseiller architectural du prélat.
Vus du
clocher, les travaux de l'épiscopat de Geroges d'Armagnac:
à gauche, la tour sud inachevée ; à droite, l'arrière du fronton
Sous l'impulsion de Georges d'Armagnac et de son docte conseiller, l'architecte Jean Salvanh -le fils d'Antoine, le bâtisseur du clocher- conçut un projet grandiose. Il s'agissait
de couronner la tour sud d'une construction à plusieurs étages, montrant les trois ordres antiques de colonnes (dorique, ionique, corinthien). Le projet était si ambitieux que l'on
fit graver sur la tour une inscription latine, sans doute composée par Philandrier. Elle ordonne avec orgueil aux "masses insensées des pyramides d'Egypte" de disparaître devant les
"vraies merveilles du monde"... Toutefois, Georges d'Armagnac quitta Rodez en 1562, avant l'achèvement ces coûteux travaux que son successeur jugera bon
d'interrompre...
L'autre réalisation de l'épiscopat d'Armagnac est
l'étrange construction acollée au bout de la charpente de la cathédrale (ci-contre). C'est une fausse façade d'Eglise, totalement aveugle. Elle est surplombée d'un fronton
flanqué de deux consoles en colimaçon et agrémenté de plusieurs statues de saints. Elle évoque une prémonition des églises jésuites bâties à partir du XVIe
siècle sur le modèle du Gesu (Rome).
Bref...
Tant de découvertes, et encore, je n'ai pas tout dit... Il faut visiter la cathédrale l'été, pour faire l'ascension du clocher en visite guidée et le soir, visiter l'extérieur de la cathédrale
avec un audioguide très bien fait (se renseigner auprès de l'Office de Tourisme).
Ce qui est magnifique dans un tel édifice, c'est que des hommes vivant à des époques différentes, ayant des goûts esthétiques parfois opposés concourent tous à la même oeuvre. Cela donne à
penser sur la continuité d'une civilisation...
Sources
Claire Delmas, La cathédrale de Rodez, éditions du Bastion. Ouvrage court, mais dense et très complet.
Collectif, Rodez, 2000 ans d'histoire, éditions du Rouergue. Un régal !
La Revue du Rouergue
Crédits photographiques
Les photos en noir et blanc sont extraites de la base mémoire des Monuments historiques. Les photos de l'autel de marbre et de la petite façade Renaissance sont extraits de l'ouvrage
Rodez, deux mille ans d'histoire.
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