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...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 09:28


Il se dressent comme d'étranges sentinelles au milieu de la garrigue, ces deux murs de pierre sombre. La toiture qu'ils soutenaient s'est depuis longtemps effondrée.

Depuis, la voûte de Saint-Michel de Nahuze, c'est le ciel...

J'ai visité bien des chapelles de hauteur, mais celle-ci reste gravée dans ma mémoire. Le lieu est tellement extraordinaire qu'il a de tout temps frappé les imaginations. Objet de légendes, il a longtemps été le but d'un pèlerinage. Voici ses histoires, simples et grandioses à la fois...

Je précise que je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations fiables sur la chapelle ; si quelque visiteur érudit a des renseignements complémentaires ou des références, je lui serai reconnaissant de me laisser un commentaire.

La Montagne d'Alaric, histoire et légende

On ne peut parler de Saint-Michel sans évoquer la montagne sur lequel le prieuré est bâti, l'Alaric. C'est un massif calcaire typique des Corbières, écrasé de soleil et battu par le vent de Cers... Seule une maigre garrigue et des pins peuvent y pousser. Les chemins y ressemblent parfois davantage à des amas de cailloux qu'à des sentiers... L'air y est sec, mais parfumé çà et là par des herbes aromatiques.

La plaine et les premières pentes de l'Alaric

Cette montagne a un patrimoine riche. Elle est couverte de châteaux et de prieurés. Le château de Miramont (où la légende prétend que mourut jadis le roi Alaric II) fut assiégé durant onze jours par les troupes françaises lors de la Croisade contre les cathares (Pâques 1210) ; ses habitants, voyant leur cause perdue, filèrent à l'anglaise, ainsi que le raconte avec verve Claude Marty. 

"Les Sudistes abandonnèrent la place par une nuit sans étoiles et s'évanouirent dans la forêt pour rejoindre le Val de Dagne puis au-delà le Termenès où continuait la résistance : un petit salut encore."

Ailleurs sur l'Alaric, les ruines abondent : c'est l'ancien château de saint-Pierre d'Alaric ; ou encore le site d'une chapelle disparue, dédiée à sainte-Colombe. La montagne est percée de cavités dans lesquelles la tradition populaire place la tombe du roi des Goths.  

Les murs

Après cette présentation de l'Alaric, revenons à Saint-Michel...

Nul besoin d'être un spécialiste d'histoire de l'art pour y voir un témoignage de l'art roman. L'architecture est particulière, faite d'arcatures en plein-cintre englobées les unes dans les autres, comme enchassées... De petits contreforts soutiennent le mur extérieur, décoré de bandes lombardes ; à l'intérieur, on trouve des piliers  et l'on aperçoit le départ d'arceaux, qui soutenaient peut-être une voûte en berceau (ou une charpente ?). On a vu dans cet architecture la marque de l'art du XIe siècle. L'édifice est orienté est-ouest, il semble donc légitime d'y voir une église. Peut-être avec une porte principale et une porte secondaire ("porte des morts", menant à un cimetière ?).


Question de mots

"Saint-Michel de Nahuze", cela sonne bien, mais que signifie ce vocable, que suppose-t-il ?

Pourquoi ce prieuré fut-il dédié à Saint-Michel, "chef des armées célestes" ? On constate généralement que les édifices religieux consacrés à cet archange sont situés sur des éminences, des hauteurs : ainsi, le Mont saint-Michel (VIIIe siècle), ou bien encore le Mont Gargan en Italie (Ve siècle). Notre saint-Michel de Nahuze ne fait donc pas exception, qui domine la plaine.

Quant à "Nahuze", c'est le nom ancien de la partie de la montagne où se trouvait la sanctuaire.

Saint-Michel autrefois

Pourquoi construire en un lieu si escarpé ? On suppose que la plaine était autrefois marécageuse, et qu'en ces temps troublés du début du Moyen-âge, on préférait bâtir en hauteur. Mais qu'était réellement ce lieu alors ? Un prieuré. Etait-ce une simple église ou un ensemble d'édifices ? Il est difficile de le savoir. Jean Rivière évoque un "centre religieux, agricole, et administratif", Jean Girou une église de montagne destinée aux hameaux et fermes des alentours (le Congoust, les Ilhes, Argentiers). Certains ont écrit que l'église était desservie par trois moines qui tenaient une hôtellerie, je n'ai pu vérifier. Elle fut abandonnée à une date indéterminée, lorsque les moines s'installèrent au pied de la montagne, au domaine des Ilhes.

Le pèlerinage

L'église, moins fréquentée, commença dès lors sa lente agonie et, à une date indéterminée, sa voûte s'effondra... Toutefois, jusqu'au milieu du XXe siècle, on y venait en pèlerinage, de Comigne, Montlaur, Ribaute. Cela se passait aux alentours de septembre ou, selon d'autres sources, en cas de sécheresse. Jean Girou a laissé une brève évocation de la cérémonie.

"L'ascension en plein Cers, sous le soleil de septembre, devait être déjà un sacrifice; dans le sanctuaire en ruine, un petit autel était dressé, couvert des fleurs de l'Aric. Un prêtre disait les vêpres et à la fin on chantait un cantique..."

Ce cantique ne manquait pas d'humour, jugez-en par vous-même:


San Miguel dona nos d'aiga
barrejada ame de vin
Mai de vin que d'aiga
Tout pur encara milhor



Saint Michel donne-nous de l'eau
mêlée à du vin
plus de vin que d'eau
pur, encore mieux


Girou précise que le premier vers "donne-nous de l'eau" était chanté par les femmes, tandis que le coeur des hommes reprenaient "Barrejada ame de vin". Complémentarité des sexes avantageuse, les hommes se gardant le beau rôle bien sûr !

Quelques réflexions...

Etrange rite, essayons de donner quelques éclairages...

-
Sècheresse ?
Ce pèlerinage s'inscrit dans le cadre plus global des processions et autres manifestations organisées autrefois en Languedoc pour lutter contre la sècheresse. Dans la mentalité d'autrefois, seul le sacré pouvait remédier à ce désordre, puisque tout mal, comme tout bien, venait du ciel. On trouve mention de ces rituels un peu partout dans l'Aude, l'Hérault, les Pyrénées-Orientales ; ils consistaient souvent à immerger ou à tremper la statue d'un saint dans l'eau. Certaines années de grosse sècheresse, certaines statues furent même abandonnées dans des ruisseaux par des paroissiens mécontents !

-
Date ?
La date du pèlerinage "régulier", hors période de sècheresse, semble avoir été septembre (Jean Girou). Comment ne pas voir une sorte de corrélation avec les travaux viticoles , la vigne étant si importante dans la région ?

-
Humour ?
Ce genre de manifestations qui mêlait dévotion et dérision n'était pas rare. Nos ancêtres prenaient plaisir à déformer plaisamment les paroles des cantiques. Ainsi, "Te rogamus audi nos" ("Ecoute-nous") devenait parfois "tu ronges un os"... Mais ici, quand les assistants demandaient du vin, ce n'était pas seulement de l'humour, puisque la pluie tant désirée devait effectivement faire pousser la vigne...   

La légende de Charlemagne

Enfin, pour finir, la légende de fondation...  Bien que Charlemagne ne soit jamais venu dans l'Aude, les légendes du Pays ne cessent de célébrer ses exploits, et ceux de son neveu Roland. On attribue à l'empereur à la barbe fleurie la fondation de l'abbaye de Lagrasse... 

La légende de Saint-Michel se rattache elle aussi à de hauts faits carolingiens. On y dégomme bien sûr du Sarrazin à tour de bras, comme il sied à cette époque belliqueuse, sanglante et "matamore"... Voici le récit, fait par Jean Rivière.

"Une légende raconte que sous Charlemagne, le comte d'Auvergne, l'abbé de Brioude et quatre évêques avec aux se rendirent à Nahuze et y fondèrent un monastère en l'honneur de saint Michel. Ensuite l'empereur envoya, pour occuper Nahuze, le comte de Flandres avec deux capitaines et cinq mille hommes de troupes. Quand ils y furent rendus, ils virent ariver l'armée des Sarrazins, et aussitôt, du haut de Nahuze, avec leurs olifants et de leurs trompettes, ils donnèrent l'alarme.

Le comte de Flandre descendit de la montagne avec les siens, fondit sur les ennemis en implorant le secours de Dieu, et il y eut une immense mêlée. Deux mille soldats Sarrazins et soixante-dix capitaines mordirent la poussière."


Simple légende, sans base historique aucune...

Bref...

Des moines de l'époque romane, aux vignerons du XXe siècle, ces murs ont sans doute vu défiler tant de personnages différents. Ils font partie du patrimoine et de la mémoire de ce coin de Corbières...

Sources

Christiane Amiel; "Ethnographie" (L'Aude, éditions Bonneton).
Jean Girou, Itinéraire en terre d'Aude. 
Jean Rivière (Mgr), La Sainteté en Pays d'Aude (art: St. Michel).
Claude Marti,
Corbières au Coeur.  

Liens

Article de Wikipédia sur Saint-Michel

Article de Wikipédia sur la Montagne d'Alaric

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commentaires

nelly segers 24/04/2011 18:24


Merci beaucoup pour cet article informé qui cite ses sources et qui m'a permis de me faire une bonne idée du lieu que je souhaitais voir.


Abellion 01/06/2011 14:39



Merci Nelly, il me semble que c'est une base de l'honnêteté intellectuelle de citer mes sources, mais hélas les internautes semblent l'ignorer, préférant de loin le copier-coller... Enfin, il
faudra du temps avant que les gens apprennent à se servir correctement d'internet. Cordialement.



Promethazine 18/10/2009 21:04


Très beau lieu et une atmosphère assez mystique retranscrite par ces belles photos.
Je n'ai jamais pris le temps d'explorer l'Alaric, une erreur qu'il faudra corriger à l'occasion.


Abellion 18/10/2009 22:04


J'ai découvert l'Alaric il y a quatre ans environ, et j'y retourne souvent. Le côté méditerranéen du paysage me plaît beaucoup. Des ruines sont semées un peu partout sur cette montagne, comme le
château de Miramont et Saint-Pierre d'Alaric. Il y a aussi des endroits vraiment surprenants, comme le tombeau de l'écrivain Henri Bataille à Moux. De futurs articles en perspective !

Amitiés.


Hélène, le-calame-et-la-plume. 09/10/2009 18:21


Et bien...Vous aurez compris que ce n'est pas mon lieu de villégiature préféré... Mais je ne suis jamais en retard!
Quelle judicieuse idée...M'en va la mettre en pratique as soon as possible. Chiche!
Amitiés,
Hélène.


Abellion 14/10/2009 21:32


Ces gens ont donc une stratégie du type "chaises musicales" ? What a shame ! Alors, vous avez mon feu vert ! Amitiés.


Hélène 07/10/2009 23:24


Oh, ben, Abellion...Pensiez-vous que je me serais permis? Voyons!(Ton grondeur).
Très intéressant, cette double-porte pour les vivants et pour les morts. Je ne connaissais pas du tout!
J'eusse pensé que ce fût pour ces bons Chrétiens qui, pour être certains de rester entre soi, se massent en "tête de gondole", laissent le reste du banc vide et le reste des fidèles...debout au
fond de l'église!
Amitiés tardives,
Hélène.


Abellion 09/10/2009 09:24


Allons, Hélène, vous poussez la perversité jusqu'à arriver en retard à la messe ! Ce n'est vraiment pas bien, ça !

La prochaine fois, pour les embêtez, allez-y avec un tabouret pliant, genre camping. Cela les fera sans doute prendre conscience du problème !

Amitiés rieuses.


othom 05/10/2009 20:55


Chaque fois que je viens ici, je découvre une nouvelle promenade, des nouveaux endroits. Merci pour ces belles découvertes.
A bientôt


Abellion 05/10/2009 21:30


Vos commentaires ont le don de booster mon moral, Othom ! Merci de vos passages réguliers. Vous êtes ici chez vous...