Partager l'article ! Charme et histoire d'Anglès en Haut-Languedoc (Tarn): Anglès, dans sa beauté rude, a tout pour séduire. Dans ce bourg du Hau ...
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Le design et les bannières du blog sont une oeuvre originale de Little Shiva. Un grand merci à cette graphiste de niveau international, pleine de talent et de générosité. Son boulot est splendide.Vous pouvez aussi admirer son oeuvre d'artiste ici.
Anglès, dans sa beauté rude, a tout pour séduire. Dans
ce bourg du Haut-Languedoc, les maisons ont des murs couverts de plaques d'ardoise et des linteaux de granit. Le village, perdu dans des bois profonds, semble
sommeiller au coeur des brumes de novembre, en paraissant oublier l'histoire agitée qui a été la sienne.
C'est elle que nous allons évoquer....
Le plateau d'Anglès
Entre la Montagne Noire et les Monts de Lacaune se trouve un vaste plateau boisé (10000 h.), le plateau d'Anglès. Ce plateau est compris entre le cours du Thoré et celui de l'Agoût. Plus loin,
avec les monts de l'Espinouse, les Cévennes commencent.
(Cliquez sur les photos pour les
agrandir)
Le Moyen-âge
Vers 1260 apparaît dans des documents royaux Anglès, ou plus précisément un certain "castrum de Angulis", littéralement le "village fortifié des angles", du fait de la forme de son enceinte
peut-être. Anglès ne semble pas avoir souffert de la terrible croisade contre les Albigeois, protégé par son isolement. Toutefois, il n'est pas dit que son histoire fut un long fleuve
tranquille...
Du fait de son isolement, et de même qu'Arfons dans la Montagne Noire
tarnaise, Anglès dut payer un lourd tribut aux grandes Compagnies, ces bandes de soldats transformés en bandits après la Guerre de Cent ans. En 1362, ce
sont les troupes d'Henri de Trastamare qui prennent et incendient le village. Henri de Trastamare, qui devint roi de Castille à la force de l'épée en tuant son frère, personnage que nous avons
déjà croisé à Peyrepertuse (voir cet article pour plus de détail).
Rattachement à la couronne
Au cours du XIIIe siècle, Anglès est rattaché au royaume de France. Il dépend désormais du représentant du roi, le sénéchal de Carcassonne. Un juge est également
envoyé sur place pour juger les affaires courantes. La ville élit par ailleurs deux consuls qui représentent l'autorités municipale.
Pour le spirituel, la paroisse d'Anglès dépendait du diocèse de Saint-Pons, partie de l'archevêché de Narbonne créé en 1318 par le pape
lotois Jean XXII. Jean Aymeric précise qu'un pâté de maisons comportant le presbytère et l'ancienne gendarmerie était appelé "le château royal": est-ce là que siégeait le juge ?
Les anciens murs d'Anglès
Ils avaient une forme rectangulaire, avec quatre portes aux quatre points cardinaux. Au nord, le rempart passait entre le cimetière et l'église. Une porte nord faisait face à la rue de la
Vie Cave. Au sud, le rempart suivait les contours de l'actuelle route départementale : c'est là que l'on voit la seule porte subsistante (photo).
Les armes d'Anglès
On ne peut les manquer, elles figurent en effet sur l'actuelle station service communale ! Elles ont été retrouvées au XIXe siècle sur une pierre sculptée. Elles représentent un soleil (sous la
forme d'une étoile à huit branches) et contiennent le lys de France, ce qui serait une allusion à la situation privilégiée de la commune, dépendant directement de l'autorité royale. Les couleurs
(soleil d'or -jaune- sur fond d'azur -bleu) ainsi que la devise "Fulget et floret" ne sont peut-être pas authentiques.
Les guerres de religion
Anglès semble avoir été sensible aux idées de la Réforme. Les huguenots d'Anglès participent, sous la conduite de Guillaume Guillot, le seigneur de Ferrières, les seigneurs de
Boissezon et de Montlédier à la prise de Castres en 1563. Quatre années plus tard, Sébastien de Génebrousse, vicomte de Saint-Amans, prend Saint-Pons de Thomières, saccage les édifices
religieux. C'est sans doute à cette époque que les anciennes églises d'Anglès, Saint-Martin d'Uscadelles et Saint-Pierre de la Besse, sont détruites.
Retournements de situation...
L'époque est à la plus grande confusion, et les retournements ne sont pas rares. Les intrigues des notables et la rapacité d'aventuriers sans scrupules sont également à l'ordre du jour et
augmentent encore le chaos. Ainsi en 1568 Anglès repasse brièvement aux catholiques, pour redevenir place huguenote un peu plus tard... L'époque est propice aux aventuriers, en
l'occurence le capitaine Bacou qui, se disant réformé (mais prêt à changer de camp toutefois selon l'intérêt) pille le pays et prend Anglès en 1586... Toutefois, durant les guerres
de religion, Anglès fut plus souvent huguenote que catholique.
Trahisons et vengeances
En 1580, des catholiques de la ville ourdirent un complot pour que la ville soit prise par un capitaine du Minervois (Uscadelles), le mercredi, jour du prêche où la porte de la ville était
ouverte. Toutefois, un sergent de la ville prévint les protestants. Lorsque les troupes catholiques se rassemblèrent dans une grange, le sergent y mit le feu, tandis que des tireurs
achevaient à coups d'arquebuses les soldats qui essayaient de s'enfuir...
La paix ne revint dans la région qu'après l'édit de Nantes.
Le XVIIe siècle
Lorsque les armées de Rohan passèrent à Anglès en 1627, les habitants refusèrent de les accueillir : ils avaient pris goût à la paix... Ce n'est toutefois qu'en 1629 avec la paix
d'Alais que les guerres de religion finissent. L'église est alors construite à l'emplacement actuel, ouverte aux fidèles en 1675. Les relations entre catholiques et protestants sont pacifiées
jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes (1685).
Révocation et émigration
Après la révocation, le temple est détruit (1686). Pour le roi, les protestants, officiellement, n'existent plus ; ils résistent néanmoins, malgré la perte de leurs emplois ou de leurs
biens. Certains simulent la conversion. Le curé de l'époque faisait peut-être preuve de tolérance à leur égard, car il est dénoncé à l'évêque pour son indulgence... Plusieurs huguenots
émigrent alors, qu'il s'agisse de familles nobles (Oulès, Alquier) ou d'artisans (forgeron, cardeur de laine, chapelier). Des descendants d'une de ces familles existent encore en Angleterre.
La Révolution
Marc-David Alba Lassource, pasteur issu d'une ancienne famille protestante, est né à Anglès en 1763. Révolutionnaire convaincu (Girondin), il osa critiquer les
excès de Robespierre et des Montagnards, ce que, bien sûr, il paya de sa vie en 1793. Ses dernières paroles furent prophétiques : "Je meurs dans le moment où le peuple a perdu sa
raison, vous mourrez le jour où il la recouvrera".
La Révolution trouve Anglès assez frondeuse. Les habitants se montrent parfois fidèles aux prêtres
réfractaires. Jean-Jacques Azaïs est le plus célèbre d'entre eux dans la région, qu'il parcourait à cheval et en armes, en se cachant des autorités. Mais surtout, les
habitants se rebellent contre la conscription et les réquisitions ordonnées par le pouvoir central. Celui-ci use d'ailleurs de moyens assez radicaux pour empêcher les désertions, envoyant
des soldats en garnison chez les familles des déserteurs...
On a conservé, du XVIIIe siècle, le beau linteau en granit d'une maison datée 1791 (photo ci-dessous et détail ci-dessus).
Le XIXe siècle
C'est, pour Anglès, le siècle des grands travaux, des changements dans l'urbanisme. Le temple, à l'architecture simple et harmonieuse, est fini en 1819. Le milieu du siècle voit la
construction de la mairie (1851), l'aménagement de la grande place centrale, le percement de l'entrée actuelle de l'église à l'est.
Le temple
(1819)
Le XXe siècle
La guerre de 1914-1918 provoqua une véritable hécatombe. Quatre-vingt sept jeunes hommes de la commune ne revinrent jamais. Ainsi
qu'en atteste le monument au mort, les familles Rouanet et Cabrol furent particulièrement touchées. Le XXe siècle marque aussi l'exode rural : les jeunes gens partis travailler dans les
usines de Mazamet allèrent fonder des familles ailleurs La population passe de 1550 habitants en 1920 à 650 en 1982.
Bref...
En dépit des bouleversements du XXe siècle, Anglès a su maintenir des commerces, installer des commodités (station-service communale), conserver des artisans... Il semble que c'est un
village où il fait bon vivre. C'est ce que semblent penser les estivants qui viennent ici nombreux ! Pour ma part, j'aime bien visiter ses rues à l'automne, où le village s'endort dans ses brumes
et où la petite échoppe typique propose à son étalage de beaux champignons, joliment présentés sur leur lit de mousse...
Sources
Jean Aymeric, Anglès et son terroir. Ce livre d'histoire et de
souvenirs agréable à lire m'a donné envie de redécouvrir Anglès et a fourni la substance de cet article.
Jean Roques, Guide du Tarn.
Amitiés
Et bien, quelle histoire mouvementée pour ce charmant village...
Mais pitié,Abellion: pourriez-vous me traduire "fulget et floret"? Le peu de latin qui me reste a tendance à se faire la malle...
La devise latine signifie "Il brille et il éclate (littéralement : fleurit)", cela s'entend bien sûr à la fois du soleil représenté sur le blason et de la ville d'Anglès elle-même (vous voyez qu'ils ne péchaient pas par modestie en ce temps).
Amitiés.
pour le scan de St yves je veux bien
amities
Magnifique votre blog,félicitations
Amitiés
José
Le Jardin du Portugal
Ah, les ciels gris, mais je ne vis que pour cela ! J'adore les ambiances d'automne... La sérénité, la douceur de vivre de cette saison me font vraiment passer des moments magiques.
Amitiés.
Si vous ne l'avez déjà reçu, RV sur mon blog...
Amitiés
1. J'ai 4 chats.
2. J'ai une peur bleue des avions.
3. Je ne m'entoure que d'objets anciens ou chinés.
4. Je ne peux pas résister à un fomage de brebis femier (type Ossau-Iraty).
5. Je fuis le plus possible les villes et la foule.
6. Je me prend chaque année un week-end pour faire les journée du patrimoine, dans une région différente.
7. Il m'arrive de parodier des chansons célèbres pour brocarder (gentiment) des personnes de mon entourage... exemple : Capitaine Flamm devenant "Capitaine Flemme", etc.
Voilà; j'espère avoirt répondu à votre curiosité toujours en éveil. Amitiés.
Là, c'est pour le prix de l'excellence!
Amitiés Abellion!(Je viens de me faire un de ces gueuletons...
Il n'y a que nous pour réagir comme ça?
Amitiés Abellion.
Et je rajouterai: comme un bon fromage sans un bon vin!(Rires: je connais votre sobriété, Abellion...)
- Ou un bon dîner sans cigarette après le dessert...(Là, vous ne me connaissez plus!)
Amitiés taquines,
Hélène.
Amitiés
Hélène
A mille lieues de L*****c, C*******r, etc. Et très près des bois, des forêts, des lacs... Je l'espère. Amitiés.
Définitivement un lieu où il fait bon vivre.
Amitiés
As-tu d'autres ouvrages des éditions de Poliphile ?
Il me semble qu'elles ont pris la suite des éditions Frérerie de Ferrières, sur laquelle nous avions eu une discussion lors de mes premières venues sur ce blog.
Jean Aymeric est, pour autant que je peux en juger, le type même de ces magistrats érudits de naguère. Né à Rabastens en 1921, il est issu d'une famille originaire d'Anglès (Amalric), et a gardé un attachement de coeur à ce pays où il revenait pour ses vacances... Il raconte lui-même qu'il a commencé à projeter le livre à 16 ans ; alors qu'ils révisait à la bibliothèque d'Albi, il n'a pu s'empêcher de dépouiller les tables de la "Revue du Tarn" en quête d'articles sur Anglès.
Le livre est passionnant ; je l'ai dans ma bibliothèque, l'ayant acheté il y a quelques années à Montolieu. Si cela te fait plaisir, je veux bien t'en procurer une copie, ou te signaler si je trouve un exemplaire en vente. Après une partie d'histoire événementielle assez brève, l'auteur explore en détail la vie d'autrefois : agriculture, industrie, traditions...
Les éditions de Poliphile étaient basées au château de Ferrières en 1988-date de l'ouvrage; le livre a été imprimé par Escourbiac à Graulhet. S'ils ont un lien avec la Frèrerie de Ferrières, je l'ignore ; on peut légitimement le supposer.
Je ferai sans doute bientôt un article sur la Souque.
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.
C'est ce que je me dis quand je m'engage sur le périph' chaque matin...
En t'engageant sur le periph', dis-toi que tu as encore la possibilité d'accéder à ces lieux secrets le week-end venu; ce qui m'est plus difficile.
Pour le livre, j'ai trouvé une librairie en ligne qui le vend. En tout cas, je te remercie de ta proposition. Si besoin est, je ferai appel à toi.
Amitiés
N'hésite pas, je me ferai un plaisir de t'envoyer une copie de l'ouvrage.
Amitiés.
Savez vous si dans cette église est enterré un Louis marie Galibert, évêque vers 1880 ?
meci
Chistian DUJARDIN
Désolé de ne pas vous avoir répondu plus tôt... Je ne sais pas mais je peux farfouiller dans mes livres, je vous recontacte si j'ai du nouveau. Bien cordialement.