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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 07:03


De tout temps, les montagnes ont fasciné... Pour nous, elles représentent la beauté d'une nature préservée. Pour nos ancêtres, elles étaient l'objet de légendes divines ou diaboliques. Dans les Pyrénées, il n'est peut-être pas de sommet qui ait suscité davantage de mythes que le Saint-Barthélémy. Sur ce pic cher aux Ariégeois et Audois, les saints et les pèlerins côtoyaient les démons...   

L'ascension de ce sommet est très agréable par une belle et sereine journée d'octobre. Un chemin pentu conduit jusqu'au pic et au lac du diable. Cette balade sera l'occasion d'évoquer le pèlerinage et les croyances de jadis.  

Situation du pic. Le massif de Tabe
 
 Dans le département de l'Ariège se situe le massif de Tabe. La montagne sépare deux régions ariégeoises bien typées. Au nord, le Pays d'Olmes est connu pour ses industries de laine (on se souvient de la marque "Toison d'Olmes"). Au sud, la région du lordadais, plus agricole, est dominé par le vieux castel de Lordat, refuge des cathares à l'époque du siège de Montségur (1244).

Le Saint-Barthélemy est un des plus hauts sommets du massif du Tabe (2348 m), précédé de peu par le Soularac (2368 m). Géologiquement parlant, le Saint-Barthélemy est en partie composée de talc, matière qui est d'ailleurs extraite au sud du massif, à Luzenac.

L'ascension au pic

Départ du sentier aux Monts-d'Olmes, ou quand votre coeur fait "Mugitusque Boum"

L'ascension se fait facilement depuis les Monts-d'Olmes. On franchit d'abord une zone de prairies, où paissent encore, en ce mois d'octobre, de belles vaches rousses. On laisse un premier lac derrière soi. Suit une zone de prairies de montagne, où coulent de petits ruisseaux qui, de temps en temps, s'épanchent en de petits bassins aux reflets verdâtres.

Un orry

C'est alors que les choses se compliquent... A peine passé devant un orry (cabane de pierre), on entame la montée du col de Girabal, assez raide. La vue est extraordinaire sur le sud et les autres massifs des Pyrénées. Le sommet est tout proche.

Vue du col de Girabal, vers le sud

Une fois le sommet du Saint-Barthélémy dépassé, le pic de Soularac apparaît à l'est. Entre les deux montagnes se trouvent le lac des Truites et le lac du diable.

Le pic de Soularac, vu du Saint-Barthélemy (est)

Un massif mégalithique

Un des indices que la montagne est sacrée depuis des siècles, c'est la présence de monuments mégalithiques à ses abords, dans le Massif de Tabe. Malheureusement, beaucoup d'entre eux semblent avoir disparu. Il y avait au col de la Traoucado une Peyro traoucado ou Roc des sorcières, pierre à cupules. On voyait aussi un cromlech au pied du Soularac, aujourd'hui enseveli.

Toponymie

 Le sacré et le légendaire s'inscrivent dans la toponymie de la montagne : le nom du pic renvoie à l'apôtre Barthélemy vénéré de longue date dans la région, tandis qu'un "lac du diable" évoque bien sûr le seigneur du monde infernal... Une des variantes du nom de la Montagne de Tabe est "Thabor", nom qui désigne dans la Bible le sommet où se déroule la transfiguration du Christ. Dans les sources écrites, le nom de "Thabor" et celui de "Saint-Barthélemy" semblent apparaître au début du XVIIe siècle. Ils sont l'indice de l'empreinte chrétienne que l'on a cherché à laisser sur le massif. Peut-être parce qu'ici comme ailleurs, d'autres croyances, plus anciennes, préexistaient...


Le pèlerinage du 23 et du 24 août

La montagne était l'objet d'un pèlerinage sous l'Ancien Régime, au moins depuis le XVIIe siècle et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle (date donnée par Duhourcau). On gravissait chaque année la montagne depuis les vallées voisines le soir du 23 août, veille de la fête de Saint-Barthélemy. On restait la nuit sur le pic pour assiter au lever du soleil du lendemain. Selon un témoignage du début du XVIIe siècle (Olhagaray), toute la nuit se passait en chansons d'amour fort peu platonique, "chants puants, paroles vilaines et lascives" selon les termes exacts du chroniqueur. On allumait même un feu dans la chapelle ! Jeunes garçons et jeunes filles pouvaient alors s'aimer librement sur les pentes voisines, à la faveur de l'obscurité...

Le commentateurs n'ont pas manqué d'établir une relation entre ces deux aspects du pèlerinage, le lever du soleil et les ébats amoureux. Ils sont parfois allés jusqu'à parler de célébration païenne de la fécondité, de "cultes naturistes solaires" (Duhourcau). La fête de Saint Barthélémy ne serait alors que la christianisation de pratiques remontant à un temps immémorial. Hypothèse séduisante, mais qui mériterait preuves et confirmation.

Certes, l'attente du lever du soleil donne du grain à moudre à l'idée d'un ancien culte christianisé... Toutefois, le pèlerinage au sommet n'est pas attesté avant le XVIIe siècle par les sources écrites : existait-il auparavant sous une autre forme ? On l'ignore... Pour ce qui est d'un prétendu culte de la fécondité, je suis dubitatif. Les pèlerinages étaient l'occasion pour les jeunes gens d'échapper à la vigilance de leurs parents et de rencontrer d'autres jeunes de leur âge, venus d'autres vallées. Il n'est peut-être pas nécessaire de faire l'hypothèse d'un rituel pour expliquer les rencontres de passage... L'histoire répertorie beaucoup de cas de pèlerinages interdits par les autorités ecclésiastiques en raison d'abus de ce genre. Nous nous imaginons les pèlerinages d'autrefois comme des cérémonies guindées, mais c'était aussi des occasions de se rencontrer et de faire la fête, qui n'étaient pas si nombreuses en ce temps-là... 


Une introuvable chapelle

Le lendemain, jour du 24 août, une messe avait lieu sur le sommet. On prétend qu'il y avait là une chapelle dédiée au saint, attestée au XVIIe siècle. Les vestiges sont difficiles, voire impossibles à trouver. P. Bénard, un passionné du pic, a identifié une légère dépression encombrée de rochers, qu'il identifie au sol de la chapelle. Elle est située 30 m au sud-ouest du sommet, à proximité d'un orry. Il est possible que l'édifice ait été très modeste, voire qu'il s'agissait d'un simple autel à ciel ouvert...

Le merveilleux diabolique : le lac du diable

Quittons la compagnie des pèlerins pour celle du Malin... A l'est du pic de Saint-Barthélemy se niche le lac du diable. C'est une petite étendue d'eau, à la surprenante couleur bleu pétrole. Des récits sur ce lieu circulent depuis plusieurs siècles, qui tous se rattachent au légendaire diabolique.

Lac du diable

Le mythe du lac maudit

Du XVIe au XIXe siècle, ce lieu fut considéré comme une sorte de lac maudit. La rumeur supposait qu'il était sans fond, qu'il communiquait avec l'Enfer, qu'il se produisait d'étranges phénomènes quand on agitait son eau. F. de Belleforest, auteur comingeois, écrit dans ses Histoires prodigieuses (1575) que cette croyance provenait d'une propriété du sous-sol.

"Je voudrais demander la cause d'un cas rare advenant en un certain lac qui est en nos monts Pyrénées, dedans lequel si quelqu'un jette une pierre, il ne manquera pas de voir bientôt, après avoir ouï un étrange bouillonnement dedans le creux de cet abîme, des vapeurs et fumées puis des nuages épais, et après l'espace de quelque demi-heure, c'est merveille de tonnerre et éclairs de la pluie qui s'émeut de cette émotion faite en l'eau, qui est cause que le pauvre peuple pense que ce soit une gueule d'enfer, comme ainsi soit qu'on doive acompter cela aux veines du lieu qui sont sulphurées" (cité d'après B. Duhourcau).

D'après Olhagaray (1609), le lieu était évité par les bergers. ceux-ci croyaient que des flammes jaillissaient de l'eau "à la moindre pierre qu'on y jetait"... Enfin, pendant l'été 1840, lors d'une sècheresse, un boulanger aurait jeté un chat dans l'eau ; on prétendit alors que le diable, irrité, fit pleuvoir pendant sept semaines... Olivier de Robert raconte ainsi le bain du malheureux félin :

"Les chats n'aiment pas l'eau, et la bestiole s'est mise à se débattre comme un damné au milieu du lac ! Il griffa l'eau avec tant d'énergie qu'il plut pendant quarante jours ! On était au bord de l'inondation !"

Pauvre bête !


Les lacs du diable dans les mythes pyrénéens

Ces légendes peuvent paraître déroutantes, mais en fait elles sont une constante dans la mythologie pyrénéenne. D'autres légendes de lacs diaboliques existent dans l'Ariège, l'Aude, les Pyrénées-Orientales. On peut citer, parmi les plus célèbres, le lac de Naguiles (près d'Ax-les-Thermes), le lac de Barrenc (près de Rennes-les-Bains) ou les Gorchs de Nohèdes (en Conflent).

Dans la plupart de ces récits, on retrouve les mêmes éléments. Le lac est la demeure du diable -incarné sous la forme d'un bouc ou d'un bélier noir- ou communique avec l'enfer. Lorsque les habitants du pays provoquent le démon en jetant une pierre dans l'eau, ou en essayant d'assécher le lac, le diable les punit. Sa vengeance prend la forme d'un orage, d'une averse ou d'une inondation.

Il est difficile de tracer l'origine de telles légendes. Bien sûr, on peut toujours postuler quelque hypothétique divinité païenne des eaux ou de l'orage dont le diable aurait pris la place. Toutefois, une source beaucoup plus proche de nous dans le temps existe. Ce sont les récits des sabbats de sorcières (XVe-XVIIe siècles). En effet, dans ces textes, le diable apparaît souvent sous la forme du bouc et partage avec les sorcières le pouvoir de déclencher des orages. 

En bref... 

Belles montagnes pour nous, montagnes terribles et sacrées pour nos ancêtres... Plusieurs auteurs ont pensé que le pic était sacré depuis les temps païens, et fut ensuite christianisée. La présence de mégalithes aux alentours, la célébration du soleil à son lever le 24 août semblent arguer en faveur de cette hypothèse. ceci dit, on ne peut affirmer rien de plus de certain. 

Même si on ne saura jamais le fin mot de l'histoire, l'enchantement des légendes et des paysages reste...

Localiser Le Saint-Barthélemy sur la carte interactive

Sources bibliographiques
F. de Belleforest, Histoires prodigieuses (1575).
B. Duhourcau, Guide des pyrénées mystérieuses, art. "Luzenac". 
O. de Marliave, Panthéon pyrénéen, "Diables et démons". 
O. de Robert, Contes et légendes d'Ariège, "L'étang du diable".

Sources électroniques
Ce site très documenté, oeuvre d'un passionné du Saint-Barthélemy, Pierre Bénard. On y trouvera des discussions détaillées des étymologies, des textes et diverses théories sur les origines des légendes du pic.
La belle balade de Geneviève au Saint-Barthélemy: récit et photos
Le Plantaurel et le Saint-Barth': photos et tableaux de Geneviève 

Autres légendes du lac du diable

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commentaires

P. Benard 30/11/2010 21:19


Bonjour,
Bonjour,

Merci pour votre blog et pour cette belle page sur les étangs porteurs de légende (... je ne savais pas pour l'étang de Naguille).

Je me permettais juste de vous écrire pour vous signaler que le lien que vous indiquez pour mon site sur le Pic de Saint-Barthélemy est devenu obsolète. Le nouveau site (actualisé) se trouve à
l'adresse suivante:

"http://www.saint-barthelemy.pyreneus.fr/index.htm"

Je continue de travailler à compléter et améliorer ce site sur une montagne tutélaire admirée des habitants de la région, mais qui souffre de plus en plus, coincée entre les mines de talc et le
projet d'exploitation de la station de ski en été. Pauvre Pic !


Abellion 01/12/2010 18:14



C'est moi qui vous remercie pour les pages de votre site, vibrantes de passion et plein d'érudition comme de connaissance du terrain. Je me plais à rêver de sites aussi fournis que le vôtre
consacrés au le Bugarach, au Pic de Nore, au Pic Saint-Loup et toutes les belles montagnes de notre région. Je devrais publier quelques choses dans les prochain jours sur le Pic de
Nore...


Merci de m'avoir signalé le changement d'adresse, je rénove le lien.


Bien à vous.



christian 24/10/2009 20:50


Effectivement j'ai vu le lever de soleil , il est superbe . Moi le lever s'est l'assurance de passer une bonne journée . C'est tellement reposant et c'est vrai que vu mes problèmes , c'est
indispensable . Merci et à bientôt


Abellion 24/10/2009 23:58


Des problèmes ? Rien de grave, j'espère. N'hésite pas à m'en parler, entre internautes on est aussi là pour se serrer les coudes.


christian 24/10/2009 18:25


Un très belle article , des photos sublimes bon . Mais il manque le lever du soleil !!!!!
Sinon je parle de toi sur mon blog . A bientôt


Abellion 24/10/2009 20:03


C'est vrai qu'il manque le lever de soleil ! Je ne desespère pas d'y assister moi-même un jour, pourquoi pas à la date fatidique du 24 août ? Sur le site de P. Bénard, tu trouveras de superbes
images, et il y a effectivement le lever de soleil. Voici le lien. Amitiés.


bélisama 24/10/2009 11:37


Merci, cher Abellion, pour cet article et ces photos magnifiques, qui nous rappellent une bien agréable promenade. Mais je déteste ces anecdotes cruelles qui mettent en scène de pauvres animaux
torturés.


Abellion 24/10/2009 17:34


C'est une chance, en notre époque blasée et violente, d'avoir une âme assez pure pour compatir aux souffrances d'un petit chat...

Sachant que tu as tes racines en Ariège, je sais que le lieu est d'autant plus beau à tes yeux. Et quel beau pays, l'Ariège...


gene 22/10/2009 10:30


superbe article , fort bien documenté . J'aprécie votre souci de recherche et de bien distinguer le vrai de la légende , et qui d'ailleurs n'enlève rien à la beauté du lieu . Je vous remercie pour
le lien . bonne journée.


Abellion 22/10/2009 13:22


Merci, Geneviève, cela me touche d'autant plus, venant de vous qui connaissez et appréciez ce pic magnifique... C'est grâce à vous si je l'ai écrit, car c'est après avoir lu votre article, le
mois dernier, que j'ai eu envie de faire l'ascension. Je voulais vous demander un petit service, je viendrais le faire directement sur votre blog. Amitiés.