Partager l'article ! Violante de Bats : femme fatale dans la Toulouse baroque (1609): Les femmes fatales fascinent... &n ...
Explorer les lieux
secrets
Carte interactive
Sommaire du blog en images
Retour à la page
d'accueil
La parole est à
vous
Sondage :
donnez votre avis sur le blog
Articles les plus commentés
Contacter l'auteur
Livre d'or
Appel à témoins
Facebook
Suivez le blog sur Facebook
Liens
Liens vers d'autres sites
Translation
Traduire-Translate-Traducir-Tradurre-Ubersetsen
Départements languedociens
Aude
Ariège
Haute-Garonne
Tarn
Aveyron
Et aussi...
Hautes-Pyrénées
Hérault
Pyrénées-Atlantiques
Pyrénées-Orientales
Carte de tous les départements
Autres
départements
Hauts lieux historiques
L'Antiquité
Le Moyen-âge, art roman et gothique
L'époque des cathares, châteaux "cathares"
Sur les chemins de Saint-Jacques
Le XVIe et le XVIIe siècles
Le Canal Royal du Languedoc (Canal du Midi)
Le XVIIIe siècle
Le XIXe siècle
Le XXe siècle
Lieux de pleine nature
La Montagne noire
en Languedoc
Montagnes et forêts
Chapelles d'altitude ou maritimes
Bestiaire et herbier (animaux et plantes)
Légendes et contes
Pierres à légendes, bornes, croix
Légendes de fées
Légendes de dracs et de diables
Légendes de géants et d'hommes sauvages
Contes traditionnels
Traditions
Nourritures plus que terrestres
Culte des saints, légende dorée
Métiers de jadis
Aimer en Languedoc
Fêtes traditionnelles
La légende de la mort
Le monde des sorts
Villes et villages
Toulouse belle et mystérieuse
Carcassonne, histoire et traditions
Villages de la Montagne noire
Village du Lauragais
Villages audois
Création contemporaine
Graphisme, sites internet
Sculpture, peinture, bois
Bande dessinée, cinéma, musique
A propos du blog
Tout savoir sur ce blog
Je me présente en quelques mots...
Profil du blog sur
Overblog
Divers
Origine des noms de lieux (toponymie)
Album photo des lieux : les photos de lieux superbes
Musée des lieux : des objets étonnants
Petit musée des horreurs
Mystifications et fausses légendes
Symboles anciens
Le design et les bannières du blog sont une oeuvre originale de Little Shiva. Un grand merci à cette graphiste de niveau international, pleine de talent et de générosité. Son boulot est splendide.Vous pouvez aussi admirer son oeuvre d'artiste ici.
Les femmes fatales fascinent...
Si beaucoup sont des mythes littéraires forgés par les romanciers, d'autres ont réellement existé. Violante de Bats du Château fut l'une d'elles. Par amour pour elle, des figures respectables de la vie Toulousaine, un étudiant, un professeur de théologie et deux juristes perdirent toute notion des principes qu'ils devaient incarner et se changèrent en vulgaires meutriers en l'an 1608...
Qui était donc cette quasi-contemporaine de la fictive Milady de Winter ? Etait-elle coupable de ce que
l'on commit en son nom ?
Son histoire nous est connue par diverses sources écrites, dont un article du Dictionnaire Historique et critique du grand philosophe d'origine ariégeoise, Pierre Bayle. Mais c'est dans la relation même de son juge, Guillaume de Ségla, parue en 1613 sous le nom d'Histoire tragique que nous trouvons un récit détaillé des événements, tels que la justice d'alors a pu les reconstituer.
Le belle Portugaise
Nous ne savons finalement pas grand-chose de la belle elle-même, sinon qu'elle était d'origine portugaise. L'austère ouvrage de Ségla, plus préoccupée d'exactitude juridique et de citations latines que de pittoresque, ne nous en apprend pas davantage. Avait-elle un léger accent ibérique, la beauté brune des Mauresques, ou la blondeur des descendants des Wisigoths ? Impossible de le savoir. On ne peut que lui supposer un charme hors du commun.
Elle avait connu un premier mariage avec un espagnol, Sébastien de Bats du Château. Bientôt le mari mourut, et la voici jouissant à Toulouse de la situation enviable de veuve, la seule qui laissait un peu de liberté aux femmes dans ce début du XVIIe siècle. La belle tient donc salon, et s'entourne d'admirateurs. Les "mignardises" féminines (Ségla) et le beau langage, voilà qui suffit à enjôler les hommes souvent plus légers que bien des femmes...
Et Violante n'est pas avare de ses charmes. Elle accordait à ses amants des rendez-vous discrets dans des
lieux fort divers : bois, couvents isolés, maisons de complices... Etait-elle une femme libre, ou une courtisane de haut vol ? Difficile de juger, 402 ans après les faits.
Gerrit van Honthorst, Joyeuse compagnie (1623), Staatsgallerie, Schlesseim.
Quatro para una
Violante n'hésita pas à prendre quatre amants. En termes de géométrie amoureuse, ce n'est plus un triangle, ni même un carré, mais plutôt un pentagone...
Etait-ce conscient de part ou pas ? En tout cas, l'échantillon masculin représentait toute la diversité des notabilités d'une ville de province d'Ancien Régime. Il y avait les gros poissons : Pierre Arrias Burdeus, prêtre de l'ordre augustin et estimé professeur de Théologie à l'Université de Toulouse, et François Gairaud, vénérable sexagénaire, puissant conseiller au Sénéchal de Tholose (ancien nom de Toulouse). Puis, venait le menu fretin, loin d'être désargenté tout de même : François Esbaldit "praticien" (sorte d'avocat ou de juriste) et Antoine Candolas "escholier" (étudiant), le benjamin de la joyeuse bande. La belle marquait une préférence pour Gairaud - le plus puissant et peut-être le plus attaché à elle - et surtout pour Arrias qui, d'origine espagnole, était presque son compatriote. Ces deux-là voulaient l'épouser, mais ce fut bien la Camarde qu'ils étreignirent...
Un mari trop peu complaisant
Dans une ville de Province en cette aube du siècle de Louis le Grand, les relations extra-conjugales deviennent vite dangereuses : ces personnes de qualité ne sont point à l'abri d'une grossesse, ni d'un scandale redoutable. La discrétion commandait aux amants de Violante de trouver à la belle un mari complaisant, si possible caduc.
Henry Terbruggen, Le couple mal assorti (1623), collection privée.
On pensa avoir découvert la perle rare en la personne de Pierre Romain, avocat de Gimont. "Boiteux et difforme", d'une laideur socratique et pauvre de surcroît, il ne risquait guère de faire de l'ombre aux quatre amants de la belle, ni de faire des vagues : on pourrait facilement l'acheter. Certes, il demeurait assez loin, mais l'on pourrait toujours le faire venir à Toulouse, en temps utile afin de jouir à nouveau de la galante compagnie de Violante. Ce couple bien mal assorti fut marié en mai 1608.
Hélas pour nos quatre comploteurs, les meilleurs plans viennent à échouer... Violante, habituée au luxe, trouve sa nouvelle demeure bien "souffreteuse" et s'en plaint amèrement, d'autant plus qu'elle y est tenue sous clef par le mari jaloux... Malgré les sollicitations de Gairaud qui promet à Pierre Romain de lui donner davantage de pratique à Toulouse qu'il n'en a jamais eu à Gimont, le barbon refuse de déménager et devient un obstacle sérieux aux desseins amoureux de nos comploteurs. Obstacle dont il faut se débarasser.
L'assassinat
Il s'avère que Romain avait la peau aussi dure que Raspoutine. Les quatre amants lui firent envoyer de Toulouse du poison, il s'en porta comme un charme. Il fallut donc se résigner à en venir aux mains pour se défaire du fâcheux, si possible avec l'avantage du terrain...
Le plan était machiavélique. Ce fut peut-être Violante qui attira en juillet 1608 son mari à Toulouse, sous prétexte d'intenter une action judiciaire contre son père, en vue de récupérer une partie de sa dot. L'homme de loi, François Gairaud logea Romain, pour mieux surveiller sa victime. La soir du 8 juillet, Gairaud emmena Romain en promenade en compagnie de Candolas, l'amant étudiant. Au retour de la balade, Candolas, feignant de partir en avant pour ouvrir la porte de la maison, prévient en réalité Esbaldit, troisième sigisbée de Violante qui se tenait caché avec des spadassins, près de l'église des Pénitents Gris. Puis il se retire à son tour.
Gairaud rentre donc seul avec Romain. Lorsqu'ils passent devant l'église, une partie des spadassins met Gairaud à l'abri tandis que l'autre accable Romain de dix-sept coups de couteau....
Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne (1611-1612), Musée National de Naples.
Une machine judiciaire implacable
Un Capitoul, informé du crime, entreprend de rechercher les coupables sur-le-champ.
Esbaldit, qui est sottement resté près du lieu du crime, est fait prisonnier mais se déclare innocent et sait tenir sa langue.
F. Gairaud joue les victimes : il prétend avoir été attaqué par des voleurs masqués. Il pousse même la duplicité jusqu'à écrire à Violante une lettre dans laquelle il s'engage à poursuivre les assassins de son mari, et à participer officiellement à l'enquête sur la mort de son cher "ami" P. Romain. Comment ne pas croire un homme aussi éminent ? Ces mensonges donneront la change aux Capitouls, un certain temps seulement...
Quant à Burdeus et Candolas, il prennent peur et s'enfuient dans une gabarre sur la Garonne (14 juillet). Après diverses pérégrinations à Tonneins, puis Milhau, ils se rendent à Nîmes, où il se font protestants (28 juillet). Or fuir, c'est avouer son crime...
Du milieu à la fin de juillet, les Capitouls ordonnent des prises de corps contre Arias, Violante, Candolas et Esbaldit. Violante est amenée à Toulouse dès le 21 juillet. Les autres ne tardent pas à tomber dans le filet, yè compris Burdeus qui tente de déjouer les poursuites en arguant de sa nouvelle appartenance religieuse, qui lui permet de réclamer des juges protestants devant la Chambre de l'Edit de Castres. En vain : les Capitouls sortent de leur chapeau un article qui interdit le recours aux juridictions protestantes à qui n'a pas professé la religion réformée depuis plus de six mois.
Le procès
Arrias Burdeus fut le premier jugé, fin novembre 1608. On porta comme preuve contre lui diverses lettres, en particulier les des lettres d'amours écrites à Violante, où il l'appelait "mon âme", "mon soleil", et le témoignage d'une femme qui les avait vus lui et Violante "en l'action" [sic] dans un bois près de Launaguet. Circonstances aggravantes pour l'époque, le sacrilège - il aurait "abusé" de Violante dans un confessionnal - et l'apostasie : il avait abjuré le catholicisme. Burdeus est condamné à mort et décapité.
Le témoignage de Burdeus accuse Esbaldit et Gairaud : ce dernier est immédiatement exclu de l'enquête à laquelle il participait en qualité de rapporteur et interrogé à son tour. L'accusation contre Gairaud paraît d'autant plus vraisemblable aux Capitouls qu'il avait une réputation de Dom Juan : "il estoit enclin à l'amour", ainsi que dit Ségla, bien qu'âgé de 66 ans (âge considérable à l'époque).
On fit usage de la question (torture) sur le pauvre vieillard, qui tint bon. Toutefois, affaibli par la faim (on le laissa 24 heures sans manger), et conduit devant un tableau de la Passion du Christ (cérémonial utile pour instiller un sentiment de culpabilité), il finit par craquer et révéler la participation de Candolas, Esbaldit et Violante au meurtre. Le 12 février, il est condamné à mort. Le 13 février, Candolas suit le même chemin, et Esbaldit le 14.
La fin de Violante
Violante est appelée devant la justice à son tour, et malheureusement pour elle, la note va être salée...
Sa comparution est le morceau de bravoure de la narration de Ségla, et je ne résiste pas au plaisir de citer ici un bel échantillon de son style moralisateur et misogyne, mais dont les périodes sont si bien pesées :
"Voicy la belle Violante qui vient à la catastrophe de cette sanglante tragédie, comme en estant l'argument et le subject. Elle se presente non point avec ses ris et mignardises qui servoient d'appas à ses amans : Mais avec un visage hideux et espouvantable pour les crimes d'impudicité, d'adultere, d'inceste sacrilege, trahison, meurtre et assassinat dont elle est accusee, et presque convaincue tout ensemble."
En effet, nous sommes à une époque où les magistrats se mêlent de morale autant que de loi, et "l'impudicité" n'est pas le moindre des griefs retenus contre elle. Sa relation avec un prêtre est également une circonstance aggravante. Ségla est très sévère avec Violante, ne doutant pas un instant de sa participation active à l'assassinat, sur le seul motif de ses rapports intimes avec les principaux meurtriers. Son mobile aurait été le mécontentement en ménage avec un mari pauvre et laid, qui refusait de déménager à Toulouse. Condamnée à la décapitation le 16 février 1609, elle échappe de peu à l'étranglement et au bûcher que certains juges particulièrement cruels voulaient lui faire subir...
En conclusion...
Une histoire aussi monstrueuse que fascinante, ou simplement "tragique" selon le terme consacré par les écrivains de l'époque... Elle a tout du bon polar où, l'occasion d'un crime, se révèlent les vices cachés d'une société, ceux notamment de ses notabilités apparemment irréprochables. On ne sait ce qui étonne davantage : est-ce la rouerie et la lâcheté des criminels qui se coalisent à cinq pour tuer un seul homme ou la sévérité impitoyable des juges ? On mesure à la fois en quoi notre époque est à la fois semblable et dissemblable de ce début du XVIIe siècle...
Source
Guillaume de Ségla, Histoire tragique et arrests de la Cour de Parlement de Tholose [...], A Paris, Chez Nicolas de la Caille, 1613.
Les images de tableaux d'époque sont extraites de la splendide Web Gallery of art, à visiter absolument. N. B. Le portrait en tête d'article ne représente pas Violante, dont aucune image à ma connaissance n'a été conservée, mais une dame de son époque.
Liens
Texte intégral de l'ouvrage de Guillaume de Ségla sur le site de l'Université de Toulouse
Note d'un article du Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, consacré à l'affaire
Merci Christian ! Je te conseille de faire une visite sur le site de la Web Gallery of art, il y a vraiment une multitude de tableaux magnifique du XVIIe siècle en particulier. Amitiés
Quelle bien curieuse histoire...
J'ai pris quelques notes, afin de ne pas vous répondre "à côté de la plaque!" Les protagonistes étant plutôt nombreux :), et je dois aller à Evreux ce matin...
Merci de m'avoir prévenue et, comme on dit ici: "à c'tantôt"!
Amitiés,
Il me tarde de savoir votre verdict sur la mystérieuse et troublante Violante. Prenez votre temps, mais mettez-y toute votre verve et votre esprit décapant habituel !
Dire que l'on serait encore au Paradis si les pommiers n'avaient jamais existé ! Amititiés.
Quelle force que celle de l'amour... Des gens ayant une position sociale aussi éminente que Berlusconi ou bien Gairaud et ses acolytes peuvent tout oublier pour quelques heures, voire quelques minutes de plaisir qui peuvent leur coûter leur carrière et autrefois, leur vie... L'amour est vraiment le véritable paradis perdu, ou du moins son simulacre le plus trompeur. Quant aux pommiers, on pourrait s'en passer, mais d'Eve, point !
Amitiés
C'est autant votre réponse au com d'Eurosix, (bonjour à lui), que votre article même qui me passionnent... (Quel plaisir que d'être ici ce soir!)
Tout d'abord, (et là je suis certaine que vous m'avez sentie venir)
- Son Prénom. Y a-t-il un moyen de savoir s'il était couramment donné à cette époque? S'il fait référence à une sainte?)
Violante... Mi-violence, mais aussi mi-violette, pour moi...
Serez-vous d'accord avec moi pour situer les faits non au temps de l'amour courtois, mais bien à celui d'un obscurantisme qui a maintes fois condamné et mené les femmes aux pratiques différentes, et donc douteuses, à l'échaffaud? Mais il y avait aussi les chats noirs, les simples des villages, etc...
- Je vous cite: "les magistrats se mèlent de morale autant que de loi"
Mais bien évidemment, je me fais illico avocate de la diablesse.
- Dont le nom est au départ celui de son premier mari.
J'adore votre titre: quatro para una.(Ca change de "tous pour un..."
Bien. Dame veuve en ses mignardises semble verser dans la fantaisie et l'originalité.
Qu'elle prenne 4 amants, ma foi, si la logistique impliquée par un mari et des enfants ne s'en trouve pas bousculée, pourquoi non? D'autant plus que madame tenait salon: visiblement elle ne manquait ni de raffinement, ni de conversation agréable...
Je m'abstiendrai ici de vous donner mon opinion sur le fait qu'elle ait eu 4 amants en même temps; il ne pourrait s'agir que d'opinion...:)
Ces messieurs, donc:
- Un prêtre et professeur de théologie,
- Un vieux monsieur conseiller au Sénéchal de Toulouse,
- un "praticien"
- un estudiant...
Jeunes ou vieux, ils représentaient, comme vous le dites, Abellion, un beau panel de la population, ce qui semble montrer chez la belle un intérêt certain des choses de l'esprit et du corps, tout en s'assurant une protection masculine, (et en ceci les femmes n'ont point changé), ainsi qu'un "carnet de chèques" à sa disposition.
En cela, je pense que l'on peut reconnaitre une grande intelligence?
Si vous me permettez de continuer demain, Abellion, j'en serai fort aise...
Et vous souhaite une bonne soirée;
Amitiés,
Hélène.
Vous défendez bec et ongles la belle Violante (un prénom assez répandu alors dans la pénisule ibérique, il me semble), Hélène, et c'est tout à fait votre droit. Pour ma part, je trouvé également que les juges ont été très sévères avec elle, certainement pour des raisons de morale publique plus que de justice, et sans doute en raison de convictions misogynes chevillés aux corps (l'image de la corruptrice diabolique n'est pas loin...).
Sans doute aussi voulaient-ils se venger du fait que Violante elle-même les avait forcés à envoyer l'un des plus éminents de leur profession sur le billot du bourreau... Impardonnable sans doute pour eux. Il semble que Ségla lui-même doute de la culpabilité de Violante par moments... Aurait-il envoyé une innocente au bûcher ?
Obscurantiste ? Non, assurément, l'époque de Kepler, Galilée, Bérulle, du Caravage ne l'était pas : c'était une époque de bouillonnement intellectuel, de rénovation de toutes les dimensions de la culture peut-être sans équivalent dans l'histoire de la civilisation occidentale. Toutefois, les juges toulousains ont pu être taxés d'obscurantisme : ils étaient connus pour leur moralisme et leur piété intransigeantes, et leur justice impitoyable ; ce sont eux qui envoyèrent aussi le philosophe Vanini au supplice. Telles étaient les voies de la justice alors : le châtiment avait une valeur pédagogique et servait de spectacle édifiant à une foule nombreuse. Toutefois, notre "société démocratique" qui punit souvent davantage les crimes d'opinion que les crimes de sang ne saurait trop lui faire la leçon, même si Dieu merci elle ne tue plus ses opposants !
Certes, Violante devait être une femme charmante et de la première intelligence. Avec un tel profil, elle aurait pu faire une belle carrière dans l'Italie de la Renaissance ou dans le Paris du XVIIIe siècle. Elle a, en quelque sorte, mal choisi son époque et son lieu...
Merci de vos sagaces observations,
Amitiés
Revenons à "notre Violante fascinante". Philippe le Bel avait trois brus qui ne se contentaient pas de débauches. Elles faisaient jeter leurs amants d'un soir à la seine, dans un sac cousu. Elles ont été condamnées au cachot d'Andélys (du moins deux d'entre elles) mais les deux frères Gauthier et Philippe d'Aunay furent: émasculés, traînés par des chevaux, décapités et enfin pendus à des gibets (par les aisselles!) à titre d'exemple.
Les juges de Toulouse ont-ils été moins féroces ? Amitiés.
Ah ah, la guerre des sexes est relancée ! Il me tarde de lire la réponse d'Hélène. Moi, j'aurais une position mitigée : je pense que et Violante et ses amants ont bien des choses à se reprocher... En théorie, je ne vois pas pourquoi une femme ne commettrait pas un crime, même si statistiquement, je crois, elles en commentent bien moins que les hommes. Mais si Gayraud et ses comparses sont les exécutants, qui dit que Violante n'a pas été une complice ative ?
Oui, c'est le point intéressant de l'histoire. Je retiens aussi que Violante prenait aussi des amants puissants : manière peut-être de s'approprier ce pouvoir qui était dénié aux femmes ? En tout cas, l'histoire ferait un superbe film, ou roman...
Amitiés
Pardon pour le mot "obscurantisme", qui, comme vous l'écrivez, qualifie une époque, (Ah... L'amour courtois...), et non pas des moeurs visant à désigner certaines victimes plus que d'autres.
Dans cette affaire, il y a eu crimes, il y a sentences.
C'est pourquoi je n'ose prendre partie.
Les "traces historiques" sont évidemment partiales, comme vous le dites, Abellion.
Je me suis "amusée" à me mettre dans la peau de Violante, dans l'heureux temps de ses 4 amants...
Et bien... (ne riez pas surtout, :))... Je ne m'en serais pas sentie capable...
Non pour une quelconque "morale", "religieuse" ou autre; mais par conviction, acquise ou innée!
Ce qui me stupéfie le plus, chez Abellion, c'est que ces quatre amants étaient au courant cahcun de l'existence des autres?
Cela me semble... Incroyablement moderniste? Je ne sais, mais une femme capable d'une telle prouesse, quelle femme ce devait être!
Et quant-à votre réponse au 1er com d'Eurosix,ce pourrait être mon crédo...Sommes-nous d'un romantisme forcené, d'un idéalisme qui veut faire fi des défauts innérants à la
nature humaine?
Malheureusement le formulaire du com masque les interventions de vos lecteurs.
Eurosix semble trouver que la femme est un danger permanent, en puissance et en actes? Ses exemples m'ont fait frémir...
Mais bon, la femme est un animal comme les autres, ou presque: si le héros avait été un homme, aurions-nous ouï parler d'une si fameuse affaire?
( Il existe aussi plein d'histoires redoutables chez l'homme fatal, tiens, en littéraire que je suis, je m'aperçois que cet association de mots n'existe que pour "la femme fatale") (Petit clin d'oeil à vous, Messieurs)
Et je terminerai là, avant de vous décrocher la mâchoire,
pour me rallier aux mots de Fée des agrumes!
Bonne soirée à vous,
Hélène.
Je découvre une Hélène en pleine forme. Mais oui, bien sûr, dans le jeu de l'amour, hommes et femmes peuvent user de méthodes étranges et parfois sanglantes...
Vous soulignez avec raison l'étrangeté de la situation : oui, les quatre amants se sont coalisés. C'était sans doute qu'ils étaient puissants et observés, et que leur complicité leur a permis de mieux dissimuler, le plus longtemps possible, leur relation avec Violante à la foule indiscrète et bavarde... Et ensuite de se débarrasser du mari jaloux !
Amitiés
Quant à Vilante, elle était aussi coupable que ses amants: personne ne s'aimait "d'amour" dans ce groupe ! Violante était fortunée et n'était donc pas guidée par l'argent. Seul, le"sexe" devait être leur seule raion, tous étant d'accord puisque les amants se connaissaient !
Alors, y aurait-il une autre raison à ce crime ? Le fait de na pas vouloir déménager à Toulouse me paraît insuffisant pour le "passage à l'acte", et l'organisation de l'assassinat montre une préméditation bien réfléchie ! Il doit y avoir une zone d'ombre dans cette affaire et il faudrait pouvoir faire parler les "esprits" pour trouver le fin mot de l'histoire.
Par ailleurs, contrairement à ce qu'Hélène pense, je ne crois absolument pas que"la femme soit un danger permanent" ni même généralisé. Il peut y avoir danger si elle "veut dominer" et qu l'homme "soit falble", ce qui n'est pas toujours le cas ! Il faudrait refaire l'enquête... Amitiés, Eurosix.
Je pense que le mari ne connaissait pa la vie de sa future épouse, sinon pourquoi aller chercher un Gimontois ? Gimont est assez loin de Toulouse pour que la réputation de Violante n'y soit pas connue...
Je pense que le mariage d'amour est anachronique, à l'époque c'était avant tout une bonne affaire : il devait sans doute penser pouvoir profiter de la dot de cette veuve... Après, si elle n'est pas vilaine, pourquoi pas ?
Quant à Violante, elle était au courant sans doute que le mariage ne servirait qu'à sauver les apparences. Mais elle a sans doute été surprise par le contraste entre les milieux aisés toulousains et la vie d'un pauvre ménage à Gimont, bien plus qu'elle l'aurait pensé. Il est difficile de revenir à la tutelle masculine quand on a goûté de la liberté...
L'hypothèse de la vengeance est intéressante. dans quelle mesure Romain était-il dupe de Violante et des ses amants? A -t-il essayé de renverser la situation à son avantage ? C'est une hypothèse tout à fait plausible...
Pour moi, homme et femme son parfois des loups pour l'un pour l'autre ! La perfidie n'a pas de sexe, pas plus que l'intelligence calculatrice. peut-être les hommes sont-il plus prompts à passer à l'acte violemment, mais les femmes ne lui envient rien pour ce qui est de la ruse, comme le montre l'histoire et la chronique...
Le seul point où je ne serais pas d'accord avec vous, Eurosix, c'est quand vous dites qu'amour et sexes s'excluent. On a vu par le passé des hommes fous amoureux de courtisanes ou de femmes infidèles. Qui nous dit que Gairaud et Arrias ne disaient pas la vérité en prétendant vouloir épouser Violante ? Ils savaient sans doute qu'ils partageaient son corps avec d'autres hommes, mais peut-être s'imaginaient-ils être chacun le premier dans con coeur. Et leur complicité pour l'assassinat n'est peut-être qu'une union momentanée après laquelle ils auraient pu régler leurs comptes entre eux... Ce que par exemple aurait presque réussi à faire Gairaud, s'il n'avait pas été dénoncé !
Maintenant, Violante aimait-elle ? Que la belle les ait manipulé pour son compte, c'est une autre histoire... Elle jouait un jeu bien dangereux.
Amitiés
En-dehors de ce lien conjugal contracté autant pour la réputation de la belle que pour lui servir de position de repli, si les choses tournaient mal,(Ce qui s'avère un bien mauvais calcul),
Il me semble, comme Abellion, que pour un tel quintet, le sexe n'était pas, ne pouvait être le seul dénominateur commun. Je ne rentrerai pas dans des détails scabreux ou autres, mais il me semble bien que Dame Violente ait pu réunir en ces quatre hommes à la fois l'amour, le désir, et une satisfaction intellectuelle qui lui semblaient nécéssaires.
Quant-à eux, se seraient-ils commis dans un affaire pareille uniquement par désir? Sexuel ou de domination?
... Peut-être à chacun sa réponse?
Ravie de cette conversation courtoise que je retrouve toujours chez vous, Abellion.
Amitiés,
Vous avez parlé à juste titre, Hélène, de satisfaction intellectuelle, et il semble que ce soit vrai : Violante était réellement, une femme d'esprit ! Et quoi qu'en dise Baudelaire, aimer une femme intelligente a pour certains hommes un attrait tout particulier, surtout en ce début de XVIIe siècle où les dames cultivées ne sont pas légion... Je ne sais pas si Violante avait reçu une instruction formelle, mais il semble qu'elle savait lire et tenir un salon, converser avec des personnages qui étaient l'élite intellectuelle de leur temps. Effectivement, cela va bien au-delà du sexe.
Amitiés
A bientôt !
Merci Zabeille. J'avoue qu'un de vos articles m'a "tapé dans l'oeil", pour ainsi dire... Mais je vous le dirai plus à l'aise chez vous, où je me rends de ce pas (virtuel).
importants . Au fond juste retour des choses.
c'est dommage que l'on est que le point de vue du juge et que l'on est rien d'elle , même pas une image ou une description . sa vie ferait un bon roman . bonne soirée
Oui, je suis d'accord avec vous pour dire que les femmes dans ces cas-là sont bien moins vues que les hommes. Mais "femme fatale", "courtisane", ce sont de beaux mots qui sont loin d'être entièrement péjoratifs peut-être (mais pas par moi en tout cas !).
Qu'une femme dans une société misogyne parvienne à renverser en sa faveur une situation défavorable est sans doute déjà un bel exploit, et je pense que Violante savait mener son monde !
Avez-vous lu ce livre intéressant "cette femme qu'ils disent fatale" ? Je vous le conseille !
Amitiés
Un homme fatal, c'est une belle expression que vous introduisez là ! Bien sûr, par ce titre, je ne cherchais nullement à stigmatiser Violante, une femme fatale étant aussi celle pour laquelle on commet-et parfois sans son consentement- des crimes...
La vérité de ce qui s'est passé, je n'en sais rien... J'ai donné mon humble avis : pour moi Violante, ni plus ni moins mauvaise qu'un autre humain, a essayé de vivre une vie qu'elle voulait la plus agréable et la plus libre possible... Quant à son implication dans le meurtre, j'avoue simplement mon ignorance.
Il est clair que ce sont les hommes, et en particulier Gairaud, qui ont combiné l'assassinat, mais peut-on entièrement blanchir Violante ? Je ne saurais trancher. La seule chose qui est sûre, c'est qu'elle a été victime des préjugés de son époque...
Je laisse ces dames répondre, quant à elles !