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parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

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Invitation au voyage


Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 22:31

Il n'est rien de plus troublant que de voir les lieux que l'on connaît bien, dans les mots de voyageurs du temps jadis. Entamons une nouvelle série d'articles, consacrée aux balades d'écrivains en Languedoc, en visitant Carcassonne en compagnie d'Hippolyte Taine, en cette année 1865.

L'écrivain

Hippolyte Taine est un écrivain sans doute un peu oublié aujourd'hui... Il est peut-être à l'histoire ce que Zola était au roman. De même que le fondateur du naturalisme, il avait fait son livre de chevet de Claude Bernard, et rêvait d'appliquer une méthode scientiste dans les humanités... Le monde de Taine est un univers de fer où tout, du mouvement de l'histoire à la création littéraire, est explicable par un rigoureux détermisme. L'homme et ses facultés dépendent du milieu et de la "race". Tentation scientiste qui fait aujourd'hui frémir...

En 1865, il a déjà publié son Histoire de la littérature anglaise en cinq volumes, mais n'a pas encore fait paraître son oeuvre magistrale, Histoire des origines de la france contemporaine (1875-1893).

Instantanés de vie

Toutefois, Taine nous intéresse ici en tant qu'auteur d'un récit de voyages. De sa prose fluide, il a laissé les récits de ses impressions durant ses voyages en province, de 1863 à 1866, comme inspecteur d'admission à l'Ecole militaire de Saint-Cyr, de 1863 à 1866.

"Ce sont des notes prises au jour le jour, sur de tous petits cahiers, la plupart du temps au crayon, presque toujours sans corrections ni ratures.", dit l'avant-propos anonyme de l'édition Hachette (1897). Taine ne put les revoir, ni les publier avant sa mort. Ce sont donc, s'il faut en croire l'éditeur anonyme, des instantanés, des premières impressions qui dans leur fraîcheur, leur spontanéité, et parfois leurs jugements à l'emporte-pièce, trahissent à la fois le tempérament de l'observateur et la réalité qu'il observe.

Une cour des miracles

On peut essayer de deviner ce qui va frapper le savant à la vue de la cité. Les puissantes murailles ? La grandeur de cet ensemble grandiose conservé du Moyen-âge. Rien de tout cela...

Tout simplement, la misère.

"La vieille ville, la ferme forteresse escarpée du Moyen âge est presque abandonnée; il y reste dix-huit cents pauvres diables, tisserands pour la plupart, dans de vieilles maisons de torchis."

Maisons de terre

Le savant décrit le spectacle des maison précaires, de terre, adossées aux remparts.

" Tout le long des murailles rampent et s'accrochent des baraques informes, borgnes ou boiteuses, imprégnées de poussière ou de boue, et dans la ruelle étroite, parmi des ordures et des débris infects, des enfants déguenillés, crasseux, vaguent, avec des nuées de mouches, sous un soleil de plomb qui cuit et roussit toute cette moisissure humaine; c'est un ghetto du XIVe siècle."

En effet, depuis 1852, les pouvoirs publics avaient entrepris de dégager les maisons qui se trouvaient à l'intérieur des lices (remparts). L'opération, qui fut perpétrée de manière autoritaire, fut mal perçue de la population et dura pendant un semi-siècle.


 

L'appareil des fortifications

C'est là le deuxième point qui attire l'attention du voyageur.

"Sur une haute colline rousse, nue, déserte, s'élève la cité flanquée de sa double enceinte de murailles féodales, formidable rempart bosselé de tours, hérissé de créneaux, de mâchicoulis, tout noicis par le soleil. On y grimpe par des pentes raides de petits cailloux inégaux et durs, où ne pouvaient monter que les chevaux des hommes d'armes ou les charrettes à boeufs du Moyen-âge."

Il a ce mot magnifique et terrible à propos de la vie au Moyen-âge dans cette forteresse guerrière :

"Les gens vivaient ici comme dans une aire, contents de n'être pas tués ; c'était là tout le luxe aux temps féodaux".

L'envol de l'imaginaire

Taine, personnage qui menait une vie paisible, ne peut se défaire, comme bon nombre d'intellectuels, de quelque fascination pour la violence... C'est ainsi qu'il imagine à plusieurs reprises l'assaut des ennemis lancés contre la citadelle

"Les tours sont à deux ou trois étages, chaque étage et chaque tour pouvant êtré défendus isolément, chaque enceinte exigeant son siège. Ouvertures pour lancers des traits d'arbalète, fentes de mâchicoulis pour écraser l'ennemi avec des moellons, percées pour verser le plomb fondu et l'huile bouillante..."

Ainsi évoque-t-il par antonomase les guerriers du temps jadis...

"Il fallait tout cela contre un Richard Coeur de Lion, un Du Guesclin qui, couverts de fer, le bouclier sur la tête, avançaient sous les traits et, à coup de hache, défonçaient les portes".

Evocation fraîche et finalement peut-être naïve à nos yeux des guerres du Moyen-âge, quand on sait que l'on y utilisait déjà force machines de guerre, pierrières et trébuchets...

Les restaurations

Taine, témoin de la misère de la cité et de son sous-prolétariat de tisserands, nous dit aussi que la cité est progressivement restaurée...  Ce qui fut fait en effet sous la direction d'Eugène Viollet-le-Duc. Taine évoque les fabrications de l'architecte.

Les gargouilles de la cathédrale St-Nazaire

"... on répare tout le dehors, et on a refait, au-dessus du transept extérieur, une suite de têtes fantastiquement grotesque et laides, qui sont la comédie du Moyen-âge".

Comédie humaine ou divine comédie ? Le clinquant des nouvelles constructions s'oppose au cachet authentique des parties préservées, qui arrachent au savant une gerbe d'images...

"Malheureusement, on répare l'enceinte; les constructions, neuves et propres, si dépaysées aujourd'hui, semblent un décor d'opéra. Au contraire, les parties intactes, bronzées par le ruissellement du soleil, écrochées et rongées par le temps, incrustées par l'ocre des lichens, trouées par le vent et la pluie, hérissent magnifiquement leur ligne bossuée, leur ruine avantageuse, leurs écroulements bizarres, leurs parois rugueuses..."

De la Cité à la Bastide


Taine voit dans Carcassonne, d'un jugement hâtif et sans doute injuste, "une Italie qui n'a pas réussi", un gothique mêlé de traditions latines. Pour finir son parcours, il se promène dans la bastide, la ville basse et moderne de Carcassonne.

"...bâtiments neufs, superbes jardins, magnifiques allées de platanes énormes qui s'éclaillent, eaux courantes qui les rafraîchissent, foule bruissante et active, cafés, quantité de carrioles et diligences où s'entassent des demi-messieurs et des demi-paysans, flânerie et bavardage gai. Tout cela, c'est le bas, la ville nouvelle..."

Bref

Hélas, le tableau coloré et vivant finit sur une fausse note, à savoir l'éloge du centralisme, puisque la Carcassonne moderne offrirait le spectacle du "Midi transformé, pacifié, civilisé, enrichi par le Nord". Le temps n'était pas encore où l'on découvrirait les richesses de la culture occitane, qu'elle soit médiévale -la versification complexe des troubadours, les tourments de l'âme cathare- ou plus proche de nous...

Il serait temps de le faire plus tard, au cours du XXe siècle.

Liens.
Biographie d'Hippolyte Taine.
La restauration de la Cité de Carcassonne.

Les cartes postales sont postérieures à l'époque de Taine (premier quart du XXe s.).

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 10:01

 

Depuis des siècles, mystiques, chercheurs de trésors et historiens imaginatifs cherchent le trésor du Temple de Jérusalem. Certains font même des spéculations eschatologiques à ce sujet. Si bien que c’est devenu un thème rebattu dans la fiction.

 

Mais qui chercherait le trésor du Temple dans la réalité ? Des marginaux, des originaux, des rêveurs ? Eh bien non, au cours du XIXe siècle, c’est toute la ville de Carcassonne, son bibliothécaire et ses notables en tête, qui se lança à la recherche du trésor dans les murs de la vieille cité audoise.

 

Je dédie cet article à Anne Laure, spécialiste des chasses au trésor en tout genre !

 

 

« Le plus grand dérèglement de l’esprit,

c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elle soient ».

Bossuet

 

I. La légende du trésor chez les historiens anciens.

 

Une théorie prétend que le trésor du temple de Jérusalem, volé par les Romains lors de son sac en 70, fut récupéré par Alaric I, roi des Wisigoths, lors du sac de Rome en 410, et que de là il fut conservé par ses descendants. En 507, à la bataille de Vouillé, Alaric II est défait par Clovis, et les Wisigoths se réfugient à Carcassonne.

 

Voici ce qu’on lit dans le De Bello Gothico de l’historien Procope sur le récit du siège de Carcassonne :

 

« [Les Francs] investissent étroitement la ville de Carcassonne, ayant entendu dire qu’elle renfermait les richesses impériales que le vieil Alaric avait emportées lorsqu’il eût pris la ville de Rome. Parmi ces richesses se trouvait, dit-on, une bonne partie du précieux mobilier de Salomon, lequel était orné de superbes pierreries, ce qui était une chose très belle à voir. Les Romains avaient autrefois apporté ce mobilier de Jérusalem ».

 

Selon d’autres sources, le trésor aurait transité ensuite à Ravenne, en Italie, pour ensuite revenir à Tolède.

 

Le récit des historiens anciens laisse des blancs : il n’est pas dit que, lorsque les Arabes pillèrent Tolède, il y trouvèrent les trésors du temple de Jérusalem, à savoir le chandelier à sept branches, etc… De ce fait, il devenait plausible pour un esprit prévenu en tout cas, que le trésor du temple soit effectivement resté à Carcassonne.

 

C’est sur ces quelques lignes que se fondent la théorie qui suppose que le trésor du temple est caché à Carcassonne. Un texte unique, et un échafaudage d’hypothèses…

 

Les spéculations de Guillaume Besse.

 

Un des premiers historiens de Carcassonne, Guillaume Besse, publie en 1645 son Histoire des Antiquités et des Comtes de Carcassonne. Il s’aide de l'étymologie et des historiens anciens pour conclure que le trésor des Wisigoths était enfermé dans la tour dite du Trésau : 

 

« La tour qu’ils bâtirent exprès, pour remettre tous ces trésors, est elle-même que nous appelons encore la tour du trésor, à raison de quoi cette ville s’acquit le titre de Gazagothorum, c’est-à-dire « trésor des Goths ». »

 

Besse rapporte une autre tradition :

 

« Nous tenons portant une autre tradition, que les Goths effrayés de la venue d’Attila roi des Huns en ce pas, jetèrent une grande partie de cet insigne trésor dans le puits de la ville, qui est une des vielles pièces qui se puisse voir : mais comme il est inépuisable on n’a jamais pu en retirer rien ».

 

Il est à noter que Clovis est remplacé par Attila.

 

Naissance d’une tradition populaire.

 

Les spéculations de Besse ne vont pas sombrer dans l’oubli, mais peut-être s’intégrer à la tradition populaire, où elle subsisteront jusqu’au milieu du XIXe siècle.

 

Firmin Jaffus, bibliothécaire de Carcassonne et historien amateur, prétend en 1868 avoir recueilli deux traditions relatives au trésor des Wisigoths. La première suppose qu’il a été jeté dans le puits, la seconde qu’il a été caché dans la Tour du Trésau.

 

On peut supposer que ce qui était chez G. Besse les deux phases d’un même récit (les Wisigoths entreposent le trésor dans la Tour puis le jettent dans  le puits lors du siège) n’est plus compris comme un récit cohérent, mais comme deux hypothèses sont exclusives l’une de l’autre (le trésor était soit dans la Tour, soit dans le Puits).

 

II. La chasse aux trésors.

 

El sueño de la razón produce monstros

Goya.

 

Nous n’avions assisté jusque-là qu’à des hypothèses d’historiens et à des spéculations. Quoique échevelées, elles n’avait débouché sur rien… Mais le XIXe siècle, époque « pratique et moderne », va passer à l’acte… et chercher effectivement le trésor dans la réalité.

 

L’expédition de 1808.

 

Il y eut donc une première expédition à la quête du trésor. Elle fut menée à l’instigation des notables de la ville. Ceux-ci surent gagner à leur cause Champagne, l’architecte municipal. Il explora le puits, mais n’y trouva rien…

 

Les fouilles de 1832.

 

Les chercheurs de trésors ne s’avouèrent pas vaincus pour autant. Moins de 25 ans plus tard, les voici lancés à nouveau à l’assaut du grand puits. Magnifique aveuglement et déni de la réalité ! On prétendit que, la première fois, le puits n’avait pas été curé dans de bonnes conditions. Peut-être le trésor était-il encore là, gisant sous quelques mètres de vase… Pas davantage de succès !

 

Les théories de Firmin Jaffus.

 

Croirait-on que ces fiascos aient découragés les chercheurs de trésor ? Eh bien non ! Vers le milieu du XIXe siècle, Firmin Jaffus, bibliothécaire de Carcassonne, reprend les recherches. Voici ses théories.

 

Le trésor n’a jamais été jeté dans le puits, c’est une fable ridicule. Le trésor n’a jamais été dans la tour du Trésau, qui a été construite par Philippe le Bel plusieurs siècles après les Wisigoths. Par contre, dit Jaffus, pourquoi ne pas penser que le trésor a été enseveli dans les caves de l’ancien château ?

 

Hypothèse encore plus gratuite que les autres… Car enfin, si Besse se trompe sur l’emplacement du trésor, pourquoi ne se tromperait-il pas non plus sur la présence du trésor de Jérusalem à Carcassonne, attestée par le seul texte de Procope ?

 

Bref…

 

Comme toutes les légendes de trésor, celle-ci se construit sur un enchaînement d’hypothèses. A chaque stade de la spéculation, pour dissimuler les carences de la version antérieure et maintenir intacte la croyance en l’existence du trésor, on introduit de nouvelles hypothèses.

 

C’est la parabole des aveugles…

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Abellion le Polygraphe - dans Carcassonne
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