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parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

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Invitation au voyage


Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 10:35

pradelles village neige (3)

 

Pradelles est un superbe village du Haut Cabardès, dans la Montagne Noire audoise (voir la carte interactive). Depuis des siècles, cette petite communauté s’accroche sur les pentes du Pic de Nore, point culminant du petit massif (1210 m), situé sur son territoire et sur celui de la commune voisine de Castans. S’il fallait trouver un fil conducteur ou une unité au passé ou à la mémoire de ces lieux, ce serait peut-être l’insoumission… Insoumission d’une nature souvent hostile aux efforts des hommes, insoumission des révoltés et contestataires qui trouvèrent jadis un refuge dans ces montagnes difficilement accessibles.

 

Voici quelques épisodes du passé de Pradelles, des Cathares aux Résistants, sans oublier les revendications de leurs habitants face aux rois de jadis…  

 

Nature insoumise

 

pic de nore ciel neige

 

Bien des témoignages anciens évoquent la dureté de la vie à Pradelles sous l’ancien régime. C’est d’abord Guillaume Bessé, l'historien de Carcassonne, qui rapporte au XVIIe siècle :

 

La montagne de Noro n’est qu’à quelques trois lieues de Carcassonne, du costé de l’aquilon, et où nous voyons souvent de la neige au mois de may.

 

Puis, ce sont les habitants eux-mêmes qui, en 1785, adressent au roi un mémoire dans lequel ils tracent ce sombre tableau :

 

Il y a environ cinq ans que les communautés de Pradelles et de Castans étoient de pauvres masages, situés dans l’endroit de la Montagne Noire le plus froid et le plus inhabitable, y ayant six ou sept mois de l’années de la neige et des brouillards.

 

Peut-être peut on voit dans ces témoignages les traces du « mini âge glaciaire » qui a perduré jusqu’en 1800.

 

pi de nore sommet neige (1)

 

Un refuge cathare

 

pic de nore hiver gel (1)Malgré les rigueurs du climat, les régions de montagne servent souvent de refuge à ceux qui sont en délicatesse avec les pouvoirs. Ainsi, au treizième siècle, le territoire de Pradelles abrita les religieuses cathares pourchassées par l’Inquisition, les « bonnes femmes » ainsi qu’on disait alors. Elles trouvèrent un allié en Pèire Daïde.

 

Celui-ci était issu d’une famille paysanne aisée qui possédait une maison à Pradelles et une autre à Hautpoul. Croyant cathare, il assistait activement la communauté, notamment en portant des messages d’une localité à l’autre. Dans sa déposition à l’Inquisition, il révèle que les bonnes femmes habitaient dans un simple village de cabanes, non loin du sommet du Pic de Nore. On peut imaginer aisément les rudes conditions de vie des proscrites… Les habitants des alentours venaient leur apporter des vivres et les « adorer », c’est-à-dire les saluer de manière rituelle selon la coutume cathare. De cet abri précaire mais sûr, les bonnes femmes vaquaient à leur ministère clandestin, notamment en dispensant le sacrement du consolament.

 

pic de nore hiver gel

 

Des habitants attachés à leurs droits

   

Dans une autre occasion, les habitant de Pradelles ont eu l’occasion de s’opposer à la volonté royale, au temps même des derniers siècles de la monarchie absolue. Pour comprendre, il faut se souvenir que les habitants de Pradelles, d’après les premiers témoignages écrits médiévaux transcrits dans le Cartulaire de Mahul, étaient chargés par le roi de défricher et de mettre en valeur les hautes terres de la Montagne Noire.

   pradelles prata hiemata neige

 

Pour compenser peut-être ce mode de vie rude, ils disposaient de certains privilèges ; le roi leur avait attribué une emphytéose perpétuelle sur les Montagnes de Nore et de Sarrelieu (acte de 1341). Selon cet acte, les habitants avaient le droit de prendre dans les forêts du bois pour se chauffer ou construire leurs maisons ; ils étaient également autorisés à défricher (essarter) pour dégager des terres cultivables et à faire paître les bestiaux dans les domaines royaux.

 

Malgré ces facilités qui leur sont accordées, les habitants de Pradelles furent durement éprouvés, notamment dans la première moitié du XVe siècle. En 1463, Louis XI leur remet la moitié de la taille qu’ils doivent au roi. En effet, la population a été touchée par diverses calamités « à l’occasion des guerres et sterilitez de foins, et de grans mortalitez et pestilences ».

 

pradelles rocher neige

 

 

A partir du règne de Louis XIV et surtout sous Louis XVI, le pouvoir sembla contester les privilèges jadis attribués aux Pradellois. Ceux-ci exposèrent leurs griefs dans un mémoire de 1785. A en croire ce mémoire, un jugement des commissaires de la réformation de 1671 ne leur avait laissé pour le chauffage et la construction que le quart des coupes qui seront ordonnées par le roi ; un nouvel acte de 1785 avait déchu les habitants de tous leurs privilèges « sur les forests du Batut, la Braquette, Bois Nègre, Nore, Serralieu et Combescure ». Ce nouveau règlement fut perçu comme inacceptable par les Pradellois qui allèrent jusqu’à écrire au roi que son application reviendrait à « abandonner leur pays aux bêtes féroces » en les condamnant à l’exil.

 

Dur combat – et toujours d’actualité bien souvent – que celui des hommes du terrain contre le pouvoir central… Finalement, les bois seront vendus à la Révolution en 1791.   

 

pic de nore sapins neige

 

Nature insoumise (2) : loups et glacières

 

Dix ans plus tard, aux alentours de 1795, l’astronome Méchain vient séjourner à Pradelles pour effectuer les repérages nécessaires au calcul de l’arc du méridien terrestre compris entre Dunkerque et Barcelone. Sa mauvaise étoile voulut qu’il séjournât ici aux mois que le calendrier républicain avait surnommés de manière assez suggestive brumaire, frimaire et nivôse… Le 2 brumaire, il écrit que « cette malheureuse montagne de Nore est terrible pour la brume et le froid ». Le 22 brumaire, « le séjour sur les montagnes devient insupportable ; l’homme qui m’accompagne commence à souffrir beaucoup, et je ne sais même s’il ne succomberait pas bientôt. » Il signale même que les loups ne sont pas rares.

 

pradelles roc du nouret neige

 

Malgré tous ces tracas, les notes de l’astronome révèlent aussi le formidable belvédère que constitue la montagne : on y voit aussi bien le Pic du Midi que le Canigou… De plus, grâce à leur ingéniosité, les habitants de Pradelles savaient tirer parti de cette neige qui agaçait tant Méchain, ainsi que le rapporte Auguste Mahul en 1861.

 

Une industrie du pays consiste dans la conservation de la neige dans les glaciers, au moyen d’une effusion superficielle sur la neige, d’une certaine dose d’eau bouillante, laquelle finit par former une croûte glacée sur la portion du tas de neige qui n’a pas fondu. On débite cette neige glacée en été, pour l’approvisionnement de la ville de Carcassonne, où elle est transportée à dos de mulet.

 

Près du village de Pradelles, une ancienne glacière laisse voir les deux parties de la construction : l’arc qui soutenait la couverture, et le puits profond où l’on entassait la glace. Preuve si l’en fallait que l’homme, même face à une nature hostile et pour peu qu’il manifeste quelque ingéniosité, peut poser les bases d’une activité prospère.

 

pradelles glacière neige

 

Les résistants de la dernière guerre

 

Dernier épisode en date où les pentes de Pic de Nore joueront leur rôle de refuge pour des contestataires, la Deuxième Guerre Mondiale et plus précisément l’année 1944. Le Corps Franc de la Montagne Noire s’y rendit plusieurs fois, pour des parachutages de matériel ou pour stationner ses troupes.

 

pic de nore sapins neige (2)

 

D’après le Journal de marche, dès le 28 mai 1944, des groupes, en prévision du débarquement, se rendent sur le Pic. Le 6 juin, le « groupe de Sablayrolles » traverse Mazamet sur des camions, en chantant la Marseillaise et en brandissant des drapeaux tricolores avant d’arriver sur la montagne à la nuit. « C’est une folle imprudence mais tout le monde est ravi », commente le Journal. Les officiers de l’unité doivent sélectionner les soldats et les équiper en toute hâte « Le Pic de Nore est trop restreint et on risque l’embouteillage ». Le huit juin, il y a déjà 600 hommes qui apprennent sous la direction des chefs « le maniement des mitraillettes, des mousquetons français et des Remington » ; d’autres arrivent encore.  

 

Beaucoup de volontaires arrivent juchés sur les véhicules les plus hétéroclites : le camions d’enlèvement des ordures ménagères de Castres, une camionnette toute rouge « Pompiers de Labruguière », un camion tout vert des Eaux et Forêts. C’est ridicule et magnifique.

 

Les recrues sont logées à la maison forestière de Triby, au refuge du Pic de Nore et à la ferme de la Goutine. A partir du 11 juin, le Pic, qui devenait une cible trop facile pour les Allemands, est évacué.

 

le Pic de Nore est peu boisé et, malgré sa grande étendue, peut être assez facilement encerclé. L’unique chemin qui y conduit peut être fermé à son débouché sur la route de Pradelles et toute évacuation par véhicule devient alors impossible.

 

pradelles champs neige hiver

 

Un panorama étonnant

 

Le Pic de Nore a depuis lors une existence bien plus paisible. C’est un but de promenade prisé dans la région, il est facile d’en comprendre la raison, en évoquant le panorama grandiose qui s’offre au spectateur. Jean Girou évoque avec poésie…

 

pic de nore hiver gel (2)Au Nord…

 

le panorama s’étend au premier plan sur les forêts qui dominent la vallée du Thoré ; au plus loin, le Banquet et ses forêts vosgiennes, le Sidobre et ses granits ; l’horizon est borné par les monts de Lacaune qui, détachés des Cévennes, vont de Vabre à Murat.

 

A l’ouest…

 

… s’étire la plaine grise et bleue du Castrais qui s’estompe dans la douceur lauraguaise. Plus près, le vallonnement sombre des forêts de la Montagne Noire, forêts de Montaud, de Ramondens, de la Loubatière

 

Au sud…

 

une gorge, la Clamoux a coupé la falaise et l’arête dénudée des vertèbres de Cabrespine profile avec dureté le rocher de l’Aigle ; l’Argent Double a entamé plus loin la Montagne ; la cité de Carcassonne est visible et la plaine lumineuse s’éclaire du vert des vignes. Au-delà, les Corbières organisent leurs montagnes désertes, l’Alaric et Bugarach, le Tauch enfin

 

A l’est…

 

la flaque hellénique des étangs et la ligne marine ; au-dessus, escaladant  le ciel, dans les nuages, les Pyrénées montent leur magique échafaudage sur le socle brun des Corbières.

 

Aujourd’hui encore, l’hiver voit le sommet du Nore se couvrir d’une neige qui met à rude épreuve le relais de télévision que la civilisation moderne y a fixé… Revanche de la nature sur les hommes ?

    pradelles village neige (2)

 

Bref…

 

Quelques épisodes ne suffisent pas à écrire l’histoire de Pradelles ou du Pic de Nore, mais ils éclairent un peu la beauté rude de ce lieu qui, malgré son climat, a fait vivre au cours des siècles un peuple courageux, travailleur et ingénieux.

 

Est-ce simplement pour le panorama que, dès les beaux jours, les gens de la plaine se pressent au sommet du Pic de Nore, ou bien parce qu’inconsciemment ils se souviennent que, par le passé, la montagne a toujours offert un asile sûr ?

 

pradelles chemin neige

 

Sources

 

Guillaume BESSE, Histoire des Comtes de Carcassonne.

Anne BRENON, Jean-Philippe de TONNAC, Cathares, la Contre-enquête, Lattès.

Le Corps franc de la Montagne noire, Journal de marche

Jean GIROU, L’itinéraire en terre d’Aude, Editions Collot.

Auguste MAHUL, Cartulaire et archives des communes de l’ancien diocèse et de l’arrondissement administratif de Carcassonne, réimpression Lacour.

MECHAIN, « Correspondance avec le citoyen Rolland », Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, vol. II.

 

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 09:06

neige montagne noire (36)

Voici la suite de notre balade de dimanche sur les chemins de la Montagne Noire enneigée... Cette fois-ci, nous nous rendons au désert de Saint-Ferréol, au-dessus de la petite ville de Dourgne. Il faut progresser dans les majestueuses allées de sapins...

neige montagne noire (130)

Les sous-bois de sapins, d'habitude si sombres, sont illuminés par la réverbération, les branches sont cristallisées de gel...

neige montagne noire (12)

Dans cette montagne où d'habitude l'eau ruisselle, elle est captive de la glace.

neige montagne noire (148)

Entièrement captive ? Oui, si ce n'est le ruisseau dont on devine le ruban noir au milieu des neiges.

neige montagne noire (57)

Dépassant les bois, on finit alors par atteindre les zones de prairies, dont les barbelés tracent des lignes noires sur la neige.

neige montagne noire (24)


Les vaches au front orné de givre sont restées à l'étable !

neige montagne noire (1)

Partout, un paysage de bois et de prairies, et dans le lointain, l'immense barrière des Pyrénées...

neige montagne noire (87)

Puis l'on arrive au désert, avec une une plongeante sur le village de Dourgne comme endormi dans la plaine enneigée...

neige montagne noire (81)

Un vent glacial agite les genêts et charrie des cristaux de glace... Plutôt rafraîchissant !

neige montagne noire (75)

La chapelle a été édifiée en ces lieux isolés à la fin des années quarante, par les moines d'En Calcat... Et construire dans un désert, c'est sans doute une besogne de bénédictin !

neige montagne noire (96)

La forme de l'édifice emprunte au vocabulaire de l'art roman : nef unique, abside en cul-de-four, clocher carré à deux baires... Noter l'oculus sur le mur est.

neige montagne noire (95)

Les marches de l'escalier, dans leur gangue de glace et de gel...

Bref...
La citation du jour :
"Tu trouveras davantage dans les forêts que dans les livres." 
(Bernard de Clairvaux).

Liens
Histoire et légendaire du désert de Saint-Ferréol, et des photos de ce même désert à la fin de l'été

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 21:21

Ces derniers jours ont vu les sommets de la Montagne Noire se couvrir d'une bonne couche de neige... Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de voir ce spectacle, voici quelques photographies d'une balade faite le lendemain, dimanche 10 janvier. Saint-Ferréol, Les Cammazes et Saint-Papoul vous apparaîtront métamorphosés.

Saint-Ferréol

De loin, de la route des Cammazes, le lac semble en ce jour d'hiver un calme miroir enfoui sous la poudreuse....

neige 2010 (97)

On oublie souvent que c'est le plus ancien barrage d'Europe (dit-on), bâti au XVIIe siècle par Pierre-Paul Riquet pour alimenter en eau le Canal du Midi... Tout le tour du lac est un vaste jardin aménagé par plusieurs générations de jardiniers. Les pins se dressent partout dans le parc.

neige 2010 (41)


Vu de la plage enneigée, château de l'Encastre domine le bassin...

neige 2010 (42)

A l'endroit où le Laudot se jette dans le lac pour l'alimenter, un étonnant arrière-plan de montagnes enneigées  aurait comme un air alpin, si ce n'étaient les formes trappues, rondes et adoucies de ces collines...

neige 2010 (46)

Les Cammazes

A la sortie de ce village de la Montagne Noire tarnaise, une allée de sapins mène à la voûte construite par Vauban pour faire passer la rigole sous la montagne. Là aussi, des générations ont su dessiner les contours d'un paysage familier.

neige 2010 (55)

L'issue de la voûte Vauban, dans un paysage grandiose de sapins blancs.  

neige 2010 (72)

La rigole, après être sortie du tunnel, suit un canal maçonné qui la conduit à un petit pont. La glace ne l'a pas épargné !

neige 2010 (73)

Ca et là, des détails de paysages amusants, ou même merveilleux : ainsi, ces sapins qui ressemblent à de grosses meringues !

neige 2010 (85)

Saint-Papoul

A quelques kilomètres de Castelnaudary, St-Papoul est encore un village de la Montagne Noire audoise. Son abbaye remonte au VIIIe siècle. Le petit bourg devint ensuite le siège d'un évêché, ce qui lui a valu la restauration de l'abbaye et la construction d'un somptueux palais épiscopal. Le chevet roman mérite le détour. Une grande abside est flanquée de deux absidioles. Dans la pénombre du soir, la neige la nimbe d'une étrange lumière bleutée diffuse.

neige 2010 (122)

Sur la grande abside, les modillons aux traits animaux disparaissent presque derrière un rideau de stalactites de glace. On dit qu'ils ont été sculptés par l'atelier du maître de Cabestany, c'est une histoire que je vous conterai un autre jour.

neige 2010 (112)

Bref

Le songe d'une après-midi d'hiver... Des articles viendront développer plus tard les lieux évoqués ici en passant (rigole de la montagne, Laudot, Abbaye de Saint-Papoul).

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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 21:06

 
Les déserts sont des lieux de solitude. Leur silence et leur calme retranche l’homme de l’agitation et du bavardage, le met face à lui-même. Sans échappatoire. C’est pourquoi les déserts sont des lieux propices à la méditation, au rêve, à l’interrogation…

 

La Montagne noire est un lieu verdoyant, et pourtant, on y trouve un désert. Il est situé au-dessus de la commune de Dourgne (Tarn). Bien sûr, ici, ni dunes de sable, ni chameau, ni oasis : mais un lieu solitaire, battu par les vents. Quelques arbres rabougris émergent de loin en loin d’une vaste prairie d’herbes folles. Et au bout du plateau, une chapelle, simple et belle…

 

Retour sur un lieu fertile en beautés, en légendes et en mystères.

 

Petite visite du plateau.

 

Ici, le visiteur pressé et l'amateur de spectaculaire risquent fort d’être déçu. En revanche, celui qui essaie d’écouter le vent, de lire les signes du paysage et des monuments peut y trouver un terrain fertile en découvertes.

 

Le désert de Saint-Ferréol forme un plateau, qui s’étend au-dessus de la commune de Dourgne. On est ici dans un paysage collinaire et vallonné, plus que dans une véritable montagne. Le plateau culmine à 598 mètres en sa partie est, descend à 543 mètres en sa partie ouest. Il est presque entièrement entouré de bois de feuillus et de résineux. Naguère, les bergeries toutes proches déversaient sur le plateau des troupeaux entiers de moutons.

 

Le sol est constitué de gneiss. On a ici un accident hercynien, c’est-à-dire des roches très anciennes qui ont été surélevées lors de la formation des Pyrénées.

 

Tout n’est qu’herbes folles et chemin caillouteux. Au milieu des prairies figurent des pierres tantôt sombres, tantôt claires. Certaines d’entre elles ont été sculptées par un patient travail d’érosion. D’autre, plus rugueuses, évoqueraient presque quelque scorie… Les géologues distinguent en effet deux bandes de pierre sur le plateau, du calcaire métamorphique et de la roche dolomitique.

 

Enfin, il y a le panorama. Une vue qui porte à plusieurs kilomètres, sur les villages de la plaine : Lagardiolle, Soual, Montgey, l’abbaye d’En Calcat, et peut-être même Labruguière. La nuit, en ce lieu désert, le spectacle est féerique, offrant comme une tapisserie de lumières diverses…

 

Histoire du plateau.

 

En ces lieux passe une route très ancienne, appelée Camin Ferrat ou Chemin saissaguais. C’était la route qui réunissait Soual (dans la plaine) à Saissac (dans la montagne noire). Il est possible que ce chemin soit en fait le vestige d’une voie antique. On l’appelait aussi Camin dels Roumieus : c’est-à-dire, chemin des « Romains » ou pèlerins.

 

L’histoire de ce lieu est liée à deux saints locaux, Stapin et Ferréol, aux pèlerinages et édifices qui leur sont liées.

 

-la chapelle ancienne.

Une première chapelle existait au XVIe siècle, qui fut détruite pendant les guerres de religion par les habitants de Puylaurens. Elle fut sans doute reconstruite au XVIIe siècle, puis abandonnée au cours de la révolution. A nouveau remise sur pied au XIXe siècle, elle était en ruine dans les années 1930. Aujourd’hui, il n’en reste rien, une simple croix rappelle son emplacement.

 


-la chapelle actuelle.

La chapelle actuelle a été construite à plusieurs mètres de l’ancienne, par les moines d’En Calcat. Elle fut élevée à la suite d’un vœu collectif des habitants de Dourgne pendant la deuxième guerre mondiale : ceux-ci avaient promis de construire une chapelle si les habitants du villages étaient épargnés par le conflit. Elle fut achevée à la libération par les bénédictins d’En Calcat et consacrée en 1947 à Saint Ferréol.

 

Le pèlerinage

 

Depuis plusieurs siècles, un pèlerinage est attesté dans ces lieux à la date du 6 août, en l’honneur de Saint Stapin. On apporte de Dourgne la relique du saint. Une messe a lieu dans la chapelle sur place, après laquelle on procède à la bénédiction de la plaine, depuis la croix de fer toute proche (croix de Montcapel).

 

Comme l’existence historique de Stapin a été remise en cause au XVIIIe siècle, l’Evêque de Lavaur a essayé d’interdire le pèlerinage, quelques années avant la Révolution. Mais les habitants de Dourgne ont résisté pour que le culte du saint soit reconnu. Ils le vénèrent toujours aujourd'hui.

 

Les genouillades.

 

Les rituels étaient différents autrefois. Suivant un très ancien usage, les malades venaient apposer leurs jambes dans les creux de certaines roches situés sur le plateau, les genouillades. Ils croyaient que ces roches étaient sacrées, car creusées par les jambes de saint Stapin en prière, et qu’elles avaient un pouvoir guérisseur. 

Il est vrai que la ressemblance est frappante: sur la photographie ci-dessous, on croirait vraiment voir l'empreinte laissée par les jambes de l'ermite agenouillé !
 


Trois légendes liées au plateau.

 

Elles montrent que parallèlement aux pèlerinages, le lieu était fortement investi par l’imaginaire.

 

La première légende concerne Stapin, et les roches bicolores du site :

« Tandis que Satan retiré sur les roches sombres, ne cessait de le harceler, le saint se tenait sur les roches de couleurs blanches comme dans un camp retranché. C’est là qu’il se livrait à la prière, c’est là qu’en s’amollissant sous son poids ces rochers auraient pris et gardé la trace des différentes positions de son corps ».

 


Une deuxième légende sur saint Ferréol :


« Il était charretier ; un jour, il gravissait la montagne en conduisant une charrette traînée par des jeunes veaux. Il était plein de vin et arrivé au sommet, il tomba sur le rocher que le démon faisait enfoncer sous ses pas, comme un sol boueux. La charrette et les animaux s’enfoncèrent aussi. Mais saint Ferréol ayant promis de changer de vie, un jeune homme vêtu de blanc passa au-dessus des cornes des bêtes et saint Ferréol put continuer sa route ».

 

Une dernière légende sur les âmes du Purgatoire (une rumeur situait un cimetière en ces lieux) :

 

« Une nuit, une vieille femme allant chercher un peu de bois sur le chemin de la bergerie, était arrivée près de celle-ci. Et en ramassant son bois et en ficelant son fagot, elle aperçut en se relevant une procession se dirigeant vers la chapelle et qui passa près d’elle. Arrivée à sa hauteur, elle aperçut une belle femme toute vêtue de blanc et lui demanda en patois :


-Pouvez-vous m’aider à charger mon fagot, madame ?


L’autre lui répondit :

-comment voulez-vous que l’on ait des forces quand l’on n’a plus de corps ? » 

  

 

Bref…

 

Un lieu étonnant, objet d'un pèlerinage très ancien, enchanté par des légendes diverses… Pour moi, un magnifique espace pour se détendre, se ressourcer, réfléchir un peu. Songer à nos ancêtres, si proches et si loin de nous...

Bibliographie. 

Cet article est avant tout fondé sur les études magistrales de Bertrand de Viviès, déjà évoquées dans d'autres articles. Les ouvrages de Vincent Ferras sont également d'un grand intérêt.
 

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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 14:38

 

 
Sombres forêts, lacs, rivières, cascades, castels ruinés, menhirs et pierres à légende… En Languedoc, la Montagne noire est un lieu qui combine les attraits de la nature sauvage et les vestiges de l’histoire. Quiconque la voit, ne l’oublie jamais. Quiconque la quitte, ne peut se défaire de sa nostalgie.


La Montagne noire a été importante dans ma vie. Je suis né à ses pieds. j'ai grandi au rythme des excursions. Je l'ai explorée dans mon adolescence. J'y retourne pour reprendre mes repères... C'est pourquoi je veux la faire connaître.  


Je dédie cet article à Anne-Laure, et à tous ceux qui aiment la Montagne noire sans la connaître encore.

 

Carte de la Montagne noire, conseil général de l'Aude.

Ma Montagne noire.

 

Dans cet article, le lieu n’est pas à une présentation sèche et sans âme. Ni à une rêverie sans règle qui ne serait qu’un épanchement affectif. Mais plutôt, à mi-chemin entre sérieux et onirisme, à un éloge qui mêle nature et culture. Je vous propose de découvrir ma Montagne noire, à travers quatre itinéraires, qui forment comme les quatre éléments de ce lieu : la pierre, l’eau, le feu, le vent.

 

Chacun de ces éléments vous apprendra à parler la langue de ce pays à la fois sauvage et hautement civilisé.

La pierre vous racontera les origines du massif.

L’eau vous parlera de la richesse de cet or blanc, origine de la richesse agricole et industrielle de la Montagne noire.

Le feu évoquera de l’histoire des hommes, souvent caractérisée par la violence.

Et le vent portera la mémoire de la foi, des rites et des croyances de ce pays.

 

I. La Pierre.

 

Gneiss, granite, schiste.

 

La Montage noire est une bosse, pour les géologues. Un pli géant de rochers, gneiss, micaschistes, calcaires et granit. Cette vieille montagne fait partie du Massif Central, bien qu’elle soit séparée de lui par le Sidobre et les Monts de Lacaune. Ce sont de vieilles roches de l’ère primaire, paléozoïque, dévonien, cambrien. Ces terrains primaires se sont trouvés exhaussés à l’époque tertiaire par le choc tectonique qui a été à l’origine des Pyrénées.

 

La pierre se décline donc sur tous les tons. Au pic de Nore, qui à 1211 m. est le point culminant, on trouve des gneiss et des micas à formes étranges, connus dans le pays sous le nom de Roc des Trésols.

 

Roc des Trésols

Au roc de Peyremaux, des roches semblables forment un monticule évocateur. La légende prétend que se trouve en ce lieu la tombe d’un géant, enfoui sur un amoncellement de rochers par un de ses congénères. Bel hommage de l’imagination des anciens à des millions d’années d’érosion…

 

Roc de Peyremaux.

Du côté d’Arfons, Saissac et saint-Denys commence une zone marqué par les formes tendres et évocatrices du granit. Celui-ci, dans la forêt, fut débité pour fournir pierres de constructions et linteaux de porte.

 

Près d'Arfons

Près de Brousses-et-Villaret et Saint-Denys, le granit s'égrène en chapelets de roches et en chaos, un peu comme dans le Sidobre.

Près de Brousses-et-Villaret.

La pierre, un abri.

 

Il y a 50000 ans, elle a aussi fourni aux premiers hommes de la Montagne noire, dans ses anfractuosités et ses replis, un abri contre l’hostilité des ères glaciaires. Voici quelques années, on a retrouvé sur la montagne de Berniquaut, près de Sorèze, une hache polie, des nucleus, des pointes de flèche pour la chasse, des perles en os…

 

Aujourd'hui, la montagne abrite toujours les hommes, au sens où elle fournit les pierres et les ardoises nécessaires à la protection des maisons; il y a des ardoisières en activité à Dourgne. Citons aussi les moellons de schiste et de calcaire dans lesquels furent construites les maisons, les églises et les abris des petits villages du Cabardès.


Hôtel des Saptes à Saissac

Il faudrait évoquer ici toutes ces belles gentilhommières du Saissaguès et du Cabardès, bâties avec ces pierres de la Montagne noire. L'hôtel des Saptes à Saissac, de style Renaissance finissante; l'hôtel de Beynaguet de Penautier aux Ilhes-Cabardès (XVIIIe siècle), avec son porche monumental qui enjambe la rue. Constructions bien modestes, mais qui répercutent dans des interprétation simples et comme à échelle humaine, les principes architecturaux de leurs époques différentes. Ce n'est certes pas Versailles, mais ces deumeures ont quelque chose d'infiniment plus proche de nous, un je ne sais quoi de charmant...

Hôtel de Beynaguet de Pennautier aux Ilhes.

Le minerai.


Dans la Montagne noire, on exploitait jadis le minerai de fer. Près de Laprade, on a retrouvé des mâchefers et des vestiges de fours. A l’époque gallo-romaine, un maître de forge s'est fait construire une imposante villa au lieu-dit Co d’Espérou, près de Saint-Denys. Le minerai d'or était présent aussi, avec la mine de Salsigne, et la rivière de l'Orbiel (littéralement: l'or vieux).

 

II. L’eau.

 

L’eau est une grande richesse ici. La Montagne noire, au regard de l’eau, se divise en deux zones. Une zone nord où l’eau abonde, à tel point que de nombreux barrages y ont été faits, comme celui de Garbelle aux Cammazes. Une zone sud méditerranéenne où elle vient parfois à manquer, ou à s’écouler en crue. Le village de Cabrespine comporte ainsi une étrange suite de plusieurs ponts permettant de laisser passer les flots en crue des torrents de la montagne. A Lespinassière, toujours sur le versant Sud, l’eau est canalisée selon un savant système.


Enfilade de ponts à Cabrespine
 

L’eau contrôlée.

 

L’homme a dû diriger l’eau, lui imposer son sens. Dans les villages, canalisations antiques, ruisselets, dalles de granit guident son écoulement vers les béals (canaux aquatiques), lavoirs, bassins, destinés à l’irrigation, à l’industrie.


Lespinassière.

L’eau est une ressource précieuse dans les villages, fort convoitée. Si bien que les municipalités durent règlementer son utilisation : à Saissac en 1867, les usiniers prennent l’eau 6 jours par semaine, les « arrosants » ont droit d’en jouir 24 h par semaine, du samedi soir au dimanche soir.

 

L’or blanc.

 

Signe des temps, l’eau qui ne servait qu’à l’agriculture vivrière, de petit rendement, devient dès la fin du Moyen-âge et les temps modernes le ferment de l’industrie. Les moulins hydrauliques existent depuis le IXe siècle. Des forges hydrauliques sont signalées en 1283 à Escoussens, en 1316 à Saint-Denys.

 

Près de l'ancien moulin de Saissac.

Dès le XVIIe siècle, le perfectionnement des techniques fait que toutes sortes d’instruments fonctionnent à la houille blanche : scieries, foulons textiles, papeteries. Comme le fait remarquer R. Cazals, « la carte de Cassini fait apparaître un chapelet de 13 moulins sur le Sor, à proximité immédiate de Durfort ». Il s’agissait de martinets, énormes marteaux actionnés à l’énergie hydraulique qui permettaient de travailler le cuivre. A Saissac, un ruisseau qui traverse le village est encore appelé le « Béal des Treize meuniers », en souvenir des moulins hydrauliques qu’il faisait tourner.

 

Le Béal des 13 Meuniers.

Au XVIIe et XVIIIe siècles, ce sont les manufactures drapières qui se développent dans la montagne, permettant parfois l’ascension de lignées d’industriels locaux. A Saissac, la famille drapière des Saptes se fait construire un bel et vaste hôtel particulier, dans un style assez simple mais qui devait fait figure de débauche de luxe dans ce coin isolé. A Montolieu se crée une manufacture royale, bénéficiant de capitaux publics en échange d’une exigence de qualité.

 

Les draps sont faits à partir de la laine des ovins de la Montagne noire. Dès 1400, les marchands italiens se fournissent en laine à Revel, Durfort, Labruguière, Saissac. Les tissus de Carcassonne, non loin de la Montagne noire, sont exportés jusqu’en Turquie.

 

Les eaux de la Montagne.

 

Ce sont les eaux de la Montagne noire qui alimentent le canal du Midi. Elles sont collectées par la rigole de la Montagne qui part de la prise d’Alzeau pour alimenter le Lac de saint-Ferréol et, qui par la rigole de la plaine, amène l’eau de la Montagne noire au Canal du midi. Donc, pensez, quant vous verrez le Canal : une partie de cette eau vient de la Montagne noire ! Aujourd’hui, l’eau est encore une richesse de la montagne, avec ses barrages, les Cammazes (1957) la Galaube (années 1990), qui envoient une eau pure vers la plaine, Toulouse ou Carcassonne…

 

III. Le feu.

 

C’est l’élément de la violence, symbole d’une histoire troublée.

 

L’ère des pierres à légende.

 

L’homme du néolithique habite, délimite, sacralise l’espace. Il construit dans la montagne noire des dolmens, sépultures collectives, ou des menhirs. Le dolmen de Cupserviès, sur le plateau battu des vents du Ventajous, a encore la forme archaïque d’une caisse : il est fermé sur trois côtés, et a perdu sa dalle horizontale.

 

Dolmen de Cuperserviès.


Le dolmen de Fournès-Cabardès, en bien mauvais état, a néanmoins conservé la sienne. 

 

L’ère des seigneurs, et des ordres religieux.

 

Après des âges sombres sur lesquels on ne sait pas grand-chose, la civilisation médiévale se développe. Les ordres religieux investissent les lieux déserts et solitaires : les Hospitaliers s’installent à Arfons, les Chartreux dans la forêt de la Loubatière, près de Lacombe. Mais le terrain leur est disputé par des seigneurs locaux jaloux de leurs pouvoir, au méthodes souvent expéditives.

 

Château de Saissac.

Les seigneurs de Roquefort, aux Cammazes, ceux de Saissac, les maîtres de Cabaret (Lastours) vivent dans leurs forteresses de montagne, au tournant des XIIe et XIIIe siècles. Ils sont vassaux du Vicomte de Carcassonne, et se montrent réceptifs à la prédication cathare, ou, si ce n’est pas eux-mêmes, beaucoup de gens de leur entourage. L’armée de Simon de Montfort vint mettre le siège devant ces forteresses de Montagne. Les habitants de Roquefort les Cammazes s’enfuirent, ceux de Saissac capitulèrent, le seigneur de Cabaret résista victorieusement et mena guérillas et escarmouches pour affailblir d’armée des envahisseurs.

 

Une histoire sanglante : du catharisme aux guerres de religion.

 

Mais bientôt, le catharisme s’éteint, la Montagne noire est rattachée à la couronne de France. Une bastide, Saint-Denys, y est construite. Avec le XIVe siècle, une série de calamités s’abat sur la région : pestes, famines, grandes compagnies et leurs bandits qui installent parfois leurs campements dans les forteresses jadis occupées par les cathares, comme à Roquefort… Il faudra attendre le XVe siècle pour les voir disparaître en certains endroits.

 


Quelques siècles après la croisade contre les cathares, les guerres de religion causèrent des affrontements assez sanglants dans la région, de 1559 à 1629. Les protestants, basés à Puylaurens et à Castres, et disposant de forces armées importantes, lançaient des incursions jusqu’à la Montagne noire. Ils prirent Dourgne, Sorèze, Durfort, Verdun, pour souvent les perdre assez rapidement. C’est ainsi que fut détruite l’ancienne église de Sorèze, dont il ne reste que le clocher.

Malgré l’édit de Poitiers de 1577, les combats entre catholiques et protestants se poursuivent. Les troupes ultra-catholiques de la Ligue du Duc de Joyeuse prennent Arfons et Saissac en 1591. Après une accalmie sous Henri IV, les conflits reprennent en 1610. En avril 1622 a lieu près de Saissac un grand combat entre les troupes catholiques venues de Labruguière et les protestants de Revel, Sorèze et Puylaurens. Ce n’est qu’après 1627 que le prince de Condé  reconquiert les villages de la Montagne Noire au nom du Roi.

 

 

La Montagne noire dans la tourmente révolutionnaire.


L’ère moderne voit se développer l’industrie et une certaine aisance. Le ferment des idées fait éclater les anciennes structures sociales à la Révolution. La Montagne noire reste fidèle à l’ancien régime, abrite des prêtres réfractaires et des royalistes, au point de susciter l’inquiétude des autorités de la jeune République.

 

IV. Le vent.

 

C’est l’élément le plus immatériel, qui nous permet d’évoquer foi et croyances en Montagne noire.

 

Autour de la croix.

 

La Montagne noire est christianisée assez tôt. On a rapporté l’existence possible d’églises paléochrétiennes à Saint-Jammes (Arfons) ou à Berniquaut (Sorèze). L’abbaye Sainte-Marie de la Sagne, à Sorèze, fut fondée à l’époque carolingienne.  

Saint-Stapin, d'après un bois populaire.

La légende parle d’un étrange personnage, Stapin, qui aurait vécu en ces périodes troublées (VII-VIIIe siècles ?). Ermite, il vivait au milieu d’un cercle de pierres blanches, pendant que le diable le tentait de loin, dans un cercle de Pierre noires. On l’a parfois identifié à Etienne, évêque de Carcassonne.

Comme on l’a dit, les ordres religieux ont établi des maisons dans la montagne : Hospitaliers, Chartreux. A Dourgne, au XVIIe siècle, au lieu-dit Saint-Chipoli, on pouvait trouver un ermite. Aux XIXe siècle, les Bénédictins fondent à Dourgne l'abbaye d'en Calcat, établissement important qui existe touiours. Dom Robert, connu pour ses tapisseries, y était moine.  

Le protestantisme s'est bien implanté dans la région dès les origines. Il avait des représentants distingués en la personne des gentilshommes-verriers. Des temples se trouvent dans plusieurs villages, comme Sorèze, Revel...
 

Les êtres du rêve.

 

Loin du sérieux des moines ou des pasteurs, la Montagne noire a aussi ses fils du rêve. Il y a la Saurimonde, cette fée maléfique qui tente les hommes par ses trésors et sa beauté, pour ensuite les précipiter dans la mort et la désillusion. Tantôt elle fait miroiter la beauté d’un peigne d’or, gage de fortune, et jette une malédiction ; tantôt elle se présente comme une jeune fille aimante, pour gagner au malin les jeunes hommes trop naïfs et trop tendres. Parfois, elle tombe le masque et déclenche les orages et les tempêtes, en démon ennemi de l’humanité qu’elle est.




Le drac, masculin et tout aussi maléfique que la Saurimonde, est également omniprésent dans la Montagne noire. Il se métamorphose en agneau ou en cheval abandonné, qui précipite celui qui s’approche dans les rivières et les torrents.

 

Le monde du sortilège.

 

Sorciers et sorcières sévirent ici aussi, disent les chroniques d’autrefois. A Labruguière, Péronne, au XVIe siècle, fut accusée d’empoisonner hommes et bêtes avec des poudres magiques et brûlée. Au siècle des lumières, sur la montagne de Berniquaut, près de Sorèze, trois hommes tentèrent d’invoquer le diable. Ils provoquèrent un orage qui détruisit les récoltes et les exposa à un lynchage.


Encore au XXe siècle, les Breishs (sorciers) étaient craints et redoutés. Ils prononçaient de redoutables sortilèges qui se matérialisaient sous la forme de boules de plumes, les coquèls, cachés dans les oreillers et les matelas. Ils étaient capables d’arrêter les automobiles, de tarir le lait des vaches, de causer les maladies. Seule la magie blanche de l’endevinaïre pouvait venir à bout de ces manigances. Ici, on raconte –encore aujourd’hui- de telles histoires, comme l’ont révélé dans les années 1970 les études ethnologiques de J.-P. Piniès…

 


Bref…

 

Voilà juste un bref aperçu de la richesse infinie de la Montagne noire, de ses traditions, de son histoire, de ses légendes.


Ce lieu est tellement beau qu’il faut s’y rendre pour le croire.

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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 06:22

 

 Le 21 mars dernier, la préfecture du Tarn et l’office de la chasse ont annoncé la présence d’un loup dans la Montagne noire. Les traces de la bête auraient été relevées entre Mazamet et saint Amant-Soult. Quatre cadavres de chevreuil ont été découverts en trois endroits différents (Forêt de Triby, commune de Saint-Amant-Soult, Albine), abattus selon un mode opératoire qui est celui de l’espèce (gorge broyée par les puissantes mâchoires, peau « retournée en chaussette », grande quantité de viande consommée, de 5 à 10 kg d’un coup). On a notamment relevé des empreintes caractéristiques près de l’endroit où des cadavres de chevreuils ont été découverts. Un pisteur aurait également vue la bête. Des échantillons de poils et d’excréments congelés (miam !) prélevés sur place ont alors été envoyés à un laboratoires pour analyses, pour confirmation (j’ignore les résultats).

 

Communiqués officiels.

Le directeur de l’office de la Chasse a déclaré au cours d’une conférence de presse : "A 99%, les quatre chevreuils découverts dépecés dans la Montagne noire ont été victimes des attaques d’un loup". Quant au Préfet du Tarn, il fait état d’hypothèses sur la provenance de l’animal : "Il y a une forte probabilité de la présence entre Mazamet et Saint-Amans-Soult, dans la Montagne Noire, d’au moins un animal de cette espèce qui pourrait avoir émigré de la Lozère ou des Alpes. Ce n'est pas plus difficile pour un loup de venir des Alpes ou de Lozère que pour un automobiliste. Ils peuvent parcourir 50 kilomètres par jour ».

 

 




Un témoignage.

Voici le témoignage d’un habitant de saint-Amant-Soult, Cl. Roques, pisteur, qui a aperçu l’animal :

 

« La veille, j'avais vu un animal en retournant en forêt. C'était une bête grise, à une vingtaine de mètres. Elle est restée quelques secondes avant de partir tranquillement, sans avoir peur. Elle venait sûrement de se rassasier. Je n'avais jamais vu de loup avant. Cet animal y ressemblait fortement et je sais que ce n'était pas un chien. Ma grand-mère m'a raconté quelques histoires sur la présence de loups dans le coin. Mais c'était il y a un siècle…»

 

Les derniers loups de la montagne noire.

Ce qui nous amène tout naturellement de l’actualité aux histoires et légendes concernant les derniers loups dans la Montagne noire et ses environs, au XIXe siècle. Certains disent que pendant un hiver très froid, dans les années 1956, on aurait aperçu des loups près de Montredon-Labessonnié. Mais la plupart des témoignages remontent à plus d’un siècle. Dans la forêt de l’aiguille, près des Cammazes, le dernier Loup aurait été tué vers 1910 selon J. Albarel. Selon d’autres sources, le dernier loup du Tarn aurait été tué vers 1886.

Des témoignages plus légendaires sur les derniers loups au XIXe siècle nous sont parvenus, concernant d’une part le canton de Saissac, et d’autre part la région de Minerve (Hérault). Bizarrement, ces récits semblent prêter au loup des meurs étranges… Je vous laisse juger par vous-mêmes.

 

Les derniers loups dans le canton de Saissac.

Cette histoire se déroule vers 1825. Un jeune laboureur à la métairie de Picarel-le Bas à Saissac, allait voir sa fiancée à la ferme de Picou, distante d’environ 14 kilomètres (belle preuve d’amour, non ?). Lorsqu’il avait dépassé la ferme du Colombier, un loup le suivait à distance. La scène se reproduisait à chaque fois qu’il empruntait le chemin, et le jeune homme pensait qu’il s’agissait toujours du même animal. Peu rassuré, il passait alors par le village. Le loup le quittait avant l’entrée du village, mais le rejoignait plus loin, au niveau d’une ferme. La situation était peu rassurante, si bien que le jeune homme urinait dos aux arbres et non pas face à eux, de peur de tourner le dos à l’animal ! Le fermier pensait que le loup était un solitaire, qui vivait dans un bois isolé. Les loups étaient en effet déjà bien rares à cette époque-là !

 

Les loups passent … à table à Minerve.

Cette légende est racontée par Léon Cordes dans son Pichot libre de Menerba. Il existait non loin de la ferme du Bouys, au nord de Minerve, une lauze (grande pierre plate) sur laquelle les loups venaient, sans exception, manger les moutons volés dans la région. C’était la table des loups. On traça même un sentier caché, où l’on se postait pour pouvoir tirer le fauve pendant son repas. Ce fut en ce même lieu du Bouys que fut tué le dernier loup du coin.

Une autre histoire concerne les loups à Minerve. Un loup d’était attaqué à un troupeau gardé par un jeune garçon. Mais le gamin s’était accroché courageusement au mouton et avait crié, si bien qu’on était venu lui porter secours et que le loup avait pris la fuite.

Ces deux histoires prêtent au loup un comportement étranges, du moins pour un béotien comme moi en éthologie. Je me demande si un chasseur ou un éthologue confirmeraient que ces canidés peuvent agir ainsi.

 

La peur du loup et la rage.

 

Tous les spécialistes le soulignent, le loup est un animal féroce mais nullement cruel ou sadique. Il n’attaque jamais l’homme car il en a peur, et trouve trop risquer de s’attaquer à un bipède qui a autant de ressource. Mais ce qui rend réellement le loup dangereux pour l’homme, c’est la rage.

 

Alain Lévy, ancien directeur de la bibliothèque de Castres, rapporte à ce sujet :

« Jusqu’à la découverte du vaccin par Pasteur, les textes mentionnent au fil du temps des cas dramatiques de personnes mordues par un loup enragé et qui en ont perdu la vie. Pierre Borel au XVIIe siècle cite le cas de deux agriculteurs habitant près de la Chartreuse de Saïx. En 1812, le Préfet du Tarn signale le décès d’une femme morte également de la rage dans les mêmes circonstances ».

 

Nous avons un récit circonstancié de l’agonie d’un homme atteint de la rage à la suite d’un combat avec un loup malade, au XVIIIe siècle. L’homme, alors qu’il était encore conscient de ses actes, s’était fait attacher à son lit pour ne pas devenir une source de danger pour sa famille. Ce qu’il fit avec sagesse, car bientôt il sombra dans la folie, et seule la mort put mettre fin à ses souffrances…

 

La bête du Gévaudan.

On ne peut aborder le thème du loup sans dire un mot de cette fameuse bête du Gévaudan, qui fit une centaine de victimes en Lozère. Etait-elle un loup ? Bien que certains historiens aient été de cet avis, les spécialistes du comportement animal, comme Gérard Ménatory, pensent qu’aucun loup ne peut attaquer l’homme avec une telle férocité. Ménatory avance plus vraisemblablement l’hypothèse d’un bâtard de chien et de loup, croisement qui engendre des animaux très violents et incontrôlables.

Que d’hypothèses extravagantes, au sujet de cette bête ! Sur un panneau de l’aire de repos de la bête du Gévaudan, sur l'autoroute près de Mende, on peut lire le résumé d'une autre théorie séduisante, élaborée par un chercheur au CNRS. Selon lui, les crimes étaient commis par des chiens dressés, dans le cadre de vendettas entre villages. Sans doute trop ingénieux pour être vrai… Ce qui semble être sûr, c’est que ladite bête ne pouvait être un loup.


Les loups-garous.
Enfin, comment ne pas évoquer, dans cette revue de l'imaginaire lupin, les légendes de loup-garous? Adolphe de Chesnel a recueilli une tradition à ce sujet, dans la Montagne noire, au début du XIXe siècle. On devient loup-garou par naissance, ou bien par un pacte qui consiste à se blesser et à échanger son sang avec un autre garou. Plusieurs légendes du Lauragais parlent aussi de sorciers capable de prendre des formes animales. S'ils sont blessés sous leur apparence bestiale, ils conservent leurs blessures une fois qu'ils ont repris forme humaine, ce qui permet de les confondre et de les identifier.

Sources.
Canton de Saissac, opération "Vilatges al Pais".
Léon Cordes, Pichot Libre de Menerba.
G. Ménatory, La Bête du Gévaudan.
Genevève Carbonne, La peur du loup, découvertes Gallimard.

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 08:09
Un grand merci aux membres de la communauté "vieilles pierres" de m'avoir accepté !

Ceci est la continuation d'un article sur deux villages du Cabardès en Montagne noire, les Ilhes et Fournès, que j'ai publié il y a un peu plus d'un mois: http://polymathe.over-blog.com/article-16545426.html.

Le Cabardès est une région sauvage, anciennement très agricole, mais aujourd'hui un peu désolée par l'exode rural et le déclin des industries locales. Mais c'est sa riche histoire et son patrimoine qui nous occupent ici.

Dans l'article précédent, j'avais présenté le chemin des Ilhes-Cabardès, village fort agréable de la vallée, à Fournès, petit village de montagne. Ce chemin est de toute beauté, creusé dans le roc comme pour livrer passage aux charriots et bêtes de sommes d'autrefois. Sa beauté minérale, dans ce paysage un peu méditerranéen déjà, est à couper le souffle. 



Près des vergers d'oliviers, on rencontre parfois de vieilles cabanes, sans doutes dévolues autrefois à l'exploitation agricole ou au stockage des récoltes.



A Fournès-Cabardès, on trouve les traces d'une occupation humaine depuis le néolithique. En sus des mines de fer de l'époque gallo-romaines (des archéologues ont essayé de reconstituer des hauts-fourneaux) des mégalithes et pierre à cupules ont été laissées ici par les populations pastorales du néolithiques. Entre autres, un magnifique dolmen, certes fragilisé par des fouilles vandales et imbéciles, mais qui reste encore debout, comme défiant le temps. Et cela fait froid dans le dos, quand on pense que ce modeste édifice de pierre a duré plus longtemps que la civilisation grecque, l'empire romain, et qu'il survivra peut-être à la nôtre, qui sait !  Vanitas vanitatum.

 Sur le plateau de Fournès, calciné par le soleil et balayé par les vents, pas grand chose ne pousse ! C'est une sorte de petit désert grandiose, où l'on jouit d'une belle vue qui va usqu'aux Pyrénées. N'avez-vous jamais remarqué comme les dolmens sont toujours situés dans des lieux où l'on jouit d'une vue imprenable?

 

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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 22:50


Dans la Montagne noire, dans le canton de Saissac, plus précisément Lacombe et ses alentours, on remarque un ancien usage. Au centre des villages et des hameaux, comme ici à Cals (photo), les anciens ont associé une fontaine et un "buisson", arbuste dont mes connaissances rudimentaires en botanique ne me permettent pas de préciser l'espèce. Quel est le sens de cet usage?

Sans doute, il s'agit de marquer un lieu symbolique, une place du marché, un endroit où tout le monde se recontre et qui doit être comme la "vitrine" du hameau ou du village. Mais pourquoi un épineux? Et quand furent-ils plantés? J'ai lu quelque part que celui de Cals serait vieux de mille ans !

Une hypothèse: l'épine sacrée.
On sait que les arbres épineux ou les buissons ont un rôle symbolique important. On pense au buisson ardent de Moïse, aux nombreuses vierges qui ont été trouvée dans des buissons, à des histoires d'épineux sacrés ramenés des croisades (ex: Notre-Dame de l'Auder à Monestiès dans le Tarn). Tous ces éléments pointent vers une symbolique qui lie l'épine au sacré, et notamment à la Vierge ; on sait d'ailleurs que le buisson ardent qui brûle sans être consumé est une des métaphores traditionnelles de la virginité de Marie. Serait-ce la véritable signification de la pratique de ces arbustes épineux plantés en Montagne noire? J'en appelle à plus savant que moi!
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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 10:02

Parlons donc un peu des magnifiques forêts qui entourent le village d'Arfons, de leur histoire mouvementée et de leurs légendes.
Arfons est l’un des plus beaux villages de la Montagne noire, dans le département du Tarn. Si vous avez la malchance de ne pas le connaître, vous pouvez lire un autre article de mon blog qui le présente (lien ici: polymathe.over-blog.com/article-16176223.html).
 
Les noms et le rêve.

Arfons possède le rarre privilège de compter plusieurs hameaux entourés de forêts. La commune forme une sorte d’archipel perdu dans une mer arborée.
Ces forêts ont des noms infiniment évocateurs. A l’ouest, Arfons est séparé du hameau des Bastouls par la forêt de Saignebaude, et du village des Cammazes par les forêts de Sarremetgé et de Cayroulet, que traverse la rigole de la montagne. Au nord-est s’étendent les forêts d’Hautaniboul et de Cayroulet. A l’est, près du Hameau des Escudiès commence la forêt de Ramondens, avec son célèbre château.
 
Royaume de l’angoisse ou de la beauté?
  
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La toponymie nous renseigne aussi sur l’attitude des anciens face à la nature et à la forêt. C’est un lieu commun de dire que les Montagnes et les forêts, si elles sont pour les hommes du XXIe siècle des lieux de délassement ou de méditation, constituaient pour les hommes d’autrefois un lieu d’horreur et d’angoisse, où guettaient brigands, loups, mais aussi diables et sorciers.
Certains noms de lieux de la forêt témoignent de cette horreur, sacrée ou non, éprouvée par les hommes d’autrefois. Souvent revient le lexique de l’ombre : las Oumbros, le Travers des Ombres, le Trou Obscur, le Therme noir. Parfois l’évocation du sentiment lui-même : Malaise, la Peur. Ailleurs, c’est le diable lui-même qui a apposé son empreinte.
 
La présence lacinante du drac.
 
En effet, près de Fontcouverte, on trouve le Trabès del Touart, le Touart étant dans la région un autre nom du drac, être diabolique qui essaie de faire périr de male mort les gens qui s’attardent dans les forêts à la tombée de la nuit. Esprit aquatique lié aux rivières, il est, comme le dieu marin Protée, doté de la capacité de métamorphose. Ainsi, non loin d’Arfons, près de Massaguel, à la Cascade du Mouscaillou, il se transforme en agneau égaré. Pris de pitié, le voyageur prend sur son dos l’animal qui ne cesse de s’alourdir magiquement et finit par  précipiter dans le torrent le malheureux, à bout de force. Le drac est également représenté sous les traits du dragon dans l’Eglise d’Escoussens, autre village proche. Mais nous consacrerons bientôt un article à cet être de premier plan dans le Landerneau mythologique de la Montagne noire.
 
Les sortilèges de la forêt.
  
undefined(Photo B. de Viviès-la Talvera)

C’est la peur qui a donné naissance aux dieux, nous dit le poète latin Stace. Les forêts, tanière de la peur, sont donc peuplées de charmes et de légendes.
La première d’entre elles concerne une pierre mystérieuse située dans la forêt d’Hautaniboul, au nord-ouest d’Arfons (elle est indiquée sur les cartes IGN, c’est un bon but de randonnée). Il s’agit de la pierre de Miamont. C’est un monolithe de granit, sculpté sur une de ses faces d’une énigmatique gravure qui pourrait représenter des armoiries ; la pierre de Miamont serait ainsi une ancienne borne de fief. Là, les hommes d’autrefois, lorsqu’ils étaient malades, venaient laisser une pièce. L’inconscient qui la ramassait attrapait aussitôt la maladie de l’ancien propriétaire de la pièce. Pour se délivre du maléfice, un seul remède : venir remettre la pièce volée au pied de la pierre.
 
Les eaux sacrées.
 
La forêt est aussi le domaine de l’eau. Nous l’avons vu en parlant du drac, démon aquatique qui cherche à précipiter les voyageurs égarés dans son domaine. Et si, dans la légende du drac, ce sont les eaux dangereuses et maléfiques qui s’incarnent, d’autres témoignagent indiquent une sacralisation des eaux bénéfiques et nécessaires à la survie. Aux Escudiès se tenait, encore au début du XXe siècle, une stèle dédiée au Dieu Sor (Deo Sor). Et sur un acte du XVIIe siècle, les sources qui jaillissent dans la forêt sont désignées avec respect sous le nom de "tête sainte du Sor" ou "tête sainte de l’Aiguebelle".
Au XIXe siècle, une source se trouvait près du château de Ramondens. On l’appelait la Sagne canine, et elle avait la vertu de rendre fécondes les femmes qui buvaient de son eau. Un témoin de l’époque évoque une affluence importante en ce lieu :
 
« Aussi voit-on fréquemment des pèlerines, agenouillées dévotement sur le bord de la source et puisant force verres de l’eau limpide du miraculeux bassin ».
  
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(Ruisseau, près de la croix des Fangasses)

Les Gentilshommes verriers de la forêt.
 
La grande richesse de la forêt, autant que l’eau, c’est le bois : ainsi, il n’est pas rare de voir en certains endroits les vestiges de fours de maître-verriers. Ceux-ci entraient fréquemment en conflits avec les habitants, en raison de leur consommation importante de bois, qui les poussait parfois à empiéter sur les bois communaux.
 
Forêts et résistances.
 
Mais la forêt offre aussi un refuge, lors des périodes politiques troublées, à ceux qui sont en délicatesse avec les pouvoirs en place. A Arfons, ceci s’est passé principalement à trois époques de l’histoire : au Moyen-âge, lorsque les hospitaliers organisèrent la sauveté ; lors de la révolution française, lorsque la forêt fut le refuge des royalistes ; et enfin pendant la dernière guerre, lorsque le Corps Franc de la Montagne Noire établit sa base dans les forêts, à l'est d’Arfons.
 
Moyen-âge : la sauveté d’Orfons.
  
Les Hospitaliers qui créèrent le village d’Arfons (qui s’appelait alors Orfons), au XIIe siècle, avaient besoin de mains pour défricher la forêt. C’est pourquoi, reprenant le moyen employé par Romulus lors de la fondation de Rome, ils décidèrent d’attirer les gens qui avaient eu des problèmes avec la justice. Ils créèrent une sauveté, c’est-à-dire une terre d’asile où la justice des seigneurs avoisinants était suspendue.
Les limites de cette sauveté du XIIe siècle sont encore visibles aujourd’hui dans la forêt, sous la forme de croix. La croix de Montalric sur la route de Dourgne en matérialisait la limite nord (photo), ainsi que la croix des Fangasses, plus près d’Arfons.

undefined(la croix de Montalric).   


A la Révolution : conscrits et royalistes.
 
Au XVIIIe siècle, ce sont les royalistes qui se replient dans la Montagne noire. Arfons apparaît en effet à cet époque comme un bastion du catholicisme et du royalisme : ainsi, le vicaire Sompayrac, prêtre réfractaire, s’y réfugie dans la maison de son frère et y célèbre la messe en présence de nombreux fidèles, avec la complicité de toute la population. En règle générale, les habitants de la Montagne ont refusé l’idéal nouveau du prêtre-citoyen. Le ritou restait pour eux le représentant du monde surnaturel, légitimé par une hiérarchie ecclésiastique. Une femme d’Anglès faisait d’ailleurs l’amalgame avec le paganisme, en disant que les révolutionnaires adoraient le soleil et les étoiles.
A la même époque, ceux qui refusaient la conscription obligatoire avaient également pris le maquis, et se livraient souvent au brigandage pour survivre : le principal se nommait Laplume, détroussait les marchands, quitte à jouer du couteau de temps en temps. La maréchaussée, manquant de coordination, laissait s’échapper les bandits dans le profond des forêts.

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Puis il y eut la grande insurrection royalistes du 24 thermidor an VII (août 1799). Les royalistes avaient alors pignon sur rue, notamment à Castres. Ils se reconnaissaient par leur code vestimentaire : chapeau à ganse blanche, pantalon clair, gilet de soie à ramage, énorme cravate, pendants d’oreille, tricorne. Ils chantaient des chansons certes aimables, mais d’un mauvais goût prononcé :
 
Constitution de l’an trois,
Et vous surtout, mauvaises lois,
Servirez de matière,
Oui bien !
Pour torcher le derrière,
Vous m’entendez bien.
 
En 1799, les royalistes du Lauragais passent à l’action sous la conduite du comte de Paulo. Ils tentent de prendre Toulouse mais se font écraser. Il est dit que, dans les forêts au-dessus de Labruguière et près d’Arfons, des partisans de la royauté s’étaient également rassemblés en nombre : au Pas-du-Rieu, on aurait vu 600 hommes. Les républicains craignent alors des attaques de ces troupes sur Mazamet et Dourgne, voire Albi. On signale alors partout dans la Montagne des bandes de déserteurs de l'armée républicaine, armés jusqu'aux dents . Elles seraient recrutés par un mystérieux « chevalier » anonyme. Mais après l’échec de l’assaut de Toulouse par Paulo, tout le monde rentra sagement chez soi…
 
Les résistants de la dernière guerre.
 
Un des épisodes marquants est celui de Juillet 1944, où les allemands tentèrent de mettre fin au maquis. Les cantonnements des Coudenasses et du Plô de May sont bombardés par l’aviation. L’infanterie allemande progresse ensuite, mais, eu lieu-dit la Prune, le peloton de l’adujdant Gayral empêche se progression. Ce n’est qu'au bout de 2 heures et demi de combat héroïque, en infériorité numérique totale, qu’il doit se replier, à court de munitions.
Des stèles marquent les hauts faits du maquis dans le coin, notamment à la Prune. Il ne faut pas non plus manquer le monument de Fontbruno et son ossuaire.
 
Promenades.
 
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(IGN)

Les forêts de la Montagne noire ne sont pas moins riches en découvertes et souvenirs que ses villages. S’y promener est une autre manière de prendre connaissance avec un pays.
 
Références.
 
Cartes Ign bleues, 2244E (Revel) et 2344 O (Labruguière) : vous y trouverez facilement tous les lieux nommés dans cet article.
G. Durand-Gorry, Histoire d’Arfons.
Rémi Cazals, Autour de la Montagne noire, au temps de la Révolution.
D. Loddo et La Talvera, Legendas d’Occitània
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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 11:48
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La lumière dans les sous-bois, en montant au Peyremaux (octobre 2007)
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