Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Chercher Sur Le Blog

Esprit des lieux

Hauts lieux historiques
L'Antiquité
Le Moyen-âge, art roman et gothique
L'époque des cathares, châteaux "cathares"
Sur les chemins de Saint-Jacques
Le XVIe et le XVIIe siècles
Le Canal Royal du Languedoc (Canal du Midi)
Le XVIIIe siècle
Le XIXe siècle
Le XXe siècle

Lieux de pleine nature
La Montagne noire en Languedoc
Montagnes et forêts
Chapelles d'altitude ou maritimes
Bestiaire et herbier (animaux et plantes)

Légendes et contes
Pierres à légendes, bornes, croix
Légendes de fées
Légendes de dracs et de diables
Légendes de géants et d'hommes sauvages
Contes traditionnels

Traditions

Nourritures plus que terrestres

Culte des saints, légende dorée

Métiers de jadis
Aimer en Languedoc
Fêtes traditionnelles
La légende de la mort

Le monde des sorts

Villes et villages
Toulouse belle et mystérieuse
Carcassonne, histoire et traditions
Villages de la Montagne noire
Village du Lauragais
Villages audois

Création contemporaine
Graphisme, sites internet
Sculpture, peinture, bois
Bande dessinée, cinéma, musique

A propos du blog
Tout savoir sur ce blog
Je me présente en quelques mots...
Profil du blog sur Overblog

Divers
Origine des noms de lieux (toponymie)
Album photo des lieux : les photos de lieux superbes
Musée des lieux : des objets étonnants
Petit musée des horreurs
Mystifications et fausses légendes
Symboles anciens

Graphisme

Le design et les bannières du blog sont une oeuvre originale de Little Shiva. Un grand merci à cette graphiste de niveau international,  pleine de talent et de générosité. Son boulot est splendide.Vous pouvez aussi admirer son oeuvre d'artiste ici.

Allées et venues

Viateurs et nautes passés ici


A l'instant même,
parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

Locations of visitors to this page

Invitation au voyage


Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 00:00

brigades-du-tigre--5-.jpg

 

On ne rabâchera pas une fois de plus les informations copiées-collées partout sur le web.... On se contentera simplement de rendre hommage à un personnage qui, bien qu'ayant occupé une place importante dans le panorama audiovisuel, avait conserver une simplicité et une chaleur appréciées du public.

 

Maguelon restera pour beaucoup d'entre nous le sourire et les moustaches de l'inspecteur Terrasson...

 

Deux versants de la Montagne Noire...

 

Première découverte en lisant les diverses nécrologies consacrées à notre personnage. Il était né à Labruguière en 1933. Son nom, on ne peut plus tarnais : Maurice Couzinié. Bien plus tard sans doute, il avait acheté une maison à Cabrespine pour se retirer, dit-on... Mais un acteur se retire-t-il un jour ?

 

Labruguière et Cabrespine... Le versant nord et le versant sud de la Montagne Noire. L'ombre et la lumière. La ville de Saint-Thyrs et la cité aux six ponts.

 

Comme beaucoup de ceux qui sont nés à ses pieds, Maguelon avait sans doute un attachement vrai pour cette montagne magique, ses sombres forêts, la clarté de ses rivières et l'authenticité de ses habitants.

 

Sans doute que s'il joua au cinéma et à la télévision les hommes du sud, c'est qu'un lien profond et non factice l'unissait à cette région...

 

  brigades-du-tigre--13-.jpg

 

L'inspecteur Terrasson (1974-1983)

 

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent connaître, où la télévision n'était pas presque totalement inepte. L'époque des Brigades du Tigre.

 

Pierre Maguelon incarnait alors l'inspecteur Terrasson.

 

Comme son nom l'indique, c'était l'homme de la terre, du sud, ayant gardé le rapport à la matière nourricière et mère, quelque peu paysan et bougon, toujours les pieds sur terre, et non dénué d'une certaine finesse...

 

Dans cette série policière ayant pour fond les vingt premières années du vingtième siècle, le costaud inspecteur Terrasson ne se contentait pas de fracasser des portes d'un coup d'épaule : il inventait le portrait-robot, et la police entrait dans l'ère moderne !

 

Peu importe que Claude Dessailly ait donné au personnage joué par l'enfant de la Montagne Noire le nom d'une charmante ville de la Dordogne... On conçoit que, vu en raccourci de Paris, le sud semble bien petit. Mais derrière la moustache de ce personnage, qui évoquait infailliblement celle de mon grand-père, c'était le soleil de l'occitanie qui rayonnait un peu sur les écrans !

 

On n'oubliera pas qu'avant de participer au tournage de cette série policière, Maguelon avait joué dans le Charme discret de la Bourgeoisie de Bunuel, Tire-au-flanc de Claude Givray et François Truffaut...

 

brigades-du-tigre--3-.jpg

 

Mort sur les planches

 

Maguelon, frappé d'une hémorragie cérébrale alors qu'il participait à un festival de théâtre... Mort sur scène comme Molière aurait-on envie de dire, mais c'est oublier qu'à notre époque on meut à l'hôpital. En l'occurence, celui de Perpignan, les secours n'ayant pu le sauver.

 

Maguelon aura été l'homme de la parole chantante et douce, navigant du théâtre au cinéma, en passant par la télévision.

 

Bref...

 

S'il n'avait pas oublié les sonorités de la langue d'ici, sans doute aurait-il aimé qu'on le salue en ses termes :

 

Adiou l'amic...

 

Et bon voyage !

 

Liens

Les Brigades du Tigre, la série qui vaut mille fois mieux que le film navectueux qui en a été tiré

Cabrespine, le village aux six ponts, dernière retraite de Pierre

La biographie la plus exhaustive sur Internet

 

Repost 0
15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 19:48
A-282388-1125217295
C'est un immense plaisir pour moi...
Voici, en exclusivité pour "Lieux secrets du pays cathare" la version intégrale de ce superbe article sur le grand chanteur toulousain, que nous devons à la plume talentueuse d'Hélène du Calame et la plume, bien connue des lecteurs de ce blog...



…Lorsqu’Abellion m’a chargé de pondre un article sur Nougaro, j’ai dit oui, tout de suite. Ecrire pour un ami tel que lui, sur Claude, un rêve…

Mais l’exercice se révèle bien périlleux !

-      Qui n’a jamais entendu Nougaro scander sa prose aux accords toulousains et aux longs silences destinés, gestes à l’appui, à cerner au plus prêt le mot, non seulement juste et chantant, rythmé, rimé, beau en un mot, succédé de phrases jaillies en saccades, lorsqu’enfin trouvé le filon, la source…

-      Qui n’a jamais entendu Nougaro parler, chanter, danser, dites,  comment arriver à le lui faire connaître ?

Les chansons fusent, lorsque je pense à lui.

D’ailleurs, dans ma ford intérieure, j’entends : « Les chan-songs fu-seu lorsqueu jeu pen-ssa-lui… »… Telles ses phrases jaillissant en geysers, lorsqu’il parle de ce qui le passionne.

(Vous m’excuserez, je ne puis point encore parler de lui au passé. Parce que Claude, c’est la vie ; ne m’appelant pas encore Dr House, je ne donnerai pas dans la rubrique nécrologique. (Vous savez : « heure du décès… » Pouah !)

-      On y va !


       
NOUGARO. CLAUDE

Toulousain comme Abellion. Pas de la même taille. Ni du même gabarit.

- Entre le géant d’apparence placide et le petit chanteur, (je n’invente rien !) résolument teigneux, un gouffre, peut-être ?

Et bien, pas tant que cela, figurez-vous… Mis-à-part le fait que Claude rêve sans cesse de sa ville, et qu’Abellion s’y sente vaguement prisonnier, tant de points communs… « Un torrent de cailloux roule dans (leur) accent », « Il y a de l’orage dans l’air et pourtant… »

Car on ne peut nier leur pugnacité commune, leur besoin d’en découdre, Ô enfants de cette Toulouse où « Ici, même les mémés aiment la castagne… » . Ni leur amour de la langue, cette envie sans cesse renouvelée de sortir des sentiers battus, de chercher sous les pierres, les racines profondes du « pourquoi » et du « comment », ce même désir de perfection…

 

… Allez, re : (mais lorsque je parle d’eux ma plume prend de ces envolées lyriques…)

                  NOUGARO. CLAUDE : « J’AI EU UN BEAU DESTIN : J’AURAI PASSE MA VIE A FAIRE MES DEBUTS. »


1-  CLAUDE ET SON ENFANCE
 

Notre petit oisillon point le bout de ses poings, (Boxe, boxe !), dans le nid-même de la musique : son Père, qu’il admire, est baryton au Capitole. De lui cette puissance vocale, cette volonté d’articuler toute théâtrale, ce phrasé littéraire et opéraïque qui ne le quitteront jamais.

Maman, musicienne et pianiste accomplie, réalise très tôt ses aptitudes musicales.

Cependant, il tombe tout d’abord amoureux des mots et de la poésie : « Je ressentais les mots comme des objets vivants. » « Ma langue fonde mon être ». Lorsqu’il parle des origines méridionales qui l’ont influencé, c’est pour dire, fort joliment : « Mes origines crépu-eu zé sarrazi-neues ».

Ses lectures sont d’un éclectisme réjouissant : des écrivains méridionaux, en passant par Hugo, « Il faut nourrir la jeunesse de bon grain hugolien… », Cocteau, aussi, « puissamment perché sur (son) arbre généalogique », tout est bon. Tout le nourrit.

Il regrette que la poésie soit considérée trop souvent comme un art élitiste ou mineur. Qu’elle ne soit pas assez lue, clamée.

 

La musique : Sa mère tente, en vain, de lui inculquer des bases solides. Il est si infernal avec elle, qu’elle engage une charmante jeune fille chargée de lui apprendre solfège et piano.

-      Ses géniteurs le qualifient « d’enfant turbulent et très indiscipliné » avec une indulgence toute « parentesque » :

…A chaque fin de cours, elle se précipite dehors, en pleurs. A tel point qu’ils soupçonnent l’intenable petit prodige… De l’avoir battue !

 

Claude se fait virer de tous les collèges et lycées de Toulouse et de ses environs.  Il passe ses années de régiment au mitard, où il compose, tranquillement.

Lorsqu’on lui demande pourquoi il était à ce point odieux : « J’étais d’un caractère franchement tendre, amoureux, innocent, désarmé. Il a fallu en toute hâte que je me cuirasse, que je me fabrique des poings, et des dents… »

nougaro

2-Un parcours en dents de scie


« J’ai un beau destin :

J’aurais passé ma vie à faire mes débuts. »

Claude trouve enfin ce pour quoi il se sent fait :

« La poésie devait naître, vivante, dans la chanson ». En pleine période Yé-yé. Tout le monde s’y trémousse, la facilité pousse au crime. Bigre.

Et lui, le chanteur-boxeur-poète-chanteur, de chanter :

« Sous un saphir en vrai saphir

Miroite mon sillon neuf ! » … Et puis il y a aussi ce coq, ce coq amoureux d’une pendule sur ses talons-aiguilles,  ce coq qui délaisse la basse cour, et dont « l’horloge (indifférente !) sonne le glas : co-qau-vingt »…

Nougaro refuse tout compromis avec ses  homologues surfant sur une vague trop facile : il a toujours été « à la lisière de la célébrité populaire ». Il travaille chaque mot, chaque rime. Pour lui, il n’y a « pas de honte à chanter sa vie » ; Il refuse la « ségrégation » entre l’homme et l’artiste.

Musicalement, il touche un peu à tout : le classique, le jazz endiablé du vol à la tire, inspiré du Brubeck Quartet ; mais aussi l’Afrique, le brésil, ainsi que la pauvreté, les favelas…

 

… Et un jour, il découvre qu’au lieu d’être un « as, (il était devenu) un has-been »…

Vient l’époque de New-York et de l’album qui lui est associé : une musique « néo-réaliste » qui lui apporte enfin la notoriété. Il a beaucoup appris, sur les orchestres, le travail en équipe…

Mais progressivement l’insatisfaction le gagne : il sent qu’il perd de vue l’essentiel : la ligne mélodique, et ses mots.

« Je peux échapper au mal

En jouant avec les mots »…

« La tête, c’est mes souliers,

Le ciel mon chapeau »…

 

Lui vient la nostalgie de ce dont il a toujours rêvé : une épure de chanson, sans artifices, sans feux d’artifices, sans trompettes et sans oripeaux…

Il cherche, et trouve, le pianiste de ses rêves : Maurice Vander.

Avec lui, c’est toute sa vie de chanteur-musicien qui prend une inflexion qu’il ne quittera plus : une voix, un piano, et c’est tout.

Il retravaille beaucoup de ses chansons, écrit « Cécile, ma fille »…Jusqu’à la fameuse studio-thérapie qui le terrasse.


Nougaro-Claude 1965-02

3-  Nougaro, son apparence, la femme, les femmes…


Eternellement complexé par son apparence, Claude rêve qu’il est un autre : « Un mètre quatre-vingt,

                   Des biceps plein les manches

                   Je crève l’écran de mes nuits blanches…

                   Et je me fais du cinéma…

                   La voilà déjà dans mes bras,

                   Le lit arrive en a-va-lan-an-an-che… »


Il travaille énormément sa chorégraphie, attache une grande importance à son apparence en concert: « Parfois, il me semble que sur scène, je deviens beau… »

La femme, dans sa « névrose », son « délire mental », représente pour lui « l’être inaccessible » par essence.

C’est « l’incarnation de la clarté, de la pureté : une idole… »

… Et à la fois une royale emmerdeuse qui, la conquête accomplie, se révèle vite pour lui comme étant attendrissante, mais dangereuse, et enquiquinante : « Parce qu’elle avait rêvé d’un amour, absolu éternel, (…) En bouffant en m’rasant, faut lui dire que je l’aime »

« Il faudrait n’exister, ne chanter que pour elle, chaque nuit chaque jour »… (Excusez-moi, c’est un peu dans le désordre, mais moi, quant-il chante : « ATTENDS-MOI, JE T’AIME, JE T’AIME ! »… Cela me donne des frissons, des orteils jusques à la racine des cheveux…)

Une garce, aussi… « Vais-je te prendre par les hanches…

Non… Je te dis « comment ça va ? »… Et je t’emmène au cinéma... »

Et : « Mais il arrive que l’cœur s’accroche

          Aux épines d’une jolie fleur

          Et qu’elle vous mette dans sa poche

          Sous un mouchoir trempé de pleurs…

          C’est le danger le plus fréquent,

          Pour nous les Dom-Ju-Ju, pour nous les Dom Juan »…

Parce que, tout poète qu’il est, il n’en est pas pour autant à l’abri du désir, personnifié par un jupon, (oh, une fois dans votre vie, écoutez-donc, par pitié, « Elle et Il »…Son rap à lui) :

« Elle, a la larme facile,

Lui, promet d’être fidèle,

Elle,  jure d’être docile,

Il-froi-sse un peu ses dentelles »…

 

Nougaro-coquin, Nougaro sensuel, possédant au dernier degré l’art d’être charmant… Et charmeur !

 

Seulement, la mise n’est pas toujours remportée :


« Elle est partie avec un chat de gouttière

   Ce mal poli ce mal rasé »

 « Bas les pattes phallocat »

 

…Et parce que Nougaro, c’est un homme autant qu’un chanteur,

Une dernière perle :


« Nous tamiserons les lumières,

 Même quand la mort aura sonné

 Et nous dirons notre prière

 Sur un chap’let de grains d’beauté-é

 En attendant le jugement

 Nous les dom dom dom dom…Juan ! »

 

Finalement, son plus grand amour aura été « Cécile, ma fille »….

                                                                     

                                           Le 10 février 2010,


 
Une de ses plus ardentes conquêtes : Hélène. (Pas la vraie ! L'autre...)

clip image001
Sources de l'illustration 
Cigale mistral lavande
Musique only you
Repost 0
7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 09:12

J'ai le plaisir d'accueillir aujourd'hui Hélène, amie blogosphérique de toujours et animatrice de l'étonnant blog d'écriture la Calame et la Plume (sans concessions et sans langue de bois...). Elle nous fait cadeau de ses souvenirs d'enfance en famille dans les Hautes-Pyrénées. Ce texte est à l'image de tout ce qu'elle écrit, tendre, drôle, parfois cruel, mais souvent profondément nostalgique, mais toujours avec talent et un style, une vision des choses et des êtres qui lui sont propres.

Alors, prêts à respirer l'air pur des sommets de Bigorre ?


lac-montagne Pic-du-Midi

  
Mon Père, lorsque j’étais petite, avait coutume de dire, en parlant de ma mère, qu’il avait cueilli la seule jolie fleur des Pyrénées.


Ce qui démontre bien en quelle haute estime il tenait sa belle-famille, qu’il évitait autant que faire se peut. Il se contentait généralement d’accomplir les allers-retours, puis rentrait dare-dare travailler à Paris, où il se retrouvait seul, le soir, face à une boîte de maquereaux symbolisant sa solitude et son contentement.


La seule période de l’année où il daignait déroger à ses habitudes était l’hiver, car voyez-vous, Papa adorait skier. Il avait équipé un de ses bâtons d’un klaxon Deux tons qu’il pressait frénétiquement à chaque fois qu’un malotru lui coupait la route, ce qui laissait souvent le pauvre homme ébaubi, et nous vertes de honte.

Gerde1


Malheureusement pour moi, Papa entendait nous traîner à sa suite. Mes sœurs et moi. Or je détestais en vrac la neige, le froid, les tire-fesses où un maladroit s’était cassé la figure avant moi, laissant tout loisir à mes skis de se précipiter dans les mêmes sillons ; les remonte-pentes que systématiquement je mettais en panne, après avoir laissé chuter mes bâtons d’une bonne trentaine de mètres ; les pauses jamais respectées : « les filles, toutes des pisseuses ! ».


J’étais la seule à ne point savoir skier.


Pour finir, je restais invariablement seule dans l’immensité glacée, tous m’ayant abandonnée pour la journée.

 

Ce que j’aimais, moi, c’était le printemps. Je m’entendais particulièrement bien avec un mien cousin,  dont les parents venaient volontiers me chercher pour un après-midi chez Marinette. Ah, Marinette ! Minuscule montagnarde déformée par l’arthrose et qui nous attendait, Daniel et moi, avec une impatience non déguisée dans sa maison de Gerde, petit village tapi au bord de l’Adour. Maison typique du pays, avec sa grande galerie suspendue pour y faire sécher le fourrage l’hiver, son rideau de boudins de tissus multicolores délimitant l’entrée de la cuisine et dont les portes grandes ouvertes nous accueillaient,  à l’image de celle qui fut la Mémé de Dan.

Gerde Eglise

Marinette nous régalait de somptueuses tartines de roquefort, puis nous laissait courir nous cacher, nous perdre et nous retrouver dans d’immenses champs de maïs, bien plus hauts que nos têtes d’enfants. Comme nous étions libres, et comme tout sentait bon ! Plus personne derrière moi pour guetter le moindre de mes pas, juste les Montagnes en sentinelles, bienveillantes complices parées de toutes leurs dorures printanières, leurs azurs repris par un ciel jaloux, leurs neiges étincelantes !


Parfois, en été, les parents de Daniel  venaient me chercher pour une excursion vers les sommets.


C’était impressionnant, grandiose pour une fille de la ville habituée à ne pas avoir d’horizon. Nous passions par le Col du Tourmalet, en direction de la Mongie, puis laissions la voiture.



Ce silence… ponctué seulement par le bruissement des vagues d’iris sauvages agitées par le vent des cimes, (n’oublions pas que le chapeau d’icelles est tombé dans l’abîme… Mon correcteur n’appréciant pas du tout la faute !), d’un oiseau isolé ou du murmure de quelque ruisseau, serpentant parmi la végétation… Je me sentais à ma place, dans ce décor immense et vertigineux, rocailleux et pourtant caressant comme le parler de ses montagnards…


Il me donnait des idées de grandeur, de poésie lyrique, toutes choses qui m’abandonnaient, une fois rentrée de vacances, mis-à-part cet accent à couper au couteau que je conservais un mois durant, et une nostalgie…


Gerde 33171 retable-de-Gerde

(Pour écrire ce texte, j’ai téléphoné ce matin à mon cousin. Il m’a rappelé, de sa voix chantante et avec force détails, le nom de cette rivière arrosant Bagnères- de-Bigorre, patrie de ma naissance, et Gerde, tout petit village la côtoyant ; rivière où nous allions pêcher la truite, et que j’avais eu l’outrecuidance d’oublier. Puis, ô surprise, il m’a passé sa Mère, Annie, idole de mon enfance avec laquelle, à l’époque, j’échangeais des missives exaltées… Ces souvenirs  me mettent du baume au cœur. Il faisait si bon vivre alors…)

 
Hélène              
                                                                                                 Avril 2007.

Et vous ?
Avez-vous des souvenirs de vacances pyrénéennes ? N'hésitez pas à nous en faire part...

Photos
1. Pic du Midi; 2. Gerde ; 3. Eglise de Gerde ; 4. Retable

Repost 0
2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 08:55

 

  Poussons un peu la chansonnette...

De cap tà l'immortèla

Sèi un país e ua flor,
E ua flor, e ua flor,
Que l'aperam la de l'amor,
La de l'amor, la de l'amor,

refrain:
Haut, Peiròt, vam caminar, vam caminar,
De cap tà l'immortèla,
Haut, Peiròt, vam caminar, vam caminar,
Lo país vam cercar.

Au som deu malh, que i a ua lutz,
Que i a ua lutz, que i a ua lutz,
Qu'i cau guardar los uelhs dessús,
Los uelhs dessús, los uelhs dessús,

Que'ns cau traucar tot lo segàs,
Tot lo segàs, tot lo segàs,
Tà ns'arrapar, sonque las mans,
Sonque las mans, sonque las mans,

Lhèu veiram pas jamei la fin,
Jamei la fin, jamei la fin,
La libertat qu'ei lo camin,
Qu'ei lo camin, qu'ei lo camin,

Après lo malh, un aute malh,
Un aute malh, un aute malh,
Après la lutz, ua auta lutz,
Ua auta lutz, ua auta lutz…

Vers l'immortelle

Je connais un pays, et une fleur,
Et une fleur, et une fleur,
On l'appelle celle de l'amour,
Celle de l'amour, celle de l'amour,

refrain:
Haut, Petit Pierre, on va marcher, on va marcher
Vers l'immortelle,
Haut, Petit Pierre, on va marcher, on va marcher,
On va chercher le pays.

En haut du pic, il y a une lumière,
Il y a une lumière, il y a une lumière,
Il faut y garder les yeux dessus,
Les yeux dessus, les yeux dessus,

Il faut traverser toutes les ronces,
Toutes les ronces, toutes les ronces,
Pour s'accrocher, seulement les mains,
Seulement les mains, seulement les mains,

Peut être on n'en verra jamais la fin,
Jamais la fin, jamais la fin,
La liberté, c'est le chemin,
C'est le chemin, c'est le chemin.

Après le pic, un autre pic,
Un autre pic, un autre pic,
Après la lumière, une autre lumière,
Une autre lumière, une autre lumière…


Cette chanson fut composée en 1978 par le groupe Nadau. Pour moi, elle pourrait être une sorte d'hymne de l'Occitanie, l'équivalent de la Marseillaise. Pour plusieurs raisons, qui viennent de l'opposition et de la complémentarité entre esprit occitan et esprit français (que je ne compare pas ici pour affirmer la supériorité de l'un sur l'autre ou inversement, mais juste pour voir ce qui les différencie et ce qui les rapproche) :

I. Les différences.

1. Para Bellum.
Alors que la Marseillaise est un chant de guerre, l'Immortela est un chant de paix, qui appelle à l'amour.


2. Officiel et officieux
La Marseillaise est un chant officiel, porté par les institutions et appris dans les écoles. L'immortela est un chant officieux, créé par un groupe régional, et dont la célébrité ne vient pas d'une institution mais de l'engouement du public.


3. La langue ou les langues
La Marseillaise est écrite dans la langue officielle  et unique de la nation française. L'Immortela est écrite dans une variante béarnaise de l'Occitan, qui n'est pas l'occitan académique appris dans les écoles.


4. Collectif et individuel.
La Marseillaise parle de salut collectif d'une nation, l'Immortela parle de perfectionnement de l'individu qui chemine de sommet en sommet et de lumière en lumière (A claritate in claritatem ?).


5. Progressisme et nostalgie.
La Marseillaise est écrite par un républicain convaincu, franc-maçon, Rouget de Lisle, est un chant révolutionnaire. L'Immortela est écrite par une bande d'amis qui, à l'ère de la bombe atomique et du téléphone portable, trouvent capital de faire vivre et d'illustrer la langue des troubadours.


6. La terre et le ciel.
La Marseillaise nous évoque un monde horizontal : la carrière, les champs de batailles... L'Immortela nous porte au contraire dans un monde vertical: les montagnes, le soleil.


7. Le beau monde et le peuple.
La Marseillaise fut chantée pour la première fois dans le salon du maire de Strasbourg, dans une assemblée de notables. L'Immortela est chantée à l'Olympia, ou dans des fêtes de village.




II. Les points communs.


1. Chanter à pleine voix.  
Il est des moments où l'on a envie d'entonner la Marseillaise avec ferveur (on se souvient d'une scène de Casablanca, ou des résistants de la deuxième guerre mondiale ?) De même, tout les occitans fredonnent l'Immortela !


2. Fidélité à soi-même et amour du pays.
La Marseillaise est guerrière, mais il s'agit de défendre et non d'attaquer. De même, dans l'Immortela se dit l'amour de la terre natale, les Pyrénées et plus précisément le Béarn.


3. Hymne à la liberté.
Si la Marseillaise est un cri de guerre contre une forme d'oppression, l'Immortela à sa manière dit la liberté infinie de l'individu, amené à trouver son chemin dans la vie: "la liberté, c'est le chemin".



Bref...

Petite comparaison sans prétention, qui dit, à l'heure des querelles actuelles (Académie contre IEO), que l'on peut se sentir à la fois français, occitan et être humain, tout simplement. Comme Du Bellay pouvait goûter à la fois les ors de la cour de France, la douceur angevine et les fastes de Rome...

Cela montre aussi que la préservation d'une culture ne passe pas seulement par les institutions mais surtout par le dynamisme des individus.

Comprenne qui pourra.

Liens. 

Site du groupe
Nadau. Sur la page d'accueil, en haut à droite, il y a une vidéo où vous pouvez voir Nadau chanter l'Immortela dans un concert.

La Marseillaise sur le
site de la Présidence de la République.

 
Les images sont extraites de l'album S'avi Sabut et du site de Nadau. Merci de me dire au cas où je devrais les retirer !

Repost 0
19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 15:25

 


 

Certains films font l’unanimité comme des chefs-d’œuvre. D’autres, en dépit de leur qualité, rebutent une partie du public et des critiques, et ne sont appréciés que d’un cénacle d’initiés. La Neuvième Porte est  peut-être de ceux-là. Très bon film de divertissement, que ce soit sur le plan de la technique cinématographique et de l’efficacité narrative, il souffre peut-être d’une fin un peu expédiée. Néanmoins, il reste une de ces oeuvres méconnues, une petite perle un peu baroque que gardent jalousement ceux qui l’ont découverte…

 

Pourquoi j’aime…

 

Ce qui me séduit surtout, c’est le mélange de fantastique et d’humour noir, le second degré extraordinaire qui imprègne tout le film. Polanski nous raconte une histoire de diablerie, mais avec dérision et pince-sans-rire. Ce qui peut expliquer que les amateurs de fantastique « premier degré » se soient sentis floués, car le film détourne quelque peu les codes du genre. De même, les "intellos" ont aussi dû être déçus, car c'est bien ici du divertissement à grand spectacle, grand-guignolesque à souhait par moments. Un film assez inclassable, mais c'est ça qui plait.  

 

L’histoire du film.

 

Non, nous ne sommes pas sur un quelconque -pedia, et je ne vous raconterai pas la fin rassurez-vous, juste le début.

 

Années 1990, New York, Etats-Unis d’Amérique. Dean Corso (Johnny Depp) est un mercenaire de la bibliophilie. La quarantaine, armé de lunettes, d’une sacoche usée et d’un vilain pardessus élimé, il écume les rues de la grande pomme, en quête de livres qu’il pourra revendre en réalisant une importante plus-value. Une fille indigne veut-elle tirer de l’argent de la  collection de livres de son père paralysé par une hémiplégie ? Corso est là, estime trop haut l’ensemble de la collection pour mettre hors-jeu ses concurrents, puis s’enfuit avec un inestimable Don Quijote d’Ibarra acheté pour une poignée de dollars. On l’aura compris dès le début, le leitmotif du film est : livres, argent, cruauté. Et caricature acide…

 

L’élément fantastique est introduit rapidement. Corso est appelé par un magnat de la presse, Boris Balkan (Frank Langella). Balkan est un homme froid,  intelligent et manipulateur, d’un cynisme retors. Il embauche Corso car il n’est rien de plus fidèle que l’homme dont on peut acheter la loyauté. Il demande à Corso de voyager en Europe pour authentifier un grimoire satanique du XVIIe siècle, Les Neufs Portes du Royaume des Ombres, œuvre d’Aristide Torchia, brûlé comme sorcier à Venise en 1667. Les Neufs Portes contiennent 9 gravures qui auraient été copiées par Torchia sur le Delomelanicon, livre écrit par Satan en personne ; leur correcte interprétation devrait permettre d’invoquer le diable.

 

Toute l’intrigue du film se construit autour de cette quête bibliographique et ésotérique. Corso, au début simple mercenaire, va se passionner pour cette énigme, d’autant plus que les embûches ne manquent pas sur son chemin, ni les personnages hauts en couleurs. Femmes fatales, voyous teints en blond platine, bibliophiles jaloux ne vont pas lui rendre la tache facile. Sans déflorer la fin, on peut dire que sa quête le mène du côté de notre Pays cathare, le château de Puivert plus précisément !

 

La narration.

 

Le film est adapté du Club Dumas d'Arturo Perez-Reverte, romancier populaire espagnol. Le roman mêlait deux intrigues, une concernant un manuscrit de Dumas, et l’autre autour  du livre de Torchia. Les scénaristes du film sont sagement décidé de sacrifier la première, mais tout en gardant le coté « métafiction » qui faisait le charme du livre.

 

Tout tourne donc, dans le film, autour de la recherche des mystérieuses gravures des Neufs portes. Celles-ci ne sont pas seulement l’objet d’une quête, mais jouent un rôle central dans la narration, en annonçant des événements (on peut parler de prolepse, en terme de narratologie) : ainsi, lorsque Corso manque périr dans l’effondrement d’un échafaudage, c’est qu’une gravure des Neufs Portes (la troisième) lui indiquait que « le danger vient d’en haut ».

 

Pour représenter ces gravures mystérieuses, Polanski a réutilisé les 9 gravures présentes dans le livre de Perez-Reverte, et qui avaient été dessinées par un artiste espagnol, dans un style librement inspiré des œuvres du XVIe et du XVIIe siècle. Elles ont parfois été retouchées pour évoquer l'apparence de certains personnages du film, et jouer ainsi leur rôle d’oiseaux de mauvais augure. Ainsi, l'archer de la troisième gravure ressemble aux graveurs jumeaux, les frères Ceniza. Dans la gravure correpondante du livre, cet archer était un simple jeune homme.

 

Les gravures contribuent donc au climat d’angoisse et d’horreur du film. Mais, en même temps, elles soulignent peut-être le caractère illusoire du déroulement du film : tout ceci est déjà écrit, c’est de la littérature, de la fiction. De même que le Club Dumas, La Neuvième Porte est métafictionnel en diable. De ce point de vue, l'adaptation, en sacrifiant la lettre, a sauvé l'esprit.

 

Où veut en venir ce film ?

 

Ils s’agit clairement de créer chez le spectateur un sentiment étrange, fait à la fois d’angoisse et de distance. Il y a bien sûr le suspense, lié au secret du livre, et aux péripéties incessantes qui laissent le spectateur en haleine. Néanmoins, Satan et les satanistes apparaissent bien piteux pour être vraiment pris au sérieux. La messe noire est une cérémonie bien sage où l’on répond à l’officiant comme au catéchisme, et les satanistes s’enfuient sur un simple « Boo » de Balkan…

Ce traitement assez distancié du surnaturel est d’ailleurs souligné par Polanski lui-même, qui avait affirmé à l’époque de la sortie du film qu’il ne prenait guère au sérieux le satanisme, tel qu'il était présenté dans tant de fictions médiocres. Dans cet esprit, la fin est un énorme pied de nez au spectateur, et en a déçu plus d’un… Mais pour moi, elle est logique. Voyez vous-même le film pour vous faire une opinion…

 

Le fantastique est suggéré par des moyens très simples. Les images de synthèse ont été intentionnellement exclues à une époque où elles submergeaient le cinéma d’effets spécieux racoleurs. De ce point de vue, ce film, tout en suggestion et finesse, est diamétralement opposé aux blockbusters de la même époque, du genre Armageddon ou Independance Day.

 

Les personnages.

 

Les personnages sont intentionnellement caricaturaux, avec des références cinématographiques très présente : ainsi Liana Telfer, la femme fatale tout droit sortie d’un film noir des années 1940-50, sublimement incarnée (il est bien question de chair) par Lena Olin... Beaucoup de personnes qui n'ont pas aimé le film n’ont pas su goûter, à mon avis, cette nostalgie cinéphile.

 


D’autres personnages marquants sont les bibliophiles maniaques croisés par Corso. Tous, obsédés par leur marotte, deviennent par leur monomanie des caricatures d’être humains. Ainsi Fargas, dernier descendant d’une noble famille portugaise, qui préfère la ruine et la mort au sacrifice de sa collection d’éditions rares…. Ou la baronne Kessler, sorcière des temps modernes, mélange d’illuminée et de femme d’affaire, qui prétend avoir vu le diable et gagne des millions en écrivant sur le sujet.

 

Les acteurs.

 

Johnny Depp est tout à fait dans son emploi, dans le rôle de Dean Corso, intellectuel aussi cynique que fragile. Corso est le type même de l’anti-héros. Il se prend pour un dur, mais en fait ne cesse de se faire manipuler par tous les autres personnages, que ce soit Liana Telfer ou Boris Balkan. Il n’aura la vie sauve que grâce à l’aide « surnaturelle » de la Jeune Fille, avatar du diable. Il semble que l’acteur s’amuse à camper ce personnage satisfait, mais toujours dépassé par les événements. Insensible devant les cadavres, Corso est tellement hors du coup que cela en devient terriblement drôle.  

 

Frank Langella est très bien en Boris Balkan, le magnat de la presse collectionneur de livres interdits. Son jeu est une merveille, qui suggère à la fois l’autorité cassante du milliardaire et l’hypocrisie cauteleuse du manipulateur, en même temps que le fanatisme du bibliophile.   

 

Lena Olin fait la femme fatale. Que dire d'autre ? Elle est au diapason, et joue à la perfection le mélange de snobisme glacé et de violence pure qui caractérise son personnage. Elle est tour à tour veuve éplorée, et tigresse prêtre à tout pour récupérer son livre...  

On a beaucoup critiqué Emmanuelle Seigner dans le rôle de la jeune fille, incarnation diabolique venue aider Corso. Pour ma part, je trouve que son personnage d'avatar diabolique en baskets et en jean colle parfaitement à l’univers décalé du film. A certains moments, par les jeux d’éclairage, il se dégage de son regard quelque chose de réellement diabolique… Peut-être ses yeux verts ? Autre belle scène, celle où elle passe ses doigts ensanglantés sur le visage d’un Johnny Depp médusé.  

Barbara Jefford
est parfaite en comtesse Kessler, elle en fait des tonnes et c’est très bien. Il y a un détail amusant. C'est que les scénaristes ont supprimé la référence au passé nazi de ce personnage  qui joue un rôle important dans le livre; néanmoins, l'actrice prend un accent germanique à couper au couteau. Clin d'oeil aux lecteurs du roman ?   

 

Techniquement, c’est très bien fait.

 

L’image est magnifique (Polanski et Darius Khondji, ce n’est pas rien). Polanski et son équipe ont su rendre le charme désuet de ces intérieurs de bibliothèques feutrés, en les éclairant d’une lumière parcimonieuse et chaude à la fois. Ce parti-pris donne une unité d’ambiance certaine au film. Même l'implacable soleil espagnol semble briller d’une belle lumière crépusculaire. Les décors sont magnifiquement bien filmés, des quintas portugaise au palaces parisiens, avec des jeux d’écho : ainsi, la tour de béton et de cristal de New-York au début du film annonce la tour médiévale de Puivert à la fin.

 

La musique de Wojciech Kilar est tantôt envoûtante et mystérieuse pour évoquer le mystère des neufs portes, tantôt ironique lorsqu’il s’agit d’évoquer les mésaventures de Corso, avec des variations sur des motifs locaux (le Boléro, en Espagne). Elle soutient aussi parfaitement les moments d’action.

 

Le Pays cathare dans le film.

 

Est-ce aussi pour cela que j'aime ce film? On y voit avec plaisir des paysages de chez nous. Il y a un plan où Johnny Depp est pris en stop par un poids lourd immatriculé dans l’Aude (11), un autre très amusant où il est transporté cahin-caha dans un pick-up, en compagnie de moutons…

Puis vient le château de Puivert (Quercorb, sud de l'Aude), que l’on aperçoit à plusieurs reprises sur une photographie du célèbre Gérard Sioën, spécialiste des étranges atmosphères, de la brume. Lorsque Puivert apparaît enfin réellement, c'est aussi dans une lumière crépusculaire magnifique qui semble tout droit sortie des photos de Sioën. Et les images de synthèse viennent à la rescousse lorsqu’il s’agit de mettre le feu au château.

 

Puivert avait déjà accueilli un film, la Passion Béatrice de Bertrand Tavernier, en 1987 je crois (mais sans doute beaucoup d’autres, le monument vit sur des fonds privés).

 

Bref.

 

Ce n’est sans doute pas le film du siècle, ni le meilleur Polanski, mais un film qui se voit et revoit avec plaisir, pour peu qu’on ne soit allergique ni au fantastique, ni au second degré, ni au mélange des deux.  


C’est un bon divertissement pour ceux qui aiment l’humour noir et le pince-sans-rire, tout en n’étant pas dégoûtés par la culture populaire et le grand-guignol. Un indispensable pour ceux qui ne veulent voir ni de navrantes cascades d’effets spéciaux, cache-sexe d’un scénario inexistant, et qui ne supportent plus les héros idiots et baraqués qui sauvent le monde.

 

Liens

 

Site promotionnel du film (si, il fonctionne encore !).

Une critique intéressante (en anglais).

Critiques des spectateurs (en français) sur Allo Ciné.

Le pays cathare photographié par Gérard Sioën (photos utilisées dans le film).

 
Droits des photos: Artisan Films.

Repost 0
7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 17:18

 

 

Il fut un temps où la bande dessinée ne prisait que les villes, les inventions, la technologie.  Jean-Yves Ferri, avec sa série Aimé Lacapelle, en fait tout au contraire l’instrument d’une peinture à la fois tendre et pleine d'humour du monde rural tarnais de notre temps.  

 

Saint-Léon.

 


Les aventures d’Aimé Lacapelle se situent dans un petit village imaginaire de la campagne tarnaise, Saint-Léon. Ce nom de village sonne juste, car il est extrêmement répandu dans le sud-ouest de la France. Certains éléments laissent penser qu’il est situé plus précisément dans le nord-est du département du Tarn, frontalier avec l’Aveyron. Saint-Léon est en effet proche de Crespin et de la Vallée du Viaur. Toutefois, pas de souci de réalisme excessif dans la géographie, on est dans une bd !  Ainsi Aimé, lors du « Rallye Fergusson » (Tome 3) se rend au Sidobre en tracteur, soit une distance de soixante-dix kilomètres environ !

 

Saint-Léon ressemble au petit village tarnais type, avec sa mairie Troisième République, sa petite épicerie tenue par Lespinade, son bar où se rencontrent les vieux célibataires. Aimé et sa mémé vivent là tranquillement, dans leur ferme. Certes, il n’ont guère le goût des voyages, et leur seule excursion hors du village est l’Hypermégatop, centre commercial géant de la ville la plus proche.

 

On parle à Saint-Léon un français mêlé d’occitan, qui est très réaliste pour ceux qui connaissent la campagne tarnaise. En voici un échantillon :

 


 

Une ferme comme autrefois.


 
Aimé habite une ferme qui pratique, selon une tradition séculaire, la polyculture. Il élève des poules, des vaches, des cochons. D’ailleurs, lorsqu’il s’énerve, sa Mémé lui demande si les cours du porc ont chuté. Il cultive diverses sortes de légumes suivant les saisons : les raves, des citrouilles, etc. Ici, pas question d’agriculture intensive, ni de volaille en batterie. Les poules, de la race « Coucou du Berry » vivent en plein air et la Mémé les rentre au poulailler le soir ! Sorte d’Eden rural, la ferme de Lacapelle semble dater d’une époque antérieure à la PAC et à l’agriculture productiviste.

 


La décoration de la ferme est également caractéristique. Aimé et Mémé passent le plus clair de leur temps dans la pièce principale qui sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de séjour, comme dans toute ferme tarnaise qui se respecte. Ferri a bien rendu par son trait judicieux le charme désuet de la déco, avec le vieux buffet, les chaises de pailles, la table vénérable en bois massif.  Il y a aussi le frigo style années 1960, la pendule dorée aux boules qui tournent, le coin évier rétro avec les carrés de faïence blanche et le robinet qui goutte… Ferri n’a pas même oublié le fauteuil fatigué avec son napperon en dentelle tricotée. On s’y croirait !

 

C’est là que Mémé mitonne son tripoux, ses patates rondes à la crème et autres plats traditionnels diététiquement incorrects. Une astuce cuisine de Mémé Lacapelle : en fin de cuisson, rajouter de l’huile pour décoller les sucs ! On comprend mieux, après cela, la magnifique ceinture abdominale affichée par notre Aimé préféré… 

 

Un tyrannosaure dans la bergerie…

 

Seulement voilà. Cet Eden rural à la fois charmant et désuet est menacé. Non pas par les touristes Parisiens ou Anglais, mais par la cupidité de certains affairistes, en majorité urbains. Lorsqu’un type en costume cravate pointe son nez dans la cour de la ferme, c’est sans doute qu’il a dans l’idée quelque chose de pas catholique…

Les employés de Rustic park veulent transformer Saint-Léon en parc d’attraction pour touristes en mal de campagne, avec retransmission de la vie de la ferme sur écran géant. Des collectionneurs fétichistes volent les épouvantails des champs, laissant ainsi les grains sans protections. Et, pire que tout, la Cogetox (Londres-Paris-Crespinet) produit des organismes génétiquement modifiés; ceux-ci menacent de transformer ceux qui les consomment en monstres reptiliens dignes de l’ère Jurassique. Pour contrer tous ces fléaux de notre temps, il manquait un héros… et ce héros, c’est Lacapelle !

 

Je ne reconnais plus personne en Massey-Fergusson.

 

En effet, Lacapelle n’est qu’en apparence un modeste agriculteur. A l’image d'un James Bond, il a une double vie, comme agent secret du BIT (Bureau d’investigation tarnais). Il mène alors des enquêtes, et n’hésite pas à faire le coup de poing pour arrêter les malandrins. Mais contrairement à Superman ou Batman, Lacapelle n’a ni pyjama bleu ni collants, ni batmobile. Il doit se contenter d'un bon vieux tracteur, un magnifique HV2 Vierzon, avec lequel il arrive facilement à semer ses poursuivants. Pas d’arme révolutionnaire, sinon les poings et, lorsque son hernie discale fait mal à Aimé, une bonne bêche.

 

Vous aurez compris qu’Aimé Lacapelle est construit sur le mode héroï-comique, comme une parodie des aventures de super héros, agents secrets et autres personnages qui sauvent le monde en embrassant une bimbo siliconée et en jouant du piano de leur troisième main… Bien que quinquagénaire et un peu "costaud", Lacapelle soutient néanmoins la comparaison par les éclatants succès qu’il remporte à coup sûr dans toutes ses missions.

 

Le drame secret de Lacapelle.

 

Contrairement à ses performances en tant qu’agent du BIT, la vie privée de Lacapelle se résume à un drame… sa solitude. Aucune femme n’a, à ce jour, voulu partager sa vie, bien qu’il ait « atteint sa plénitude d’homme mâle ». Certes, ses amis ont essayé de lui remonter le moral, en lui disant que les femmes modernes n’ont pas besoin d’homme, pour la bonne raison qu’elles ont un congélateur. Mais, après le repas, lorsque la satisfaction de l'instinct alimentaire laisse place à des besoins plus subtils, Lacapelle se trouve pris par une sorte de mélancolie, qu’il exprime laconiquement : "Bromph !" C'est-à-dire en clair : « Cinquante ans et encore célibataire, forcément on a l’air con ».

 

Pourtant, Lacapelle a tout essayé. Mais à chaque fois qu’il pourrait se passer quelque chose, tout se termine en catastrophe. La jolie postière ne le voit même pas. La belle Emma, la secrétaire du Maire, se fait enlever par les hommes de main de la Cogetox. Et lorsqu’une jeune femme pulpeuse semble s’intéresser de près à Lacapelle, elle en a en fait après son petit Cahuzac rosé bien frais… Lacapelle doit donc se contenter de rêver à l’impossible amour, en contemplant les mannequins des catalogues de la Redoute de Mémé, ou bien l’affiche du spectacle dénudé de Clita et Pipa, artistes locales.

 

L’individualisme bonhomme de Lacapelle.

 

Ce qui fait aimer Lacapelle, ce qui en fait un personnage attachant, c’est son individualisme naïf et exempt de préjugés. Il semble apolitique : « Oh, moi monsieur le maire, la politique, sauf votre respect… ». Lorsqu’il croise une manifestation paysanne, la seule chose qu'il craint, c'est d'arriver en retard au "dancing". S’il travaille pour l’Etat, il n’hésite pas à cacher un petit délinquant poursuivi par une armada de pandores; c'est qu'il se rappelle que son père avait aidé des gens recherchés par les Nazis pendant la guerre. En somme, c’est un type sympa. Profondément philosophe, il regarde le monde et ses extravagances sans s’en mêler, sauf lorsque cela devient dangereux. Là, en revanche, il cogne dur...

 

Quelques autres personnages.

 

Le maire de Saint-Léon.



Sa solide stature laisse supposer que c’est un type du coin. Rigide, au propre et au figuré, c’est un homme d’ordre, aux manières gaulliennes et à la couleur politique gaulliste. Ce qui ne l'empêche pas d'assister en cachette aux prestations déshabillées de Clita et Pipa... Il occupe dans l’organigramme du BIT une position hiérarchique supérieure à celle de Lacapelle. C'est à ce titre que le maire confie ses missions à notre héros (généralement dans un champ de maïs, ou dans quelque autre lieu discret). Son adversaire politique est Séraphin Bontrepas (référence au député ariégeois Augustin Bonrepos, connu entre autres pour sa géniale proposition d'obliger les véhicules lents à avoir des gyrophares). Bontrepas est un homme de gauche démagogue et (faussement) naïf que ses velléités de bain de foule jetteront dans les pattes d’une centenaire libidineuse… Le maire de Saint-Léon joue pour Aimé le rôle de la figure paternelle. Quant à la figure maternelle, la voici.  

 

Mémé Lacapelle.



Sans doute le personnage le plus drôle de la série. C'est, bien sûr, l'aïeule de Lacapelle. Elle parle une langue délicieuse, pleine d’occitanismes et de trivialités bien dosées. Elle roule les R (plutôt les RR). Contrairement à Aimé, elle est sensible aux modes venues de la ville, même si c’est avec 10 ou 20 ans de retard : elle s’habille à la Redoute, se fait des mises en plis, prend de la DHEA. Mais derrière son air de grand-mère sympathique se cache une véritable tueuse. Elle manie le fusil d’une main de maître, et est capable de décapiter quatre poules avec deux balles. Elle dispose également d’un stock impressionnant de tisanes narcotiques ou laxatives, ce qui lui permet de se débarrasser en un tournemain des gêneurs lorsque Aimé n’est pas là. Elle était très belle dans sa jeunesse. On dit qu’elle eut alors une relation adultérine avec un célèbre personnage de l’histoire de France contemporaine... dont nous tairons ici le nom, de peur de représailles.

Mémé Lacapelle fait de nombreux lapsus linguae : dans sa bouche, les bonzes deviennent des bronzes et Rustic Park donne Ruchtipac.

 

Sylvestre Cabalié.



C’est l’ennemi juré, le nemesis de Lacapelle. Lacapelle est tarnais, Cabalié est aveyronnais : cela aurait déjà suffi à les opposer. Mais leur conflit est viscéral, éthique même. Si Lacapelle est une figure d’agriculteur idéal, Cabalié représente les mauvais côtés de la profession : il a pour idéal une agriculture productiviste, adepte des produits phytosanitaires à outrance, et se fiche de la nature comme de sa première chemise. En outre, il est d’un caractère fourbe et déloyal.

 

Antoine.


C’est le grand copain d’Aimé. Il représente un autre type de rural : le paysan moderniste (avec tout de même un certain temps -c'est un euphémisme- de décalage sur les modes urbaines). Il a troqué son tracteur pour une Simca 1000 modèle 1978 et, s’il n’a pas renoncé à porter une casquette, il arbore fièrement un T-shirt « Agricol Attitude ». C’est lui qui emmène Aimé voir les spectacles dénudés de Clita et Pipa dans un dancing campagnard, le Summum. Mais un événement imprévu les empêche toujours d'arriver à bon port. Vraiment, il est des jours où Cupidon s'en fout.

 

Bref….


Tout cela pour dire qu’Aimé Lacapelle est une excellente bande dessinée, pleine de tendresse et d’ironie, qui vous fera bien rire si vous connaissez un peu la région (et même si ce n’est pas le cas).

 

Lire.

 

Aux éditions Fluide Glacial.

 

Aimé Lacapelle, T. 1 : Je veille aux grains.

Tome 2 : Tonnerre sur le sud-ouest.

Tome 3 : Poules rebelles.

Tome 4 : Bêtes à bon Diou.

Repost 0