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parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

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Invitation au voyage


Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 08:37

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   Voici la suite de l'enquête critique sur Bugarach (la première partie, à lire en priorité, est ici). Le coin de Bugarach se prêtait particulièrement à l’implantation de folles rumeurs, dans la mesure où dès la fin du XIXe siècle et au début du suivant, des personnages comme Déodat Roché (un magistrat d'Arques passionné par l'occultisme) ou encore Jules Doinel  (bibliothécaire à Carcasonne, séminariste défroqué, adepte du spiritisme et prétendant – hum ! - être   en communication avec les esprits des anciens  cathares) ont essayé de bricoler une nouvelle religion, un gnosticisme qui prétendait être – à tort – la résurrection de l’ancien catharisme. Aujourd'hui les ufologues et les guérisseurs ont pris la place des spirites : l'irrationnel change de visage mais se perpétue sur le même territoire. 

 

     Pourquoi ces rumeurs irrationnelles persistent-elles en plein XXIe siècle ? Que faut-il attendre des gens qui y croient ? Nous tenterons de répondre à ces deux questions dans la deuxième partie de notre enquête.

 

      Et si Apocalypse veut dire révélation, celle de 2012 sera peut-être celle de la crédulité...  

 

 

DEUXIEME PARTIE


QUELLE CATASTROPHE POUR 2012 ?

 

 

Témoignage relévé sur le site de Midi Libre

  

       Quel motif anime les gens qui, autour de Bugarach, tombent dans des délires soucoupiques ? Je ne parle pas des ufologues qui restent plus ou moins raisonnables en supposant une vie extra-terrestre (même si je ne partage pas leur croyance aux soucoupes), mais des gens qui croient à l'Apocalypse ou autres médiums soucoupiques ? Je livre à ce sujet un témoignage fort intéressant relevé sur le site de Midi Libre (http://www.midilibre.com/articles/2010/12/19/ML-La-fin-du-monde-fait-monter-la-pression-a-Bugarach-1486809.php5). C'est le portrait au naturel d'un "contacté" de Bugarach par quelqu'un qui l'a côtoyé.

 

Un type qui habitait Castres il y a quatre ans. Ex-ingénieur aéronautique, licencié... Un déçu de diverses sectes (dont Raël) parce qu'il se prend pour plus gourou que les gourous. Il avait fondé LA sienne, de secte - à trois d'abord. Lui, " le sachant" : l'officiant désigné - Sa femme très éthérée, devenant l'outil communiquant entre le monde des "mystères" et lui. Et leur fille de 13 ans, la future "vierge choisie" du renouveau du monde; élevée sans télé, sans ordinateur et à l'unique école de papa et des principes de sa secte. Sa maison était protégée des maléfices par des kilos de cristaux savamment ordonnés; etc. Devenus aficionados des réunions dans le domaine bien connu de la Salz où beaucoup vont écouter, parfois les pires inepties avant d'eux mêmes tenter d'y écouler les leurs.. C'est ainsi, le cadre y est et les garde-fou à la bêtise sont restés à l'extérieur. (...)

 

Ils vont chaque semaine explorer le secteur de Bugarach à 20 km à la ronde, leur fille étant l'antenne radar qui déclenche à chacun de ses arrêts, les psalmodies de papa et maman, pour faire s'ouvrir la porte du chemin des entrailles de la montagnes des extra-terrestres.

 

Plus prosaiquement, j'ai pu déterminer (j'ai vécu une semaine chez eux), que ce monsieur à 9 chances sur 10 d'être partisan du passage par le suicide, dans une quatrième dimension. Cela aura lieu lorsqu'il aura mis au point et testé son argumentaire. Déçu de n'avoir pu occuper les hautes sphères qu'il estimait mériter de droit dans notre société, il désire, c'est certain, se créer son monde en toute connaissance de son caractère artificiel, mais persuadé qu'il le crée vraiment sous la caution d'êtres supérieurs; et envisage vraiment de s'y projeter en emmenant femme et enfant avec lui.

 

 

     Tout est dit dans ce cas, qui conjugue plusieurs facteurs aboutissant à façonner l'illuminé-type :
- une expérience sectaire préalable, avec les dégats psychologiques que cela suppose ;
- un fond narcissique et mégalomane (je suis génial mais le monde me rejette) qui pousse l'individu à se croire élu (des dieux ou des extra-terrestres, la différence est infime) ;
- la marginalité sociale (perte d'un emploi et déménagement dans une nouvelle région où l'on s'intègre mal, au point de se protéger illusoirement du monde extérieur avec des 'cristaux') ;   

- l'isolement du monde extérieur perçu comme 'diabolique' (ni télé, ni ordinateur), parce qu'il peut mettre en doute ses convictions ;

- la participation à des sociétés fermées où les spéculations individuelles se confortent à la lumière de celles d'autrui... Celle que cite le texte vaut le détour.

 

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Moi parrler avec extrra-terrrrestrres... (Vol 714 pour Sidney)

 

L'attitude ambiguë de la société  

 

     Si ces idées étranges se propagent, c’est que beaucoup dans l’Aude semblent les tolérer, sans se rendre compte de leur dangerosité potentielle, y compris certains représentants des pouvoirs publics et les sites qui se présentent comme des références sur le catharisme. Ainsi, cathares.org, site se présentant comme sérieux et exhaustif, regarde avec bienveillance les amateurs de soucoupes :

 

Certes, on peut s'étonner de constater que certains attendent avec conviction l'arrivée de soucoupes volantes au-dessus du Bugarach, mais au nom de quoi pourrions-nous exclure toute tentative de voir autre chose que ce qui est écrit dans nos livres ?

 

    C’est le discours mille fois entendu du relativisme : enfin bon sang, on est dans une société libre de croire et dire n’importe quoi. "Au nom de quoi " condamnerait-on ceux qui pensent différemment ? Mais cher ami, du bon sens, de la raison, de l’expérience partagée par des millions d'être humains qui refusent de croire à ces choses-là… Au nom de l'amour de la vérité qui refuse d'être engloutie sous des fictions... Au nom de tous les gens crédules, dénués d'esprit critique et qui laissent parfois des individus plus ou moins bien intentionnés les tromper, les exploiter et ainsi ruiner leur vie. Ce qui n’est pas rien tout de même, vous l’avouerez.

 

Le nerf de la guerre : un calcul à court terme ? 

 

    Un autre motif est encore plus puissant que cette tolérance aux relents de relativisme. L’argent n’a pas d’odeur et, ma foi, si on ne peut remplir les hébergements de randonneurs à peu près sains d'esprits, eh bien, on y logera tout aussi bien les pratiquants de jeûnes hydriques, les « chercheurs » spirituels ou les fanas de soucoupes… En particulier si ceux-ci possèdent un bon paquets d'Euros, d'US dollars ou d'autres devises. D'ailleurs, le maire de Bugarach qui se plaint des visiteurs indésirables semble beaucoup moins regardant lorsque ceux-ci se muent en clients payants (propos recueillis sur le site 20minutes.fr)

 

«... il n'y a pour l'instant aucun problème d'ordre public. Après tout, c'est une forme de tourisme et une manne pour l'économie locale»


    

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Les Illuminati mènent le monde ?

Foutaises, mais vous n'êtes pas loin du compte. 

C'est l'argent, ma bonne dame !


    Le problème est que les touristes plus "conventionnels", dont je fais partie, n'aiment guère tomber au hasard d'un chemin de randonnée sur un olibrius qui psalmodie du charabia ou se balade le sifflet à l'air (et cela arrive, comme l'assurent plusieurs témoins). Je pense que les mères et pères de famille responsables n'ont pas envie que leurs enfants fassent ce genre de recontre. Il s'ensuit que plus les "touristes" seront bizarres, et moins il y aura de touristes tout court. Accueillir ce genre de personnages relève du calcul à court terme, et peut se révéler désastreux pour l'image de la région, qui n'y gagnera que la réputation d'un asile de fous à ciel ouvert, à fuir comme la peste. Et "la manne" pourrait rapidement se transformer en oignons d'Egypte...

  

    Outre le marché juteux des chambres d'hôte et autres hébergements à plus de 60 euros la nuit minimum, il existe aussi un marché d'objets ésotériques vendus sur la Toile, par exemple les bagues reproduisant les prétendues  « croix cathares » à 35 euros, ou les statues en résine à 60 euros représentant des griffons gothiques, que « l’initié » pourra utiliser pour caler ses livres sur le Yoga ou sa collection des œuvres complètes de Dan Brown et de Ron Hubbard.

 

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Babioles prétenduement catharo-moyenâgeuses vendues

par des sites ayant pignon sur la Toile

Bon goût et exactitude historique sont au rendez-vous (Cathares.org)


      Le nerf de la guerre est sans doute de nature à rendre peu regardants certains professionnels du tourisme à relents cathares et hérétiques, à l’opposé de la démarche proposée par des chercheurs sérieux en ce domaine (comme Anne Brenon, la revue Hérésis ou les Cahiers de Fanjeaux).

 

Inquiétudes légitimes ?

 

     Les élus de Bugarach commencent déjà à s’inquiéter à propos des problèmes de logistique posés par l’afflux de plusieurs milliers de « croyants » ou de badauds à la date de l’Apocalypse annoncée.

 

 

«Ça commence à bien faire, s'emporte Jean-Pierre Delord, le maire de Bugarach. Je n'ai rien contre les croyances ésotériques, mais il est grand temps de calmer le jeu. Au début, la blague nous a fait rire, mais là, je prends les choses très au sérieux. Que pourrons-nous faire si, avant le jour J, 10000 illuminés débarquent ici et se lancent à l'assaut de la montagne? Nous avons même retrouvé une statue entourée de cristaux, d'offrandes et d'un objet bizarre, le tout cimenté à la roche... Trop c'est trop! Qui va assurer la sécurité et contenir les éventuels débordements? Pas question que le village se transforme en Temple solaire.» (Le Figaro).

 

 

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Le maire de Bugarach (photo Midi Libre)

Un homme qui a les pieds sur terre ?

   

 Le directeur de cabinet du Préfet de l'Aude se veut quant à lui rassurant :

 

«Nous faisons clairement face à une montée de l'irrationnel autour de Bugarach. Mais, pour l'instant, il n'y a pas de troubles de l'ordre public. La région est une destination new age depuis longtemps. Toute cette histoire doit être nuancée. Le vrai problème est que la rumeur de la fin du monde du 21 décembre 2012 est venue se greffer sur une accumulation de croyances ésotériques diverses. Mais nous n'avons pas encore identifié des risques de dérives dangereuses.» (Le Figaro).

  

   On espère, sans trop y croire, que l'avenir confirmera ses prévisions bien optimistes. Que se passera-t-il le jour J si des milliers de personnes se retrouvent à Bugarach ? Arnaques en tous genres ? Engorgement des routes ? Scènes de panique collective et de vandalisme ? Pire encore ? Ismo Nykanen, un habitant de Bugarach, évoque dans une vidéo du Parisien.fr une voiture qui serait passée l'été dans les parages avec l'inscription " Mass Suicide in Bugarach 2012 ".

 

     Au-delà du désordre que l'on peut prévoir pour 2012, il y a la gêne occasionnée en permanence aux habitants par les va-et-vient de visiteurs encombrants qui troublent le calme du village, ainsi qu'en témoigne une Anglaise retraitée en ces lieux :  

 

 "Il n’y a plus moyen de se balader tranquillement. C’est une région magnifique, mais maintenant, on tombe sur des gens qui entonnent des mélopées, qui méditent, allongés par terre. Chacun a le droit de croire à ce qu’il veut, mais on a l’impression de ne plus être chez nous." (Daily Telegraph-article reparu dans Courrier International)

 

    La liberté des uns s'arrête où commence celle des autres... En tout cas, si certains riverains se désolent, d'autres, plus matois, ont déjà flairé le pigeon et proposent de vendre à des prix probitifs des demeures autour de Bugarach... 333000 euros pour une maison de cinq pièces, des prix dignes de la banlieue toulousaine ! On dit qu'il  y a des US dollars dans l'air... Il n'est pas dit que la panique ne profitera à personne... 

 

Pour conclure...

 

    Comment est née la rumeur de Bugarach ? Voici quelques éléments de réponse provisoires, à affiner par la suite

  

    - Il y a des raisons sans doute sociologiques, à savoir l'implantation dans le coin de néo-ruraux, de guérisseurs et autres médiums venu vivre leurs utopies marginales dans ce coin vidé par l'exode rural, suivis par des personnalités à profil plus ou moins sectaire ou New Age. Jean de Rignies serait arrivé à Bugarach vers 1968 : tout un programme ! Bugarach serait-il l'Himalaya du hippie casanier ?

 

    - On ne saurait sous-estimer les motifs liés à une crise de civilisation, perte de repères politiques et intellectuels liée à la mondialisation, qui entraîne un besoin de merveilleux accru chez nos semblables.

 

     - Tout groupe ultra-minoritaire et ultra-marginal, qui a peu d'emprise sur la société, à tout intérêt à lancer des rumeurs et des canulars pour faire parler de lui : c'est un classique de la stratégie politique, qui se vérifie encore davantage à l'ère des médias.

 

     - Cet ensemble de facteurs a été catalysé par la rapidité des communications permise par Internet, à la faveur de la tolérance plus ou moins tacite de certains locaux.

 

     - Deux mystifications prennent mieux qu'une seule, et si la rumeur de Bugarach existe, c'est un peu aussi grâce à Rennes-le-Château.

 

       - Et bien sûr, l'irrationnel est plus que jamais un marché juteux, qui se décline en hébergements, stages, randonnées pour initiés...  

 

    Sinon, Bugarach est un merveilleux petit village avec un château et des richesses naturelles authentiques, que je vous conseille de tout coeur de visiter... mais sûrement pas en décembre 2012 ! Il est temps que les élus et responsables de la Haute-Vallée de l'Aude développent un tourisme crédible, fondé sur la riche histoire réelle de la région, son patrimoine naturel et humain plutôt que sur des rumeurs insensées. L'économie de la région, à mon humble avis, ne s'en portera pas plus mal ! Peut-être même serait-ce le début de la véritable prosperité, sans les dégâts collatéraux occasionnés par les zozos ? Car une fois que des historiens, des chercheurs auront expliqué avec compétence ce qu'a été le passé de la région, les rumeurs s'éteindront sans doute d'elles-mêmes et le plus naturellement du monde...

 

    Mon dernier mot sera pour souhaiter bon courage aux habitants de Bugarach pour supporter l'afflux de perdus qui ne manquera pas de se produire à la date fatidique. 

 

Articles consacrés à la question sur les sites de divers périodiques français et étrangers

 

Courrier international (article du Daily Telegraph, traduit en français).

France Info

Le Figaro

Le Parisien

Midi Libre

New York Times

Radio Canada 

20minutes.fr

   

A vos risques et périls... 

 

Soucoupes volantes

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 16:24

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     Dernièrement, Bugarach, agréable petit village des Corbières audoises, bâti près du sommet du pic (pech) éponyme, a défrayé la chronique journalistique en France comme à l'étranger. Les tenants de la rumeur prétendent que le 21 décembre 2012  verra une "apocalypse" mondiale à laquelle seul le pic, "montagne sacrée", devrait réchapper, notamment grâce à une "base extra-terrestre" situé en son sein. Rien de moins...

 

    Certains habitants du village commencent à s'inquiéter. Ce n'est pas qu'ils croient à l'apocalypse annoncée,  loin de là, mais ils redoutent une affluence record de farfelus plus ou moins nuisibles à la date prévue... bien plus préoccupante. 

 

Le propos de cet article

 

    Bien sûr, je ne crois pas à cette prétendue apocalypse, et ne peux y croire, comme tout être doué de bon sens. Ce que j'aimerais chercher en écrivant cet article, c'est pourquoi des gens arrivent à accepter des choses aussi improbables. Au fil d'articles de journaux, de lectures diverses, de documents piochés sur le net, j'ai trouvé quelques éléments de réponse qui permettent de comprendre pourquoi ce coin est devenu le centre de spéculations délirantes. Et il apparaît que depuis la fin du XIXe siècle, des illuminés tentent d'y refaire l'histoire, en s'appuyant sur les idioties à la mode : hier le spiritisme, aujourd'hui l'ufologie... A chaque époque sa folie.

 

    Descendons donc dans les errements de l'esprit humain... On ne s'interdira pas de se moquer un peu au passage, car il vaut bien mieux préférer le sourire de Démocrite aux pleurs d'Héraclite devant le déferlement  de la sottise chez nos congénères bipèdes. 

 

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Le rire de Démocrite 

 

 

PREMIERE PARTIE


LES SOURCES DE LA RUMEUR

 

 

Les groupes étranges vus sur place  

 

    Cela fait plusieurs années que l’on reporte au pic de Bugarach la présence de visiteurs indésirables, dont l’attitude laisse planer quelques doutes sur leur entier équilibre mental - restons courtois.

 

    Plusieurs témoignages recueillis sur Internet ou dans des journaux évoquent d’abord un étrange groupe habillé de blanc, qui, tout un chantant des chansons « dans une langue inconnue », était venu se baigner en tenue d’Adam, ou en tenue d’Eve, dans une étendue d'eau voisine du pic ! J'ai moi-même entendu des Limouxins raconter l'histoire dernièrement.  

  

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Carte postale ancienne

(je précise à l'attention des ufologues distraits que le personnage

au premier plan n'est pas un Martien)

 

      D'après le témoignage d'un villageois recueilli par un journaliste, on aurait vu des gens habillés de blanc, certains nus, portant une balle et une bague dorée suspendue à un fil (several groups of people, some dressed in white, some naked, carrying a ball and a golden ring hung by a thread -New York Times) !

 

    Selon un autre villageois, un de ces groupes – ou est-ce le même ? – fit l’ascension du pic les bras croisés, avec des figurines de la Vierge à la main. (Some residents say that they sometimes see parades of people, their arms crossed in an X shape, climbing the peak with figurines of the Virgin Mary in their hands -New York Times).

  

Certaines de ces processions, d'après les gens du village, pouvaient compter une bonne centaine de personnes qui camperaient, l'été, au pied du pic.

 

    Ainsi, il semble que des groupes à tendance sectaire aient balisé le terrain depuis quelques années, et préparé le chemin aux racontars actuels sur 2012. On se demande ce que fait l’Etat au sujet de ces gens dont on connaît déjà les méthodes et les effets désatreux sur la santé mentale et l’insertion sociale, pour ne pas dire les finances de leurs adeptes. Les années 1990 avaient trouvé les politiques français farouchement déterminés à faire la chasse aux sectes, il semble qu’une telle rigueur ne soit plus qu’un souvenir… Il existe désormais une tolérance dont l’attitude ambiguë de notre président à l’égard de la Scientologie serait un autre symptôme.

 

     Et quand bien même ces groupes n'ont pas les méthodes des sectes, qui peut mesurer l'impact de théorie serronées sur des esprits fragiles ? Qui dira les espoirs déçus de malades à qui des guérisseurs font entrevoir une improbable guérison ?  

  

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Homo esotericus, l'homme du XXIe siècle ?

Par pitié, NOOOOON !!!

(Photo NY Times)


Billevesées et théories du complot

 

    Outre ces agissements, on doit aussi évoquer les rumeurs. La première, infondée, prétend que le pic a une propriété "magnétique" qui fait fondre les batteries d'appareils électriques et dévier les avions. Cette ânerie est manifestement fausse : mon appareil photo numérique n'a pas subi la moindre perturbation sur le pic, où j'ai pris une bonne centraine de photos... Le second massif de rumeurs a trait à Rennes-le-Château tout proche : c’est la spéculation concernant le tombeau du Christ, une théorie du complot visant l’Eglise catholique, fondée sur une interprétation contestable d'évangiles apocryphes tardifs, des faux manuscrits ; il s'agit d'une mystification soigneusement élaborée par le publiciste Pierre Plantard, divulguée depuis à grande échelle par les cacographes Henry Lincoln et Dan Brown, et reprise depuis par d'autres auteurs tout aussi sérieux comme A. Douzet.

 

    Or les théories du complot sont des cercles logiques, comme l'ont montré Karl Popper (La Société ouverte et ses ennemis), Umberto Eco (Le Pendule de Foucault) et tant d'autres : plus l’Etat niera les prétendues propriétés magnétiques de Bugarach, plus les adeptes croiront qu’on leur cache quelque chose, idem pour l’Eglise et Rennes-le-Château. Autrefois, j’ai lu sur Internet un texte délirant accusant Jacques Chirac de cacher la vérité sur une base de soucoupes dissimulées à Bugarach. Allo, on demande M. Fox Mulder ? Ces contructions paranoïaques ont la vie dure, car elles sont pour ainsi dire impossibles à réfuter.

 

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La série préférée des zozos de Bugarach ?


Jean de Rignies : un néo-rural à la source de la rumeur soucoupique

 

    Comment les soucoupes ont-elles atterri à Bugarach ? Une catégorie de population en particulier semble être à l’origine de ces rumeurs "ufologiques"; ce sont certains parmi les néoruraux ou autres hippies, urbains venus porter au cours des années 60-70 dans les coins reculés leur ésotérisme baba-cool (peut-être sous cannabis et Lsd, qui sait ?) qui mêlait allègrement écologie balbutiante, christianisme déjanté, bouddhisme et ufologie. L’un d’eux vivait près de Bugarach et tenait d'étranges propos :

 

« C’est un néo-rural passionné d’eau salée qui est à l’origine des légendes. Il disait percevoir le vrombissement des moteurs d’engins interstellaires provenant des profondeurs de Bugarach... Je me souviens même qu’il avait écrit un article dans une revue d’ufologie ».(J. - P. Delord, Maire de Bugarach, dans Midi Libre)

 

« Il osait même affirmer que des hommes vivaient sous les sources des fontaines salées. Selon lui, ces hommes allaient générer une nouvelle société et ils attendaient leur heure avant de sortir au grand jour... » (G. Cros, adjoint du maire de Bugarach, dans Midi Libre).  

 

    Cet homme avait sans doute inventé l’eau salée, mais certainement pas l’eau chaude. Il semblait en particulier tourmenté par la tristement célèbre "théorie des anciens astronautes" de E. von Däniken (si, vous savez, les pseudo-archéologues qui croient voir dans des dessins mayas ou sur les fresques des hommes des cavernes des costumes spatiaux...). Plus inquiétant, certains de ses propos sur les "Elohim" rappellent bizarrement le fond de commerce de la secte raëlienne.

 

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La barbe ne fait pas le sage, comme l'habit ne fait pas le moine.

Lanza del Vasto peut repasser chez son barbier...


    Après quelques recherches sur Internet, j'ai retrouvé l'identité de l'homme, individu connu sous le pseudonyme de Jean de Rignies. Une vidéo prise sur You tube permet de se faire une idée du sérieux incontestable de ce personnage et de ses méthodes pour traquer les petits hommes verts. On le voit, passablement agité, exprimer à un auditeur qu'il entend d'étranges bruits de machines sous le mont (hallucinations auditives ?)...

 

 

 

 

    L'homme, bien que passablement dérangé selon toute vraisemblance - du moins monomaniaque - avait une certaine force de conviction et ses adeptes sont encore présents dans le coin, d'après le témoignage de l'institutrice du village.

 

« Voilà deux ans, un parent d’élève avait même proposé d’encadrer une excursion pédagogique pour que les enfants entendent ces bruits », raconte l’institutrice en souriant. (Le Parisien, 22 février 2011 

 

Bugarach aujourd'hui : guérisseurs et médiums...

 

    Actuellement, des guérisseurs et autres adeptes des médecines douces se sont installés, venus du monde entier. Nous cachons les noms, ne voulant pas stigmatiser les personnes mais les discours...

 

J*** S***, un Finlandais, a pour sa part dépensé une vraie petite fortune pour acquérir une propriété au plus près du rocher. Pourtant, il se présente comme un simple éleveur, possesseur d’un tout petit troupeau d’une vingtaine de vaches. « Bugarach est un site d’échange énergétique, un haut lieu vibratoire connu des Templiers et des Cathares. Des tribus d’Amérindiens, des Australiens viennent ici », souligne de son côté G*** R***, spécialiste de médecine chinoise. Elle exploite, juste en face du pic, cinq gîtes à l’enseigne le Rayon Vert, après avoir signé, en 2008, un ouvrage intitulé « l’Appel du Bugarach, le vortex de la Terre » (Le Parisien).

 

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     Selon cette guérisseuse locale, Bugarach serait non pas une montagne mais un "être vivant" une des "douze portes énergétiques" [sic] du monde découvertes par les druides et les Templiers (bel amalgame) ! Voici un échantillon de sa prose trouvée sur Internet, beau pudding d'ésotérisme combinant les vieux fantasmes de Mû et de l'Atlantide, en une vision de la préhistoire non homologuée par l' Université !

 

Après la Chute de la Lémurie et de l'Atlantide, il a fallu que cette grille énergétique redescende dans cette vibration de la troisième dimension.

 

     Une bouteille de blanquette à qui m'expliquera le sens de cette phrase... Il y a dans la pensée de G*** R*** un syncrétisme qui fait feu de tout bois, n'hésitant pas à mêler  la parapsychologie ou le yoga à des concepts empruntés de manière sauvage à la science sérieuse ("le saut quantique" employé à tort et à travers) pour donner une apparence de rationalité à ses propos. Le tout pour prouver, tenez-vous bien, que le pauvre pech de Bugarach est une porte ouvrant sur d'autres univers parallèles, thème répandu de la fiction populaire. De la SF à la Michaël Moorcok ? Une référence au second degré à la série Américaine Stargate ? Non, elle  semble y croire vraiment, et montre même des photos où des ronds de lumière seraient la forme invisible de ces visiteurs...

 

    Devant un discours aussi sensé mêlant histoire falsifiée, pseudo-science et philosophies orientales, qui pourrait encore douter ? La majeure partie de l'humanité peut-être, du moins c'est à espérer.

 

stargate-bugarach--.jpgStargate in Bugarach 2012 ? Source

 

Jean d'Argoun, soucoupiste suspect


     Outre les vendeurs d'orviétan et autres brûleurs de moxas préoccupés "d'échanges énergétiques", c'est un certain Jean d'Argoun (pseudonyme) qui entretient la flamme de la spéculation soucoupique de Bugarach avec le plus de ferveur depuis les années 1990. L'individu se présente comme un médium en relation télépathique (ou plutôt télé-pathétique) avec les extra-terrestres (soupir...).  

 

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Une littérature émétique

qui ferait presque regretter la fin des autodafés

A elle seule, la couverture me donne des céphalées

 

     Il prétend notamment acclimater dans le lieu le vieux canular des Ummites ; celui-ci fut lancé dans les années 1960 par des Espagnols naïfs abusés par des coups de téléphones ou des lettres de plaisantins qui se faisaient passer pour des extra-terrestres. Argoun, lui, y croit dur comme fer, évidemment. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer, pour la bonne bouche, l'extrait de ce résumé des "recherches" du personnage  tiré d'un site d'ufologie. On croiserait dans les forêts des Corbières d'étranges êtres venus d'ailleurs...

 

... l’être, qui s’appellerait « Arkâ », serait un « Ummite » en provenance d’Altaïr, et l’image perçue ne serait qu’une image tridimensionnelle (holographique), laquelle serait dotée « du son et du toucher » (sic). L’être expliqua qu’il ne pouvait venir physiquement sans endommager sa « structure bio-vibratoire » en raison de la présence en ces lieux d’une base occupée par des « entités négatives ». Une « bulle isolante » était censée protéger cette rencontre. La race de l’être aurait pour dieu « Issahâ ». L’être holographique tendit au témoin un feuillet (qui se matérialisa dans sa main) et précisa qu’il s’agissait des 7 « logions » avec lesquels Jean d’Argoun devait achever son livre. Le texte évoque notamment la future apparition, au sommet du Bugarach, d’un immense vaisseau spatial auréolé d’un halo orange…

 

Le 3 juillet 1996, vers 23 heures, « la conscience d’Issahâ » (sous la forme d’une « belle sphère verte avec un œil doré au centre ») aurait révélé à Jean d’Argoun que son futur support de chair (celui du « Messie »), qui était censé se manifester entre 1996 et 2004, se trouve caché depuis des millénaires au cœur du Bugarach. Le corps reposerait dans un vaisseau (un "vimana") contenant « tout l’antique héritage scientifique, culturel et spirituel des Atlantes depuis 12.000 ans »…

 

    Il y a vraisemblablement chez Argoun un mélange sidérant de messianisme religieux (son Issaha est une figure modernisé du Christ baragouinée en pseudo-hébreu), de thèmes de science-fiction éculés (la base secrète des extra-terrestres, vue dans Goldorak) et de cette pseudo-science que l'on croyait morte et enterrée, la parapsychologie avec "ses rayons vibratoires", "messages télépathiques" et autres ondes alpha, le tout parsemé de motifs venus tout droit de Rennes-le-Château (l'arche d'Alliance, arca) et monté en mayonnaise dans une soucoupe volante. Mais n'est pas Frank Herbert qui veut. Ouah ! Quand je lis des choses pareilles, je me demande toujours si je suis devant un imposteur espérant monnayer ses propos, un authentique malade, ou encore un Don Quichotte ayant trop lu non des romans de chevalerie, mais des livres de science-fiction. 

 

    Il semble selon ce site qu'Argoun ait compieusement pillé les livres de Georges Adamski qui a aussi inspiré Claude Vorilhon, fondateur de la secte raëlienne, et aussi directement les ouvrages de ce dernier. Belle ascendance littéraire aux remugles nauséabonds... Il se murmure d'ailleurs sur Internet (je n'ai pu vérifier l'information) que ledit Argoun organise d'onéreux circuits touristico-spirituels dans la région de Bugarach.   

 

    Riez, riez, mais si vous perdez votre boulot et que votre femme vous quitte avec votre meilleur ami, vous pourriez bien finir par croire ce genre de choses vous aussi... 

 

 

Vidéo exclusive montrant l'Ovni de Bugarach en plein vol

(aimablement fournie par le Général Dorothey du Pentagone)

 

Un contexte favorable

 

    Ainsi donc, ce serait au croisement des agissements de groupes sectaires et de rumeurs entretenues par divers écrivains et propagées sur Internet que le « mythe » de Bugarach "montagne sacrée" se serait créé. Le contexte favorable à ce genre d’entreprise est l’état de l’Occident actuel : la religion traditionnelle est contestée mais le besoin de merveilleux et d’évasion hors du réel subsiste. La science elle-même, qui naguère prétendait faire le bonheur de l’humanité, a montré ses limites et fait peur, ce qui pousse certains à se réfugier dans l’irrationnel pur, au point parfois de revenir au chamanisme amérindien... Le déclin des idéologiques collectives, notamment de la "foi du siècle" communiste et les ravages du libéralisme tout-puissant poussent l'homme à se désengager de l'aventure sociale pour se réfugier dans des constructions imaginaires.  

 

    Le citoyen perdu va chercher à se nourrir d'un nouvel ésotérisme, d’autant plus pernicieux que contrairement aux religions instituées il est bricolé dans de petits groupes fermés, ne se confronte pas à des points de vue adverses rationnels, et que ses affirmations sont souvent rendues invérifiables sous le signe de la théorie du complot : complot de l'Etat, de l'Eglise, de la science officielle qui nous "cachent la vérité"...

 

              A suivre...


Lire la Deuxième partie : quelle catastrophe pour 2012 ?   

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 10:32


(Lien à d'autres articles à la fin de cette page).

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La Galéjade, ou la légende de l'imagination des méridionaux.

On dit souvent que les gens du midi sont des imaginatifs, enclins au merveilleux. on se souvient du cabaliste méridional de la Reine Pédauque d'Anatole France. Mais toujours est-il que les fausses histoires qui courent sur le pays cathare sont souvent la fabrication de gens extrérieurs à la région, voire étrangers au pays. Ainsi je me souviens de ce touriste croisé à Montségur, un homme d'une soixantaine d'années, persuadé que les cathares avaient cachés par là le corps du Christ...

Essayons donc de nous mettre dans la peau des Bouvard et Pécuchet qui récrivent l'histoire de l'occident à coup de rumeurs, d'effets de manches et de faux documents. Et essayons de voir par quels moyens ils arrivent à endormir la méfiance des gens y compris des français, peuple prétendument cartésien. Mais n'oulions pas que Descartes lui-même croyait à des chimères comme la cruentation des plaies ou la capacité des yeux des chats à émettre des rayons la nuit !

Et que l'on ne m'en veuille pas d'être railleur avec ces gens-là. Car je pratique la raillerie modeste, celle qui "reprend utilement les vices en les faisant paraître ridicules" (Descartes, Les passions de l'âme, art. 180, "De l'usage de la raillerie").

Fraudes et canulars. 
On parle de fraude et de canulars lorsqu'un individu tente d'imposer un récit historique fictif comme vrai en se servant de fausses preuves.

L'art de la fausse preuve en pseudo-histoire. 

La pseudo-histoire, comme la vraie, utilise des preuves qui semblent convaincantes au premier venu, mais qui sont aberrantes et douteuses pour qui a un minimum de culture historique, voire de bon sens simple (qui est la chose du monde la moins bien partagée, j'en conviens). 

Leurs preuves consistent en 

-étymologies fantaisistes, qui contredisent les lois de la phonétique. ainsi, pour certains, le nom de lieu tiplié, qui signifie en occitan rabot, est la preuve de l'existence d'une commanderie templière, et pourquoi pas, du trésor des templiers lui-même ! 

-en falsifications délibérées de l'histoire: production de fausses généalogies royales, etc.  

-fabrication de faux documents: ainsi, de faux parchemins dans l'affaire de Rennes-le-Château. 

-fabrication de faux vestiges historiques: ainsi, Otto Rahn qui fabrique de faux "pentacles" cathares dans la région d'Ornolac avant la deuxième guerre mondiale. 

-utilisation de rumeurs ou d'hypothèses invérifiables: ainsi, les théories du complots ou l'existence de sociétés secrètes, qui par nature est impossible à réfuter, faute de documents.

-les interprétations aberrantes de vestiges archéologiques réels: ainsi, un simple rebut de métallurgie devient un talisman magique, un jeton à jouer le symbole d'une société secrète, un tableau de Poussin le carte d'un trésor, etc...

Le profil des pseudo-historiens.  

Ce ne sont jamais des historiens de profession, mais généralement ils se rangents dans l'une ou l'autre de ces catégories : 

-des écrivains "grand public"-on sera gentil- (Gérard de Sède, Otto Rahn, Dan Brown). 

-des gens venus des "sciences dures" mais n'ayant pas reçu une formation historique suffisante en histoire. Eh oui, on peut être un brillant scientifique et un piètre historien, comme le montre le cas de Chasle, brillant mathématicien qui a été pendant des années la victime d'un faussaire qui lui vendait de faux documents historiques.
 
-des journalistes en quête de sensationnel (Henri Lincoln)

-proches de mouvements politiques minoritaires et extrémistes. 

-des malades mentaux purs et simples.

Généralement, le pseudo-historien tente de faire croire que les qualités qu'il possède par ailleurs font de lui un bon historien. Ainsi, je suis un grand ingénieur, donc je suis un bon historien. je vends beaucoup de livres, donc je suis un bon historien, etc et ad libitum.. Le pire, c'est qu'il se trouve toujours des gens pour croire à des raisonnements aussi défectueux. Notre président devrait plutôt rendre obligatoires les cours de logique que les cours de morale.

Les mobiles du crime. 

Psychologique:
-Tromper les autres est une fin en soi. Il y a une jouissance du trompeur qui arrive à abuser sa victime. 
-L'ambition personnelle et le désir de se faire connaître: Pierre Plantard voulant faire croire qu'il est le descendants des Mérovingiens (rien que ça) en lançant l'histoire de Rennes-le-Château. 

Financier: 
-ramasser des fortunes en raccolant des lecteurs pour les écrivains.
-Souvent, il s'agit aussi de faire connaître un lieu pour y attirer des touristes. 

Terrorisme intellectuel
-Mais le mobile peut aussi être le révisionnisme historique, et là, cela devient grave. Les auteurs de cette catégories sont une sorte de terroristes intellectuels qui tentent d'ébranler les certitudes les mieux acquises de l'histoire par des pseudo-preuves. 

Appel à la haine d'une religion ou d'une communauté. 
Tout aussi grave que le précédent, sinon plus.
La pseudo-histoire se déchaîne ainsi en ce moment dans le domaine de l'anti-christianisme: il ne se passe pas deux mois sans qu'on nous rapporte qu'un nouvel illuminé a trouvé le tombeau du Christ. On peut aussi parler des protocoles de sages de Sion, classique de la pseudo-histoire en matière d'antisémitisme.

Saines lectures sur la pseudo-histoire.

-La fausse méthode de la pseudo-histoire a été magnifiquement démontée par Umberto Eco dans son roman, Le Pendule de Foucault. Le brillant sémioticien italien, dans un récit passionnant à lire, a sû démêler la non-méthode utilisée par ces auteurs.  

-On peut également lire un grand classique sur les fraudes et les mystifications en histoire, Les Fraudes en archéologie préhistorique, d'André Vayson de Pradenne. 

-Le classique sur la pseudo-histoire en pays cathare reste la Mythologie du Trésor de Rennes-le-château, de R. Descadaillas, un historien sérieux (chartiste) qui a démonté les enjeux de cette sombre affaire.  

Voici les mystifications et fraudes que je vous propose de découvrir.

Le canular du trésor de Rennes-le-Château.

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Pour le trésor de Rennes, cliquez sur le lien:
http://polymathe.over-blog.com/article-16280609.html

Le mythe du graal en Occitanie: le révisionnisme cathare et templier.

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Pour la quête du Graal, cliquez sur celui-ci: 
polymathe.over-blog.com/article-16763938.html

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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 07:24
Qui ne connaît pas le graal, coupe qui aurait recueilli le sang du Christ, ou émeraude tombée du front de Lucifer ? On entend ici ou là que le graal est caché quelque part en occitanie, qu'il aurait appartenu aux cathares ou aux templiers. Histoire ou légende? Menons l'enquête.


I. Le graal : les origines.

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Une seule chose est sûre à propos du Graal : aucun texte n’utilise ce mot avant le roman de Chrétien de Troyes, Perceval, au XIIe s. Le poète champennois, sans doute d’origine juive comme l’indique son nom (« chrétien »=converti au christianisme), nous raconte comment Perceval, jeune chavalier naïf et sauvage, y fit son apprentissage de la chevalerie.
 
Le Graal de Chrétien.
 
Son inexpérience cause plusieurs catastrophes : ainsi, sa mère lui ayant recommandé d’êre galant avec les dames, il violente une jeune femme qui est ensuite accusée d’adultère… Il entre à cheval dans la grande salle de parade du roi Arthur, etc. Et finalement, au cours de sa quête, il arrive dans un château où le reçoit la cour d’un roi invalide. Il assiste à une étrange cérémonie au cours de laquelle est apporté un graal (et non Le graal, point d’une importance CAPITALE) par une jeune fille, graal dont on sert le roi blessé. Perceval, comme contraint par une force nuisible, oublie de demander ce qu’est l’objet, question qui aurait pu sauver le royaume. Ayant gravement peché par ce silence, il doit subir 5 années d’expiation et d’errance avant de rencontrer un Ermite.
 
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Deux points importants :
 
1. De ce que l’article un est utilisé, on peut inférer que le mot graal n’est pas un nom propre, mais un nom commun : par conséquent, il n’y pas un graal, mais des graals. C’est pourquoi beaucoup d’érudits ont souligné la ressemblance avec des mots comme grasal et gradal, qui signifient plat. Le graal serait donc une sorte de plat à l'origine.
2. Donc, il faut souligner un autre point : le graal n’est nullement une coupe. Il n’a encore aucun rapport avec le Christ, ou avec Lucifer. Ce qui veut dire que ces éléments ne sont pas dans la légende originaire, mais ont été ajoutés après coup, par deux autres écrivains : Robert de Boron et Wolfram d’Eschenbach.
 
Le graal chrétien de Robert de Boron (XIIIe s.).

Cet auteur, dont on pense qu’il a pu être un clerc, a christianisé la légende du Graal. Chez lui, le graal devient la coupe dans laquelle le christ a célébré l’eucharistie, et c’est seulement à partir de lui que le graal rejoint le légendaire chrétien. A ma connaissance, AUCUNE coupe ayant recueilli le sang du Christ n’a été attestée auparavant. Certes, les croisés avaient ramené des ampoules qui contenaient prétendument le sang christique. L’une d’entre elles est conservé à Neuvy St-Sépulcre (près de Nohan), dans une curieuse église de forme circulaire dont la forme rappelle celle de la Rotonde, Eglise du saint Sépuclre qui s’élevait jadis sur le Tombeau du Christ, à Jérusalem. Est-ce une telle relique qui a inspiré Robert ?
 
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Le graal « ésotérique » de Wolfram d’Eshcenbach. 

La légende du Graal se développe à un niveau européen. Elle inspire un trouvère allemand, Wolfram d’Eschenbach, dont le poème Parzifal est certes beaucoup plus fruste que les précédents (le Graal devient une espèce de corne d’abondance emplie de mangeaille), mais contient des éléments propres à flatter les élucubrations de certains ésotéristes. Le graal est à la fois pour lui une espèce de corne d’abondance qui nourrit les chevaliers, mais aussi une pierre étrange, lapsit elixir en latinus macaronicus, émeraude verte dont il est dit qu’elle ornait le front de l’ange Lucifer avant sa chute et sa transformation en diable… 

Apparemment, toute la mythologie wagnérienne du graal s’est construite à partir de ce texte. On y apprend aussi le nom de la mère de Perceval, Herzeloïde, de l’ermite qui le conseille, Trevrizent, du Roi pêcheur Amfortas. Wolfram est également un petit malin : pour faire croire que son récit est plus vrai, selon un procédé courant dans les romans médiévaux, il invente des sources manuscrites à son histoire. Ainsi, il dit la tenir d’un certain Kyot, qui lui-même l’aurait découverte dans les papiers d’un païen Flegetanis. Ce dernier l’a trouvée dans un manuscrit en Espagne, alors centre intellectuel de premier plan (ce qui justifie que Wolfram y situe la découverte de l’histoire). 

Autre point capital du récit de Wolfram, le château du Graal acquiert un nom : Munsalvache, qui deviendra par la suite Montsalvat. Et ce point, je tiens à la souligner, est une pure invention de Wolfram par rapport au récit de Chrétien, donc n'est pas un élément originel de la légende.
 
II. La quête de la chimère.
 
Le graal aurait pu rester une création littéraire, et l’humanité aurait dormi en paix. Mais, alors que pendant plus de cinq siècles on ne parla pas un seul instant (mis à part certaines reliques) de trouver un graal réel, ce fut encore une fois le « stupide XIXe siècle », siècle prétendu du progrès et de la modernité, qui succomba à la chimère.
 
Le Graal wagnérien de Montserrat (années 1880).
 
Ce sont donc les Allemands qui, avec le récit de Wolfram, disposent du nom du château du graal, Montsalvat. Le texte de Wolfram et l’opéra de Wagner, qui remet le graal à la mode à la fin du XIXe siècle, leur donne une autre indication : Montsalvat serait situé quelque part entre le sud de la France et le nord de l’Espagne. C’est alors que le guide allemand Badecker repère une certaine analogie entre le nom de Montserrat, le célèbre monastère espagnol, et Montsalvat, le château du Graal. Le guide émet le premier l’hypothèse que le monastère espagnol est le château du graal.
 
Hypothèse qui ne résiste pas à l’analyse, pour trois raisons fort simples :
 
1. On ne peut fonder une vérité historique sur un simple rapprochement de deux mots. Sinon le graal peut être aussi bien à Montsaunès, Montsauvy, Montsalut, ou quelque autre nom à peu près proche de Montsalvat… Retenons bien ce point-là : dans cette affaire du graal, les étymologies sont les seules preuves, bien souvent, que les pseudo-chercheurs proposent.
 
2. Monserrat signifie le mont serré, alors que Monsalvat signifierait le mont sauvé : donc l’étymologie n’est même pas bonne. D’ailleurs, il faut souligner que la forme de Montsalvat semble être une invention de Wagner :le texte de Wolfram porte Munsalvache, ce qui est assez différent, et pour le coup complètement dissemblant de Monsalvat. Cela signifierait que Wagner, artiste divinement inspiré, aurait retrouvé seul le vrai nom du château du Graal ? Certes, le wagnérisme a des caractères sectaires, mais pas à ce point-là…
 
3. Est-il besoin de le signaler ? Le texte de Wolfram parle d’un château, tandis que Montserrat est une abbaye… Certes, cela n’arrête pas les tenants de cette hypothèse.
 
Comme dans l’affaire de Rennes-le-Château, les premières étapes de la fabulation posent à la fois le thème principal (le graal est dans le sud de la France) et la méthodologie déficiente (la recherche de pseudo-étymologies) qui vont permettre à une hypothèse de se consolider par de fausses raisons. Nous retrouverons tous ces éléments dans le graal languedocien.
 
Le Graal à Montségur : Antonin Gadal et Otto Rahn.
 

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C’est en utilisant la même non-méthode que deux autres historiens spéculatifs, Antonin Gadal et Otto Rahn vont localiser le graal à Montségur, et en faire le « trésor des cathares ». A ces deux personnages, on doit une grande partie de l’élaboration du sottisier cathare qui s’est maintenu jusqu’à nos jours, et que nous allons égratigner au passage.

Rahn et Gadal, artisans du mythe.
Antonin Gadal était un ancien instituteur, reconverti dans le secteur tourisitique alors en développement (il a longtemps dirigé l’exploitation des grottes de Lombrives). Otto Rahn était un étudiant allemand, qui avait inscrit une thèse en littérature française, dont le sujet était de trouver l’identité de Kyot, le personnage (sans doute imaginaire) dont Wolfram se serait inspiré pour écrire son Parsifal.
Gadal a le premier élaboré l’hypothèse d’un graal cathare, qui aurait été conservé dans la grotte de Lombrives (en Ariège, près de Monségur). Rahn est enuite venu sur place dès la fin des années 1920 pour collecter des matériaux pour sa thèse et est devenu l’ami de Gadal. Celui-ci lui a fait visiter les lieux, les grottes, etc. Pour Gadal, le graal avait été aux mains des cathares. Il était gardé au fond d’un système de grottes, où les cathares était conduit au terme d’une longue initiation de plusieurs années. Il exposa son système à Rahn. De l’avis des spécialistes de l’affaire, Rahn, remerciant mal l’amitié que lui portait Gadal a tout bonnement pillé les travaux de son mentor. Mais, quant à lui, il situa le siège du Graal à Monségur, l’un des derniers bastions cathares, tombé en 1244.
 
Les preuves du graal occitan (Rahn).

Vous me direz : nous avions laissé le Graal à Monserrat. Comment a-t-il fait pour traverser la frontière et se retrouver à Montségur ? Les pseudo-preuves de cette version sont présente dans l’ouvrage de Rahn, La Cour de Lucifer.
1. les preuves de Rahn reposent principalement sur de fausses étymologies. 
Du moment qu’un mot ressemble à un autre, pour lui, cela suffit à prouver l’identité de deux lieux ou de deux personnages.
Pour Rahn, Wolfram se serait ainspiré d’une chanson de geste de Guyot de Provins (Kyot).
Pour Rahn, Montségur est Monsalvat. Car Mont-ségur signifie le mont sûr, et Mont-salvat le mont sauvé : ce qui suffit à Rahn pour affirmer que le castel ariégeois est le château du Graal…
Rahn essaie également de trouver l’identité des personnages : ainsi, Perceval le chevalier gardien du graal serait Raymond-Roger de Trencavel, vicomte de Carcassonne à l’époque de la croisde des albigeois, au motif que Perce-Val (qui perce la vallée) serait proche de Tranca-val (qui tranche la vallée). Voilà de bien belles preuves, et je vous déjà les linguistes s’effondrer de rire.

2. Rahn ajoute une autre preuve, légendaire. 
Il aurait croisé un berger, qui lui aurait raocnté l’histoire d’Esclarmonde, princesse cathare, dont le tombeau, creusé au flanc du pog de monségur, recèlerait le graal.

3. il spécule sur la nature du Graal.
Et enfin, last but not least, la nature du Graal : c’est bien sûr l’émeraude de Wolfram. Les cathares, contrairement au méchants catholiques, adoraient Lucifer, l’ange déchu.

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Les salades de Rahn.
Ce ramassis de salades est une aberration complère pour qui a ne serait-ce les plus faibles notions de méthode historique. Il est par ailleurs infirmé par tous les historiens sérieux du catharisme.

1. Rahn fait trop d’hypothèses : il invente un troubadour, Guyot ; il invente une chanson de geste attribuée audit Guyot, etc… Donc la folle du logis marche à plein régime. Ces allégations sont d’autant plus spécieuses que l’inexistence de ces choses est aussi indémontable qu leur existence…

2. Rahn commet des erreurs historiques. Ainsi, il confond deux personnages qui ont le nom d’Esclarmonde. Par ailleurs, il associe le graal à Trencavel, alors que celui-ci était vicomte de Carcassonne, et que Montségur appartenait à la famille de Raymonde de Péreille.

3. Rahn commet des erreurs linguistiques. Il dit que Trancavel signifie qui tranche la vallée, comme Perceval, alors que cela signifie « qui tranche bien ». Et Montségur signifie le mont sûr, et non le mont sauvé (prétendue étymologie de Mont-salvat).

4. Rahn est un faussaire qui invente des preuves. Un archéologue, Joseph Mandemant, l’a un jour surpris en train de tracer un faux pentacle dans une spoulga ayant servi d’abri aux cathares. Il lui a d’ailleurs, parait-il, administré une correction magistrale… Ce qui n’était pas volé. La pseudo-légende de la tombe d'Esclarmonde serait également une invention de toutes pièces de Rahn, qui l'aurait placée dans la bouche d'un berger pour faire plus authentique.

5. Les élucubrations sur les cathares adorateurs du démon, de Lucifer sont entièrement fausses, comme l’ont prouvé les historiens du catharisme : les cathares n’adoraient pas le diable, c’éatient juste des chrétiens dualistes.
  
Conclusion sur Rahn.

Donc on a en Rahn un magnifique spécimen de faussaire mêlé de manipulateur, digne de figurer aux côtés de Pierre Plantard de Saint-Clair dans la galerie des mystificateurs de première catégorie (voir notre article sur Rennes-le-Château).

Quel est le mobile du crime ? Rahn cherchait avant tout à s’insérer dans les grâces des nazis ou de leur mouvance. Pour lui, les cathares sont en effet des aryens, adorateurs de Lucifer, figure du Dieu solaire originel. La guerre contre les albigeois aurait vu l’opposition entre les judéo-chrétiens (les barons du nord catholiques) et les aryens cathares. Tout cela sent décidément bien mauvais, et il n’est même pas besoin de réfuter ces chimères racistes. Rahn, par ses idées, devait plaire aux nazis, et c’est ce qui est arrivé, puisqu’il fut un temps engagé dans la Waffen SS.
Nul doute que les élucubrations de Rahn, comme son parcours, ne sont pas pour peu dans l’insertion de Montségur dans la mythologie de certains groupuscules d’extrême-droite. Comme dans des légendes délirantes, comme celle qui assure que les nazis ont trouvé le Graal à Monségur, ou qu’Hitler a survolé le château en avion…

Rahn, immanis pecoris custos, immanior ipse.
 
Le graal templier de Montréal de Sos.
 
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Le délire sur les cathares avait déjà atteint des proportions grandioses avec Otto Rahn. Mais attention,

O When the Templars,
O When the Templars go marchin’ in…

Le loufoque n’est jamais très loin !
Les tenants de la thèse du graal templiers ont concentré leur cogitations non pas sur Monségur mais sur un vieux château de l’Ariège, Montréal de Sos. Ce château aurait appartenu jadis à l’ordre du Temple. L’ordre du Temple y détenait le graal, ramené de terre sainte, et y avait organisé des rituels secrets d’initation (rien que ça…) tels que ceux décrits dans le roman de Chrétien de Troyes : on portait ainsi en procession la lance de longin, le Graal et le tailloir.

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Quelle preuve peut-on avoir de telles affirmations ? Tout simplement, une fresque dans un réduit proche du château, et qui montre une épée, une sorte de longue perche, et un soleil qui représenterait la coupe du graal « vue de dessus ». Toute la fiction des rituels, etc. repose donc sur l’analyse de cette fresque en termes de mythologie du graal.
Or, les archéologues sérieux ont réfuté ces élucubrations.

1. Il n’y a jamais eu de templiers à Montréal de Sos. Le château apparteait aux comtes de Foix, qui l’ont ensuite donné aux hospitaliers. Exit donc la thèse du graal des chevaliers du Temple.

2. l’interprétation de la fresque est singulièrement capillotractée : comment voir une coupe dans un simple cercle ? Et la prétendue lance de Longin n’est en fait qu’une épée. Le symbolisme de cette fresque se rattacherait plutôt à des symboles chrétiens relatifs au récit de la passion du christ, comme ceux qu’on voit sur les croix de la région : l’éponge vinaigrée au bout du bâton, l’épée avec laquelle Pierre a tranché l’oreille du serviteur de Caïphe, les clous de la croix, la couronne d'épines, etc. 
 
Conclusion.

Encore une fois, un motif littéraire s’échappe de la fiction, et investit la réalité. Dans l’affaire de Rennes-le-Château, c’étaient les poncifs des romans de chasse au trésor qui semblaient soudain devenir réels grâce aux faux parchemins du sieur Plantard. Ici, c’est un objet fictif, le graal, qui acquiert consistance et plausibilité, avec des preuves pseudo-historiques. J’espère qu’à côté des idioties et des naïvetés qu’on voit souvent sur le pays cathare sur Internet, ce petit espace de lucidité et d’esprit critique sera autre chose qu’un coup d’épée dans l’eau…
 
Le graal est infiniment respectable en tant que symbole de quête de la connaissance. C'est lorsqu'on ignore sa symbolique, et qu'on essaie de le trouver dans la réalité comme une vugaire babiole qu'on court le risque de franchir la ligne rouge de la mystification et du délire. C'est sans doute ce que voulait dire M. Roquebert, l'un des premiers grands historiens du catharisme, lorsqu'il dédicaçait ainsi un exemplaire de ses Citadelles du vertige

A X., 
l'histoire de ces citadelles du vertige
où 'on cherche toujours quelque graal spirituel
(1969).



Bibliographie. 

Richard Hennig, Les grandes énigmes de l'univers. (sur Montserrat et Montsalvat).
Christian Bernadac, Otto Rahn, du catharisme au nazisme (sur Montségur).
Raimonde Reznikov, Cathares et Templiers. (sur Montréal de Sos).
Michel Roquebert, Les Cathares et le graal.

Sources de l'illustration: 

Le livre de Bernadac et celui de Reznikov.
Gallica. 
Cathares.org www.cathares.org

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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 20:26
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Préambule : le merveilleux vrai, le merveilleux frelaté.
 
J’aime passionnément les légendes anciennes, car elles me révèlent le tréfonds des désirs et des aspirations les plus profondes de l’humanité. En revanche, je déteste le merveilleux frelaté, diffusé à grands renforts d’émission de télévision ou de romans de gare, par des gens dont la culture littéraire ne dépasse pas le Gault-et-Millau. Et je déteste les pseudo-révélations fracassantes de certains spécialistes de « l’histoire secrète » dont les connaissances se limitent au rayon ésotérisme d’une librairie de gare.
 
Oui au merveilleux vrai, non au merveilleux frelaté. Les légendes authentiques du Languedoc, ce sont du Bordeaux servi dans un verre de cristal ; les élucubrations controuvées de certains spécialistes de Rennes-le-Château, c’est une piquette coupée d’antigel et de conservateurs qu’on vous sert dans un verre en plastique.  
 
Si je collectionne avec amour tout ce qui relève du merveilleux vrai, au contraire je taille en pièces toute forme de merveilleux frelaté dès que l’occasion s’en présente. Je traiterai donc aujourd’hui de cette fatidique affaire de Rennes-le-Château, qui est un exemple typique de merveilleux frelaté. J’examinerai d’abord la genèse de la Fable, ensuite les prétendues preuves que l’on a avancées pour la justifier, puis les acteurs de cette manipulation. Enfin, j’évoquerai l’hypothèse la plus vraisemblable quant à la véritable nature de ce trésor de Rennes-le-Château.
 
S’il est possible de tirer un tant soit peu de vérité et de bon sens dans cet amas d’illusions et de chimères, descendons donc dans le Pandemonium des théories oiseuses et le Maelstrom d’encre empoisonnée distillé par des plumitifs en manque de sensationnel. 
 
archéologie de la fable de RLC, en 3 étapes.
 
Les légendes se sont constituées naturellement
selon des conceptions valables et en vertu des apparences,
mais, introduites dans le domaine de la spéculation, elles
se sont développées avec une rigueur implacable,
en transgressant, dans certaines phases, les bornes de la raison.
Baltrušaitis, Aberrations.
 
La fable de Rennes-le-Château appartient selon moi au registre des aberrations. C’est-à-dire des constructions apparemment rationnelles et étayées de preuves, mais qui, lorsqu’on les observe d’un peu plus près que la moyenne des gens, s’écroulent comme un château de cartes.
 
Un fait inexplicable.
 
A l’origine de Rennes-le-Château, il y a un seul fait incontestable : l’abbé Béranger Saunière s’est enrichi au-delà de toute mesure, faisant rénover son église (dans un atroce style sulpicien) et son presbytère (dans un atroce style belle-époque) avec des moyens qui ne cadrent pas du tout avec son traitement de prêtre dans une campagne très pauvre. Cela, on en a des preuves tangibles et irréfutables, qui sont d’ailleurs exposées au musée de RLC, et je ne le nie pas.
 
Première phase de la fabulation : le trésor.
Mais c’est sur cette énigme réelle que les imaginations se mettent à surchauffer. Devant un enrichissement si subit, des hommes du Moyen-âge auraient parlé de pacte avec le diable ou d’épousailles avec une fée gardienne de trésors. Mais le XXe siècle, époque de « science et des progrès », ne peut pas croire à de telles superstitions. C’est pourquoi il va créer une légende tellement plus rationnelle, celle d’un trésor qui aurait été trouvé par l’abbé. Mais même apparemment rationnelle, cela reste une légende.
 
L’histoire prend d’autant mieux dans le coin que les légendes de trésor y pullulent de longue date. Ainsi, on raconte qu’au XVIIe siècle, un berger nommé Ignace Paris aurait trouvé une cache remplie d’or.
 
Selon une information invérifiable, donc sujette à caution, la servante de l’abbé elle-même aurait confirmé l’existence du trésor : « les habitants du canton, aurait-elle dit (ce n’est même pas sûr), marchent sur de l’or sans le savoir ». A ma connaissance, Saunière lui-même n’a fait aucune déclaration sur ce point. La servante parla du trésor, après la mort de l’abbé, à un personnage du nom de Noël Corbu, qui racheta la propriété de Saunière et s’occupa de la servante de l’abbé dans sa vieillesse.
 
Ledit Corbu fut le premier à diffuser à grande échelle l’histoire du trésor de Rennes-le-Château dans les médias dans les années 1950, avec des titres racoleurs et de mauvais goût (le « curé aux Millions »). La presse et la radio, toujours avides de sensationnel, donnent une audience maximale à la version Corbu. Les mauvaises langues diront simplement que Corbu avait voulu faire venir du monde au restaurant qu’il avait ouvert à RLC…
 
Deuxième fable de l'affabulation : les Mérovingiens (Gérard de Sède).
Un trésor est forcément l’émanation d’un ancien roi déchu. Or c’est aux recherches scurpuleuses de Gérard de Sède, auteur d’un esprit critique et d’une science reconnus parmi les historiens, professeur au collège de France (lire tout ceci comme une parfaite antiphrase), que nous devons cette réponse. Ce trésor est celui de Dagobert II, roi Mérovingien qui serait mort dans la région de Rennes.
 
Pour prouver ses dires, Sède donne une preuve massue : deux manuscrits, dont l’un où l’on peut lire la phrase suivante : « A Dagobert II et à Sion est ce trésor et il est la mort ». Ces manuscrits lui étaient communiqués par de mystérieux personnages, sur lesquels il donne peu de renseignements.
 
Troisième étape de l'affabulation.
Sède était déjà enclin à écrire n’importe quoi de vendable, mais il restait néanmoins cartésien dans son délire. Mais attention, ici nous franchissons la ligne rouge de la chimère et de l’aberration la plus totale, lorsque le Christ lui-même est mêlé à toutes ces histoires.
 
1981 voit la publication de l’Enigme sacrée, par H. Lincoln, un journaliste de télévision anglais (toujours un historien professionnel et reconnu). Ils y révèlent que Dagobert II descendait du Christ, et que celui-ci aurait eu des mouflets de Marie-Madeleine, que l’Eglise catholique aurait persécutés. Le trésor cesse donc d’être quelque chose de matériel, pour devenir un secret. Saunière trouve un parchemin indiquant la descendance du Christ en retapant son Eglise, et c’est en « faisant chanter » l’Eglise catholique (comme si c’était facile) qu’il aurait obtenu sa fortune.
Dans un autre ouvrage paru plus tard, le Message, Lincoln affirme que ce secret aurait été connu des « grands esprits » du passé : ainsi Dante, Poussin, et même Jeanne d’Arc (on ne prête qu’aux riches).
 
The Tomb of God.
Là, on frôle le loufoque le plus profond ; cet ouvrage fait passer l’Enigme sacrée pour un parangon de bonne foi, de méthode historique et d’esprit critique. Toujours à partir des parchemins de Sède, Schellenberger, un ingénieur en travaux publics (donc toujours un historien professionnel), foin de ses « caterpillars et autres bulldozers », nous pond cet ouvrage dans lequel il affirme que le Christ lui-même est enterré près de Rennes-le-Château. La preuve : notre ingénieur découvre dans les manuscrits de Sède une figure comportant un hexagramme, qui aurait également figuré dans une miniature médiévale, une carte de l’époque des croisades, les Bergers d’Arcadie de Poussin, et le saint Antoine de Téniers. Ce qui prouve qu’on était au courant depuis belle lurette (je me demande pourquoi il n’a pas essayé aussi de retrouver cette figure sur des étiquettes de boîte de Camembert, ça aurait peut-être marché). 
 
L’élément central chez tous ces auteurs est l’existence d’un organisme secret, le Prieuré de Sion, qui détiendrait les secrets de l’histoire de Rennes-le-Château. Plusieurs fois, le Prieuré aurait communiqué avec les « chercheurs » de RLC, notamment Lincoln, en la personne de Pierre Plantard de Saint-Clair (dont nous allons bientôt voir ce que l’on peut penser).
 
Les preuves.
 
La spéculation se fonde donc sur deux ensembles de preuves :
-d’une part, les parchemins de Sède, leur message crypté et leur « géométrie sacrée » révélée par le génie transcendant des chercheurs de l’affaire.
-d’autre part, les « révélations » de Pierre Plantard de Saint-Clair, et du Prieuré de Sion. 
Puisque tout est parti de là, y compris les spéculations géométriques délirantes de la suite, il convient donc en toute logique, pour mesurer la valeur historique réelle des hypothèses de RLC, de mesurer d’une part le degré de fiabilité des documents, et d’autre part celui des « informateurs ».
 
Les parchemins.
 
Sur les parchemins, deux choses à établir de manière impérative si l’on veut prouver la vérité de l’affaire de RLC
-sont-ils authentiques ? C’est une question de paléographie, discipline historique qui vise à connaître la datation des documents anciens.
-ont-ils réellement été en possession de Béranger Saunière, qui les aurait fait traduire à Paris en 1892 pour ensuite trouver le trésor ?
 
Authenticité : NON.
 
Conclusion d’un expert en paléographie qui les a examinés : « le faussaire a voulu imiter un document du XIIe ou du XIII siècle sans réussir dans sa tentative… » (Descadeillas, p. 71). Franchement, sans même en référer aux spécialistes qui a fait deux heures de paléographie dans sa vie ne peut pas croire que ces documents soient authentiques une seule seconde. Mais heureusement pour les auteurs de RLC, nos contemporains sont plus experts en informatique qu’en paléographie et en histoire, d’où le succès public (heureusement éphémère) de leurs théories.  
  
D'après certaines sources, on connaîtrait même le faussaire qui a produit ses documents: il s'agirait de Philippe de Cherisey, ami de Plantard. Chérisey lui-même aurait exposé son modus operandi pour fabriquer les faux parchemins.

Ont-ils été en possession de Saunière, qui les aurait fait traduire à Paris ? NON
.
 
Saunière, selon les papiers Lobineau, aurait porté les documents à un certain abbé Hoffet pour qu’il les traduise en 1892. Or à cette époque-là, Hoffet n’était pas à Paris (Descadeillas, p. 85). Il n’y a aucune autre preuve que Saunière ait possédé ces manuscrits.
 
Voilà pour les manuscrits. Donc, si les manuscrits sont faux, a fortiori toutes les figures géométrie sacrée qu’on a tenté d’y retrouver s’effondrent comme un château de cartes, et avec elles la thèse des mérovingiens comme celle de la tombe du christ.
 
De toute façon, faut-il être d’une inconcevable naïveté pour croire que l’histoire est pleine de cryptogrammes comme dans un Tintin ou un roman d’Arsène Lupin ? Des gens qui ajoutent foi à de tels bobards font preuve d’une profonde inculture et d’une méconnaissance de l’histoire coupable. Il confondent ou font semblant de confondre, la réalité et la fiction.
 
Pierre Plantard de Saint-Clair et le Prieuré de Sion.
 
Que penser maintenant de cet homme qui a volontairement entretenu l’idée du trésor de Rennes-le-château ? Est-il digne de foi ? Et que penser du fameux Prieuré de Sion ?
 
La thèse de Rennes-le-Château parle d’un complot pour cacher la survivance des mérovingiens, descendance cachée du Christ. C’est P. Plantard qui a lancé le premier l’idée. Or, en avançant de telles thèses, ou en les suggérant à d’autres qui les colporteraient à sa place, Plantard ne fait que suivre une des tendances profondes de sa personnalité, celle d’une ambition politique mal tempérée. En effet, en 1941, il animait une organisation anti-juive et anti-maçonnique (là, ça sent vraiment mauvais), ce dont attesterait un rapport de police d’époque (http://priory-of-sion.com/psp/gap/feb41.html). Comme tout polémiste d’extrême droite de l’époque, il devait donc manier déjà avec aisance les thèmes du complot judéo-maçonnique : or, ce sera bien une théorie du complot qui se trouvera au centre de l’affaire de Rennes (complot contre les Mérovingiens).  
 
Nul besoin d’être historien spécialisé de la deuxième guerre mondiale pour voir chez le Plantard de 1941 un opportunisme bien senti (mais malodorant) en ces temps où Vichy interdit la franc-maçonnerie et fait déporter les Juifs. Ce que confirme le rapport de police le concernant, qui le décrit ce fils d’un valet de chambre, à la charge de sa mère, comme « l’un de ces jeunes gens illuminées et prétentieux, chefs de groupements plus ou moins fictifs, […] et qui profite du mouvement pour la jeunesse pour tenter de se faire prendre en considération par le Gouvernement ».

N’ayant pu faire carrière politique, même sous l’occupation, Plantard en sera réduit, quelques décennies plus tard, à s’imaginer une ascendance mérovingienne et à rêver qu’il est le grand roi dont parle Nostradamus… Ce qui est tout de même plus original de se prendre pour le descendant de Louis XVI ou pour la grand-duchesse Tatiana, si l’on songe à d’autres impostures célèbres du même genre. Pour conclure sur Plantard, on ne peut que citer le mot d’esprit de R. Descadeillas : il ne descend pas des Mérovingiens, il en dégringole. Belle épitaphe.
 
Quant au Prieuré de Sion, qui prétend dater des Templiers, nulle preuve de son existence avant 1956, où il est déclaré comme association 1901 près d’Annemasse.
 
D’où le cercle vicieux à propos des société secrètes : on n’a pas de preuve de leur existence car elles sont secrètes, mais le fait qu’il n’y ait pas de preuves ne parle pas en fonction de leur non existence, etc… Donc un cercle logique sans issue, bien propice aux manipulateurs de tous poils qui veulent mettre en échec l’esprit critique.
 
Mais on peut néanmoins affirmer les choses suivantes sur le compte du prieuré de Sion : des tentatives visant à établir l’existence du trésor de Rennes, dans les années 1970, sont parties de Suisse (cf les émissions de Radio-Genève). Ce serait à Sion, ville de Suisse, et non à Jérusalem, que réfèrerait ce fameux prieuré de Sion, nom par lequel les mystificateurs qui l’ont inventé auraient comme signé leur œuvre.
 
Ces manipulateurs se sont d’abord servis de Gérard de Sède, puis, lorsqu’ils ont vu qu’il passait -à juste titre- pour le dernier des bouffons, ils ont décidé de faire le travail eux-mêmes, sans avoir d’ailleurs plus de succès que Sède. Il fallut attendre l’Enigme sacrée et ses divagations géométriques, donc d’apparence pseudo-scientifique, pour que les gens arrivent à gober le poisson…
 
En fait, il apparaît selon des informations plus récentes que le prieuré de Sion est tout entier l’œuvre de Plantard, qui en aurait déposé les statuts à la préfecture de Haute-savoie en 1956 ; c’est même lui qui aurait déposé les papiers Lobineau, archives prétendues du prieuré, à la Bibliothèque nationale française. C’est du moins ce que prétend l’article de Wikipédia sur Plantard.  [http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Plantard]. Cet article dit aussi que Plantard, ayant causé un esclandre en mentionnant des personnalités politiques françaises parmi les pseudo-membres du Prieuré, dut avouer son imposture en 1993. Mais il faudrait que ces renseignements soient confirmés par d’autres sources.
 
Conclusion : Dan Brown qui se prend pour un grand féministe progressiste devrait vérifier ses sources avant de propager à son insu des thèses élaborées par un folliculaire d’extrême-droite.
 
Quid du trésor alors ? Ou l’énigme de Béranger Saunière.
 
La réponse est simple, et a été déjà donnée par plusieurs auteurs, qui cette fois-ci se sont appuyées sur des preuves concrètes et tangibles. Béranger Saunière n’a pas trouvé un trésor, mais plutôt une poule aux œufs d’or. Il a monté un trafic de fausses messes à l’échelon européen, qu’il faisait payer à des « clients » éloignés géographiquement par mandats postaux, après avoir passé des petites annonces. C’est ainsi que par cette juteuse simonie, il a amassé des sommes d’argent considérables (Descadeillas, p. 45). Il était également expert, paraît-il, pour récolter de l’argent auprès de célébrités, dont la comtesse de Chambord.
Peut-être est-ce Saunière lui-même qui a inventé l’histoire du trésor pour couvrir ses agissements coupables ? On ne le saura jamais sans doute.
 
En tout cas, si Saunière a eu des problèmes avec l’Eglise catholique, ce n’est pas parce qu’il aurait trouvé quelque information scandaleuse à propos du Christ, mais bel et bien parce qu’il avait gravement failli dans son ministère, et risquait de jeter par là même l’opprobre sur l’institution ecclésiale, à une époque difficile des rapports entre l’Eglise et l’Etat en France. D’ailleurs Saunière était un personnage assez encombrant, qui aimait provoquer, notamment en prenant des positions monarchistes en chaire, dans un coin à tendance républicaine. Nul doute à ce que l’on ait été soulagé, en haut lieu, de mettre à l’écart ce trublion à la conduite peu édifiante.  
 
Saunière, loin de l’ésotériste ou du dandy qu’on a parfois vu en lui, semble plutôt avoir été un homme essentiellement pragmatique, prompt à trouver d’habiles expédients pour remplir ses caisses. Son enfance misérable et son affectation dans la paroisse délabrée de Rennes-le-Château lui avaient peut-être donné un appétit de revanche sociale, qu’il a pleinement assouvi par la suite, avec beaucoup d’arrogance. Ce qui n’empêche par ailleurs qu’il ait eu des bons côtés, faisant profiter de sa générosité les gens du village, ou des hôtes de passage, ou dotant telle fille pauvre de son entourage.  
 
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Bilan et chronologie des événements.
 
On peut donc, comme dans tout bon roman de détective, convoquer les suspects et donner la reconstitution hypothétique la plus probable des événements.
 
1899. comme en attestent ses livres de comptes, Béranger Saunière, curé de Rennes-le-château, s’est livré à un important trafic de messes. Pour se couvrir, il laisse (peut-être) déjà courir la rumeur selon laquelle il aurait trouvé un trésor.
 
Saunière meurt en 1914, laissant ses biens à sa servante (qui était sûrement davantage...), Marie Dénarnaud.
 
Années 1940-1950.
Celle-ci, dame âgée et seule, raconte l’histoire à un individu imaginatif du nom de Noël Corbu, peut-être afin qu’il veille sur ses vieux jours. A partir des années 50, pour remplir le restaurant qu’il a ouvert à Rennes, ledit Corbu fait un tapage d’enfer autour de la légende, qui se répand comme une traînée de poudre dans les journaux.
 
A la même époque, les « chasseurs de trésors » commencent leurs déprédations à RLC, à coups de poêle à frire, pelle et pioche, ce qui amènera la commune à interdire les fouilles plus tard.
 
1957.
Une enquête historique sérieuse, menée pendant plus d’un an par René Descadeillas et M. Certain, conclut à l’inexistence du trésor.
 
Années 1960.
C’est à cette époque que certaines personnes subodorent l’occasion d’un canular ou d’une manipulation à grande échelle. Le groupe semble être basé en Suisse. Il contacte Gérard de Sède et lui donne les faux parchemins de Saunière : c’est le début de la fabulation mérovingienne. On fait également déposer à la BnF (Plantard ?)le ramassis d’erreurs historiques et d’ésotérisme de bazar qui sera désormais la Bible des spécialistes de RLC: les « dossiers Lobineau »
 
Années 1970.
Sède est rapidement discrédité ; un certain nombre d’autres auteurs, peut-être liés aux « informateurs » de Sède, se saisissent de l’affaire et tentent à leur tour de prouver l’existence du trésor (ex : Mathieu Paoli en 1973).
 
1971.
Henri Lincoln, journaliste de la BBC, rencontre Sède, fait son interprétation personnelle (géométrique) des faux parchemins, aidé en cela par de nouvelles divagations de Plantard ; il introduit le motif du Christ : ces joyeuses élucubrations feront l’Enigme sacrée (1981).  
 
Années 1990.
C’est en s’aidant des mêmes manuscrits faux et de la même non-méthode géométrique que Lincoln que l’auteur de The Tomb of God s’imagine que le Christ est enterré sous le Mont Cardou…  
En 1993, Plantard est inquiété par la justice et, parait-il, aurait avoué son imposture.
 
Et ainsi ad libitum… ou plutôt ad nauseam, jusqu’au Da Vinci Code. A chaque étape de la chaîne se trouve un individu qui a un mobile différend pour soutenir le mensonge : assurer sa sécurité pour Saunière et sa servante, attirer des clients dans son resto pour Corbu, panser son ego froissé pour Plantard, faire du tirage pour les autres plumitifs. Et à chaque fois la spéculation perd en cohérence et en crédibilité ce qu’elle gagne en complexité délirante. Trouver un trésor, cela arrive parfois ; mais trouver dans le sud de la France la tombe d’un homme mort au Ie siècle en Galilée semble relever de l’impossible pur. 
 
Conclusion : des chimères plus inquiétantes qu’il n’y paraît.
 
Qu’on excuse le ton un peu emporté de cet article, mais je pense avoir aussi donné des preuves tangibles de la fragilité des spéculations autour de RLC. C’est avant tout le cri du cœur de celui qui ne veut pas voir l’histoire et le légendaire de son pays défigurée par des gens qui en ignorent à peu près tout, et sont de plus généralement mal intentionnés.
 
Bien que (ou justement parce que) technologique et scientifique, notre civilisation connaît un déclin certain du sens critique, de la culture humaniste, littéraire et historique, qui laisse l’homme de la rue absolument vulnérable face au premier imposteur venu, qui utilise ses mensonges pour  refaire l’histoire et appeler à la haine contre tel ou tel groupe. La diffusion des Protocoles des sages de Sion est ainsi dans certains pays le fer de lance d’un anti-sémitisme d’état. Chez nous, les ouvrages comme l’Enigme sacrée ou le Da Vinci Code me semblent jouer le même rôle contre le christianisme, semant l’incompréhension et la haine de la différence. Que l’on soit chrétien ou pas, un tel ostracisme à l’égard d’une partie importante de l’humanité pose problème.
 
Ce qui ne laisse pas d’être préoccupant, pour la liberté et l’avenir de notre civilisation.
 
Bibliographie.
 
-René Descadeillais, Mythologie du trésor de Rennes-le-Château (peut-être le seul ouvrage sérieux sur le sujet, écrit par un vrai historien qui connaît la région). Il faudrait réactualiser cet ouvrage en y joignant des preuves contre les autres insanités parues après son impression. 
-L'ouvrage de Jean-Jacques Bédu a l'air intéressant a priori mais je ne l'ai pas lu.
-Sède, Lincoln, Brown et ejusdem farinae : au pilon. Si vous avez été infecté par un ouvrage d’un de ces trois auteurs, lisez immédiatement le seul contre-poison connu à ce jour : le Pendule de Foucault d’Umberto Eco (la fin est totalement ratée, mais quel livre sinon !). Liens 

Liens
Sur le prétendu Prieuré de Sion : http://fr.wikipedia.org/wiki/Prieur%C3%A9_de_Sion


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Post-scriptum (déc. 2009)


Merci de me détester  !
ou
Qui s'y frotte s'y pique...

Certains chercheurs de Rennes-le-château détestent cet article, et je les en remercie. Leur réaction est typiquement celle de croyants choqués dans leur certitude par un point de vue sceptique, qu'ils veulent frapper de nullité en le taxant d'ignorance... Je les plaindrais presque, dans leur aveuglement.

Ah, les chercheurs de Rennes ! Que vous le vouliez ou non, et malgré vos savantes étymologies gréco-hébraïques et sublimes théories sur le gnosticisme, tout repose en définitive sur de vagues légendes, sur des manuscrits falsifiés et une pseudo-société  secrète fondée dans la deuxième moitié du XXe siècle. Ce qui fait peu en guise de preuves, avouez-le. Et je comprends que vous soyez de fort mauvaise humeur quand on vous le rappelle. Vous semblez vous étonner de ce que je m''attaque à ces théories fumeuses : or, elles ont été plusieurs fois réfutées (R. Descadeillas, J.J. Bédu) et je n'ajoute rien de mon propre chef. Et puis qui, ayant son bon sens rassis, peut encore croire à ces histoires de Mérovingiens et de Tombeau du Christ ?Ah, j'oubliais, vous avez bien le droit de "rêver" ! Mais que votre rêve ne contamine pas la réalité.

Allez, sans racune ! Je
vous englobe dans l'amour immodéré car aveugle que j'ai pour le genre humain. Pour vous montrer ma bonne volonté, je vous citerai un de mes auteurs préférés, et qui préconisait en pareils cas " plutôt l'ellébore que la cigüe".
Car, impossible de vous en vouloir, car ainsi que le dit la sagesse des nations,
 
"Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est un plaisir de gourmet!"
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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 10:22
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(Temps couvert sur l'Alaric)

Préambule: du bon usage des légendes de trésors

Les légendes de trésor sont d'autant plus fascinantes qu'elles sont improbables. Certes, lorsqu'on les prend aux premier degré, elles peuvent être particulièrement dangereuses. Ainsi cet ingénieur (méfiez-vous des scientifiques en vacances!) qui manqua faire sauter Montségur à la dynamite pour chercher un prétendu "Trésor des Cathares", alors que ceux-ci s'étaient toujours vanté de ne rien posséder ! Mais lorsqu'on observe les histoires de trésor avec un scepticisme rêveur, il n'y a rien de plus stimulant pour la perspicacité. 

Alors jouons les Arsène Lupins ou les Sherlock Holmes de l'histoire, en nous attaquant à une légende tenace dans l'Aude: le trésor d'Alaric. 

Donc, soyez sûrs que nous ne trouverons rien, mais qu'au moins nous passerons un bon moment. Les acharnés de la poële à frire (détecteur de métaux), les maniaques de la pioche et de la dynamite ne risquent pas de trouver ici de quoi satisfaire leur passion. 

Les éléments récurrents de la légende.
Dans une légende qui suppose beaucoup de variantes, on retrouve un certain nombre d'éléments communs. La roi Alaric II aurait été tué lors des guerres contre les Francs, ce qui est historiquement attesté. Mais ce qui relève de la légende, c'est qu'il aurait été enterré avec ses trésors, quelque part dans l'Aude.

Ces trésors auraient comporté entre autre ceux que son prédécesseur Alaric premier, autre roi des Wisigoths, aurait volés à Rome, c'est-à-dire les trésors que les Romains avaient aux-mêmes subtilisé aux Hébreux (en 70 de notre ère) lors du sac de Jérusalem: le chandelier à sept branches, immortalisé sur l'Arc de Triomphe de Titus à Rome. 

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(Ruines de la chapelle St Michel de Nahuze, sur le Versant sud de la Montagne d'Alaric)

Premières impossibilités (de bon sens).

Il faut déjà faire quelques obervations sans doute, je le crains, bien défavorables à la thèse du trésor.
 
1. si Alaric I a bien pillé Rome selon les historiens, aucun texte ne nous dit qu'il y a récupéré le trésor du Temple de Jérusalem ni le chandelier à 7 branches, ceux-ci ayant pu depuis longtemps avoir été fondus en autre chose, ou dilapidés, ou offerts, etc...

2. On sait qu'Alaric I s'est fait enterrer avec tous ses trésors dans le cours d'une rivière. Or, si Alaric I a bien récupéré le chandelier et les autres trésors su Temple de Jérusalem, il est probable qu'il a voulu se faire enterrer avec eux. et que donc ils ne sont jamais parvenus à Alaric II !
 
3. aucun texte semble indiquer qu'Alaric II était en possession des trésors du temple de Jérusalem. or en bonne histoire, sans document, pas de certitude ! Le reste relève de la pure spéculation. 

Deux versions de la légende.
 

Après avoir vu les invariants de la légende, intéressons-nous maintenant à ses deux version.

La version de la montagne d'Alaric (d'après Gérard Lupin). 

On raconte que le roi Alaric II aurait été assailli par les Francs dans le château de Miramont, qui est encore visible. Une fois mort, il aurait été enterré dans la Montagne, avec tous ses trésors. D'après les traditions locales, ce serait dans une grotte appellée le Trou des Canards (nom singulièrement dénué de noblesse pour une sépulture royale, je vous l'accorde). Selon certains habitants du pays, les Nazis (Anenherbe) auraient d'ailleurs effectué des recherches à cet endroit, en tentant de pomper l'eau que renfermait la cavité. il auraient pour ce faire réquisitionné "toutes les pompes à eau du pays" [sic]. 

Cette version a ses adeptes, mais elle se heurte à deux grosses objections: 

1. le château de Miramont, où Clovis aurait assiégé Alaric selon la légende, remonte seulement au XIe siècle. Soit plusieurs siècles après les Wisigoths ! Certes, on objectera que le château a été reconstruit et que le bâtiment actuel n'est pas celui d'Alaric. Mais cela fait beaucoup d'hypothèses, non ?

2. Alaric II n'a sans doute pas été enterré sur la Montagne d'Alaric, pas plus qu'il n'est mort dans l'Aude. En effet, l'idée qu'Alaric II est mort dans l'Aude, tué par les Francs, est fondée sur une mauvaise localisation de la bataille de Vouillé où Clovis a trouvé la mort. Au XIX siècle, certains historiens audois, en se fondant sur la toponymie locale, et, paraît-il, des découvertes archéologiques, avaient essayé de prouver que la bataille avait eu lieu dans l'Aude.  Aujourd'hui, la plupart des historiens d'accordent pour situer cette bataille près de Poitiers, et aucun du côté de Carcassonne. Dans ce cas, Alaric II et ses trésors ne sauraient être dans l'Aude! 

3. Peut-on réquisitionner toutes les pompes à eau d'un pays??? (Sans commentaire).

La version Saissac. 

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(Le château de Saissac).

Une légende recueillie (et sans doute enjolivée?) par le Jean Lemoine, dans son ouvrage sur le Cabardès, nous raconte que le chandelier à sept branches serait enterré à Saissac, dans l'Aude.

Dans cette Version, Alaric II est bien tué à Vouillé. L'armée wisigothe, poursuivie par les Francs, gagne Toulouse, puis Carcassonne. Une escorte wisigothe, isolée du reste de l'armée, doit se replier sur Saissac (dans la Montagne Noire) où elle entreprit d'enfouir le Trésor. Théodogothe, l'épouse de feu Alaric II, assiste en personne à l'enfouissement du précieux butin. Mais elle tombe alors morte, frappée par la malédiction du trésor. 

Maurice Magre, grand écrivain, mais pas modèle d'esprit critique par ailleurs, ajoutait foi à cette légende et aurait même conseillé au propriétaire du chateau de mener des fouilles. 

Que dire sinon que cette légende est charmante, mais que ce n'est qu'une légende? 

Conclusion. 

Les légendes sont invraisemblables, mais n'est-ce pas pour cela qu'elles sont belles? En lisant l'histoire de la chute de l'Empire romain, de Gibbon, on peut rencontrer d'autres trésors plus mystérieux encore, comme le missorium d'Aétius (un plat en or de dimensions colossales). Les trésors, comme dans les légendes de fées, sont la symbole de l'impossible maîtrise du destin, à laquelle l'homme aspire. N'est-ce pas pour cela que l'on attribue la possession des trésors, et leur perte, aux conquérants et rois du passé, eux qui aspirent à un destin infiniement supérieur à ceux des autres hommes ? En cela, les légendes de trésor sont vraies !

Postface (octobre 2009)
Un de mes premiers articles. A l'époque, je voulais, tel un preux chevalier, pourfendre toutes les fausses légendes de notre sud... Je le conserve malgré ses imperfections trop évidentes !

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