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Le design et les bannières du blog sont une oeuvre originale de Little Shiva. Un grand merci à cette graphiste de niveau international,  pleine de talent et de générosité. Son boulot est splendide.Vous pouvez aussi admirer son oeuvre d'artiste ici.

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A l'instant même,
parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

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Invitation au voyage


Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 14:25

282_shrinked.jpg

 

Epilogue de mes articles sur Bugarach : le lien vers une émission de France 3 Sud qui montre la beauté naturelle de la région et le dynamisme des locaux pour faire vivre un tourisme qui ne soit pas fondé sur l'ésotérisme ou l'irrationnel. 

 

Il y est question en particulier d'une association Salicorne qui m'a l'air fort intéressante et a fait des recherches sérieuses sur l'histoire des rivières salées, dont l'exploitation remonterait aux romains, et celle des verriers locaux.

 

C'est ici !

 

A bientôt, Abellion.

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 08:29

Deux hommes peuvent-ils aimer la même femme ? Ce n'est pas sûr... Ce qui est certain en revanche, c'est que deux hommes peuvent aimer la même région. Et c'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Grand-Sachem la Brocante, un amoureux de l'Ariège comme moi.

 

Après un cordial échange de courriels, ce blogueur généreux me faisait un magnifique cadeau : un texte et des photos décrivant un lieu magnifique que je connaissais pas encore... Alors, si vous voulez découvrir comme moi les étonnants graffiti du solitaire du Mas d'Azil, suivez les pas de notre grand chef sur le chemin de la découverte !

 

image n°1Le site du Mas d'Azil en Ariège est très riche de ses sites préhistoriques. La célèbre grotte et les dolmens (on trouve 11 dolmens au Mas d'Azil et dans les environs proches) sont autant de sites faciles d'accès pour tous, mais encore bien mystérieux .

 

Ce n'est pas l'objet de ces quelques lignes. Nous vous proposons plutôt, si vous avez deux heures devant vous, de faire quelques pas hors des sentiers battus pour profiter d'un point de vue inédit sur la région, mais surtout pour découvrir quelques curiosités du siècle dernier dont tout le monde semble ignorer l'origine.

 

Le départ de la balade

 

Il faut partir du parking situé coté sud de la grotte, en amont de la rivière, où se trouve le point info (photo ci-dessus).  Ensuite, franchissez le petit portail en bois derrière les trois panneaux d'information en métal vert puis atteignez l'autre côté du pré ;  en suivant le fléchage et les balises jaunes, rejoignez la route goudronnée qui contourne la grotte.

 

solitaire mas d'azil (6)
 

Prenez en gauche en suivant la route sur 200 m environ. Passez devant la belle bâtisse de la ferme de « Baudet » et tournez à gauche toujours en suivant les indications, sur un chemin de terre fermé par un portail en bois.

 

solitaire mas d'azil (7)   solitaire mas d'azil (8) 


Attention, c'est au bout de ce chemin qu'il faut quitter le sentier balisé ! Juste avant les quelques marches de pierres, il faut tourner à gauche et descendre dans le talus. On devine encore (hiver 2010) l'ancien poteau qui portait le panneau indicateur. Il a été retiré sans doute car les aménagements du chemin ne sont pas entretenus et parce qu'il s'agit d'un itinéraire glissant avec des passages vertigineux: à réserver donc aux personnes en pleine forme, bien chaussées et équipées de bâtons, et à éviter avec des enfants dissipés !

 

solitaire mas d'azil (9)

 

Il faut donc descendre la forte pente où on devine les restes des marches aménagées il y a quelques années. On arrive ainsi à des rambardes en bois brinquebalantes qui marquent la fin du talus.

 

solitaire mas d'azil (10)  solitaire mas d'azil (11)

 

Le solitaire

 

Encore quelques pas, en suivant les balises jaunes qu'on retrouve assez facilement, et c'est la vue sur « le solitaire »! C'est ainsi qu'on nomme ce sentier taillé dans le roc à 50 m au dessus de la rivière, dont l'origine est encore discutée. Peut-être s'agit-il d'un chemin de ronde datant d'une des époques où la grotte servait de forteresse; peut-être une route pour ceux qui voulaient contourner le village. Il est aussi probable qu'il s'agisse là d'érosion naturelle juste aménagée sommairement par les hommes.

  solitaire mas d'azil (13)

 

Graffitis


Ce qu'omettent de signaler les guides de randonnées qui décrivent cette balade c'est la profusion de graffitis anciens inscrits sur cette paroi. Graffitis, qui à l'époque de leur fraicheur et quand la végétation était moins développée, devaient se voir depuis la route qui mène du village du Mas d'Azil jusqu'à la grotte.

 

On remarque d'abord un poème effacé indéchiffrable mais dont on distingue encore la signature: Fernand ICRES.

 

solitaire mas d'azil (15)


On retrouve un autre poème du même auteur quelques dizaines de mètres plus loin, tracé ici à sa mémoire.

 

solitaire mas d'azil (16)


« En vain le souvenir meurt dans le cœur des hommes ;

Sur le roc, par ces vers, je veux éterniser

Malgré le temps qui fuit et le peu que nous sommes,

Le parfum d’une fleur et l’émoi d’un baiser » 

 

Fernand Icres est un poète né à Bordes sur Arize le 15 novembre 1856; il est mort à Castex le 14 septembre 1888 mais est enterré dans son village natal.  Il est plus connu sous son nom de plume : Fernand Crésy.

 

D'autres graffitis, plus ou moins lisibles s'éparpillent sur la paroi.

  

solitaire mas d'azil (17)

 

Mais la composition la plus spectaculaire est faite de deux ancres de marine entrelacées dans un cadre où sont inscrit trois noms  -Léon VEXANE, BASTIDE François, LEOTARD Fernand- avec une croix sous chaque nom, une date -1907- et les mots suivants : « É DE LA FLOTTE », « DIVISION DE ROCHEFORT ».

 

solitaire mas d'azil  solitaire mas d'azil (1)

 

Le retour

 

Le promeneur qui se satisfait de la vision de ces graffitis anciens peut retourner au parking par le même chemin. Sinon on peut poursuivre, en empruntant les sentiers bordés de buis, en se fiant aux balises jaunes et ainsi passer par un autre niveau de corniche, traverser un petit bois, longer des près...

 

 

solitaire mas d'azil (3)

On admirera au passage une cabane en pierres sèches dissimulée à une vingtaine de mètres à droite du sentier. Il existe un grand nombre de ces constructions en pierre sèche sur le canton.

 

solitaire mas d'azil (5)


On peut revenir par le sentier qui passe près de la ferme de Baudet ou, par beau temps, suivre la boucle du tour de grotte qui ramène au parking en empruntant la corniche sud.

 

Références

http://www.le-mas-dazil.fr/

http://www.histariege.com/

En ballade au Mas d'Azil, Edition SUD IMPRIMERIE 1996 ISBN N°2-910546-04-7 (épuisé)

 

Liens

Le blog de Grand-Sachem, où il fait revivre pour nous les objets oubliés de nos greniers...

Biographie de Fernand Icres

 

 

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 07:20

On croirait cette ancienne église ruinée sortie de quelque roman gothique, si ce n'était la brique méridionale. Perdue dans une région verdoyante, elle aurait selon la légende été le théâtre des exploits de saint Georges, le grand saurochtone (pourfendeur de dragons)...

 

Lecteur, je te convie à la découverte d'un haut lieu légendaire du Tarn. Après avoir évoqué l'ambiance si particulière du Puy et rapporté ses récits, il sera temps pour moi de dire quelques mots de son histoire.

 

Situation

 

puy saint georges (1)

 

Le lieu a tout pour frapper l'imagination, il faut bien en convenir. Dans une région vallonnée et plutôt agricole, le pic se signale par sa hauteur. Un bosquet entoure son sommet et semble soustraire aux regards curieux la vision de cet édifice. Celui-ci dépasse à peine des plus hautes branches.

 

Près du sommet du Puy, le paysage est grandiose, fait de prairies, d'arbres et de rochers désolés.

 

puy saint georges (34)

 

Ambiance

 

puy saint georges (8)

 

Le lieu est à l'abandon. On ne distingue plus que les murs d'une église et d'un petit édifice attenant (le clocher selon toute vraisemblance). Le tout est construit grossièrement de moellons, avec, çà et là, quelques briques (encadrement des portes et des fenêtres, abside et arceaux des voûtes de l'église).

 

puy saint georges (24)

 

 

Le lierre s'accorche aux vieilles pierres, la voûte en cul-de-four de l'abside (ci-dessus) menace ruine. Heureusement, quelques réparations ont été faites pour sauvegarder l'édifice.

 

puy saint georges (27)

Intérieur de l'église vu depuis le chevet

  

Saint-Georges

 

Dans la toponymie, depuis une période indéterminée, ce lieu est associé au célèbre martyr et soldat romain originaire de Palestine (v. 280-303). Faut-il encore raconter son histoire, illustrée par tant de peintres ? Chose frappante, comme souvent, les exploits d'un saint étranger (dans la légende originelle, Saint Georges tue le dragon en Lybie) sont transposés sur place, ajoutant ainsi un chapitre tarnais aux hauts faits du saint !

 

ucello saint georges

Tableau de Paolo Ucello, Source 

 

La légende a été rapportée par L. -C. Tessier dans ses Contes choisis en langue albigeoise (1913). Une bête malfaisante sévissait dans la région de Saussenac. Cornue et griffue, elle était doté de mâchoires effrayantes, dont l'étau brisait le fer. Impardonnable légèreté de sa part, elle s'était mise à dévorer les autochtones. Voici donc que St Georges, appelée à corps et à cris par les autochtones, fait son entrée et monte au sommet du Puy.

 

Là, il voit le monstre près de côté de Caussanel, en train d'épier sa proie, une jeune fille chrétienne qui vivait en recluse. N'écoutant que son courage, le guerrier accourt et enfonce sa lance dans la gueule ouverte du monstre. La pauvre bête se tord de douleur, dégringole jusqu'à Candalou où le saint l'achève à coup d'épée dans le ventre. Suit un autre épisode d'extermination, où l'on revoit le saint du côté du Camarès (Aveyron) abattre la dragonne et ses petits ; je vous fais grâce des détails de cette deuxième boucherie !   

 

Récit d'origine, récit de christianisation

 

Bien sûr, le récit ne s'éloigne guère des traditions légendaires attachées au personnage de Saint-Georges, qui sauve une jeune fille en tuant un dragon. La légende du saint semble avoir été ramenée en occident lors des Croisades, avant d'être écrite dans la Légende dorée. Toutefois, dans la version du Puy-Saint-Georges, plusieurs traits sont intéressants, on peut évoquer quelques pistes de lecture à défaut de conclusions.

 rubens saint georges dragon 2

P. -P. Rubens, Paysage avec St Georges et le Dragon (détail) 1630. Web Gallery of art  

 

Le combat de Saint-Georges et du dragon aurait modelé le paysage : ainsi, on montrait jadis sur le Puy l'empreinte du cheval du saint ; près de Caussanel, la présence de calcaire s'explique par les ossements de dragon; enfin, la dépouille de la bête, jetée dans le Tarn, expliquerait la couleur rouge des eaux lors des crues. Le récit a donc une dimension fondatrice évidente.

 

Le récit semble également lié à l'idée de la christianisation de la région. La jeune fille y est présentée comme une jeune chrétienne nouvellement convertie, détail qui vient s'aditionner à la symbolique du dragon (figure du paganisme, la bête mangeait les chrétiens selon la légende) et à la figure de Saint-Georges, martyr notoire du début du christianisme (son exécution est fixée par la tradition à l'an 303, sous le règne de Dioclétien).

 

Le dolmen de Gouty

 

IMGP9354

 

Le Puy-Saint-Georges semble avoir un caractère sacré depuis fort longtemps, voire la Préhistoire. Au pied du Puy, sur la route de Valdériès à Valence d'Albigeois, on trouve le dolmen du Gouty, avec sa large table et ses deux piliers de schiste veiné de quartz. Une légende est d'ailleurs attachée à ce dolmen : la Vierge, portant des pierres pour la cathédrale d'Albi, et ayant appris que la construction était finie, les a laissé tomber en les groupant en forme de table. Dans une autre version, le bâtisseur en question est Gargantua, qui après son effort est pris d'une soif inextinguible et va boire à la source de Gouty qu'il tarit...

 

Le prieuré

 

puy saint georges (22)

 

L'église actuelle daterait du XIIIe siècle. Elle est acollée à une tour qui, selon l'auteur du Guide du Tarn, serait antérieure à la contruction de l'église. L'épaisseur de la construction et la présence de meutrières laissent supposer que l'édifice a eu un rôle défensif certain, peut-être lors de la Guerre de Cent Ans.  L'ensemble aurait formé jadis un prieuré important, toujours selon Jean Roques.

 

puy saint georges (14)

Vestiges de la tour 

 

D'après le guide Bonneton du Tarn, cette église était sous le vocable de Saint-Barthélemy.On voyait autrefois autour de l'église un cimetière, la dernière inhumation date de 1826 selon l'article de Wikipédia. Le lieu, abandonné à la Révolution, s'effondrait dans l'indifférence générale avant qu'une association vienne préserver ces vestiges.

 

Bref...

Un lieu important dans la légende comme dans l'histoire. Cet article apporte bien peu d'informations, j'espère le récrire prochainement après m'être davantage documenté. Il semble qu'on ne sache pas grand' chose, au final, sur ces murs nimbés de mystère par des siècles d'oubli.  

 

Sources

Collectif, Le Tarn, éditions Bonneton

D. Loddo, Legendas d'Occitània, "Les dragons et les dragonnières".

J. Roques, Guide du Tarn, art. "Saussenac".

L-C Tessier, Contes en langue albigeoise.

B. de Viviès, Guide du Tarn mythologique et merveilleux.

 

Est cité sur Wikipédia cet ouvrage que je n'ai pas consulté :

A. Besombes, Autour du Puy-Saint-Georges, 1989.

 

Liens

Article de Wikipédia sur le Puy-Saint-Georges

 

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 23:30

Je suis frappé ces derniers temps par la fascination que suscite la neige. Elle transforme les paysages, leur confère une noblesse, une unité, un dépouillement qui parlent à beaucoup d'entre nous - dont je suis bien évidemment.

Voici un parcours cavalier du Lauragais aux Pyrénées-Orientales, en passant par la Haute-Vallée de l'Aude. Saint-Papoul, Arfons, Naurouze, Bugarach et Le Canigou seront les jalons de notre balade.  

Saint-Papoul (Aude)

neige 2010 (127)

La palais épiscopal, rêverie néoclassique égarée dans ce coin de Lauragais, dort sagement au fond de son allée, et semble songer aux fastes passés...

Les Cammazes (Tarn)

neige 2010 (84)

Une croix au sucre glace pour les gourmands ? 
Ou bien la majesté d'un oratoire hivernal avec des arbres en guise de piliers ?

Croix de Montalric (Tarn)

neige montagne noire (4)

Hiératique, elle veille sur la route de Dourgne à Arfons... J'apprécie les couleurs franches de cette photo : gris de la pierre, bleu du ciel, blanc de la neige...

Seuil de Naurouze (Aude)

neige 2010 (129)

L'obélisque de Naurouze  indique le lieu du partage des eaux : une partie des eaux du Canal va vers la Méditerrannée, l'autre vers l'Océan. Il fut érigé sous la Restauration sur de gros blocs de poudingue qui ont sucité de multiples légendes, près d'un seuil qui constitue un lieu de passage depuis un temps immémorial. J'en reparlerai prochainement...
Pour le moment, je dirais que j'adore le site, un jour de neige, sous le crépuscule...

Pech de Bugarach (Aude)

IMGP7805


La montagne célèbre de la Haute-Vallée de l'Aude accroche toujours autant les nuages...

Le Canigou (Pyrénées-Orientales)

IMGP7842

La chaîne vue depuis un château des Corbières qui fera bientôt l'objet d'un article...

IMGP7837

Etrange, vu de ce côté on dirait presque le corps d'une femme couchée...

Neige montueuse

neige 2010 (30)

Après l'infiniment grand, l'infiniment petit (ou presque) avec ces montagnes de poudreuses dans mon jardin. Un Himalaya à l'échelle des cirons, sans doute...

Clin d'oeil littéraire

neige montagne noire (151)

Et puis... cela paraîtra sans doute étrange à certains, mais je n'ai pu m'empêcher de poster cette photo, en référence à quelque roman de la table ronde.

Que li sans et la nois ansanble

La fresche color li resanble

Qui est an la face s’amie,

Et panse tant que il s’oblie.


Trois taches de sang sur la neige : quoi de plus poétique ? Un chevalier y verra le vermillon des joues de la femme aimée, un naturaliste, plus prosaïquement, la trace du passage d'un carnivore (j'ai trouvé une touffe de poils roux -de renard sans doute- un peu plus loin).

Une pauvre petite musaraigne frigorifiée est passée devant moi pour se réfugier dans le trou d'une congère...

Bref...
Hélas, sans doute les dernières photos de neige de cette année... On en verra d'autres inédites dans les prochains articles.

Liens
Trois gouttes de sang
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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 11:05

cascade d'enfer (21)

Muret-le-Château (Aveyron), la Cascade d'Enfer (Haute-Garonne), Cupserviès (Aude) et Malamort (Tarn). Quatre magnifiques cascades du Languedoc que je vous invite à découvrir ou redécouvrir pour fêter la nouvelle année...

Muret-le-Château, la cascade moussue 

358.jpg

Près de ce village aveyronnais au riche patrimoine se trouve un beau bassin entouré de mousse. une petite cascade s'y jette, pas très haute, mais si émouvante dans le vert tendre qui tapisse les rochers des alentours...

343

Comparée aux cascades qui suivent, celle-ci a un côté plus humain, moins écrasant. C'est un paysage apaisé et idéal, véritable locus amoenus bucolique...

La Cascade d'Enfer, une chute d'eau vertigineuse

Cette cascade est située dans la vallée du Lys, dans la région de Luchon. De loin, il semble que l'on ne voie qu'une immense colonne d'eau...

cascade d'enfer (13)

En s'approchant, on voit comme des milliers de radicelles aquatiques qui rebondissent sur les rochers...

cascade d'enfer (14)

Faites comme moi l'expérience d'aller au plus près de la chute d'eau. Vous aurez l'impression d'être écrasé, de ne plus être qu'un microbe insignifiant... C'est à peine si toute les gouttes d'eau en suspension dans l'air vous permettent de respirer !

cascade d'enfer (21)

C'est sans doute la plus spectaculaire de toutes.

Cupserviès, entre village et forêts

Cupserviès est un charmant village de la Montagne Noire audoise, isolé dans les forêts, et perché sur un rocher escarpé. Une belle chapelle du premier art roman se trouve dans les environs.

165_shrinked.jpg

Face au village, une superbe cascade de 90 mètres chute entre rochers et arbustes...

155_shrinked.jpg

Malamort, la cascade disparue

Témoignage de la fragilité de la nature,
la cascade disparue de Malamort (près de Durfort-Tarn). Les "nécessités" de l'aménagement hydraulique ont scellé son sort dans les années 1980... Pourtant, on racontait tant de choses à propos d'elles... Que des pécheurs imprudents y avaient perdu la vie. Qu'une jeune damoiselle du temps jadis y avait mis fin à ses jours. Une gravure romantique de Terson de Palleville la dépeint au XIXe siècle (lithographie parue dans les Souvenirs de Sorèze).

terson paleville malamort

Des photos nous restent aussi du début du XXe siècle, bien moins frappantes que la vision romantique du peintre.

malamort-1.jpg malamort-2.jpg 
   


Bref...

Que ces images de nature vous pemettent de bien commencer une nouvelle année, fertile en beautés et découvertes...

Pour en savoir plus
-
Cupserviès
-Cascade de Malamort

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 09:36


Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté. Productivité, esprit mercantile qui fait par exemple remplacer par de vulgaires sapins, sous prétexte que ça rapporte davantage, le noble hêtre qui trône depuis des siècles en haute futaie dans les forêts de la Galaube. Bref je refuse de devenir un animal domestique.

La grande bataille se livre entre sauvage et domestique, entre la nature et l'industrie.

Si on veut me faire accroire que la nature du cheval est de consommer son avoine à l'écurie et de pousser du collier, et non de vagabonder librement par la prairie vierge, je regimbe, je piaffe, je prends le mors aux dents.

L'unité de mesure de l'homme c'est la main, et non son instrument de travail. De mon temps on ne brutalisait pas la terre, à coup d'engrais et de produits chimiques. On ne force pas un champ comme on force le cerf. On ramasait honnêtement ses fruits, avec respect et signe de croix. Cueillir les fruits à la main au lieu de les gauler ou de secouer le prunier leur donne une bien autre innocence et majesté.



Le grand imposteur c'est le mot Progrès : progrès de l'instrument ou de l'homme ?

Les préhistoriques, à la place de la Radio et du Frigidaire, avaient des sens intacts, plus frais et plus vifs et plus pléniers que les nôtres, de jambes plus ingambes, des yeux plus astronomiques, des odorats plus fous. Chaque invention nouvelle nous châtre d'un sens naturel, ou le minimise, ou rapetisse, la boussole nous dérobe le sens de l'orientation, l'écriture ruine la mémoire, l'auto nous estropie...

Nous ne sommes plus qu'une traduction de l'homme, un homme écrit. Que d'organes momifiés, que de nuances perdues !

Source
Préface de Joseph Delteil au Sabot des simples de Jean Michel, Atelier du Gué, 1980.

Liens
Biographie de Delteil

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 07:03


De tout temps, les montagnes ont fasciné... Pour nous, elles représentent la beauté d'une nature préservée. Pour nos ancêtres, elles étaient l'objet de légendes divines ou diaboliques. Dans les Pyrénées, il n'est peut-être pas de sommet qui ait suscité davantage de mythes que le Saint-Barthélémy. Sur ce pic cher aux Ariégeois et Audois, les saints et les pèlerins côtoyaient les démons...   

L'ascension de ce sommet est très agréable par une belle et sereine journée d'octobre. Un chemin pentu conduit jusqu'au pic et au lac du diable. Cette balade sera l'occasion d'évoquer le pèlerinage et les croyances de jadis.  

Situation du pic. Le massif de Tabe
 
 Dans le département de l'Ariège se situe le massif de Tabe. La montagne sépare deux régions ariégeoises bien typées. Au nord, le Pays d'Olmes est connu pour ses industries de laine (on se souvient de la marque "Toison d'Olmes"). Au sud, la région du lordadais, plus agricole, est dominé par le vieux castel de Lordat, refuge des cathares à l'époque du siège de Montségur (1244).

Le Saint-Barthélemy est un des plus hauts sommets du massif du Tabe (2348 m), précédé de peu par le Soularac (2368 m). Géologiquement parlant, le Saint-Barthélemy est en partie composée de talc, matière qui est d'ailleurs extraite au sud du massif, à Luzenac.

L'ascension au pic

Départ du sentier aux Monts-d'Olmes, ou quand votre coeur fait "Mugitusque Boum"

L'ascension se fait facilement depuis les Monts-d'Olmes. On franchit d'abord une zone de prairies, où paissent encore, en ce mois d'octobre, de belles vaches rousses. On laisse un premier lac derrière soi. Suit une zone de prairies de montagne, où coulent de petits ruisseaux qui, de temps en temps, s'épanchent en de petits bassins aux reflets verdâtres.

Un orry

C'est alors que les choses se compliquent... A peine passé devant un orry (cabane de pierre), on entame la montée du col de Girabal, assez raide. La vue est extraordinaire sur le sud et les autres massifs des Pyrénées. Le sommet est tout proche.

Vue du col de Girabal, vers le sud

Une fois le sommet du Saint-Barthélémy dépassé, le pic de Soularac apparaît à l'est. Entre les deux montagnes se trouvent le lac des Truites et le lac du diable.

Le pic de Soularac, vu du Saint-Barthélemy (est)

Un massif mégalithique

Un des indices que la montagne est sacrée depuis des siècles, c'est la présence de monuments mégalithiques à ses abords, dans le Massif de Tabe. Malheureusement, beaucoup d'entre eux semblent avoir disparu. Il y avait au col de la Traoucado une Peyro traoucado ou Roc des sorcières, pierre à cupules. On voyait aussi un cromlech au pied du Soularac, aujourd'hui enseveli.

Toponymie

 Le sacré et le légendaire s'inscrivent dans la toponymie de la montagne : le nom du pic renvoie à l'apôtre Barthélemy vénéré de longue date dans la région, tandis qu'un "lac du diable" évoque bien sûr le seigneur du monde infernal... Une des variantes du nom de la Montagne de Tabe est "Thabor", nom qui désigne dans la Bible le sommet où se déroule la transfiguration du Christ. Dans les sources écrites, le nom de "Thabor" et celui de "Saint-Barthélemy" semblent apparaître au début du XVIIe siècle. Ils sont l'indice de l'empreinte chrétienne que l'on a cherché à laisser sur le massif. Peut-être parce qu'ici comme ailleurs, d'autres croyances, plus anciennes, préexistaient...


Le pèlerinage du 23 et du 24 août

La montagne était l'objet d'un pèlerinage sous l'Ancien Régime, au moins depuis le XVIIe siècle et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle (date donnée par Duhourcau). On gravissait chaque année la montagne depuis les vallées voisines le soir du 23 août, veille de la fête de Saint-Barthélemy. On restait la nuit sur le pic pour assiter au lever du soleil du lendemain. Selon un témoignage du début du XVIIe siècle (Olhagaray), toute la nuit se passait en chansons d'amour fort peu platonique, "chants puants, paroles vilaines et lascives" selon les termes exacts du chroniqueur. On allumait même un feu dans la chapelle ! Jeunes garçons et jeunes filles pouvaient alors s'aimer librement sur les pentes voisines, à la faveur de l'obscurité...

Le commentateurs n'ont pas manqué d'établir une relation entre ces deux aspects du pèlerinage, le lever du soleil et les ébats amoureux. Ils sont parfois allés jusqu'à parler de célébration païenne de la fécondité, de "cultes naturistes solaires" (Duhourcau). La fête de Saint Barthélémy ne serait alors que la christianisation de pratiques remontant à un temps immémorial. Hypothèse séduisante, mais qui mériterait preuves et confirmation.

Certes, l'attente du lever du soleil donne du grain à moudre à l'idée d'un ancien culte christianisé... Toutefois, le pèlerinage au sommet n'est pas attesté avant le XVIIe siècle par les sources écrites : existait-il auparavant sous une autre forme ? On l'ignore... Pour ce qui est d'un prétendu culte de la fécondité, je suis dubitatif. Les pèlerinages étaient l'occasion pour les jeunes gens d'échapper à la vigilance de leurs parents et de rencontrer d'autres jeunes de leur âge, venus d'autres vallées. Il n'est peut-être pas nécessaire de faire l'hypothèse d'un rituel pour expliquer les rencontres de passage... L'histoire répertorie beaucoup de cas de pèlerinages interdits par les autorités ecclésiastiques en raison d'abus de ce genre. Nous nous imaginons les pèlerinages d'autrefois comme des cérémonies guindées, mais c'était aussi des occasions de se rencontrer et de faire la fête, qui n'étaient pas si nombreuses en ce temps-là... 


Une introuvable chapelle

Le lendemain, jour du 24 août, une messe avait lieu sur le sommet. On prétend qu'il y avait là une chapelle dédiée au saint, attestée au XVIIe siècle. Les vestiges sont difficiles, voire impossibles à trouver. P. Bénard, un passionné du pic, a identifié une légère dépression encombrée de rochers, qu'il identifie au sol de la chapelle. Elle est située 30 m au sud-ouest du sommet, à proximité d'un orry. Il est possible que l'édifice ait été très modeste, voire qu'il s'agissait d'un simple autel à ciel ouvert...

Le merveilleux diabolique : le lac du diable

Quittons la compagnie des pèlerins pour celle du Malin... A l'est du pic de Saint-Barthélemy se niche le lac du diable. C'est une petite étendue d'eau, à la surprenante couleur bleu pétrole. Des récits sur ce lieu circulent depuis plusieurs siècles, qui tous se rattachent au légendaire diabolique.

Lac du diable

Le mythe du lac maudit

Du XVIe au XIXe siècle, ce lieu fut considéré comme une sorte de lac maudit. La rumeur supposait qu'il était sans fond, qu'il communiquait avec l'Enfer, qu'il se produisait d'étranges phénomènes quand on agitait son eau. F. de Belleforest, auteur comingeois, écrit dans ses Histoires prodigieuses (1575) que cette croyance provenait d'une propriété du sous-sol.

"Je voudrais demander la cause d'un cas rare advenant en un certain lac qui est en nos monts Pyrénées, dedans lequel si quelqu'un jette une pierre, il ne manquera pas de voir bientôt, après avoir ouï un étrange bouillonnement dedans le creux de cet abîme, des vapeurs et fumées puis des nuages épais, et après l'espace de quelque demi-heure, c'est merveille de tonnerre et éclairs de la pluie qui s'émeut de cette émotion faite en l'eau, qui est cause que le pauvre peuple pense que ce soit une gueule d'enfer, comme ainsi soit qu'on doive acompter cela aux veines du lieu qui sont sulphurées" (cité d'après B. Duhourcau).

D'après Olhagaray (1609), le lieu était évité par les bergers. ceux-ci croyaient que des flammes jaillissaient de l'eau "à la moindre pierre qu'on y jetait"... Enfin, pendant l'été 1840, lors d'une sècheresse, un boulanger aurait jeté un chat dans l'eau ; on prétendit alors que le diable, irrité, fit pleuvoir pendant sept semaines... Olivier de Robert raconte ainsi le bain du malheureux félin :

"Les chats n'aiment pas l'eau, et la bestiole s'est mise à se débattre comme un damné au milieu du lac ! Il griffa l'eau avec tant d'énergie qu'il plut pendant quarante jours ! On était au bord de l'inondation !"

Pauvre bête !


Les lacs du diable dans les mythes pyrénéens

Ces légendes peuvent paraître déroutantes, mais en fait elles sont une constante dans la mythologie pyrénéenne. D'autres légendes de lacs diaboliques existent dans l'Ariège, l'Aude, les Pyrénées-Orientales. On peut citer, parmi les plus célèbres, le lac de Naguiles (près d'Ax-les-Thermes), le lac de Barrenc (près de Rennes-les-Bains) ou les Gorchs de Nohèdes (en Conflent).

Dans la plupart de ces récits, on retrouve les mêmes éléments. Le lac est la demeure du diable -incarné sous la forme d'un bouc ou d'un bélier noir- ou communique avec l'enfer. Lorsque les habitants du pays provoquent le démon en jetant une pierre dans l'eau, ou en essayant d'assécher le lac, le diable les punit. Sa vengeance prend la forme d'un orage, d'une averse ou d'une inondation.

Il est difficile de tracer l'origine de telles légendes. Bien sûr, on peut toujours postuler quelque hypothétique divinité païenne des eaux ou de l'orage dont le diable aurait pris la place. Toutefois, une source beaucoup plus proche de nous dans le temps existe. Ce sont les récits des sabbats de sorcières (XVe-XVIIe siècles). En effet, dans ces textes, le diable apparaît souvent sous la forme du bouc et partage avec les sorcières le pouvoir de déclencher des orages. 

En bref... 

Belles montagnes pour nous, montagnes terribles et sacrées pour nos ancêtres... Plusieurs auteurs ont pensé que le pic était sacré depuis les temps païens, et fut ensuite christianisée. La présence de mégalithes aux alentours, la célébration du soleil à son lever le 24 août semblent arguer en faveur de cette hypothèse. ceci dit, on ne peut affirmer rien de plus de certain. 

Même si on ne saura jamais le fin mot de l'histoire, l'enchantement des légendes et des paysages reste...

Localiser Le Saint-Barthélemy sur la carte interactive

Sources bibliographiques
F. de Belleforest, Histoires prodigieuses (1575).
B. Duhourcau, Guide des pyrénées mystérieuses, art. "Luzenac". 
O. de Marliave, Panthéon pyrénéen, "Diables et démons". 
O. de Robert, Contes et légendes d'Ariège, "L'étang du diable".

Sources électroniques
Ce site très documenté, oeuvre d'un passionné du Saint-Barthélemy, Pierre Bénard. On y trouvera des discussions détaillées des étymologies, des textes et diverses théories sur les origines des légendes du pic.
La belle balade de Geneviève au Saint-Barthélemy: récit et photos
Le Plantaurel et le Saint-Barth': photos et tableaux de Geneviève 

Autres légendes du lac du diable

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 10:00

La croix de Béliou, c'est un lieu superbe et préservé dans les montagnes de Bigorre (Hautes-Pyrénées). Un article de ce blog, il y a un an, en évoquait déjà la beauté et les légendes. Aujourd'hui, je vous propose une promenade dans ces hauteurs, au printemps, alors que la nature s'éveille. Lorsque je m'y suis rendu en mai dernier, les bergers commençaient à amener quelques moutons en estive.
En marche...



Le sentier débute lorsqu'on s'engage dans la route forestière, au-delà des hameaux et des "portes de fer" aménagées par les éleveur. On quitte les vertes prairies pour entrer dans des bois profonds, où l'on croise souvent de beaux cervidés...


Arrivé au col du Couret, on abandonne la voiture, pour s'engager dans un chemin qui monte à travers bois, dans des forêts de sapins. La lumière parcimonieuse ne permet qu'à de simples mousses de pousser.


Dans cette forêt où la lumière est rare, tout devient nourriture pour les mousses et lichens. Les souches des arbres morts se parent, en cette approche du printemps, comme d'une couronne végétale.
 


C'est là que de petites fleurs poussent, posées sur un tronc, comme dans un vase... Nature artiste, qui se plaît à imiter les jardins ? 
 
Les champignons poussent sur les arbres morts ou les arbres vifs; leurs formes boursouflées sont étonnantes.


Au bout d'un moment, on arrive sur les pâturages qui dominent le cortal de la Glère. Ce jour-là, il y a avait déjà des moutons qui venaient en estive, tandis que le chemin était encore encombré par des plaques de neige glacée. Succession des saisons...


Un  peu plus haut, la neige, sur les roches dénudées, semble s'attarder encore un peu, sous un soleil voilé qui point à peine... Le paysage monochrome, quasiment abstrait, est vraiment saisissant.


Toutefois, les rayons de ce soleil printanier sont déjà assez chauds pour faire pousser violettes et jonquilles, assez malmenées par le vent, il est vrai...
 


Puis, on s'enfonce à nouveau dans le noir des bois de sapin. Là, la neige a tenu bon, et prend d'étranges figures, comme si la nature s'était amusée à la sculpter.


Peu après, on arrive au col de Béliou, saluée par une éclaircie...La lumière est assez abondante et fait mal aux yeux. La croix se détache sur un fond de montagnes, où domine le Pic du Midi de Bigorre (2876 m.).  Cette croix est étonnante, certains y voient un autel païen christianisé. D'un côté, un visage énigmatique, de l'autre, un Christ.


Toutefois, quoi qu'il en soit, elle marque le col. Les pierres qui composent son cairn, et les fleurs que l'on voit souvent à son pied, rappellent que tous, promeneurs comme bergers, aiment ce modeste vestige malmené par le froid, la neige, le vent, mais, quoi qu'il en soit, toujours debout. Tout un symbole. J'ai connu cette croix descellée, mais jamais personne n'a osé la voler. Aujourd'hui, elle est solidement arrimée.


Un dernier regard au Pic du Midi de Bigorre et son observatoire...


Le retour s'effectue par les paturages, avec d'étonnantes visions, comme ce rocher coupé en trois, sans doute par le gel... C'est dire la violence des hivers de jadis !

Bref...

Un lieu féérique, propice à l'enchantement de la nature sauvage. J'aime y retourner pour y voir la succession des saisons...
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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 09:16




Dans le Tarn, Lacaune, comme Rome, est entourée de sept monts ou collines. Chacune a plus ou moins sa légende. Le Montalet (1259 m) est (hormis Montgrand et le Rascas) le plus élevé de ces sommets. Diables et géants se disputent cette montagne dans les légendes d’autrefois. Enquête sur un roc et ses mystères…

 

C’est à nouveau aux bons offices de Prométhazine, l’arpenteur de nos montagnes tarnaises, que j’ai eu recours pour illustrer cet article. Et il m’a donné encore davantage de belles photographies que la première fois. Qu’il en soit chaleureusement remercié, cet article lui est dédié.

 

Un peu de géologie…

 

Les monts de Lacaune, comme le Massif Central, sont le produit d’un plissement hercynien (-300 millions d’années). De vieilles roches ont été pliées lors de la formation des Alpes et des Pyrénées, à l’ère tertiaire. Comme trop vieilles pour plier, elles ont parfois cassé...  

Sur cette terre, il fut longtemps difficile de vivre, l’eau, quelques filons miniers et des pâturages constituant la seule richesse. D’où le développement des salaisons de Lacaune, fort réputées.

 

L’ascension du Montalet.

 

Pour monter, il monte… Heureusement, on peut se rafraîchir en cueillant çà et là, à l’automne, des petites mûres sur les ronces omniprésentes.

 

Le rocher des écus.

 

Ici, le diable s’en mêle ! La légende est racontée par Bouisset (1880) et Loddo (2005) d’après un informateur.

 

Le diable transportait un gros sac d’argent, en allant de l’Espagne à l’Auvergne. C’est là qu’il devait donner l’argent, en échange de son âme, à un seigneur désargenté, qui n’avait pas assez de moyens pour faire la guerre… Mais lorsqu’il passa près de Lacune, son sac s’accrocha à une souche et se déchira. Les écus roulèrent sur la pente, ce qui l’énerva au possible. De colère, il frappa le sol avec son pied, et en fit jaillir le Roc des écus, puis s’envola.

 Panorama depuis le sommet du Montalet

On peut voir sur le roc une empreinte : on dit que c’est celle du diable. J’ai en effet vu là-haut, creusée dans le roc, une forme triangulaire qui ressemble, pour qui a tant soit peu d'imagination, à la trace du pied d'une créature fantastique.

 

On raconte que cette légende aurait un fond de vérité. Les consuls de Lacaune auraient trouvé 4000 écus d’or par hasard. Ils se rendirent à Avignon pour demander au pape Clément VI ce qu’il fallait en faire. Celui-ci prit la moitié de la somme, et dit aux habitants de Lacaune d’utiliser la seconde moitié pour bâtir une école. Royal arbitrage, qui prouve une fois de plus que les conseilleurs ne sont pas les payeurs !

 

Le sommet du Montalet, tombe d’un géant ?

 

Quittons donc  ces légendes diaboliques pour nous élever jusqu’au dôme, au sommet de la montagne. Ces grandioses, pâturages ventés et ornés de puissants rochers, expriment une solitude sublime qui porte naturellement à l’imaginaire.

 

Une première légende dit qu’il vivait en ces lieux un géant. Il fut d’abord l’ami d’un autre géant qui habitait à Peyremaux. Ensuite, nul ne sait pourquoi, la guerre éclata. Se saisissant d’énormes quartiers de roc, ils s’ensevelirent mutuellement sous des pluies de pierres. C’est ainsi que furent formés leurs tombeaux, qui sont devenus le roc de Peyremaux et le roc de Montalet.


 

Un sommet sacré.

 

Lieu sacré, le Montalet l’était sans doute depuis longtemps déjà. J’ai lu autrefois que l’on y venait en pèlerinage au XVIIIe siècle, sans me rappeler où… Ce qui est sûr, c’est que les pèlerinages au Montalet remontent avant la révolution. En effet, en 1776, les habitant de St-Victor de Nages demandent à leur évêque le rétablissement d’une ancienne procession qu’ils faisaient jusqu’au Montalet.

 

Mais c’est le XIXe siècle qui a consacré cette réputation en y faisant bâtir une statue monumentale de la Vierge, érigée en mai 1882, à la suite d’une mission organisée par les franciscains de Notre-Dame de la Drèche, et d’une collecte.

 

Cette statue de fonte fut érigée sur un piédestal conique de 10 à 12 mètres. Elle représente la Vierge de la rue du Bac (Paris), qui serait apparue à Catherine Labouré en 1830. On prit pour modèle pour la Vierge du Montalet la statue faite par Bouchardon pour l’église St-Sulpice. La Vierge est représentée sans le Christ, les mains ouvertes et les paumes dirigées vers le bas.

 

En bref…

 

Montagne de légendes et de pèlerinage, le Montalet est aussi, comme ont pu vous le suggérer les photos de Promethazine, un lieu naturel de première beauté. Il faut l’avoir vu !

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 09:19



En Lozère, le Tarn s'engouffre dans les gorges étonnantes. Il baigne des chaos de rochers déchiquetés, aux formes étonnantes. Il semble que les rocs aient été convulsés dans une catastrophe grandiose. C'est d'ailleurs ce que nous raconte la légende de Sainte Enimie et celle du Pas de Soucy.


Légende de Sainte Enimie.

Tout cela se passait aux temps sombre des Mérovigiens. A la cour du roi Clotaire, la princesse Enimie, soeur de Dagobert, était connue pour sa beauté. Mais elle voulait consacrer sa vie aux pauvres et à la religion. Lassée des poursuites de ses prétendants, elle demanda à Dieu de lui ôter sa beauté. Elle devint lépreuse.

Peu après, un ange lui annonça que, pour guérir, elle devait se rendre à la fontaine de la Burle en Gévaudan. Après de longues recherches, elle trouva la source dans la vallée du Tarn. Elle se baigna alors, et se trouva miraculeusement guérie.

Mais par deux fois, alors qu'elle s'éloigne de la fontaine, Enimie est reprise des atteintes de la lèpre. Deux fois, elle se replonge dans la fontaine, est à nouveau guérie. Elle en conclut qu'il lui faut rester en ces lieux, pour se consacrer à Dieu. Elle fait alors construire deux églises et deux monastères. Il est également dit dans la légende qu'elle apprend alors les principes de l'agriculture et de la civilisation aux autochtones.  



Le drac du Pas de Soucy.

Mais le diable, ou plutôt son avatar local, le drac, voyait d'un mauvais oeil l'oeuvre d'Enimie. Le drac était le maître des eaux.  Malgré les monastères tout proches, il gardait son emprise diabolique sur les flots tumultueux des gorges du Tarn. Le jour, il lançait sur les cultures des nuées de corneilles et des nuages d'orage. La nuit, il envoyait renards et chauve-souris, tandis que lui-même venait tenir sa cour diabolique près des habitations humaines, au grand désarroi des habitants... 

En désespoir de cause, Enimie s'adressa au ciel. Il lui fut révélé que, pour avoir la paix, elle devait d'abord vaincre le drac des gorges du Tarn. 


Un matin, elle se lança donc à la poursuite du démon. Celui-ci, fuyant devant la sainte, alla chercher refuge dans les gorges du Tarn, son domaine réservé. Enimie avait du mal à le suivre en ce paysage accidenté... En un éclair, le drac se retourna et mordit Enimie à l'épaule, mais ne put achever la sainte, brûlé par son crucifix.

Saint Ilère, évêque de Mende, qui s'était installé comme ermite dans les Gorges, avait assisté à la scène. Il ordonna aux montagnes, au rochers, aux flots du Tarn de se retourner contre le drac et de lui barrer la route. Le drac fut alors enfoui, avec ses diablotins, sous d'énormes quartiers de rochers ! Le diable lui-même repose toulours sous le plus gros de ces rochers, Roque-Sourde, dit-on...


Un autre rocher, Roque-aiguille, venu du sommet du causse de Sauveterre, s'était avancé au bord des gorges du Tarn, et avait demandé à Roque-Sourde s'il avait besoin d'aide pour tenir le drac. Roque Sourde ayant répondu "non", Roque-Aiguille resta perché en haut de la falaise surplombant les gorges. Il y est toujours...

Contes del drac, ou contes du diable.

Ce combat d'un saint, d'un ange ou d'un paladin contre le drac ou le diable, qui modèle le paysage, est présent dans de nombreux endroits de notre pays d'Oc, et de France. J'en veux pour exemple le roc du diable de Carolles (Normandie), façonné par les coups de Saint-Michel, dont Hélène m'a révélé l'existence dans un de ses commentaires passionnants.  On pense souvent que ce combat du bien contre le mal est le symbole de la christianisation d'un lieu. Voici ce qu'écrit le maire de Carolles (merci Hélène pour la citation):

"Une étonnante brèche ouvrant, dans les falaises de Carolles, un beau nuancier de verts piquetés du jaune des ajoncs et des genêts. Foin des subtilités géologiques ! La légende affirme que la vallée est un témoignage de la lutte éternelle opposant le Bien et le Mal. Au cours d'un combat avec le démon, l'archange saint Michel aurait fendu la falaise d'un coup d'épée terrifiant. Et Satan n'aurait trouvé son salut qu'en se réfugiant derrière le rocher du Sard, appelé aussi rocher du Diable. Une version que la réalité des faits a peine à contredire. Car tout le mérite en revient au Crapeux, ruisseau de quatre sous, dont le nom s'est changé en Lude par souci de poésie, qui a taillé son chemin à travers la roche."


Explications scientifiques de la formation du chaos (d'après le site internet des Gorges du Tarn).

"Les géologues voient dans le¨"Pas de Souci" deux principaux éboulements d'âge très différent. Le plus ancien remonte aux temps préhistoriques. Il aurait été produit par la rupture d'une immense digue naturelle, retenant les eaux du Tarn prisonnières dans le cirque des Baumes. Le dernier au dire d'un grand nombre d'auteurs, aurait été causé par le  tremblement de terre de l'an 580 qui, d'après St Grégoire de Tours, fit tomber d'énormes rochers dans les Pyrénées, et dont la commotion s'étendit aux pays voisins. D'autres éboulements plus ou moins importants, sont dus soit à l'action des eaux, soit aux variations de température."



La carte.

C'est la trois cent trente-et-unième d'une série sur les gorges du Tarn. On y trouve, comme sur beaucoup de cartes postales du début du siècles, un petit poème. C'est un quatrain d'octosyllabes, d'auteur anonyme. Ce qui est étrange, c'est qu'il n'y a aucune indication d'éditeur. Il semble que la carte ait été découpée sur un carton un peu plus grand (du genre "suivez les pointillés")


Le dos de la carte.

Ecrit apparemment par une jeune fille, Paulette, qui vit encore avec sa mère, le texte évoque les dures conditions de vie des femmes au début du XXe siècle (je ne corrige ni l'orthographe ni la ponctuation).



"j'ai fait la lessive toute seule tu parle maman n'a pas le temps je l'ai faite en deux fois dans la lessive jeudi matin j'avais à laver la mienne on était venue me chercher chez Iniquimbert (?) pour leur aider à laver, j'ai voulu laver la mienne avant à 8 heures j'étais à la riviere tu peux croire que ce jour-là j'avais les bras demolis. "



Bref.

Tant de découvertes et de rève dans ces images sépia, mais aussi un aperçu sur le quotidien d'autrefois... j'adore collectionner les cartes postales !

Illustrations.

La statue de Sainte-Enimie est vénérée sur place dans une grotte (du moins était, selon un guide que j'ai datant de 1955).
Le dessin représentant le drac, ainsi que la photo de la statue d'Enimie, sont extraits de cette brochure.

Sainte-Enimie. Les légendes des gorges du Tarn, de R.-M. Fagès, sans doute un ecclésiastique, puisque l'évêque de Mende a dû donner son imprimatur, daté de 1955.

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