Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Chercher Sur Le Blog

Esprit des lieux

Hauts lieux historiques
L'Antiquité
Le Moyen-âge, art roman et gothique
L'époque des cathares, châteaux "cathares"
Sur les chemins de Saint-Jacques
Le XVIe et le XVIIe siècles
Le Canal Royal du Languedoc (Canal du Midi)
Le XVIIIe siècle
Le XIXe siècle
Le XXe siècle

Lieux de pleine nature
La Montagne noire en Languedoc
Montagnes et forêts
Chapelles d'altitude ou maritimes
Bestiaire et herbier (animaux et plantes)

Légendes et contes
Pierres à légendes, bornes, croix
Légendes de fées
Légendes de dracs et de diables
Légendes de géants et d'hommes sauvages
Contes traditionnels

Traditions

Nourritures plus que terrestres

Culte des saints, légende dorée

Métiers de jadis
Aimer en Languedoc
Fêtes traditionnelles
La légende de la mort

Le monde des sorts

Villes et villages
Toulouse belle et mystérieuse
Carcassonne, histoire et traditions
Villages de la Montagne noire
Village du Lauragais
Villages audois

Création contemporaine
Graphisme, sites internet
Sculpture, peinture, bois
Bande dessinée, cinéma, musique

A propos du blog
Tout savoir sur ce blog
Je me présente en quelques mots...
Profil du blog sur Overblog

Divers
Origine des noms de lieux (toponymie)
Album photo des lieux : les photos de lieux superbes
Musée des lieux : des objets étonnants
Petit musée des horreurs
Mystifications et fausses légendes
Symboles anciens

Graphisme

Le design et les bannières du blog sont une oeuvre originale de Little Shiva. Un grand merci à cette graphiste de niveau international,  pleine de talent et de générosité. Son boulot est splendide.Vous pouvez aussi admirer son oeuvre d'artiste ici.

Allées et venues

Viateurs et nautes passés ici


A l'instant même,
parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

Locations of visitors to this page

Invitation au voyage


Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 05:09


Dans l'église de Belbéraud (canton de Montgiscard, tout près de Toulouse-Haute-Garonne), un étrange tableau représente Louis XIV alors qu'il était encore enfant. Comment est-il arrivé dans cette église de village ? Qui l'a peint ?

On peut tenter de répondre à ces questions, à l'aide du remarquable ouvrage de l'AREC consacré au canton de Montgiscard...

Le tableau.

"Une très remarquable toile du milieu du XVIIe siècle, de Jean Chalette et Hilaire Pader son élève, peintres toulousains, ce dernier ayant détenu un domaine à Belbéraud, traite de saint Michel terrassant le dragon, sous les traits de Louis XIV enfant. L'archange vêtu à l'antique saisit la lance et il empale le monstre et de la main gauche le tient enchaîné. Symbole du protestantisme pourchassé par le roi-soleil (classée MH le 5 mars 1951)."

Bref.

Derrière la beauté de l'oeuvre, on sent déjà les menaces qui pèsent sur futur le règne de Louis XIV : la révocation de l'édit de Nantes et l'exil de tant de français protestants, l'envoi au galères de tant d'autres... Il faut aussi se souvenir de cela.

Sources.

J.Gironce et AREC 31, Le canton de Montgiscard, éd. Empreinte, coll "Eglises et chapelles de la Haute-Garonne".

 

 

Repost 0
20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 22:29

 

 Qui songerait qu’il existe, en pleine campagne tarnaise, près de Lempaut, un vrai manoir de féerie ? Forteresse médiévale restaurée à la fin de la Renaissance, il présente sur ses façades un bestiaire fantastique taillé dans la pierre : cariatides, masques grimaçants, satyres ricanants…

 


A la découverte d’une demeure chargée d’histoire, et qui respire encore un air maniériste. Celui d’un univers raffiné et marqué par les ravages de guerres de religion, contemporain du dernier Ronsard, de Shakespeare et d'Agrippa d’Aubigné...

 

A la découverte d'une période où l'art traduisait l'image d'un univers en perpétuel mouvement et métamorphose, entre animé et inanimé, humain, animal et végétal...

La façade.

 

Comme souvent dans le toulousain, elle est de brique : seuls les encadrements des portes et fenêtres sont en pierre sculptée. Les tours massives rappellent la fonction défensive originelle de l’édifice. Elles ont été équipées de bouches à feu, permettant de tirer à l'arquebuse.




Ce qui détonne par rapport à d'autres édifices de la Renaissance, c’est que l’espacement entre le fenêtres est irrégulier, et que la façade principale n’offre pas de principe de symétrie. De même, il n’a aucune cohérence apparente entre les décorations des fenêtres. Fantaisie d’artiste ou nécessité du lieu ? Je n’en sais pas plus.

 


Les fenêtres.

 

Les fenêtres offrent un riche répertoire décoratif.


Les fenêtres des côtés de l’édifice sont les plus simples. Elles n’ont pas de croisées, et reposent sur des consoles ornées d’un visage : ici, une femme et un homme barbu, dans la force de l’âge.

 

-les fenêtres de la façade.


Ce sont des fenêtres à meneaux, dont les croisées de pierres sont richement ornées.

 

Les croisées verticales portent des sortes de cariatides. Dans un style maniériste, ce sont généralement des personnages monstrueux.



Ainsi, on peut remarquer une magnifique représentantion de femme habillée à l’antique, dont le corps finit en une queue de serpent entrelacée d’une sorte de motif végétal. Elle porte sur sa tête un petit chapiteau corinthien (ci-dessous).



Ailleurs, un satyre ricanant et barbu, dénué de bras. Ses pattes de chèvres sont croisés, et il arbore avec impudeur certain avantage anatomique...    

 

Les croisées horizontales présentent elles aussi des ornements très variés. Ils sont parfois végétaux (pignes de pins, ci-dessous), décoratifs (oves et dards), ou animaux (dragons, serpents).  

 

La plus belle des fenêtres sculptées.

 

C’est la plus chargée de tout l’édifice sans doute ; elle est entourée à gauche et à droite de pilastres qui présentent une succession de petits motifs : soleils, lunes, masques, têtes de lion, cartouches.

 

En haut des pilastres, des consoles sont décorées de deux visages barbus.

 

Sur l’entablement, deux petits anges et des rinceaux (motifs végétaux).

 

Sur la croisée verticale, deux cariatides, dont l’une est une sorte d’Hermès féminin : c’est femme sans bras, dont le bas du corps s’engonce dans une gaine, faite d’un motif végétal (ci-dessous).

 

La croisée horizontale présente une frise faite d’oves et de dards, qui se finit de chaque côté par des volutes.

 

Au-dessus de la fenêtre, un fronton en saillie présente un écu dont le motif a été abîmé, mais qui semble représenter un quadrupède. 

 

 

 

La porte.

 

C’est une porte monumentale en plein-cintre, qui rappelle les arts de triomphe antiques. Elle est entourée de pilastres aux chapiteaux corinthiens, dont les feuilles d’acanthe sont délicatement sculptées. Comme sur les fenêtres, l’entrablement est orné de rinceaux et de deux mascarons barbus et grimaçants.


Les inscriptions.


 


Elles sont étonnantes. On lit près de la porte le nom du château : Padiès. Les plus étonnantes, ce sont celles qui mentionnent des prénoms féminins : Vive Annette, Vive Marianne, Vive Lisimène. Ont-elles été gravées là par des soldats, en hommage à des jeunes filles peu farouches du voisinage, ou en souvenir de leurs fiancées ? Le nom de Lisimène pourrait venir d’un roman de Madeleine de Scudéry, mais il est mentionné dans d’autres œuvres littéraires du XVIIe et du XVIIIe siècles. Etait-ce le nom de parnasse (pseudonyme) d’une demoiselle, dame ou courtisane du temps jadis ?



 

Histoire de la demeure.

 

Je n’ai pour l’instant ni une documentation fouillée, ni le temps de faire les recherches alors je vous livre 2-3 éléments grappillés à droite et à gauche.

Le premier château fut construit au XIIIe siècle. Il fut brûlé pendant les guerres de religion et restauré en 1617 (Jean Roques, Guide du Tarn).




D’après le site très bien fait par les propriétaires actuels : durant les guerres de religion la famille de Padiès était catholique, et fut assiégée par les Huguenots du bourg de Puylaurens, tout proche. Le maître du château préféra se faire sauter sur un baril de poudre, plutôt que de se rendre. Sa femme et son fils furent conduits à Puylaurens, où ils devinrent protestants. Ce fut ce fils qui rebâtit Padiès dans sa forme actuelle. Le château resta dans la famille jusqu’au début du XIXe siècle.

 
Padiès aujourd’hui.

 

Magnifiquement restauré par ses propriétaires actuels, le château est au cœur d’un projet paysager, et sert aussi de résidence d’artistes. Je vous engage à faire un tour sur le site officiel, très bien fait, et sur le blog du château.

Encore bravo à ces propriétaires passionnés pour avoir rendu la vie à Padiès ! Leur talent a d'ailleurs été recompensé par un prix, il y a quelques années.

P.S.

Je remercie Elaine Merkus, la propriétaire, pour le gentil commentaire qu'elle a bien voulu laisser sur cet article. Je vous invite à découvrir les propriétaires de Padiès, leur art de vivre et leur projets passionnants sur le reportage que France 3 leur a consacré : cliquez ici pour le voir (une fois sur le site de l'émission, cliquez sur 22 novembre pour accéder à la vidéo). 

Avec eux, Padiès est en passe de devenir un haut lieu culturel.

Dans ce reportage, vous découvrirez aussi Patrick Garrido, le tailleur de pierres qui a restauré les façades de Padiès. Vous aurez aussi un aperçu des beaux intérieurs.

 

Repost 0
2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 22:47


Après avoir rempli quelque formalité administrative, mon amie des Vosges me propose de visiter Neufchâteau, « Et bien oui ! Je ne connais rien de cette ville et ça nous dérouillera les jambes, occupera les enfants ». Nous rentrons dans des petites rues anciennes, les boutiques colorées commencent à se dévoiler au coin du premier croisement.

Mon amie me propose de se renseigner auprès de la mairie sur ce qu’il y a voir et nous revenons sur nos pas afin de prendre un large passage voûté et sombre, les enfants regardent la plaque monument aux morts des deux guerres mondiales puis nous débouchons sur une cour lumineuse et charmante avec des arbustes devant des façades claires et travaillées. Je remarque les belles fenêtres aux cadres sculptés, les fleurs parsemant la façade de couleurs éclatantes. Nous nous dirigeons vers une grande porte voûtée entrouverte quand deux messiers nous interpellent :  "Vous venez voir l’escalier? ". De quoi parlent–ils ? Ils se déplacent de quelques mètres, mon amie entame la conversation en remarquant que l’heure n’est pas idéale (il est près de midi), ils en rient et assurent qu’il n’y a aucun problème, ils ne nous enfermeront pas. C’est donc dans une ignorance totale que nous passons le porche de cette petite porte ouvragée blottie dans un coin de la cour.


 J’aperçois simplement une plaque indiquant que le lieu est classé monument historique ; quelle aubaine ! J’aime les vieilles pierres. Nous entrons. Et là, merveille, nous découvrons un escalier superbe entièrement sculpté en tout lieu.



Oeil de bœuf au dessus de la porte, plafond sculpté avec cette face de faune au milieu de végétaux, Les premières marches sont couverte d’un plafond aux sculptures géométriques, presque celtiques. Au centre de médaillons, des branches d’arbres en fleurs s’alignent, sagement rangées.



 Mais de quand date donc ce lieu ? Je suis enchantée. Un buste imposant trône au bout de l’escalier, qui est- ce ? Jeanne d’Arc ? Nous sommes dans sa région après tout. De grandes fenêtres éclairent ce lieu blanc, grisé par le temps. Je m’interroge sur la date, le XVIe siècle peut être ? Ces sculptures, cette abondance dans la pierre, cela y ressemble. Une ambiance que je crois reconnaitre telle celle vue dans les châteaux de la Loire il y a des années.



Le plafond du petit palier est une explosion de courbes autour d’un motif central fleuri, avec des demi- coquilles, entre saint Jacques et palmettes sur les bords.




L’escalier tourne et s’ouvre sur d’autres marches ; les sculptures du plafond changent encore. Quel foisonnement en si peu d’espace ! Elles conduisent à un autre palier où trônent deux magnifiques portes. Très foncées, entièrement sculptées, elles me renvoient à des images anciennes de l’histoire de France.



Œil de bœuf au dessus, les portes ouvragées de géométrie et de végétaux tout en courbes sont encadrées de demi- colonnes raffinées. J’y retrouve des motifs floraux finement enroulés autour des fûts, branches de quelques plantes orientales (oliviers ?). Des chapiteaux type corinthien, couverts de palmettes éclatent et déploient leurs feuilles de pierre. Une explosion de végétations.



Chaque plafond des volées de marches est orné de sculptures différentes. Je ne me souviens plus de leur ordre d’apparition, impressionnée par la richesse du lieu si discret de l’extérieur.



Il y a des motifs géométriques, quasi celtiques, entrelacs de cercles et droites ou d’ovales et de rectangles, des médaillons avec des bouquets de fleurs en pot s’alignant entre des formes géométriques, ronds encadrés de rectangles…




A l’extérieur, je n’ai pas pu résister à l’envie de photographier la porte d’entrée de cette bâtisse car elle laisse entrevoir les charmes de l’intérieur opulent et raffiné, de cette délicatesse de l’époque où les arts s’inspirent de l’Italie, de Florence. Etant mal voyante et sensible à la lumière, c’est mon amie qui m’a guidée afin de prendre les photos de certains détails inaccessibles à ma vue.



Dans la pénombre du bas, j’ai pu voir les formes générales alors que les détails et les plafonds très éclairés par les grandes fenêtres m’étaient plus flous. Je ne peux donc pas vous en donner une description précise, simplement partager mes sensations sur cet escalier surprenant.



Notes trouvées sur le site de Neufchâteau :

Rue commerçante de Neufchâteau. Au n° 28, l'hôtel de ville occupe un hôtel particulier reconstruit de 1578 à 1594 sur un sous-sol du XVème siècle pour un riche marchand de grains, Jean Mengin de Houdreville : façade décorée, escalier tournant daté de 1594, puits du XVIè s. Dans cette petite ville vosgienne, il y a aussi une très belle place XVIIIe et les ruelles anciennes sont magnifiques.

Fée des Agrumes.



Merci à Fée des Agrumes d'avoir accepté d'écrire ce bel article sur Neufchâteau. Qui ne connaît pas encore cette blogueuse aux talents et intérêts multiples, toujours curieuse de belles rencontres ? C'est un honneur pour ce blog de la publier ! 

Avec cet article, elle nous montre qu'elle est aussi une dénicheuse de lieux secrets.  Elle nous fait  découvrir les merveilles de la Renaissance de sa région, et par le même coup nous profitons de sa plume et de ses photos.

Qu'elle en soit mille fois remerciée !  

Précipitez-vous sur son blog !

Repost 0
27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 22:02

Dans le quartier du Bourg, à Narbonne (Aude), le flâneur peut se retrouver au détour d'une rue ... devant cinq paires de seins de pierre ! 

Il s'agit de l'étonnante maison des trois nourrices. En effet, elle doit son nom aux plantureuses cariatides qui ornent ses fenêtres...

Retour sur une des plus belles demeures de l'Aude !

Un riche passé.

Cette belle bâtisse est située à l'angle de deux rues narbonnaise (Hôtel-Dieu et Edgar Quinet).

De Narbonne, on connaît les splendeurs de l'architecture gothique, celle de la cathédrale et du Palais des Evêques. Mais avec l'hôtel des trois nourrices, on a un témoignage de l'architecture privée de la Renaissance, unique dans cette ville.

Si bien que la beauté et la délicatesse de la décoration peut évoquer les plus belles réalisation des architectes toulousains d'alors, les Bachelier.


Les nourrices ? 

L'appellation usuelle "Maison des trois nourrices" est doublement inexacte.
 
D'abord, il n'y a pas trois figures de femmes, il y en a cinq. Mais on disait "trois nourrices" par analogie avec "l'hotel des trois rois" situé dans le voisinage. 

D'autre part, si le nom de nourrice semble justifié par les attributs féminins, il s'agit plutôt de cariatides, d'un style un peu maniériste qui mélange l'humain (buste de femme) et l'inanimé (colonne ornée de feuillage).

On ne peut s'empêcher, en les voyant, de les comparer aux célèbres statues de la Diane d'Ephèse, également engoncées dans une gaine (ci-contre, Diane d'Ephèse gravée d'après Cl-F. Ménestrier).



Evolution de la maison.
 


  





La maison fut construite, dans un premier état, au XIIe siècle. A l'époque, la maison avait deux corps de bâtiment. Le rez-de-chaussé, percé de grandes portes, abritait des boutiques.

Au XVIe siècle, les étages supérieurs de la construction médiévale sont remplacés par deux nouveaux étages. Le premier étage, réservé à l'habitation et au luxe, se voit orné de deux belles fenêtres. La croisée sud reçoit ses cariatides féminines.


Au-dessus des cariatides, on aperçoit des corbeaux délicatement sculptés, entre lesquels se trouvent des têtes de lions. Dans leurs bouches, des anneaux qui supportent une couronne de fleurs. Exquise beauté et délicatesse de l'art renaissant !


L'ère du déclin.

Hélas, la belle demeure allait connaître des jours moins fastes... Le XVIIIe siècle devait percer des oculi, et bouleverser l'agencement intérieur. Au XIXe siècle, une cheminée néoclassique remplace son ancêtre de la Renaissance...

La carte postale ci-contre témoigne du piètre état de la construction au début du XXe siècle. Un store de guinguois et une fenêtre murée (impôts ?) témoignait du semi-abandon des lieux. On avait même collé une affiche publicitaire sur le mur.

Ce n'est qu'à la fin du XXe siècle que la ville de Narbonne a pu acheter la maison et engager les travaux qui s'imposaient (2005-2006).

Saluons cette belle réalisation, qui vient sauver un fleuron du patrimoine audois !

Goujaterie ou sens de l'humour ?

Cette carte postale est publiée aux éditions B.F. à Châlons-sur-Saone. Elle fut envoyée le 25 avril 1904 à une demoiselle Marie Vincent de Pamiers.

L'auteur, qui est sans doute un homme, a-t-il réfléchi en envoyant cette image de féminité plantureuse à une jeune fille ? Pourtant, on ne plaisantait pas avec cela à l'époque, dame !  

Bref...

Remercions la mairie de Narbonne pour cette magnifique restauration, et aussi pour la publication d'une intéressante brochure dans laquelle j'ai trouvé les éléments de ce petit article, ainsi que les photos et schémas.

 

Repost 0
11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 09:02

Précision : les photographies de l'intérieur du Château ont été retirées à la demande du propriétaire des lieux.



Le château de Ferrières, dont j'ai déjà raconté l'histoire, recèle aussi une cour qui est un véritable bijou de l'architecture renaissante. La Renaissance, époque où les vieux donjons médiévaux étaient transformés en habitations d'agrément... Ici, c'est Guillaume Guillot, le seigneur du lieu, qui fut à l'origine des travaux.

Replongeons-nous dans le charme d'une époque qui redécouvrit l'architecture antique... Evoquons brièvement quelques éléments de l'architecture de cette belle cour.

En gros...

Impossible de ne pas reconnaître au premier coup d'oeil le style de la renaissance. Il charme par la grâce de ses proportions. Le principe général est de donner une dimension identique aux travées, à l'opposée d'une ouverture anarchique des portes et fenêtres. Il s'en dégage une grande impression d'harmonie. et de stabilité.

une autre caractéristique de la Renaissance présente à Ferrière est la succession des ordres des colonnes dans les différentes paliers.

- le rez-de-chaussée présente des colonnes de type dorique (très simples et rectilignes)

- le premier étage représente l'ordre ionique (avec ses chapiteaux dont les extrémités sont comme spiralées)

- le troisième l'ordre corinthien (chapiteaux qui imitent les feuilles d'acanthes).



Les portes.

Deux portes monumentales attirent l'attention au château de Ferrières. Evoquons la plus spectaculaire des deux... 

Cette magnifique porte renaissance copie la forme des arcs de triomphe antique, avec colonnes, frise et tympan.

La frise est la partie située, grosso modo, entre les colonnes et le tympan (partie triangulaire, voir photo ci-contre). Selon les principes de l'architecture romaine, elle fait alterner les triglyphes (ornement géométrique fait de deux parties en relief, avec deux cannelures entre elles), et les métopes, ornements sculptés qui représetent des têtes de boeuf (bucranes) et des rosaces alternativement . On peut voir une frise avec triglyphes et métopes sur la photo de la fenêtre, ci-dessous.

A cheval sur la frise et le tympan, on peut voir des armes

Ces portes monumentales sont du plus bel effet...

Les fenêtres.

Qui ne connaît pas les fameuses fenêtres à meneaux, caractéristiques de la Renaissance (photo ci-dessus)? Leurs deux croisées de pierres sont carctéristiques. Celle-ci est au deuxième étage, et se trouve entourée de pilastres de l'ordre ionique (reconnaissable aux petites volutes des chapiteaux en leur extrémité).

Mais toutes les fenêtres de Ferrières ne sont pas à meneaux. Certaines ont aussi une forme arrondie, qui rappelle celle des portes. Au deuxième étage, dans l'entablement des fenêtres, quelle n'est pas notre surprise de rencontrer... des visages dans des médaillons !


H. de Lestang a pu identifier ainsi ces personnages : Guillot, qui fit recontruire le château, et son épouse, le bon roi François premier, et une femme (Claude de France, épouse de François ? ).

La frise.

Sous le toit, également caractéristique de l'arhitecture renaissante, une frise montrant des végétaux (rinceaux).

Dernière merveille...

  Enfin, autre élément très décoratif, cet étonnant bas-relief situé sous la fenêtre du deuxième étage. Parfaitement symétrique, elle représente deux personnages masculins athlétiques. Ils entourent un médaillon représentant le buste d'un personnage dont l'identité m'échappe.

Bref...

De vieilles photos et de vieux souvenirs... Il doit sans doute y avoir quelques inexactitudes dans mes descriptions, n'hésitez pas à corriger en laissant un commentaire si vous en savez plus. 

Mon but n'est que de vous faire partager cette beauté de Ferrières ! Le château n'étant pas visitable, il faudra se contenter pour le moment de ces simples photos... Je m'excuse pour leur qualité moyenne au passage, ce sont des scans.



Bibliographie (piteuse pour le moment, toute référence supplémentaire est la bienvenue...).

H. de Lestang, Le pays tarnais.
J. Roques, Guide du Tarn.

Autre article sur le château de Ferrières et son histoire étonnante.

Repost 0
24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 22:01


Il existe à Ferrières, dans le Sidobre (non loin de Castres et de Brassac-Tarn) un antique castel. Entouré de tours massives, il dissimule dans sa cour la fragile beauté des sculptures de la Renaissance. Un grand seigneur huguenot vécut en ces lieux  jadis... C'est ici également que les pères de famille faisaient enfermer leurs enfants, à l'aide des fameuses "lettres de cachet".

Retour sur une merveille d'architecture du XVIe siècle, devenue prison d'Etat au XVIIIe siècle...  

Ferrières à la Renaissance.


Il existait un château médiéval à Ferrières, mais celui-ci fut transformée au XVIe siècle, époque des guerres de Religion, opposant calvinistes (huguenots) et catholiques... C'était Guillaume Guillot, un des chefs de guerre huguenots, qui fut, dit-on, à l'origine des travaux.

Guillaume Guillot se fit remarquer par ses actions d'éclat lors des guerres de religion. Par exemple, c'est lui qui prit Soual et rasa ses murailles. Il fit de Ferrières une des places fortes des Réformés dans la région. 


Néanmoins, l'un des descendants de Guillaume devint, tout à l'opposé, le persécuteur des protestans. En 1689, l'assemblée clandestine des protestants du désert, à Saint-Jean del Frech (commune de Lacaze) fut dispersée par les ordres du baron de La Crouzette, Pierre III de Bayard, arrière-petit-fils de Guilhot. Sur les 1200 huguenots présents, une centaine périt sur place...

Visages de femmes.

Après ces visions d'horreur, revenons à la beauté et à la grâce, qui sont aussi dans l'histoire...

Ferrières, de l'extérieur, ressemble à une morne forteresse médiévale, encore aujourd'hui. Plusieurs tours extrêmement solides, de forme cylindique, protègent les angles sensibles de la bâtisse. Mais, quand on s'approche des murailles, quelle n'est pas notre surprise de voir... de très jolies fenêtres à meneaux, parfois partiellement bouchées.

Une fois passée la porte en plein-cintre du château, on arrive dans une cour, et là, c'est l'émerveillement... Trois fenêtres, dans le style de la Renaissance, sont ornées de têtes d'hommes et de femmes. Dans l'entablement des fenêtres, le visiteur ébloui voit apparaître les têtes de Guillaume Guilhot le seigneur du château, sa femme, François premier, et un autre visage de femme non identifié (Claude de France, son épouse ?).



C'est au XVIIIe siècle que le château retrouve une actualité.

Au début du XVIIIe siècle, le château sert de poste royal de surveillance  lors de la révolte des Camisards dans les Cévennes. En 1708, le château est racheté par les Etats du Languedoc, qui en font une prison. Même si les assemblées clandestines des protestants se tenaient encore, il n'était plus question d'emprisonner leurs participants... Les seuls détenus de Ferrières étaient là sur l'ordre du roi. Ordre d'emprisonnement que les familles sollicitaient contre leurs fils un peu trop remuants !  

Déroulement d'une incarcération.

Au XVIIIe siècle, les prisonniers étaient conduits dans la cour d'honneur du château, celle où se trouvent les sculptures Renaissance... Il y avait là le logis du gouverneur, des soldats de la garnison, la cantine, les écuries. Puis ils étaient logés dans des chambres donnant sur la deuxième cour, qui, à l'époque, était un jardin.


Leurs cellules étaient des chambres assez grandes, sommairement meublées, mais point insalubres. On risquait néanmoins le mitard si l'on poussait le bouchon un peu trop loin...
 

Des détenus pas sages du tout...

Les jeunes hommes que leur familles faisaient enfermer à Ferrières étaient des "mauvais sujets": adonnés au jeu, à la boisson, aux femmes, ou même criminels avérés. A Ferrières, ils n'étaient finalement pas plus mal logés que les soldats.

Tout allait pour le mieux, si l'on peut dire, dans la petite prison, lorsque débarqua une fournée particulièrement gratinée de mauvais sujets. Ces galopins prenaient un malin plaisir à faire enrager le gouverneur de la forteresse, M. de Laroque...

Ils s'appelaient Cambon, Andabre, Valette, de Marsa, Castel et St-Clair.

Une évasion en travesti.

Les jeunes hommes fort remuants rivalisaient d'idées pour s'évader du château. Ainsi, Marsa essaya de s'enfuir... en s'habillant en femme ! Un autre tenta de mettre le feu à sa chambre.

Les plaintes.

Loin de s'arrêter là, l'été 1783, les polissons envoyèrent de concert plusieurs plaintes aux autorités contre M. de Laroque, le gouverneur de la prison. L'homme était décrit comme un sadique, comparé à Néron, accusé d'humilier ses prisonniers et de les mettre au mitard à la première occasion... Il les aurait même truandés en leur faisant payer leur nourriture trop cher.

L'un des détenus n'hésita pas à affirmer que Larroque lui avait fait des avances... L'air de la calomnie !  

L'enquête.

Une enquête fut diligentée à la suite des plaintes. Elle conclut à l'innocence de Larroque. 

En fait, le gouverneur avait été débordé par des prisonnier indisciplinés, avec lesquels il avait commencé par être trop indulgent. La garnison du château était également extrêmement corruptible, n'hésitant pas à faire passer des pistolets aux prisonniers ! La vieille servante était fort naïve et le gardien sourd, ce qui n'était certes pas la panacée pour retenir des sujets aussi remuants !

Certains des plaignants ont d'ailleurs rétracté leur accusations contre Laroque durant l'enquête...

Bref.

Beauté et terreur, pages d'histoire tragiques ou amusantes, le château de Ferrières a tout cela.

On ne peut malheureusement pas le visiter pour le moment. Mais faites-en le tour, et allez au très intéressant musée de Protestantisme situé dans le village.

Sources
Jean Roques, Guide du Tarn.
Rémi Cazals, Autour de la Montagne noire au temps de la Révolution.


Autre article sur Ferrières

Repost 0
31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 08:14

 

undefined

 

Actualité de Fludd à notre époque.

Robert Fludd est un philosophe anglais du début du XVIIe siècle. C'est avant tout un polymathe. Ce terme, quelque peu galvaudé aujourd'hui, désignait à l'époque des penseurs pour qui il n'y avait pas de limites entre les différentes branches du savoir, mais une unité organique. La cosmologie, la théologie, la physique ne sont pour Fludd que les aspects d'une seule et même science totale, qu'il a parfois appelée la "philosophie mosaïque". Une telle démarche, si elle est étrangère au scientisme ricanant de certains, est pourtant  attestée dans le passé de notre civilisation, et se trouve au coeur de certaines formes de pensées orientales, dans lesquels certains scientifiques moins intolérants ne dédaignent pas de trouver parfois une source d'inspiration. Pour ma part, je ne m'intéresse pas au système de Fludd pour y adhérer, ni pour fonder une nouvelle religion, mais à simple titre d'expérience intellectuelle, pour voir comment l'homme, confronté à l'énigme de la réalité, a pu tenter de la résoudre en mobilisant toutes les dimensions de son savoir. En cela, Fludd est de toujours notre contemporain.

Ombre et lumière.

Comme tous les penseurs de l'humanité, la question fondamentale de Fludd est en effet: pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien? Fludd répond à cette question par une cosmologie de la lumière. 

Fludd s'inscrit dans la lignée des cosmogonies binaires, où l'univers est créé par l'opposition et la complémentarité de deux principes. Pour d'autres penseurs, ce seront l'amour et la haine, le feu et la glace, etc. Pour Fludd, c'est l'opposition de la lumière, qualité noble et pure, immatérielle, et des ténèbres matérielles qui produit l'univers. Il développe donc une vision du monde spiritualiste avec un principe formel et immatériel, et un principe matériel passif. Mais l'originalité de Fludd est que la lumière et les ténèbres peuvent se mélanger selon une certaine proportion, donnant ainsi naissance au monde physique. Pour Fludd, et cela est troublant, toute chose existante est un composé de lumières et de ténèbres. 

La Cosmogénèse de Fludd (1): présupposés et avertissement. 
undefined
Deux rappels capitaux au lecteur qui ne connaîtrait pas le contexte intellectuel du XVIIe siècle, et pourrait être étonné par ce qui suit:

-Il faut savoir que les hommes du XVIIe siècle concevaient encore le monde comme un ensemble de sphères concentriques, au centre duquel se trouvait la terre (contrairement à l'idée reçue selon laquelle le système de Copernic s'est facilement imposé). Expliquer la cosmogénèse, avant tout c'est expliquer l'existence de ces sphères. 

-Il faut également savoir que pour Fludd toute sagesse est révélée, et qu'à ces yeux des textes comme la Bible ou le Corpus hermétique livrent non seulement un enseignement spirituel, mais aussi les principes du monde physique. C'est donc en se fondant sur le Fiat Lux ("Que la lumière soit") biblique et sur le Pimandre que Fludd explique le rôle fondamental de la lumière dans la cosmogénèse.  

La Cosmogénèse de Fludd (2): les grands principes. 


Au début existe une masse ténèbreuse s'étendant à l'infini, de toute éternité. Ce sont les ténèbres ou l'abysse biblique.
Dans cette masse ténébreuse, une lumière incréée (Dieu) se manifeste. La lumière première apparaît (Fiat lux), se mélange une première fois à la matière, faisant reculer la zone de ténèbres. C'est la première division entre la lumière et les ténèbres, qui donne naissance à la première partie de l'univers, lieu d'un feu éternel, l'empyrée. Puis la lumière fait reculer une seconde fois les ténèbres, tout en se mélangeant un peu plus à elles; c'ets ainsi que naît la sphère de l'Ether, emboîtée dans celle de l'Empyrée. Dans un dernier effort, la lumière fait reculer une dernière fois la masse ténébreuse, de plus en plus compacte et opaque: en se mêlant ainsi aux ténèbres une troisième fois, elle donne naissance aux 3 éléments: feu, air, eau. Le reste des ténèbres, à laquelle la lumière n'a pas pu se mélanger, forme la terre, située pour Fludd au centre de notre univers.  

La terre est donc un agrégat de ténèbres et de matière inorganisée, rebelle à l'action de la lumière, et pour notre malheur c'est là que nous nous trouvons : ceci dit pour contester l'idée, chère aux vulgarisateurs de pacotille, selon laquelle poser la terre au centre de l'univers  est faire preuve d'un optimisme béat.Néanmoins, une partie de lumière s'est trouvée prisonnière du corps terrestre. Cette lumière est ensuite réaspirée, par une sorte de force d'attraction magnétique, vers la sphère éthérée où elle formera le soleil.

On a donc, pour récapituler, une structure de l'univers en sphères concentriques, nées du mélange de lumière et de ténèbres en différentes proportions selon le schéma suivant, de l'extérieur à l'intérieur de l'univers : 

1. Lumière incréée de la divinité.
2. Lumière première: Empyrée-fait d'un mélange d'1/4 de ténèbres et de 3/4 de lumière. 
3. Lumière secondaire: Ether-fait d'un mélange de 2/4de ténèbres et de 2/4 de lumière. 
4. Lumière tertiaire: Sphère élémentaire-faite d'un mélange de 1/4 de lumière et de 3/4 de ténèbres. 
5. Ténèbres: Terre-résidu des ténèbres originelles (4/4 de ténèbres!).

La lumière première de l'empyrée, l'âme du monde. 

La lumière de Fludd, qui joue un rôle cosmogonique si important, n'est pas la lumière morte des aristotéliciens. C'est un feu vivant, une substance qui crée la vie. Ici Fludd reprend l'idée très ancienne du Timée de Platon et du corpus hermétique: le monde est un être vivant, qui comme tout être vivant a un corps et une âme. Cette âme du monde est connue dans les écrits zoroastriens sous le nom d'Hécate, et parfois figurée par une jeune fille, selon un symbolisme que reprend Fludd. 
Cette âme pour Fludd, c'est la lumière première de l'empyrée, dont le feu subtil et presque immatériel pénètre toutes les autres sphères pour leur distribuer la lumière créatrice de vie.C'est entre autres elle qui fait mouvoir les sphères astrales, expliquant ainsi la cause des mouvements célestes. Cette lumière première, mêlée à la matière terrestre, donne ensuite naissance aux êtres vivants et à l'homme, dont nous allons maintenant dire un mot. 

Microcosme et macrocosme: la théorie de l'homme de Fludd. 

Ceci permet de faire une transition avec un autre aspect important de la pensée de Fludd, la théorie de l'homme. Là aussi, Fludd se réfère au Timée et aux écrits hermétiques: l'homme est un modèle réduit (microcosme) de l'univers (macrocosme). C'est-à-dire que, de même que l'univers physique dans son ensemble, l'être humain sera un composé de lumières et de ténèbres. 

Se référant à une division canonique chez les néoplatoniciens, Fludd nous dit que l'homme est composé d'un intellect, d'une âme rationnelle, d'une âme irrationelle et d'un corps. Les deux extrêmes, l'intellect et le corps, correpondent, comme dans le macrocosme à la lumière pure et aux ténèbres pures. L'intellect humain est en effet pour Fludd la présence de la lumière incréée de la divnité dans l'homme, selon une tradition qui remonte au néoplatonisme antique, en passant par la mystique rhénane. Le corps est au contraire un composé transitoire des 4 éléments (autre thème néoplatonicien). Pour faire la jonction entre cette lumière pure et ce corps composite, qui sont totalement étrangers l'un à l'autre, Fludd place trois instances intermédiaires: l'âme rationnelle, l'âme sensible et l'âme végétative. La première, plus proche de l'intellect dont elle reçoit la lumière, correspond au capacités réflexives, tandis que la seconde assure la sensation, la troisième étant dévolue aux fonctions végétatives et reproductives de l'organisme. 

On a donc dans le microcosme une structure analogue à celle du macrocosme: 

1. Lumière pure: intellect (présence de la divinité dans l'âme humaine).
2. Lumière créée 1: âme rationnelle, qui correpond au cerveau. 
3. Lumière créée 2: âme végétative, qui correpond à la zone du coeur. 
4. Lumière créée 3 (feu): vertu générative, qui correpond aux "parties sacrées" des Grecs. 
5. Corps (ténèbres)

On peut ainsi dresser l'analogie suivante entre l'homme et l'univers :

1. Lumière divine-Intellect. 2. Empyrée-âme rationnelle. 3. Ether-âme végétative. 4. Sphère du feu-capacités reproductives. 5. Terre-Corps.

La Théosophie de la lumière. 

On a donc vu la richesse du système de Fludd qui, brassant des données traditionnelles et philosophiques avec une spéculation personnelle, arrive à expliquer l'univers et l'homme par l'union des ténèbres et de la lumière. Maintenant, la pensée de Fludd s'élève aussi jusqu'au divin, notamment à travers des références à la Bible et à Cabale chrétienne. 

Dieu est pour Fludd un être double, qui peut donner la vie, mais aussi la reprendre. Ces deux tendances sont appelées respectivement la Volonté et la Nolonté (non-volonté). La première représente l'aspect bienveillant et lumineux du divin (aleph lumineux), la seconde son aspect ténébreux (ou aleph ténébreux). Ces deux aspects contradictoires sont assimilés également, dans une intuition (pré-nietzchéenne?) à Apollon et Dionysos.

A l'origine, avant la création du monde, Dieu est une pure ténèbre inconnaissable, qui limite en lui-même son omnipotence sans rien créér. C'est ce que les Caballistes appelent Ain Soph, divinité inconnaissable. Puis, lors de la création du monde, il se manifeste comme la lumière immatérielle (Fiat lux), dont on a vu qu'elle a créé le monde. Cette manifestation lumineuse est assimilée par Fludd au Verbe, deuxième personne de la divinité chrétienne. Du mélange du Verbe avec la matière naît le feu de l'Esprit, qui lui-même crée le monde physique. 

Ce mystère est contenu dans les quatre lettres du nom de Dieu (tétragramme YHWH): Yod est le père caché, He le Verbe, Vau l'esprit et le deuxième He le monde. Bien sûr, une théologie aussi peu orthodoxe ne pouvait que faire encourir à Fludd la colère de Mersenne.

Conclusion. 

Ce bref aperçu d'une pensée foisonnante de Fludd nous permet de voir que la métaphysique de la lumière n'est pas le propre du Moyen-âge en occident, comme on le croit trop souvent, mais qu'elle a encore connu de belles heures au XVIIe siècle. Composant des sources néoplatoniciennes, hermétiques, bibliques et patristiques, le système de Fludd est néanmoins une construction originale et audacieuse, qui vise à expliquer tous les aspects de la réalité, le monde, l'homme, la divinité,  par l'intersection de l'ombre et de la lumière. 

Bien sûr, le mécanisme, avec sa nouvelle cosmologie matérialiste et son interprétation matérielle du phénomène lumineux, a balayé dès les années 1630 les édifices spiritualistes précaires et syncrétiques comme le système de Fludd. Il n'en reste pas moins que ce dernier constitue une étonnant figure de médiateur entre la Renaissance et les temps modernes. Et après tout, l'idée d'une lumière-énergie qui crée le monde, est-elle si éloignée que cela du Big Bang des physiciens modernes ?

Post-scriptum (octobre 2009)
Un de mes premiers articles. Il date de l'époque où ce blog s'appelait "Cabinet de curiosités éclectiques", époque qui lui a légué son adresse internet "polymathe.overblog". En effet, avant de se concentrer sur la Pays cathare, ce blog s'intéressait aux polymathes, savants encyclopédiques de la renaissance et du début du XVIIe siècle. C'est ainsi qu'après l'article sur Fludd, on aurait eu droit à un texte sur Athanase Kircher... Depuis, le blog a pris une orientation radicalement différente. Je n'ose toutefois supprimer cet article, cela fait partie de l'histoire du blog...

Repost 0
Lieux secrets du Pays Cathare - dans Lieux XVIe-XVIIe siècle
commenter cet article