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Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
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"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 06:43

Eurosix, internaute héraultais, nous fait part de ses souvenirs de l'année 1944. Voici donc la Libération à Béziers et à Montolieu, vue à travers les yeux de celui qui avait alors douze ans. C'est un beau témoignage sur la cette époque, où l'on croise aussi les hommes du Corps Franc de la Montagne Noire...

Souvenirs, Souvenirs…

  

Après la maternelle et le primaire, voici le secondaire. Cette rentrée des classes a changé mes habitudes. Au lieu d’un instituteur, j’allais avoir ‘’des’’ professeurs ! Au mois d’octobre 1944, juste avant mes 12 ans car je suis né en décembre 1932, je rentrais en 6ème dans un pensionnat de Béziers, le P.I.C. Dans cet établissement, il y avait plusieurs classes de 6ème, vu le grand nombre d’élèves. La mienne, un peu à l’écart des autres car dans un bâtiment différent, avait un avantage : la cloche qui sonnait les récréations, la rentrée ou la sortie des cours, se trouvait accrochée sur son mur, juste à côté de la porte d’entrée. Nous ne risquions pas de l’ignorer dès qu’elle s’agitait. La guerre, qui avait commencé en septembre 1939 ne représentait pas encore pour nous un événement. Seulement, nous n’allions pas tarder à déchanter. Ce pensionnat étant religieux, nous étions programmés pour faire notre communion solennelle dans le courant du mois de mai. Le sort allait en décider autrement. 

1944

La France n’était pas entièrement envahie car les troupes allemandes n’en occupaient que la moitié. Le Midi avait la ‘’chance’’ d’être libre ou, du moins, le voyions-nous sous cet angle malgré les restrictions qui, elles, étaient bien réelles. Fin 1943 ou début 1944, les Allemands, craignant un débarquement des troupes alliées sur les côtes méditerranéennes, franchirent la ligne de démarcation qui coupait la France en deux et le Midi se trouva à son tour occupé. La présence de l’armée allemande changea rapidement notre façon de vivre. Là, se situe une anecdote qui m’a marqué.
  


Mes parents, n’ayant qu’un fils unique, donc un successeur, avaient créé leur entreprise, une teinturerie, juste avant le début de la guerre : un magasin en haut d’une avenue qui arrivait au centre ville et une ‘’usine’’ un peu plus bas dans un boulevard perpendiculaire. Le magasin était tenu par une commise, ma Mère dirigeant les repasseuses à l’usine où mon Père s’occupait des nettoyages et des teintures. A cette époque, on teignait souvent des vêtements et des coupons de tissu.

Un officier allemand à la teinturerie
 

Un jour du mois de juin, ma Mère, qui se trouvait au magasin, vit entrer un officier allemand qui venait tout droit de l’immeuble d'en face où se trouvait le siège de la Gestapo, police politique de l’Allemagne nazie, instrument le plus redoutable du régime hitlérien. Etant en vacances d’été, je me trouvais là par hasard. Cet officier voulait parler au patron et ma Mère, pas très rassurée, lui expliqua qu’il se tenait toujours à l’usine de teinturerie. Il demanda où elle se trouvait et, m’apercevant, me dit de le conduire jusque là. Ma Mère pâlit mais ne put s’y opposer tandis que moi, insouciant, j’acceptais avec toutefois un petit pincement au cœur car je redoutais la réaction de mon Père. Il faut savoir qu’il avait perdu trois frères à la précédente guerre et qu’il ne portait pas les allemands dans son cœur. 

  

Durant le trajet, je n’ai répondu que très brièvement aux questions que me posait l’officier. Je ne savais pas que ma Mère avait prévenu mon Père par téléphone de cette visite et je fus tout surpris de le voir nous attendre sur le trottoir devant l’entrée. Sans lui demander s’il pouvait le faire, l’officier lui apprit qu’il allait recevoir des coupons de tissu et qu’il devrait les teindre dans la couleur adéquate. L’auteur de mes jours lui rétorqua qu’il ne pouvait pas par manque de charbon, la chaudière qui fournissait la vapeur marchant encore avec ce combustible. Mon Père pensait ainsi clore la discussion. Il se trompait. L’officier lui dit qu’il recevrait 2 tonnes de charbon sous quarante-huit heures et qu’il devrait se mettre au travail immédiatement. Il fut donc obligé d’accepter. En revenant au magasin, toujours en compagnie de l’officier allemand, celui-ci me dit que mon Père n’aimait pas les Allemands. Je lui expliquais alors que trois de ses frères étaient morts à la précédente guerre et qu’il ne fallait pas lui en vouloir. L’affaire en resta là. Par ailleurs, le travail effectué, il restait à mon Père suffisamment de charbon pour travailler au moins trois mois sans en commander !

 
Bombardements alliés
 
Mais revenons à nos moutons. Un matin du début de mars 1944, le directeur du Pensionnat nous réunit dans la grande salle qui servait de réfectoire aux pensionnaires et nous expliqua que le P.I.C. allait fermer ses portes fin mars, étant réquisitionné pour servir de caserne à l’armée allemande. Pour marquer cette fermeture, il nous avertit que la communion solennelle aurait lieu exceptionnellement le 25 mars. Tout se passa comme prévu mais mes Parents, plus inquiets de jour en jour, voulurent trouver une solution pour m’éloigner de Béziers. En effet, le nœud ferroviaire venait d’être bombardé par les Américains et ceux-ci, trompés par le vent qui déplaçait la fumée noire du bombardement, lâchèrent quelques bombes sur les habitations environnantes, c'est-à-dire à environ cinq à six cents mètres de notre maison. Il y eut des morts parmi les habitants.

Départ pour la Montagne Noire

Ce fut ma Grand-mère maternelle qui trouva la solution. Elle vivait avec nous et avait, dans un petit village de la Montagne Noire, Montolieu, une cousine éloignée à qui elle écrivit pour lui demander si elle pouvait nous héberger, ma Grand-mère, moi et ma cousine, fille de la sœur de ma Mère, qui avait mon âge, 12 ans. Nous avions entendu parler de ces parents éloignés mais, pour ma cousine et moi, la Montagne Noire et Montolieu nous semblaient le bout du monde. La réponse affirmative nous parvint par retour de courrier.

  

Cette famille accueillante était composée comme la notre : Grand-père, Grand-mère, Fils, Fille et Petit-fils. Ces trois derniers nous laissèrent leur maison de quatre pièces, presque à la sortie du village, à environ 500 mètres, en haut de la route qui le traversait et qui menait, en grimpant, à Saint-Denis. Ils allèrent vivre chez leurs parents en nous laissant leurs meubles, chambre et cuisine. La maison dominait directement la rivière, la Dure, qui passait au bord de Montolieu situé sur sa rive droite. De l’autre côté, mais nous ne la voyons pas de la maison, l’Alzeau, autre rivière, bordait aussi le village. Celui-ci était calme et semblait, à mon humble avis de 12 ans, en dehors de la guerre.

Débuts à l'école de Montolieu

Une fois installés, ce qui fut vite fait, nos parents nous inscrivirent à l’école. Ma cousine et moi étions donc en première année du cycle secondaire mais là, point de collège ! C’est à l’école primaire de garçons pour moi et de filles pour ma cousine que nous avons repris nos études. En plus, nous avons pris des cours de latin avec le Curé de Montolieu et d’anglais avec une vieille demoiselle d’origine polonaise, une heure par semaine seulement pour chacune des matières mais c’était seulement pour ne pas perdre ce que nous avions commencé d’apprendre. Avec l’insouciance de notre âge, les cours de latin se transformèrent vite en récréation car le Curé était un peu sourd et, quand il nous reprenait sur une faute, nous affirmions, avec la plus mauvaise foi, que nous avions bien répondu, ce qu’il admettait volontiers en s’excusant !

Quant à la guerre, personne ne nous en parlait sauf en latin, mais il s’agissait de la Guerre des Gaules par le fameux ‘’Jules’’ qui avait enfin battu notre Vercingétorix ! Je crois que le Curé n’aimait pas trop les Italiens car il nous raconta l’histoire d’un certain chef gaulois, Brennus, qui avait conquis Rome jadis. Je sais maintenant que ce Brennus avait triché en se servant de faux poids pour peser la rançon d’or qu’il réclamait et que, devant les réclamations des Romains il avait ajouté son épée dans la balance en leur disant ‘’Malheur aux vaincus !’’ Monsieur le Curé avait alors péché par omission car, à l’époque, il s’était abstenu de nous en parler, peut-être parce que la France était, pour le moment, vaincue elle aussi !

 


Notre vie de jeunes de 12 ans n’était pas désagréable. Il y avait, bien sûr, les ‘’cartes d’alimentation’’ avec leurs tickets spécifiques pour la nourriture, comme partout ailleurs, mais les restrictions, dans cette Montagne Noire, étaient loin d’égaler celle des villes. En fait, nous ne manquions de rien, du moins c’était notre impression. Ah, si ! Nos chaussures montantes avaient une semelle de bois très épaisse mais nous nous y sommes habitués rapidement. Nous avions des copains et copines grâce à l’école et l’avenir nous semblait serein. Nous avons vite déchanté.

Le maquis
 

Nous avons appris rapidement que certains hommes ne vivaient pas dans le village et qu’ils étaient au maquis ! Bien entendu, nous ne savions pas de quoi il s’agissait mais nos copains se chargèrent de nous mettre au courant. Il s’agissait d’un secret dont nous ne parlions qu’entre nous. Les maquisards du village  ne se cachaient pas quand ils venaient voir leur famille ou qu’ils passaient en traversant le village avec des voitures ‘’traction avant’’ qui portaient sur leurs portières les lettres F.F.I. peintes en blanc. Cela arrivait quelques fois mais pas trop souvent. Un jour, pourtant, ce fut un bataillon de l’armée allemande qui investit Montolieu et décréta le couvre-feu ! Qu’arrivait-il ? Le village était-il devenu si important pour être occupé ?

A chacune des entrées, au sud vers Carcassonne, au nord vers Saint-Denis et à l’est vers Saissac, furent installés des barrages avec nids de mitrailleuses. Cependant, les enfants comme nous passaient et repassaient sans être inquiétés. Seuls, les adultes devaient montrer leurs papiers. Cette période dura une quinzaine de jours et, bien entendu, aucun F.F.I. ne se montra. Un matin, plus aucun Allemand dans le village ! Le bataillon était reparti comme il était venu, sans avertir !  Quelques jours plus tard, les F.F.I. se montrèrent de nouveau et deux ou trois semaines après, les Allemands étaient de retour. Ce va-et-vient se produisit quatre ou cinq fois puis plus jamais. A notre niveau, nous n’avons pas compris pourquoi. 

Double communion
 

Au début de notre arrivée à Montolieu, le fait de prendre des cours de latin avec Monsieur le Curé m’a obligé de suivre également le catéchisme comme les garçons de mon âge qui préparaient leur communion solennelle. Le problème, c’est que, contrairement aux autres, je l’avais déjà faite. Lorsque j’en ai fait part à Monsieur le Curé, il est devenu encore plus sourd qu’avant. Bien entendu, on ne reçoit pas de diplôme prouvant la chose. J’ai donc été obligé de suivre le courant et, au mois de mai, j’ai refait ma communion solennelle, en compagnie, cette fois de ma cousine. En plus, j’ai été placé le premier dans la rangée des garçons afin de montrer aux suivants la marche à suivre, ce qui n’était nullement garanti. On peut renouveler ses promesses du baptême l’année suivante mais faire la communion solennelle deux fois la même année, ce doit être exceptionnel ! 

Combats après le 6 juin
 

Le 6 juin 1944 le débarquement des forces alliées en Normandie eut lieu. Il fallait donc que l’armée allemande renforce ses troupes dans le nord de la France. Dès lors, de nombreux régiments ont commencé à partir du Midi pour rejoindre le front. Les maquisards, je le sais aujourd’hui, avaient reçu des instructions pour empêcher ou au moins gêner ces mouvements de troupes. Au mois de juillet, sur la route qui allait de Saissac à Montolieu, les maquisards, une cinquantaine d’hommes tout au plus, montèrent une embuscade pour essayer de stopper une colonne qui rejoignait Carcassonne pour prendre le train vers le nord.

Les combattants du maquis n’avaient qu’un armement léger alors que la colonne comprenait des chars et quelques canons. L’escarmouche ne dura pas longtemps mais suffisamment cependant pour qu’on entende siffler les balles et les obus au-dessus de nos têtes. En réalité, les projectiles passaient un peu plus au nord de Montolieu mais on ne s’en rendait pas compte. La colonne allemande ne fut pas stoppée ni retenue très longtemps. Cependant, sur leur garde, les soldats tiraient sur tout ce qui bougeait. Il n’y eut pas de victimes chez les maquisards car ils se replièrent vivement. Quand les allemands ont traversé le village, ils n’ont vu personne car tout le monde est resté calfeutré dans sa maison. On a eu tout de même une belle peur.


 

Libération de Béziers


Par contre, Béziers fut ‘’délivré’’ le 22 août suivant sans aucun coup de feu, les Allemands étant partis rapidement sans faire de casse ni de bruit. Courant septembre, nous sommes revenus chez nous après avoir chaleureusement remercié notre famille d’accueil. Il fallait préparer une nouvelle rentrée en 6ème dans le but de faire une année complète et de poursuivre nos études. Pour marquer ce jour de ‘’délivrance’’ le Conseil Municipal de Béziers débaptisa l’avenue de la République pour l’appeler, dorénavant et encore aujourd’hui, ‘’avenue du 22 août 1944’’. 

  
Eurosix              

Illustrations
Quelques photos prises à Montolieu l'été 2007 

Liens
Le Corps franc de la Montagne Noire

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 00:00

Dans les chemins de la Montagne noire (Tarn et Aude), stèles et monuments rappelent que naguère, des combats opposèrent des hommes en petit nombre, faiblement armés, mais résolus et organisés, à la Wehrmacht bien supérieure en nombre et mieux fournie en matériel. 

Les principaux événements

Les origines

Le Corps Franc de la Montagne noire (CFMN) est né de la volonté de plusieurs hommes qui ont refusé la défaite et l'occupation, tout simplement. Deux en particulier : Roger Mompezat et Henri Sévenet. L'Etat-Major interallié de Londres leur donne son accord définitif pour la constitution d'une force basée en Montagne noire, ainsi qu'un appui matériel. Dès 1943, les premiers parachutages d'armes ont lieu en vue d'armer la future unité.

Profil de Roger Mompezat, fondateur du corps franc, sur le monument de Fontbruno

Un troisième homme s'adjoint au duo formé par R. Mompezat et H. Sévenet pour exercer les fonctions de chef militaire de l'unité : Saint-Michel, de son vrai nom Jouan de Kervenoael (le nom est ainsi orthographié dans le Journal de marche mais sur le site des Anciens du CFMN, c'est Joan de Kervanoael), qui a créé dans le Tarn des maquis après avoir résisté au sein même de l'armée française, après l'armistice de 1940.

Le 20 avril 1944, à Castres a lieu un rendez-vous entre les principaux acteurs, et la constitution du Corps Franc de la Montagne noire est décidée.  

La constitution du Corps Franc

Fin avril et début mai 1944, les armes déjà parachutées, et dissimulées dans diverses caches dans le Tarn et l'Ariège, sont transportées dans la Montagne noire, par exemple dans la forêt de Ramondens où cantonnent déjà des résistants.

L'obélisque du monument au corps franc à Fontbruno, portant le nom des principaux lieux de ses faits d'armes

Dès le 15 mai 1944, une unité de résistants venue de Castres s'installe près du Pic de Nore, sous la conduite du sous-lieutenant Jourdain, à la ferme de la Goutine. Une vieille bergerie est restaurée dans l'urgence et les recrues s'entraînent, dans le brouillard de cette zone de moyenne montagne. La Goutine sera bientôt ralliée par d'autres groupes, qu'il est difficile de nourir : heureusement les nouveaux arrivants apportent avec eux leurs réserves de vivres.

Le 5 juin 1944, à 21 heures, Radio Londres donne le signal de la guérilla : "On a trouvé de quoi se rafraîchir dans le jardin". Les volontaires affluent en masse au Pic dans les jours suivants, au point de provoquer un quasi-embouteillage dans ces lieux habituellement calmes. Certains arrivent sur des véhicules originaux, camions à ordures, camions de pompiers... "C'est ridicule et c'est magnifique", commente le Journal de marche. Il faut trier les nouvelles recrues, distinguer les sérieux de ceux qui veulent se "planquer".

Premières actions

Sous la direction de Sévenet ont lieu les opérations de sabotage. Au plastic, on fait sauter la ligne de train Toulouse-Carcassonne, importante pour les Allemands.

Le 8 juin, c'est la première démonstration des forces du corps franc. Une troupe part occuper Montolieu, fait quelques Allemands prisonniers, et déclenche l'enthousiasme des habitants : tout le monde veut leur offrir à boire et à manger !

Au 11 juin, le Corps Franc est déjà gros de 600 hommes, 200 à Laprade, 120 au Plo del Pay, d'autres groupes dans les alentours du Pic de Nore. Au Premeir juillet 44, ce nombre se porte à 1000 hommes.



-12 juin 1944. Combat des Rousses (Montagne noire tarnaise) 
Le CFMN apprend qu'une colonne allemande doit passer sur la route entre Mazamet et les Martys (Tarn), peut-être pour attaquer les résistants. Une attaque est décidée, de manière préventive. Les pertes allemandes sont importantes, le Corps franc n'a qu'un blessé léger.            

-29 juin 1944. Combat de "la Rouge" près de Saissac (Montagne noire audoise)
Des militaires allemands de passage sont attaqués; B. Mercier et P. Fabre meurent lors de l'attaque, mais les Allemands sont mis en fuite. Le premier juillet, les morts sont inhumés en grande cérémonie.

Le défilé du 14 juillet 1944

Un 14 juillet en forêt n'aurait pas beaucoup de sens... Les hommes du Corps Franc décident de défiler dans les villages proches de la Montagne à l'occasion de la Fête nationale. Le but est tout autant de narguer l'ennemi que de rendre espoir à la population.

A Revel (Haute-Garonne), les camions du Corps Franc sont accueillis par la foule. La troupe est en ordre impeccable, avec écussons, uniformes, drapeaux. L'enthousiasme est grand. A Dourgne (Tarn), la même cérémonie est rééditée, avec le concours de la gendarmerie locale.

La riposte allemande

20 juillet 1944. Attaque allemande

L'armée allemande riposte par une attaque aérienne terrifiante. Les hommes du CFMN sont réveillés par l'écho des moteurs d'avion dans les vallées. Le camp de la Galaube est bombardé par six avions (torpilles de 300 kg). Les camps du Plo del May et de Riedgé sont mitraillés. Les dégâts sont très importants. Deux avions allemands sont endommagés par les tirs de DCA des résistants.


Quatre morts sont à déplorer à la Galaube, parmi lesquels celle d'Henri Sévenet, 30 ans, un des fondateurs du CFMN, qui a été décapité par un éclat de bombe lors de l'assaut. Une deuxième vague d'assaut aérienne fait exploser le magasin des explosifs au campement de Riedgé.


A midi, l'attaque terrestre commence. Ce sont plus de 1500 fantassins allemands, en deux groupes, qui attaquent. Un groupe d'Allemands dévaste ce qui reste du Camp de la Galaube. Au Carrefour de la Prune (près des Escudiès-Arfons-Tarn), René Gayral tente de bloquer l'avancée des troupes ennemies avec ses soldats, retranchés dans les fossées du bord du chemin, sous une pluie de balles explosives, de projectiles de mortiers et de canons... Deux hommes, Ferrié et Adam, parviennent à stopper les chars à la grenade. Une stèle évoque ce combat sur place (photo ci-dessus).

Stèle du Plo del May, commémorant l'existence d'un des camp du corps franc

A la Prune, pendant deux heures trente, les hommes de Gayral tiennent contre les Allemands, qui ne peuvent avancer, puis doivent se replier, faute de munitions...

Pour ne pas risquer de graves pertes, les officiers du Corps Franc décident le "décrochage général", et les troupes prennent la direction le Pic de Nore en Camion. Etant donné l'ampleur des forces mobilisés par l'ennemi, le bilan est relativement positif pour le corps franc, qui n'a que quatre morts à déplorer, et des pertes matérielles (ses camps ont été détruits).

Le camp du Riedgé après le bombardement

Après l'attaque du 20 juillet 1944

Le CFMN doit être réorganisé et divisé en plusieurs groupes, ce qui ne facilite pas les communications...
L'histoire du Corps Franc continue, marqué dans cet été 1944 par son cortège d'arrestations, de fausses rumeurs, de marches harassantes dans la montagne, pour échapper aux patrouilles ennemies...

Les hommes du CFMN participent, en particulier, aux combats terribles du 8 août 1944 à Trassanel, dans lesquels huit des leurs trouvent la mort. Le 23 août, au Pont-de-la Mouline dans l'Hérault, on compte neuf victimes du Corps Franc. 

Le CFMN continue la guerre au sein de l'armée française après la Libération. D'autres de ses hommes trouveront encore la mort en Alsace et en Allemagne de décembre 1944 à septembre 45. 

Monument de Fontbruno : entrée de l'ossuaire

L'esprit du Corps Franc

Outre les actions, ce qu'il est digne de noter, c'est qu'un certain esprit, un certain idéal qui  animait ce corps franc, du fait de sa composition et de l'état d'esprit de ses officiers et ses hommes.

Une force composite

La force du corps franc de la Montagne noire, c'était aussi d'être à l'image de la France, dans sa diversité. On y trouvait des soldats de métier, mais aussi des civils, des Tarnais et des Audois, des "Ch'tis", des Bretons et des Normands, des Alsaciens et Lorrains (ayant déerté la Wehrmacht), des Belges, des Russes, des Espagnols (républicains), des Italiens, des Belges, des Polonais, un Hollandais, un Américain et un Anglais. Toutes les religions étaient représentées:  athées, juifs, chrétiens, musulmans. Certains morts étaient salués par la lecture du Coran, d'autres enterrés selon le rite chrétien... Une force qui était déjà, finalement, à l'image de la France d'aujourd'hui ?

Un certain sens de la justice et de l'humanité

Après le combat de La Rouge, les hommes du CFMN prennent le risque d'amener un de leurs prisonniers allemands, gravement blessé, à l'hôpital de Mazamet. Au petit matin, le capitaine Manquené, médecin du Corps franc, remet le blessé avec une lettre à des infirmières allemandes interloquées... D'après une allocution de J. de Kervenoael, le soldat allemand a dit alors : "Lorsque la paix sera revenue, nous serons heureux de vous accueillir chez nous".

Il semble, d'après le Journal de Marche, que le corps franc ait tout fait pour se conduire honnêtement à l'égard des habitants de la région, notamment en achetant aux fermiers les produits nécessaires. Les voleurs étaient d'ailleurs exclus du groupe. Ce qui n'a d'ailleurs pas empêché certains petits malins d'opérer des "réquisitions" au nom du Corps Franc, mais à leur propre bénéfice... Beaucoup des denrées et du matériel nécéssaires au corps franc ont été subtilisés dans des stocks constituées par des spéculateurs et autres requins du marché noir : ainsi sont concilées la justice et la nécessité !

En bref...

Quelques mots, pour dire l'admiration et la reconnaissance que l'on peut ressentir à l'égard de ceux qui combattirent. Les dernières pages du Journal de marche trahissent une certaine amertume : à la Libération, les hommes du corps franc n'ont guère retiré de fruits de leur sacrifice, doublés par les faux résistants, et souffrant d'un certain manque de reconnaissance de la part de l'armée : ainsi, les mois que J. de Kervenoael a passé dans la résistance n'ont même pas été comptés dans son ancienneté ! 

Ce petit article voulait seulement évoquer brièvement la mémoire de ces résistants qui s'unirent pour défendre la cause de la liberté.

Sources
Le corps franc de la Montagne noire, journal de marche, avril-septembre 1944. (3e édition, 1963). Les photos NB de Yan sont extraites de cet ouvrage.

Liens
Site des anciens du corps franc de la Montagne noire
Page de Laprade sur le CWGC (site des cimetières de guerre du Commonwealth) : contient une notice sur Henri Sévenet


Voir sur place

-Monument Ossuaire de Fontbruno (inauguré en 1947), près d'Arfons (Tarn), qui commémore les combats et conserve les dépouilles de plusieurs hommes du CFMN (dont celle de Roger Mompezat).

-Cimetière de Laprade-basse (Aude), où sont enterrés plusieurs combattants et officier (fait partie des cimetières de Guerre du Commonwealth -Commonwelath War Graves).

-Lieux-dit la Prune, le Plo del May, La Galaube : stèles commémoratives.

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 08:49



"Des copains sans nombre ont été écrabousés, mis en miettes, un vrai désastre, gradés, hommes, ça tombait comme les semences".

Arthur Mihalovici, poilu, 1918.

"Je ne suis plus qu'un squelette où la figure disparaît sous une couche de poussière mêlée à la barbe déjà longue. Je tiens debout comme on dit en langage vulgaire parce que c'est la mode".

"On est arrivé à se battre dans les tranchées non avec le fusil et la baïonette, mais avec les outils portatifs : la pelle et la pioche jusqu'au couteau".

Emile Sautour, poilu, 1915.

"Je suis bien blessé. Espérons que cela ne sera rien. Elève bien les enfants, chère Lucie. Léopold t'aidera si je ne m'en sortais pas. j'ai une cuisse broyée et je suis seul dans un trou d'obus."

Jean Louis Cros (originaire de Rieumes, Ariège), poilu, 1917.

"Si cette lettre vous parvient ça sera que je serai foutu. Je vous prie de ne pas trop vous chagriner".

Léon-Auguste Guirande, poilu, 1915.

"...il me semble qu'il n'y a plus ni jour ni nuit, c'est la même journée qui se prolonge à travers la lumière et l'ombre, parmi les marches forcées et les combats, parmi les souffrances physiques et morales. La réalité dépasse notre imagination et cela me paralyse d'écrire. Aussi je laisse toute cette histoire que je vous dirai, s'il m'est jamais permis de revenir au monde".

"Il faut bien envisager la réalité, sans se monter la tête : la guerre est comme la fièvre typhoïde : il faut la fuir, mais si on l'attrape, il faut lutter".

Etienne Tanty, poilu, 1914.

Sources.
Monument aux morts de Salsigne (Montagne noire audoise).
Citations extraites de Paroles de Poilus (Librio).




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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 08:32

 


La Montagne noire est jalouse de ses secrets... Elle le fut particulièrement ce jour-là, où trois pionniers de l'aéropostale trouvèrent la mort près du Roc de Peyremaux...

Cela se passait le 2 août 1936.

Génin et Aubert, deux pilotes, et un radio, Savarit, étaient parti le matin du Bourget, avec leur courrier, en direction de l'Amérique du Sud. Ils devaient faire escale à Toulouse avant d'affronter l'Atlantique. C'était un dimanche matin, et les habitants de Mazamet et d'Albine avaient remarqué l'avion qui volait bas, au dessus de leur village...

Une erreur d'aiguillage de la station "gonio" de Toulouse leur avait laissé croire qu'ils étaient dans les plaines, à l'ouest de Toulouse. Au même moment, il atteignaient la face nord de la Montagne noire.

Il faut dire qu'il y avait alors un brouillard qui rendait invisible toutes les hauteurs.

Trompés par cet écran, les pilotes allèrent s'écraser droit contre le Roc de Peyremaux.

Le lendemain, on alla chercher corps et courrier à dos de Mulet. Il est dit que Mermoz, le grand Mermoz était là et qu'il transporta le corps de son ami Guérin, sous la pluie battante, à travers la forêt.

Le monument à leur mémoire fut contruit en 1980.


Source. Guide de Randonnée Chamina, Montagne noire.

Lien.
Roc de Peyremaux.

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Abellion le Polygraphe - dans Lieux XXe siècle
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