Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Chercher Sur Le Blog

Esprit des lieux

Hauts lieux historiques
L'Antiquité
Le Moyen-âge, art roman et gothique
L'époque des cathares, châteaux "cathares"
Sur les chemins de Saint-Jacques
Le XVIe et le XVIIe siècles
Le Canal Royal du Languedoc (Canal du Midi)
Le XVIIIe siècle
Le XIXe siècle
Le XXe siècle

Lieux de pleine nature
La Montagne noire en Languedoc
Montagnes et forêts
Chapelles d'altitude ou maritimes
Bestiaire et herbier (animaux et plantes)

Légendes et contes
Pierres à légendes, bornes, croix
Légendes de fées
Légendes de dracs et de diables
Légendes de géants et d'hommes sauvages
Contes traditionnels

Traditions

Nourritures plus que terrestres

Culte des saints, légende dorée

Métiers de jadis
Aimer en Languedoc
Fêtes traditionnelles
La légende de la mort

Le monde des sorts

Villes et villages
Toulouse belle et mystérieuse
Carcassonne, histoire et traditions
Villages de la Montagne noire
Village du Lauragais
Villages audois

Création contemporaine
Graphisme, sites internet
Sculpture, peinture, bois
Bande dessinée, cinéma, musique

A propos du blog
Tout savoir sur ce blog
Je me présente en quelques mots...
Profil du blog sur Overblog

Divers
Origine des noms de lieux (toponymie)
Album photo des lieux : les photos de lieux superbes
Musée des lieux : des objets étonnants
Petit musée des horreurs
Mystifications et fausses légendes
Symboles anciens

Graphisme

Le design et les bannières du blog sont une oeuvre originale de Little Shiva. Un grand merci à cette graphiste de niveau international,  pleine de talent et de générosité. Son boulot est splendide.Vous pouvez aussi admirer son oeuvre d'artiste ici.

Allées et venues

Viateurs et nautes passés ici


A l'instant même,
parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

Locations of visitors to this page

Invitation au voyage


Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 07:58


Des gentilhommes-verriers, il y en avait dans le territoire actuel du Tarn (Sorèze, Arfons, Saint-Amans, Forêt de la Grésigne), celui de l'Ariège (montagnes du comté de Foix), et jusqu'à la Margeride.

Leur âge d'ora duré approximativement du XVe siècle au XVIIIe siècle.

Leur histoire fascinante a tous les ingrédients pour plaire : fours cachés au plus profond des forêts, habileté technique prodigieuse, secrets de fabrication du verre, ascension sociale, stratégies matrimoniales... Leur vie ne fut pas toujours facile, notamment en raison des persécutions religieuses.

Des recherches historiques récentes, le musée de verre de Sorèze, aussi bien que des photographies des vestiges du four verrier de Saint-Amans-Soult, guideront notre découverte...

Les origines


C'est bien connu, sous l'Ancien régime, les nobles n'avaient pas le droit d'exercer un travail manuel, fonction qui était dévolue aux bourgeois ou paysans. Toutefois, le noble art du verrier était ouvert aux gentilhommes. Alors comment expliquer qu'il existe des gentilhommes-verriers ? 

Une légende a longtemps existé pour rendre raison de cette bizarrerie. C'est en quelque sorte un mythe fondateur. Sous saint Louis, des nobles ruinés par les Croisades auraient obtenu le droit de travailler le verre, peut-être d'après des techniques rapportées d'Orient. Toutefois, il faut attendre des documents de 1312, un édit de 1436 et une charte royale de 1438 pour voir attestée, pour la première fois, la corporation.

Les gentilhommes se réunissaient parfois à Sommières et à Carcassonne pour se rencontrer et renvendiquer leurs titres de noblesse.

La vie quotidienne des verriers

Elle était plutôt dure, et pour les gentilshommes-verriers, et pour leurs ouvriers.



Privilégiés ?

En tant que nobles, les gentilshommes-verriers disposaient de certains privilèges: ils étaient exemptés de taxes sur leur productions, et d'impôts sur leurs biens, lors des ventes de la production (blé, bétail). 
Les gentilhommes-verriers utilisaient les revenus de leurs activités pour investir dans le terre, notamment en achetant des métairies, ce qui a pu leur conférer un certain pouvoir à l'échelon local.

Les règles de la corporation

Il existait de multiples interdits internes à la corporation des verriers: transmission de père en fils, interdiction de prendre un ouvrier non noble, interdiction de vendre directement sa marchandise, obligation de déplacer ses fours tous les cinq ans...

Ce qui apparaît à l'évocation de ces interdits, c'est que les secrets des verriers étaient jalousement gardés. On ne pouvait transmettre l'art de verrerie qu'à une personne noble, et justifiée de noblesse devant le viguier de Sommières.

Le labeur

Les ouvriers verriers étaient employés pour une durée de six mois, ils vivaient donc d'une autre activité le reste du temps. Le labeur était pénible. Il avait lieu autour des fours, abrités sous un bâtiment, la halle. Dix à douze heures de travail par jour, la chaleur à l'intérieur et le froid dehors...

Dans la Montagne noire, les gentilhommes-verriers employaient également des métayers. responsables d'une ferme (métairie), ils étaient payés moins cher que leur ouvriers-verriers, vaquaient aux travaux subalternes mais nécessaires, comme par exemple la coupe ou le transport du bois destiné à alimenter les fours de verriers. Certains métayers étaient polyvalents et chargés de veiller sur les fours, en parallèle à leur travail à la ferme.

La religion

Beaucoup de gentilshommes-verriers ont embrassé la Réforme, tout en étant fidèles au roi, ce qui leur a valu pas mal de tracasseries... Certains ont même payé au prix fort leur intégrité, en étant envoyés aux galères après la révocation de l'édit de Nantes, dans les familles de Robert et Grenier notamment. Les épouses étaient condamnées à la réclusion à vie et à la confiscation de leurs biens.


Caisse de secours

Peu de gentilhommes-verriers devenaient riches. Certains, comme Abraham de Robert, arrivaient à acheter des métairies et acquérir des biens. Cette réussite exceptionnelle fait figure d'exception. D'autres, au contraire, finissaient ruinés ou vivaient chichement.
Autre aspect de l'organisation des verriers qui semble très novateur, la caisse de secours permettait aux gentilhommes-verriers tombés dans l'indigence de survivre. Un des gentilhommes-verriers fut ainsi soutenu "jusqu'à un âge très avancé".

Une grande famille: les de Robert

C'est une des familles de gentilshommes-verriers les plus illustres. D'après les recherches de M. Blaquière, ils étaient fortement implantés dans la région du Lauragais et de la Montagne noire. Ainsi, la famille d'Abraham de Robert, un des patriarches de la dynastie, étendait ses possessions sur les deux versants de la montagne: versant septentrional avec Sorèze et Arfons, mais versant méridionnal avec Verreries-de-Moussans, et jusqu'en Ariège.

Le travail du verre

Les fours étaient actifs pendant six mois dans l'année, période connue comme la "réveillée" ou la "campagne".

Four de verrier, près de Saint-Amans-Soult

Les ingrédients du verre

Ce sont principalement le sable (la silice) d'une part, et les oxydes de sodium et de potassium (soude et potasse) d'autre part.
Les oxydes étaient obtenues par combustion des plantes (souvent les fougères) sur un terre-plein, non loin des fours. Le sable était généralement extrait d'un ruisseau ou d'une rivière proches du lieu de fabrication.Le verre cassé entrait également dans la composition des objets produits. En effet, il avait la propriété de produire un verre fin, sans bulles, ou d'accroître la résistance.

C'est la fougère qui donnait au verre de la Grésigne ou de la Montagne noire sa belle couleur bleutée...

La fabrication du verre

Les fours des verriers était construits dans les bois, où se trouvait bien entendu le combustible nécessaire. Les fours étaient disposés sous une "halle" des forme carrée, de 11 mètres de côté. On y aménageait trous fours: un four de travail, un four de refroidissement, et un four de dilatation.

Les creusets pour le verre fondu et les cannes pour souffler le verre existaient depuis l'époque romaine.

Four de verrier près de St-Amans-Soult

Querelles sur le bois

Les verriers avaient besoin de beaucoup de bois, et il semble qu'on les ait souvent accusés d'empiéter sur les bois communaux ou les bois appartenant au roi. Pour ne pas arranger les choses, les verriers négligeaient la plupart du temps de replanter là où ils avaient arraché, en contradiction avec les ordonnances royales : c'est ainsi que plusieurs forêts auraient disparu... Il faut dire que le bois était une richesse véritable, et convoitée alors par diverses corporations. Les verriers n'étaient sans doute pas les seuls à exploiter à outrance la forêt, et pourtant ils étaient les seuls à être punis, ce qui est évidemment injuste.

Les objets produits

Un verrier pouvait souffler jusqu'à 350 petites pièces par jour ! Ils créaient parfois des objets étonnants, comme des flacons destinés aux parfumeurs et des pots à onguents pour les apothicaires. Toutefois, la plupart du verre produit était utilitaire (bouteilles, gobelets, lampes).

En Bas-Languedoc, on a pu fabriquer des cloches à melon, des tuiles en verre, des boutons. Il sortait des verreries de la Grésigne toutes sortes d'objets en verre: gobelets, carafes, huiliers, burettes, pots à confiture, biberons... A la verrerie des Pradels, "quartier d'Arfons", on confectionnait des bocaux, des mesures à huile (photo ci-contre), des bouteilles dont le bouchon servait de verre à pied, et tant d'autre merveilles en verre bleuté... Les marchands se chargeaient de vendre le verre au loin: ainsi, la production des Verreries des Pradels était écoulée jusqu'en Ariège et dans les Pyrénées.

(Photo:
Mesure à huile en verre, provenant de la verrerie d'Arfons.
Photo de Denis Estève, dans les actes du colloque de Sorèze, voir bibliographie)

La fin des gentilhommes-verriers

Elle est due à plusieurs facteurs.

-L'Ancien régime
Le pouvoir central, dès Louis XIV, cherche à réduire les privilèges des gentilshommes-verriers en contrôlant leur utilisation du bois et en leur imposant des amendes. Cette politique pouvait aller jusqu'au harcèlement, avec la défense d'installer de nouveaux fours verriers.

-Persécutions religieuses
Huguenots, les gentilhommes ont eu à souffrir de nombreuses contrariétés de la part des autorités. Certains ont abjuré, d'autres ont pratiqué en secret, d'autres ont gagné le Refuge.

-la Révolution

Si certains s'engagèrent dans le mouvement révolutionnaire, d'autres immigrèrent comme nobles. Et la Révolution mit fin aux privilèges dont jouissaient les verriers.

-Absence de modernisation et concurrence du Nord de la France
Au XVIIIe siècle, les verriers de Grésigne ont continué à fabriquer du verre bleu, alors que le verre blanc était à la mode.

Contrairement aux verreries du Languedoc, les  verreries du Nord de la France ont su s'adapter à la révolution industrielle naissante, dès la fin du XVIIIe siècle, en installant des fours à charbon et en mécanisant leur production. Production à coûts moins élevés, donc concurrence déloyale...


Bref... 

Les photos de cet article ont été prises sur la route forestière des fours à verre, près de Saint-Amans-Soult, dans la Montagne noire tarnaise.

Pour aller plus loin, je vous conseille les ouvrages suivants, d'où je tire la matière de ce petit article.  

Yves Blaquière, le Souffle du Verrier

Actes du colloque de Sorèze-2001
(Anne-Marie Denis éditeur). Disponibles au musée du verre de Sorèze (Tarn).  
-Tome I: Collectif, Le Verre
-Tome II: Yves Blaquière, Abraham de Robert et les siens.

Il faut aussi visiter le musée du verre de Sorèze, qui renferme des trésors provenant des ateliers languedociens, et faire le parcours aménagé à Saint-Amans Soult, qui permet d'admirer un four de verrier

Repost 0
17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 10:54


Depuis que j'ai écrit mon article sur le HV2 Vierzon d'Aimé Lacapelle, je me suis découvert un faible pour les vieux tracteurs. J'ai pris celui-ci en photo près du mont Cardou, en automne 2007.

J'aime bien cette photo. Non parce que c'est moi qui l'ai prise (je ne suis pas encore tout à fait Narcisse), mais parce qu'il s'en dégage une nostalgie certaine. Est-ce la rouille, le tuyau d'échappement bancal du tracteur, les feuilles mortes ou la lumière crépusculaire ? Tout cela à la fois, je pense.

Nostalgie, mais aussi espoir, puisque finalement, il peut être en état de marche, non ?

Je serai curieux d'en connaître la marque et le modèle. J'offrirai une petite photo à qui saura les trouver, alors si vous savez...
Repost 0
17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 10:30

Il est des machines qui, on ne sait trop pourquoi, impriment de profonds souvenirs dans l'inconscient collectif, et deviennent de véritables mythes. On pourrait citer moultes voitures de marques italienne... Toutefois, dans les campagnes, le souvenir de certains modèles de tracteurs est peut-être plus fort, entretenu par des passionnés et des collectionneurs de vieilles mécaniques.

 

Un de ces vénérables ancêtes, qui a eu récemment les honneurs de la bande dessinée, est le HV2 Vierzon... Tracteur qui a marqué les esprits, et qu'aujourd'hui les amateurs s'arrachent !

 

La monture d'Aimé Lacapelle

 

On ne recommandera jamais assez la lecture des tomes d'Aimé Lacapelle, de Jean-Yves Ferry (éditions Fluide Glacial). Pour les gavaches qui ignoreraient cette oeuvre magnifique, sachez que ledit Aimé est un policier agricole, membre du BIT (Bureau d'investigation du Tarn). Entre deux travaux agricoles, il mène des enquêtes pour coincer les diaboliques individus qui menacent la sérénité de la vallée du Viaur.

Or, à tout fier chevalier, son noble destrier. Lacapelle, en homme moderne, méprise la séduction facile de la gent équine, pour préférer le moteur pétaradant d'un bon vieux HV2 Vierzon. Belle machine reconnaissable à ses formes adoucies, son volant haut, et ses phares qui font penser à deux grands yeux ronds...


Sylvestre Caballié ne s'y trompe pas, en véritable samouraï de la campagne qu'il est : le HV2, par sa silhouette et ses bruits caractéristiques (onomatopée "Ro To To" dans la BD), est reconnaissable même dans le lointain...

Ce que la bête a dans le ventre

Le HV2 Vierzon fait partie de la ligne de tracteurs HV2, produits par la société française de Vierzon (Cher) de 1941 à 1950. Le HV2 "Vierzon", plus précisément, sortit en 1942, succédant directement au modèle antérieur H2, dont il conserve le moteur ; plus de 400 exemplaires sortirent des usines cette année-là.

Cinq vitesses avant et une arrière, 5350 cm 3 de cylindrée, 800 tours minute, 2 bonnes tonnes, et l'inimitable couleur vert foncé. Un véritable bijou d'efficacité, si on ne croit les témoignages d'époque !

 

Le HV2 et la SFV

Le HV2 était produit par la célèbre société française de Vierzon, d'où son nom... Celle-ci, fondée en 1878 par Célestin Gérard et Lucien Arbel, sous le nom de "Société francaise de matériel agricole et industriel", était pionnière en son temps dans le domaine du machinisme agricole. J'ignore en quelle circonstances elle devint "Société française de Vierzon". Elle connut des heures de gloire au début du XXe siècle, mais sombra entre 1955 et 1959. La concurrence américaine eut raison d'elle ; après son rachat par Case en 1959, diverses négligences causèrent sa perte : les tracteurs produits sous le label SFV ne fonctionnaient pas... Chose hallucinante, les erreurs des bureaux d'études eurent alors la peau de l'usine de Vierzon, qui ne fabriqua plus alors que des tracteurs Case.  

Une page d'histoire

Ce HV2 fut en effet l'acteur de ce moment bien oublié aujourd'hui, mais crucial, de la mécanisation des campagnes, qui est arrivé bien tard dans nos régions. Dans le Lauragais, il a parfois fallu attendre les années 40 à 50, d'après les témoignages de personnes de mon entourage, pour voir apparaître les premiers tracteurs. Peut-être y eut-il parmi eux des HV2 ?

Pourquoi le HV2 est-il regretté par tant de gens ?

Le HV2 nous ramène nostalgiquement à cette époque où les campagnes s'ouvraient au monde moderne et à sa technologie. Mais cette modernité n'avait pas encore fait disparaître la civilisation ancestrale de la polyculture. Il n'était pas encore question d'agriculture industrielle et intensive. Le HV2 nous ramène donc à une espèce de moment de grâce, en quelque sorte, même si la vie et le travail étaient loin d'être faciles à l'époque.   

Les vertus érogènes du HV2 ?


Plusieurs documents recueillis par Jean-Yves Ferri nous laisseraient penser que le HV2 rencontrerait un succès certain auprès du beau sexe. Sont-ce les trépidations de la machine, plus proches que ce que l'on pense de celles d'une Harley-Davidson ? Ou bien la fière allure du conducteur, trônant sur le monstre mécanique ?

Bref...

Une machine qui a marqué les esprits... Tout cela pour dire qu'une bande dessinée ou un ouvrage de fiction est d'autant plus agréable à lire qu'il s'ancre dans une petite histoire anecdotique et amusante comme tout.

Sources

Un site de référence sur la SFV, par Raymond Lemoine. Je lui ai emprunté mon info sur le HV2 (les infos sérieuses, j'entends) et la belle photo du modèle peint en vert ci-dessus. Merci à ce passionné !
Page consavrée au HV2.

Liens.
Plus sur le petit monde d'Aimé Lacapelle.

 

 

Repost 0
17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 00:00

Les fontaines, ce sont ces monuments un peu désuets, que l'on conserve dans un coin de place publique, comme des souvenir d'un temps révolus.... Cependant, jadis, elles offraient leur fraîcheur au passant assoiffé. Encore aujourd'hui, n'est-il pas agréable, à la fin d'une randonnée, de tremper ses lèvres dans le liquide glacé...

Les fontaines de la Montagne noire.

Celles qui existent encore aujourd'hui sont contemporaines des lavoirs. Elles datent généralement de la deuxième moitié du XIXe siècle ou du début du XXe siècle.

Figures léonines. 

Fontaine à Massaguel-Tarn.

La décoration des fontaines est variable. Parfois, on y trouve Vierges et autres motifs à caractère religieux. Toutefois, bien souvent, ce sont des animaux emblématiques qui décorent les bouches d'eau. Ainsi, le lion est très répandu : on le trouve à la fontaine de Massaguel, moulé en fonte, ou à Lacombe, sculpté dans la pierre. Il représenterait, aux dire de certains, la justice et l'égalité d'une eau offerte à tous.

Scénographies.

Souvent, l'espace fontaine-lavoir est mis en scène, un peu comme un petit théâtre. Il en est ainsi au village des Cammazes, dans la Montagne noire tarnaise. Fontaine et lavoir sont situés un peu en contrebas de la route principale de Revel à Saissac, de telle sorte qu'on ne puisse passer sans les remarquer. Ils sont construits dans un style assez monumental, que l'on peut qualifier à bon droit de néoclassique. La fontaine s'orne de deux pilastres et d'une espèce de fronton. Quant au bassin, pavé de briques, il se remarque par la clarté et la beauté de son eau...

Fontaine et lavoir des Cammazes-Tarn.

Enigmes.

Souvent, la fontaine s'orne de décors énigmatiques. Celle des Escudiès est particulièrement étonnante. Sa forme est globalement rectangulaire. A son sommet, une espèce de fleuron à trois lobes, qui se termine vers le bas en pointe. De chaque côté de ce fleuron, deux ronds sont fort nettement dessinés.

Certains ont vu dans cette décoration une figure anthropomorphe, dont les ronds seraient les seins. La figure serait alors une représentation de la femme, donnant la vie comme elle donne l'eau (une femme fontaine, pourrait-on dire pour faire un très mauvais jeu de mots !)

La fontaine des Escudiès-Tarn.

Mais cet explication m'a toujours laissé dubitatif. Outre que dans ce coin de montagne on ne voit nulle part ailleurs des fontaines à figure de femme,  il me semble plutôt que le décor de cette pierre est abstrait et non figuratif, et qu'il faut vraiment chercher l'interprétation la plus difficile pour y voir un corps humain... Que vous en semble-t-il, chers lecteurs ? 
 
Le sources guérisseuses.

La source saint-Pierre à Caudebronde.

Passons donc de la fontaine, lieu public et solaire, à la source, lieu obscur et solitaire, souvent situé à l'écart. L'eau s'y pare de vertus étranges. Chaque fontaine est réputée pour soigner une maladie. A Caudebronde, la source de la Félide soigne les affections du foie (fel veut dire fiel en occitan), tandis que la source saint-Pierre guérit les maladies oculaires. Près de Ramondens, au XIXe siècle, la source de la Sagne Canine rendait les femmes fécondes... D'autres étaient valables pour tous les maux. Ainsi, à la source de Mouniès, près de Dourgne, on venait tremper un linge préalablement frotté sur la partie malade (yeux, oreilles et autres), linge que l'on laissait ensuite sur place.

Eaux réconfortantes, où l'homme cherche, comme dans un miroir peut-être illusoire, le reflet de ce qu'il n'a pas.

Fontaine à Castans-Tarn.

Dans le légendaire, certaines sources n'opéraient leur vertus qu'à dates fixes. Ainsi, la source de Caudebronde n'avait la vertu de soigner les yeux que durant la fête de Saint-Pierre. La fontaine de  Mouniès, près de Dourgne, voit ses vertus décuplées le jour de la Saint-Jean. il est dit que, ce jour-là, le soleil danse dans la bassin à son lever, et que l'eau bouillonne.

Ce qui est sûr, c'est que ce culte des eaux remonte loin dans l'histoire. Ainsi, on a trouvé près de la fontaine de Mouniès des monnaies romaines de l'époque d'Auguste. Reste d'offrandes à l'esprit des lieux ? Qui sait !

Bref...

Mystère des croyances et de espoirs humains. L'eau, source autant que symbole de vie, cristallise tous nos rêves d'une vie meilleure, hier et aujourd'hui.

Biblio.

Pour cette série d'articles sur l'eau, je me suis largement inspiré d'un intéressant petit fascicule, "La Bugada, lavoirs et fontaines en Montagne noire", édité par l'Ecomusée de la Montagne noire et de la Vallée du Thoré (Echo-musée n°2, été 1991).

Repost 0
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 23:45

Suite de notre série sur les usages et les légendes de l'eau dans la Montagne noire. Aujourd'hui, pénétrons dans le gynécée: le lavoir, espace réservé des femmes... Ames sensibles, tournez les talons !

Lavoir à Laviale-Castans, 81.

Une eau canalisée dans les villages...

Jadis, l'eau était canalisée dans les villages, pour servir aux usages domestiques. Dans la société d'autrefois, les tâches étaient rudes et la répartition des tâches entre les sexes une (triste ?) réalité. Dans les villages, l'eau, venue d'une source toute proche, se déversait en trois lieux : le lavoir, l'abreuvoir, la fontaine. La fontaine servait à tous. L'abreuvoir était le domaine de l'homme, qui y conduisait les bêtes. Et le lavoir...

Le lavoir.

C'était en effet l'espace des femmes, où elles venaient faire leur lessive. A l'origine, le lavoir était une simple pierre inclinée donnant sur une rivière... On utilisait parfois aussi à cet usage une planche en bois, amovible. Les lavoirs bâtis que l'on voit partout en Montagne noire ne remontent pas avant le début du XIXe siècle. Leur construction a été rendue nécessaire par l'augmentation des populations villageoises et citadines au cours de ce siècle : en effet, on imagine mal un point d'eau unique servir pour abreuver les bêtes et laver le linge, dans un lieu densément peuplé...

Lavoir aux Escudiès, près Arfons (81)

On construira des lavoirs, en béton, jusque dans les années 1950. Le lavoir a parfois souvent un toit pour protéger de la pluie. Il est alors couvert de cuiles canal ou d'ardoises, avec des poutres de chêne ou de châtaignier. La maçonnerie est en pierre locale, gneiss ou granite, et protège le lavoir sur trois de ses côtés.

Structure d'un lavoir: les deux bassins.

A l'intérieur du lavoir, on trouve généralement deux bassins, dont l'un, plus petit, reçoit directement l'eau. C'est celui qui sert au rinçage et au petit linge. Entre les deux bassins, une barre de bois suspendue, qui permet d'égoutter le linge. Le second bassin, consacré au lavage, possède des plans inclinés pour permettre le savonnage et le brossage.

Il faut imaginer les lessives par toutes les saisons, et tous les temps... "Tant plan l'ivèrn coma l'estiu, leas bugadièras van al riu" (Les lavandières vont au ruisseau, hiver comme été).

Les deux bassins du lavoir des Escudiès.

Jouer du battoir et de la langue : un monde féminin ?  

Le complément  naturel du lavoir, c'est l'abreuvoir. dans la société rigide de jadis, la femme allait laver le linge au lavoir, pendant que l'homme allait mener les bêtes à boire à l'abreuvoir... On conçoit le soulagement que fut l'arrivée des machines à laver pour nos pauvres aïeules ! Jadis, les femmes pouvaient passer la journée au lavoir, en y mangeant à midi. Seuls les enfants étaient admis dans cet espace, pas les hommes. Les langues pouvaient se délier... ce qu'était le café pour les hommes, le lavoir l'était pour les femmes. Le dicton disait d'ailleurs, un poil misogyne : "Lengut coma una bugadièra" (Bavard comme une lavandière).  

Dans cet espace régnaient les lavandières professionnelles (bugadieras en occitan). Elles lavaient le linge des "riches", des notables et des bourgeois. Financièrement indépendantes, elles étaient souvent jalousées des femmes du commun...  qui ne se gênaient pas pour les déchirer à coup de langue.

Les femmes allaient souvent au lavoir en poussant une brouette remplie de linge, ou bien elles le plaçaient dans un baquet. Au-dessus du tas de frusques et autres, une plache à laver, le battoir, la brosse, le savon.

Interdits liés aux préjugés sexuels.

Le lavoir, espace féminin, n'échappe pas aux diverses superstitions et interdits, souvent sexistes, que l'inconscient collectif assigne aux femmes. Beaucoup de femmes ne lavaient pas pendant la menstruation, de peur, croyaient-elles, de tomber malades ! Souvent, c'était le groupe qui empêchait la femme réputée "impure" d'entrer dans le lavoir, afin que l'eau de la source ne soit pas souillée.

Autres interdits.

Il existait d'autres interdits, de nature religieuse. Lors de certaines fêtes, il était formellement déconseillé de laver son linge, de peur de "laver son propre linceul" (jeu de mot en occitan sur le drap, qui se dit lençol dans certaines régions). Dans le Lauragais, la Sainte-Agathe était une de ces occasions. Mais il y avait aussi la semaine sainte et la Toussaint.

Bref...

Un lieu donc à la fois utilitaire, mais aussi symptomatique du rôle des sexes dans l'ancienne société, et des croyances attachées au féminin.


A suivre.

Dernier épisode des articles sur l'eau en Montagne noire : le sources et les fontaines.

Repost 0
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 23:30
L'eau est cet élément mystérieux, le plus faible et le plus fort de tous... Il est nécessaire non seulement à le vie, c'est un truisme, mais aussi aux activités des hommes, et peut-être davantage encore à ses rêveries et à son imaginaire. Naguère en Montagne noire, l'eau abreuvait les animaux, faisait tourner les moulins, mais elle coulait aussi dans les deumeures oubliées des dracs et des fées, guérissait les maux de l'âme et du corps...

Promenons-nous dans les anciens usages de l'eau en Montagne noire...

Un château d'eau naturel.

L'eau est une richesse en Montagne noire. Il n'est pas une frondaison de pins ou de feuillus qui ne cache sa source, son ruisselet... La pluviométrie est assez importante, on enregistre par exemple aux Cammazes, sur le versant Nord, une centaine de jours de pluie par an. Par temps orageux, on a pu voir tomber 400 mm en 24 h, à Rouairoux.

Cette eau a permis, dès le Moyen-âge, de développer un certain nombre d'activités. Comme par exemple, le travail du cuivre à Durfort (Tarn), au nord-ouest de la Montagne noire.

L'eau et le cuivre: Durfort.



Dès le Moyen-âge, la force de l'eau est utilisée. A Durfort, le village est toujours traversé dans une de ses rues d'un ruisselet d'eau. Celui-ci se presse dans les rues, ou paresse dans des bassins. C'est que le village a un lien particulier avec le Sor, le village qui le traverse... Depuis le Moyen-âge selon la tradition, le long de la valleé du Sor, on trouve des Martinets. En tout cas, sur la carte de Cassini, plusieurs d'entre eux sont signalés à la fin du XVIIIe siècle. Des bâtisses qui abritent des marteaux géants, reliés à une roue qui tourne grâce à l'énergie hydraulique. Ils permettent de travailler le métal, et ici, c'est surtout le cuivre qui était martelé, jusqu'à ce que la galette de métal chauffé prenne la forme de marmites, de chaudrons, etc.  

Le mythe des origines: les grandes compagnies.

On murmure des choses étranges, mi-vraies mi fausses sur le cuivre et ses mystères. Une légende rapporte que c'est les soldats Anglais qui l'introduisirent après la guerre de Cent ans.

"Ces brigands, rapporte le docteur Clos au début du XIXe siècle, avaient contracté des alliances avec les habitans; et lorsque leurs forts furent détruits, plusieurs d'entr'eux s'établirent à Durfort, et y firent naître, à ce que m'ont dit quelques personnes du lieu, le genre d'inductrie qui y existe toujours ajourd'hui et en fait depuis long-temps la richesse. Je serais même potrté à croire quye, dans le temps qu'ils occupaient leurs forteresse, ils construisirent quelques-unes des usine, dites martinets, qui existent encore, ainsi que d'autres dont on peu voir les ruines en remontant le Sor."

Barbes vertes.

Vérité ou pas ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est que les ouvriers du cuivre ont payé au prix fort la maîtrise du métal... Lors du déplacement du cimetière, on retrouva des os couleur vert-de-gris. L'organisme des mineurs avait absoré le métal... Au siècle dernier, un médecin nota les maux causés par le métal: nausées, coloration verte de la peau, de la barbe, des cheveux. Jadis, les forçats du cuivre martelaient le métal plus de 10 heures par jour, dans le ruit fracassant et répétitif des martinets.

A suivre.

Dans le prochain épisode de cette série consacrée à l'eau en Montagne noire:

Le lavoir, un univers féminin.  




Repost 0
21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 11:28

Lors des chaleurs estivales, comme en ce moment, qui n'est pas heureux de déguster une boisson bien fraîche tirée du réfrigérateur... Mais comment faisait-on avant l'invention du frigo, justement ? Eh bien, il y avait la glace naturelle, faite avec la neige de la Montagne noire, et portée à dos d'âne jusqu'en ville !

Revenons sur les glacières de Pradelles-Cabardès, où cette glace naturelle était conservée.

Et je remercie de tout coeur Promethazine, fidèle de la première heure de ce blog et commentateur avisé, de m'avoir prêté les belles photos qui figurent dans cet article. Celui-ci est donc l'oeuvre de deux passionnés de la Montagne noire.

I. le business de la glace.

Les origines.

L'exploitation de la glace commença au XVIe siècle. A l'époque, elle était conservée dans de simples trou creusés dans le sol. Elles étaient communales.

Le développement et le déclin du commerce de la glace.

Le développement des glacières à une échelle plus industrielle semble se faire à la fin du XVIIIe siècle, époque où le phénomène des cafés se développe dans la région comme partout ailleurs. Il décline dès le début du XXe siècle avec la concurrence de la glace industrielle.

Les glacières privées. 

 En 1849 fut construite la première glacière privée, par Pierre Piquemol. Son fils en construisit cinq à sa suite.

II. Structure et fonctionnement d'une glacière.

C'est un puits de 10 mètres de diamètre, dont les parois sont couvertes d'un parement de pierres. On y entreposait, dès le début de l'hiver, les neiges les plus compactes (congères). Le puits était protégé par un tôit (poutres de chataînier, couvertures de lauzes).

Le touat (canal d'écoulement), situé au fond de la glacière, permettait l'écoulement de l'eau.



III. Le transport de la glace. 

La glace était tassée dans des moules en bois, en pains de 50 à 150 kg. On la démoulait ensuite et on la plaçait dans un sac de jute. 

Elle était alors chargé en charette, vers la ville.  Un seul cheval pouvait tirer une cargaison d'une tonne et demi !

Bref...

Encore un beau métier disparu... 
Cela nous rappelle que la Montagne noire fournissait jadis de ces industries d'autrefois où il entrait plus de cervelle et d'huile de coude que de mécanique...
Les glacières sont des édifices à la fois fonctionnels et beaux. Une leçon pour notre époque, qui a parfois du mal à relier les deux ?

Sources.

Villages perchés en Montagne noire: histoire et chemins de randonnée liés aux Glacières.
Guide Chamina "Montagne noire", circuits 31 et 32 (indique le chemin pour se rendre aux glacières).

PS.  Le centième article !

Cet article est le centième du blog. Merci à tous, les amis que je connais, les fidèles et les nouveaux que je ne connais pas encore !  J'espère encore vous faire découvrir beaucoup d'autres lieux.
Abellion.

Repost 0
Abellion le Polygraphe - dans Métiers d'autrefois
commenter cet article