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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
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...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

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"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 21:13

 

cerf

 

Parmi les animaux mythologiques d'Occident, le cerf occupe une place de choix. Sa majesté naturelle, sa force, son mystère en ont fait au cours des temps le symbole des dieux, des rois, des sorciers...


Ce n'est pas sans raison. Le cerf, l'animal (cervus elaphus), a tout pour étonner. Imposant, il n'hésite pas à attaquer l'homme. Il y a mieux encore : plusieurs de ses propriétés le mettent comme naturellement en rapport avec les idées de vie et de fécondité. Ses bois chutent et regénèrent tous les ans aux printemps, image de la renaissance. En automne, pendant la période du brâme, il est également capable de couvrir plusieurs dizaines de biches, ce qui en fait aussi un symbole de l'énergie sexuelle...

 

De la nature à la culture, entrons donc dans les ténèbres de la mémoire, à la recherche de cette divinité morte.

 

 

I


PETITE MYTHOLOGIE DU CERF

 

(PREHISTOIRE ET ANTIQUITE)

 

 

L'ère paléolithique

 

L'ère paléolithique est celle de l'homme chasseur, qui bien sûr aura un commerce privilégié avec les grands ongulés. Il est sidérant de constater qu'alors que notre civilisation occidentale moderne peut à peine se vanter de 2000 ans d'existence, l'art paléolithique s'est étendu sur une vingtaine de millénaires. Beaucoup d'hypothèses ont été formulées quant au sens des peintures paléolithiques, depuis l'abbé Breuil jusqu'à André Leroy-Gourhan.

 

Pour ce dernier auteur, la symbolique de l'art préhistorique est essentiellement sexuelle ; le cerf est un symbole de virilité, une incarnation de la puissance sexuelle masculine.

 

baton lortet

Cerfs gravés sur le bâton de Lortet

 

Une autre théorie est celle de Jean Clottes, celle des "chamans de la préhistoire". Une grotte ariégeoise, celle des Trois-Frères, contient une peinture énigmatique, datant du Paléolithique supérieur, et qui fut découverte par le comte Bégouen et l'abbé Breuil. Il s'agit d'un cerf ou renne, dressé sur les pattes arrières pour ressembler à un homme, et qui en guise de sabots, possède des pieds et des mains humaines.

 

 

trois frères

 

Par comparaison ethnographique, on a pu rapprocher cette peinture de rituels existant chez des populations eurasiennes, où le chamane en transe accomplit des tâches dans l'autre monde, sous l'apparence d'un animal à corne. Ainsi, chez les Evenks de Sibérie, le chamane revêtait pour ces cérémonies, encore au XXe siècle, un costume en peau d'élan et de Renne. Les chamanes toungouses, d'après un dessin du XVIIIe siècle, officiaient avec un costume surmonté de cornes de grand mammifères.

 

chaman.JPG

 

 

Les Celtes: sous le signe de Cernunnos 

 

D'innombrables millénaires, silencieux pour nous, s'écoulent... Voici le temps où les Celtes arrivent en Gaule.. Ce sont les peuples qui nous ont laissé les témoignages les plus évidents de l'existence d'un dieu cerf, malheureusement quoique n'ignorant pas l'écriture, les druides ne transmettaient leur savoir qu'oralement... Nous en sommes réduits à interroger objets et représentations.

 

cernunnos des nautes

 

Plusieurs sculptures évoquent un dieu Cernunnos. Son nom évoque, par son étymologie, une racine en rapport avec l'idée de corne (keras en grec, cern, carn en gaulois). Sa représentation la plus connue est celle du pilier des Nautes à Paris (ci-dessus), où son nom est écrit en toutes lettres. Sur la pierre, les traits d'un vieillard dont le crâne s'orne de deux bois de cervidé. Les spécialistes de mythologie ont rapproché cette représentation d'autres oeuvres celtes, où l'on aperçoit également des personnages cornus, peut-être identifiables à Cernunnos. Certaines le montre distribuant pièces ou graines; il semble être, pour Emile Thévenot, le dieu terrien des richesses. On peut supposer qu'il était l'équivalent des deieux romains Pluton ou Dis Pater. 

 

L'élément le plus frappant est que ce dieu est tantôt représenté jeune et imberbe, tantôt âgé et flanqué d'une longue barbe. D'après Anne Lombard-Jourdan, cette dualité est significative, dans la mesure où, pour nos anciens, la chute des bois du cerf et leur repousse correspondait à une renaissance, une nouvelle jeunesse pour le cerf coincidant avec le début du printemps et le renouveau de la nature. Le jeune et l'ancien n'étaient donc que deux états successifs du même dieu. 

 

 

val camonica

Le bestiaire romain et le dieu gaulois

 

Un rapprochement peut d'ailleurs être fait avec ce que les auteurs latins, Pline et Lucrèce principalement, nous disent du cerf. D'après eux, à chaque printemps, le cerf fait sortir le serpent de sa tanière en soufflant de ses naseaux, puis le broie en le piétinant et le mâchant. La légende est évoquée encore au Moyen Age par Isidore de Séville et Gaston Phébus. Selon plusieurs auteurs, en consommant le venin du serpent puis en buvant de l'eau, le vieux cerf est purgé de toutes ses vieilles maladies et comme régénéré.

 

D'après Anne Lombard-Jourdan, ce récit peut être rapproché des représentations de Cernunnos, qui est souvent accompagné d'un serpent, et cela dès sa plus ancienne représentation connue, au Val Camonica en Italie (IVe s. av JC, ci-contre). 

 

 

 

II

 

DU MOYEN-AGE A L'EPOQUE MODERNE

 

RECUPERATIONS DU MYTHE

 

 

La christianisation du mythe

 

La légende du cerf est bientôt christianisé. Le cerf qui se régénère en buvant sera l'image du renouveau apporté par le baptême ; le cerf mangeur de serpent deviendra le Christ qui tromphe de Lucifer ; encore une fois, le propre du christianisme est d'adapter des symboles antérieurs en leur conférant un nouveau sens.

 

 

saint hubert enluminure

 

Ce processus de syncrétisme est particulièrement frappant dans les mythes de saints liés aux cerfs, dans les légendes de Saint Edern, Saint Hubert (ci-dessus, manuscrit français médiéval) ou encore Saint Julien l'Hospitalier : le christ apparaît la plupart dub temps à ces chasseurs impénitents sous la forme d'un cerf pour les appeler à la conversion.

 

 

cerf blanc

Mais la plus belle version médiévale du mythe du cerf est celle que contient la Queste del saint Graal : Perceval, Galahad et Bohort suivent un cerf blanc jusqu'à un hermitage ; le cerf se tranforme en un roi sur un trône qui disparaît ; l'ermite explique alors qu'il s'agit d'une figure de la résurrection du Christ. Etrange parfum syncrétique pagano-chrétien que celui de ces légendes arthuriennes...


L'image médiévale du grand cerf blanc a été illustré par une mosaïque dans l'église de Tréhorenteuc, en forêt de Brocéliande, où un curé féru de mythes arthuriens la fit représenter au milieu du XXe siècle (ci-contre).

 

Une résistance à la christianisation ? Coutumes funéraires et mythes carnavalesques

 

Toutefois, le mythe n'est pas entièrement christianisé. A travers les coutumes, le respect envers le cerf perdure. 

 

Premièrement, les archéologues ont noté, pendant l'époque mérovingienne et au Moyen Age, la présence de bois de cerf dans les tombes. Coutume qui révèle la persistance de la croyance au caractère psychopompe attribué à l'animal (qui escorterait les âmes dans l'au-delà).

 

Ainsi le mythe perdure, fût-ce de manière parodique à travers les fêtes de Carnaval. En effet, les déguisements de cerfs sont attestés dès les premiers siècles chrétiens, et interdits par l'Eglise. Dans cette logique carnavalesque qui subvertit tous les idéaux, les bois de cerfs deviennent les attributs privilégiés du mari cocu. Au XVIIe siècle, le mari de Madame de Montespan, voulant protester contre la relation adultérine de Louis XIV et de son épouse, fera orner de bois de cerfs son carosse pour exposer à tous le scandale de l'inconduite du monarque ! 

 

Symbole monarchique au temps des Valois

 

cerf ailé royalLa récupération religieuse du cerf n'est pas la seule ; on peut également parler d'une récupération monarchique. Le cerf fut tout au long du moyen-âge un symbole de justice du pouvoir ecclésiastique ou laïc.

 

Puis, plusieurs rois de France de la Renaissance ont fait du cerf un élément essentiel de leur héraldique personnelle. Le premier fut sans doute l'étrange Charles VI, le roi fou, qui fit figurer le cerf blanc et ailé porteur de couronne, qu'il aurait vu en rêve, dans des manuscrits enluminés contemporains (ci-contre). Plus tard, François premier et Henri II reprirent le symbole.

 

La nymphe de Fontainebleau sculptée par Benvenuto Cellini pour le premier de ces monarques met en scène un cerf, figure du roi, ainsi qu'en atteste la salamandre placée au-dessus de la tête du cerf (ci-dessous).

 

 

 

cellini nymphe fontainebleau

 

III

 

L'AGE CONTEMPORAIN

 

GLOSES SUR LE MYTHE

 

 

Spéculations modernes : le dieu cornu 

 

Certains spécialistes des mentalités n'ont pas hésité à formuler une hypothèse audacieuse, celle d'un dieu cornu, dieu de la fécondité adoré en secret et qui aurait été le dieu des sorcières, confondu ensuite avec le diable par les Inquisiteurs et autres juristes. Spéculations stimulantes, mais assez aventureuses. 

 

Le dieu cerf de Miyazaki

 

C'est peut-être en se fondant sur l'idée du dieu cornu que le grand artiste japonais Hayao Miyazaki propose sa propre version du dieu cerf dans son dessin animé Princesse Mononoké (1998). Appelé Shishi-gami en japonais, celui-ci est le grand esprit de la nature, qui donne tantôt la mort ou tantôt la vie.

 

dieu cerf miyazaki

 

Pour donner corps à son idée, le réalisateur japonais a déployé une iconographie aussi étonnante que frappante : son dieu cerf a la forme noctrune d'un gigantesque marcheur, tandis que le jour il apparaît sous la figure d'un cerf monstrueux, dont la face est un visage humain, et dont les bois multiples évoquent la ramure d'une forêt.

 

Signe de l'opposition irréductible entre l'homme et la nature, les humains, dotés d'armes à feu, finissent par tuer, même si, clin d'oeil au mythe, il finit quand même par renaître dans les dernières minutes du film... 

 

En somme...

 

Le cerf a tout de ces archétypes immémoriaux dans lesquel chaque époque projette ses idéaux ou ses angoisses. Le mythe se transforme mais ne meurt pas.. Espérance de fécondité, de renaissance après sa mort, le légendaire du cerf dit l'appétit fondamental de l'être humain pour la vie autant que son attachement à une nature trop souvent menacée.

 

Des hommes paléolithiques à Miyazaki, la rêverie humaine prend sa source dans la nature et y revient finalement. 

 

 

Liens divers :

Bibliothèque nationale : le cerf dans les manuscrits enluminés.

Article de Pierre Vial.

Analyse de Princesse Mononoké sur le site Buta Connexion.

 

Bibliographie sommaire :

1968. Emile Thévenot, Divinités et sanctuaires de la Gaule.

1971. André Leroy-Gourhan, Les religions de la Préhistoire.

2005. Anne Lombard-Jourdan, Aux origines du Carnaval.

 

Sources de l'inconographie :

 

Intro - Image 1 - Image 2 - Image 3- Image 4 - Image 5 et image 7 - image 6 - image 8 - image 9


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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 09:06

Les légendes pyrénéennes parlent d'étranges homme sauvages. Ceux-ci vivent à proximité des humains, et détiennent les secrets de la nature. Mais il y aussi les enfants et femmes sauvages, qui eux, ont réellement existé, et dont on a conservé les témoignages. Enquête sur un mystère à mi-chemin entre la légende et le fait divers. 

Les hommes sauvages dans la légende. 

Les légendes de l'Ariège évoquent d'étranges silhouettes entrevues à l'orée des bois... Les hommes sauvages, incarnation de la nature et de ses secrets, vivaient dans les bois, mais ne pouvaient se défendre d'une curiosité dangeureuse pour eux-même, à l'égard des humains... Il était alors facile pour les cultivateurs de les capturer.

Les récits qui les concernent sont typiques. Un paysan (ou un berger), durant son travail, remarque la présence d'un homme sauvage qui le guette depuis un bois. L'homme sauvage essaie parfois, maladroitement, d'enfiler une paire de sabots, puis s'esquive. C'est alors que le paysan imagine un stratgème pour prendre la créature au piège : généralement, il suspend, à l'orée d'un bois, un pantalon, ou des soulier. L'homme sauvage essaie d'enfiler le pantalon ou les souliers, mais, du fait de sa maladresse, se trouve entravé. C'est alors que le paysan le capture...

Le secret des hommes sauvages.


Vous me direz, quel intérêt à capturer un homme sauvage ? Dans la légende, cela peut s'avérér très profitable. En effet, nos cousins des forêts, si l'on en croit la rumeur, seraient détenteurs des secrets de la nature, qu'ils ne livrent aux hommes que sous la menace.

Ainsi, comme les habitants de Saurat (Ariège) avaient capturé un de ces sauvages, ses compagnons lui dirent : "Quoi qu'on te dise et quoi qu'on te fasse, ne dis jamais à quoi sert le bourgeon de l'aulne".

Un autre homme sauvage, en Lavedan, aurait dit à un berger que, s'il connaissait la valeur de la fleur de l'aulne, il pourrait conduire ses boeufs avec des aiguillons d'argent.

Le maître des forces de la nature.

Secrets de la nature, bizarre alchimie des plantes : de même que d'autres êtres fantastiques (fées et démons), les hommes sauvages sont les dépositaires d'un savoir ou d'un savoir-faire occulte, qu'on ne peut leur extorquer que par la force ou la ruse.

Un autre homme sauvage de Bigorre avait trouvé une source dont l'eau rendait immortel.  

De Merlin aux Pyrénées.

Les habitués des romans de la table ronde savent bien que Merlin l'enchanteur apparaît parfois sous la forme d'un homme sauvage. On le voit par exemple dans le Merlin attribué à Robert de Boron (XIIIe siècle). Or Merlin est le fils d'une pucelle et d'un démon, doué du don de prophétie et d'un savoir surhumain.

Il apparaît ainsi que, dès le Moyen-âge, l'homme sauvage est un être qui brouille les frontières et les limites: à la fois humain et inhumain, naturel et surnaturel, inférieur et supérieur à l'homme civilisé. Il est possible que, dans nos pays occitan, ces légendes aient perduré plus longtemps qu'ailleurs.

Les hommes sauvages sont souvent présents dans l'art médiéval, comme par exemple au cloître du Jardin Massey de Tarbes, provenant de l'Abbaye de St Sever de Rustan (photos).

Une hypothèse ?


En Ariège, les hommes sauvages sont appelé Iretges, d'un mot qu'on a rapproché d'hérétique. Selon Olivier de Marliave, ce nom garderait la mémoire des derniers cathares persécutés, obligés de se réfugier dans les forêts, les montagnes et autre lieux retirés, comme des hommes sauvages. Hypothèse séduisante, qu'il faudrait sans doute étayer par des arguments linguistiques.

Les hommes sauvages dans la réalité.

A côté de l'homme sauvage légendaire, il y a des hommes, enfants et femmes sauvages bien réels. Le cas le plus frappant est celui de la "Folle du Montcalm" (1805). C'est l'histoire poignante d'une femme sauvage qu'on a bêtement essayé de "civiliser", en l'arrachant de force à sa vie libre...


Les bergers l'avaient vu vivre seule, dans la montagne, et lui avaient laissé de la nourriture. Mais en 1807, elle fut arrêté par les gendarmes, accusée, paraît-il, de jeter des sorts. On la mena au village de Suc, on l'habilla de force et l'attacha à un lit. Elle réussit à s'évader, fut reprise et jetée dans les geôles du château de Foix. On la croyait démoniaque car elle ne supportait pas les vêtements... Sa triste existence prit fin en 1808, soit à peine plus d'un an après son arrestation. 

Elle aurait déclaré avoir vécu avec des ours, "ses amis les ours qui la réchauffaient". Elle emporta son mystère dans la tombe...

Bref... 

Un sujet passionnant, que je n'ai fait ici qu'effleurer très rapidement. La question de la nature de la culture, de l'humanité, tout cela figure dans ces légendes d'hommes sauvages. C'est pourquoi elles fascinent autant... 

Sources. 
Robert de Boron, Merlin (éd. Droz).
J-P Piniès, Croyances populaires de pays d'Oc
O. de Marliave, Trésor de la Mythologie pyrénéenne et Panthéon Pyrénéen. 

Iconographie.
Panthéon pyrénéen pour l'enluminure (Roman d'Alexandre, XIIIe siècle).
Représentations d'hommes sauvages et de Samson provenant du cloître du Jardin Massey, Tarbes, Hautes-Pyrénées.

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 09:49

 

 

La légende des géants ne se limite pas à des lieux secrets. Elle a aussi donné lieu à des œuvres diverses, particulièrement aux périodes maniériste et baroque (XVIe-XVIIe siècle). En guise de prolongation de mon article sur le roc de Peyremaux et ses géants, j’évoquerai rapidement plusieurs exemples.

 

Le roc de Peyremaux nous raconte l’histoire d’une montagne formée par un géant enseveli sous un tas de pierre. Or le motif du géant enseveli sous une montagne, ou transformé en montagne innerve profondément ces deux périodes de l’art occidental. Nous verrons rapidement trois pratiques, qui nous plongent dans un climat d’irréalité et de fantastique de plus en plus fort : 1. la représentation de la punition du géant. 2. la métamorphose du géant en Montagne. 3. la métamorphose d’une montagne réelle en géant.

 

On se plongera ainsi dans le climat de la Renaissance et du début de l’ère moderne, marqué par des révolutions de la vision de l’homme et du monde, et une certaine inquiétude…

 

1. La représentation de la punition du géant.

 

Dans la légende de Peyremaux, les deux géants sont punis de leur démesure en étant ensevelis sous un tas de pierre. De même, le géant a pu symboliser dans la mythologie classique les forces aveugles et désordonnées en lutte contre l’ordre divin.

 

« Le ciel ne fut pas plus que la terre à l'abri des noirs attentats des mortels : on raconte que les Géants osèrent déclarer la guerre aux dieux. Ils élevèrent jusqu'aux astres les montagnes entassées. Mais le puissant Jupiter frappa, brisa l'Olympe de sa foudre; et, renversant Ossa sur Pélion, il ensevelit, sous ces masses écroulées, les corps effroyables de ses ennemis. (Ovide, Métamorphoses, Livre I) »

 

Un autre passage des Métamorphoses, au livre V, évoque le châtiment de certains des géants, restés ensevelis vivants sous leurs montagnes :

 

« L’île immense de Tinacrie a été jetée sur les membres d’un géant ; elle couvre, l’écrasant de son énorme poids, Typhée, qui avait osé aspirer au céleste séjour […] Lilybée pèse sur ses jambesn l’Etna accable sa tête […]. »

 

Le corps englouti du géant manifeste la punition de l’ordre divin, en même temps qu’il fournit une explication mythique des la formation des reliefs et des phénomènes tectoniques (volcans, tremblements de terre).

 

 



Jules Romain, dans le Palais du Té, résidence qu’il a décoré pour le duc Frédéric de Gonzague, a illustré, dans un style maniériste et torturé, la fable ovidienne des géants (1526-1534). Les ennemis des dieux croulent sous les monceaux de montagne, détachés par les foudres de Jupiter. En accord avec la légende Ovidienne, les géants sont difformes, aux traits grossiers, suggérant, dans une époque attachée à la physiognomonie, un caractère violent et brutal. La scène était conçue dans un exprit illustionniste, de manière que le spectateur ignore, par la juxtaposition de rochers peints et de rochers réels, où s’arrête la réalité et où commence la représentation.

 

Il est dit que cette fresque avait une signification politique. En faisant représenter la punition des géants, le commanditaire, Frédéric de Gonzague, entendait marquait sa fidélité à l’empereur Charles Quint (alias Jupiter). 

 

Dans le même ordre d’idée, mais plus tardif, nous rencontrons dans les jardins du château de Versailles un Encelade, titan enseveli sous sa montagne, et qui là aussi est le symbole de la vengeance du pourvoir (divin, royal) sur les forces désordonnées.

 

2. Métamorphose du géant en montagne

 

Mais il arrive que le mythe étiologique (des causes) du géant fondateur de montagne se dégage du cadre ovidien d’un monde créé par la conquête de l’ordre sur le désorde, des dieux sur les géants. Dans ce cas, les artistes représentent le lien intime entre le géant et la montagne, mais sans nécessairement appeler à une idée de punition.

 

De telles représentations s’inscrivent aussi dans le courant maniériste, dans la mesure où elles semblent transgresser la limite entre l’humain et le minéral.

 

C’est le cas de l’Apennin de Jean de Bologne, sculpture en briques, pierres et mortier présente dans les jardins de Pratolino (vers 1580). La statue est de dimensions colossales, digne d’un géant : une douzaine de mètres. La tête du géant habitait un appartement dont les yeux étaient les fenêtres.

 

Mais ce qui nous intéresse au premier chef avec l’Apennin, c’est la parfaite osmose, ou métamorphoses entre le corps du géant et le minéral. Barbes et cheveux se figent en concrétions tandis que le bas du corps est déjà englué dans la matière rocheuse.

 

D’après Jurgis Baltrusaitis, Jean de Bologne eut un imitateur français en la personne de Salomon de Caus, l’ingénieur génial qui mit presque au point (c’est largement méconnu) un premier prototype de moteur à vapeur. Caus était un hydraulicien qui voulut intégrer aux figures des montagnes en forme de géants des fontaines, pour accroître l’illusion d’une parfaite transformation de la figure humaine en paysage (1615).

 

 

3. Métamorphose de la montagne en géant.

 

Malgré le caractère à la fois virtuose et échevelé de ces oeuvres, on n’a pas encore atteint le sommet de la spéculation. Il s'agit désormais non plus de représenter un géant métamorphosé en montagne, mais de voir une figure humaine colossale dans une montagne réelle… Celle-ci est présentée dans un ouvrage du jésuite Athanase Kircher, China Illustrata. Une des planches nous présente une montagne en effigie de géant. Kicher était un savant de cabinet, qui se fondait sur le témoignage de missionnaires de son ordre pour composer ses livres. En cette occurence, c’est le père Martini qui a rapporté l’existence de cette effigie gigantesque, sans pouvoir d’ailleurs dire si elle était naturelle ou artificielle. Elle représenterai Fe, un dieu local (« idolum FE »). L’illustration montre aussi un visage sur le côté droit de la montagne.

 

Ceci ne doit pas paraître aussi absurde qu’il y paraît. Au XVIIe siècle, dans les cabinets de curiosité, on collectionnait jalousement les pierres figurées ou gravées, trouvées dans la nature, et dans lesquelles on trouvait des représentations de paysages, d’animaux, d’humains. A l'époque baroque, le rocher avait encore, même pour certains scientifiques, une vertu plastique et représentative.

 

De même, à l’époque de Kircher, on pouvait encore croire « scientifiquement » à l’existence passée de géants, comme le montre son Mundus Subterraneus, où l’on voit illustrés les tailles respectives de plusieurs géants. De telles reconstitutions étaient faites à partir d’ossements de grande taille, peut-être ceux d’animaux préhistoriques dont on ignorait alors l’existence.  

 

En bref…

 

Tout cela pour dire que la légende du géant faiseur de montagne, d’origine mythique et religieuse, a inspiré et l’art et la spéculation. Sans doute faut-il y voir un de ces invariants de l’imagination humaine.

Liens.

Sur le palais du Té à Mantoue.
Baltrusaitis, sur Salomon de Caus.

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