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parmi les    visiteurs d' Over-Blog, il y a     amateurs de lieux secrets... 

 

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Le Pays cathare ou Languedoc (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Tarn)...

Venez y découvrir
les lieux méconnus...

...qui vous parlent de l'histoire, du patrimoine, des légendes du sud de la France.

Un monde si proche et si lointain de châteaux, de villages perchés, de pics et de forêts profondes s'ouvre désormais à vous.



"Les êtres et les choses sont créés et mis au monde non pour la production mais pour la beauté"
Joseph Delteil

 

"Ne soyez pas des régionalistes. Mais soyez de votre région."

Joë Bousquet 

 

"Celui qui n'a pas de passion, il ne lui sert à rien d'avoir de la science."

Miguel de Unamuno

28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 07:15

bez bedène (6)
Au nord de l'Aveyron, Bez-Bédène est un hameau authentique posé sur une arête de granit comme sur le fil d'une épée. On trouve dans ce site remarquable, outre un bel ensemble de maisons de pierre, les vestiges d'un prieuré et des rochers aux formes surpenantes. 

Découvrons le riche patrimoine historique et naturel de Bez-Bédène...

Etymologie

Bez, c'est en occitan le bouleau (plus précisément un bois de bouleaux, ou un pays où ces arbres abondent). Bédène, c'est la Viadène, le nom du terroir où se situe le village. Le nom est orthographié Bez-Bédène (la forme la plus communément admise), Bez-Bedène, Bès-Bedène.  

bez bedène (59)
Situation : le plateau de la Viadène

Sur le territoire de la commune de Campouriez, Bez est situé à 564 mètres d'altitude, dans le petit pays de la Viadène. La Viadène est un plateau délimité au sud par la vallée du Lot, à l'ouest et au nord par celle de la Truyère et à l'est par les Monts d'
Aubrac. La roche d'ici est le granite, qui affleure un peu partout, à tel point que d'étonnants rochers se dressent parfois dans le jardin des maisons... Le socle rocheux granitique de la Viadène a été profondément creusé au cours des millénaires par le travail patient de plusieurs rivières, dont la principale est l'Argence.

bez bedène (63)
Un méandre de la Selves

Un de ces cours d'eau de la Viadène,
la Selves, prend sa source sur le plateau de l'Aubrac (1330 m.), se creuse un chemin tortueux dans la roche, grossie par plusieurs affluents dont le principal est le Selvet. C'est sur une hauteur surplombant un méandre de la Selves que Bez-Bédène est bâti.

bez bedène
Accès

On arrive à Bez-Bédène ou bien par la route qui descend directement depuis Saint-Amans-des-Cots, ou bien par le petit chemin de la vallée qui remonte vers le hameau après avoir franchi la Selves sur le pont dit "romain" ou "de la Banide". Cet ouvrage très étroit date du XIVe siècle (1329). Il est dit que l'évêque de Rodez accorda 30 jours d'indulgence à ceux qui contriburaient financièrement à sa construction.

Non loin du village, on peut voir les vestiges d'une voie romaine, ce qui montre que le lieu était fréquenté de longue date. Le nom de Viadène ferait d'ailleurs référence à la "Via decima", dixième voie romaine. La présence de cet ancien axe de communication, tout comme l'appellation de "pont romain" laissent supposer qu'ici passaient au Moyen-âge des pèlerins de Saint-Jacques. Je n'ai pas fait de recherches sur ce point, mais dans L'Aveyron (Alain Drignon, Fil d'Ariane éditeur) il est question d'un hôpital adjoint au prieuré pour accueillir les pèlerins.

bez bedène (4)

Deux sites en un

bez bedène (35)
Ce qui est frappant dans ce site, c'est qu'il est organisé en deux zones bien distinctes, dont la démarcation est matérialisée par une croix au socle de granit (ci-dessus). Côté nord-est, sur la partie la plus large de l'arête granitique s'alignent comme en rang d'oignon toutes les maisons du village. Côté sud-ouest, là où l'arête se rétrécit, le terrain est absolument vierge de constructions, et présente un paysage de rochers granitiques dont les formes étranges font de véritables pierres à légendes... Evoquons successivement ces deux parties bien distinctes du site, le village et les rochers...
  

bez bedène (13)Bez-Bédène, côté rochers bez bedène (10)Bez-Bédène, côté village



Le village et l'ancien prieuré

bez bedène (62)
Le village de Bez-Bédène s'est selon toute vraisemblance construit autour de son église. Un ermitage fut fondé au XIe siècle par saint Gausbert, chanoine de Rodez. En 1087, il est transformé en église paroissiale. Celle-ci devient un prieuré qui est ensuite uni au collège des Jésuites de Rodez en 1576.

bez bedène (40)
L'église (XIIe s.) est caractéristique de la transition du roman et du gothique. L'extérieur semble roman avec un clocher à peigne, toutefois l'intérieur présente de belles croisée d'ogives. Dans les chapelles latérales, deux retables remarquables. Dans la chapelle de gauche, un autel avec un tabernacle, surmontée d'une statue en bois de Saint-Gausbert, encastrée dans une niche entourée de colonnes torses. Dans la chapelle de droite, un retable avec un tableau représentant le don du Rosaire. Cette peinture est entouré de petites scénettes en bois sculptés représentant chacune l'un des mystères du Rosaire.
.

bez bedène (39)St Gausbert bez bedène (38)Le Rosaire


Un petit ermitage était attenant à l'Eglise. Sur le mur extérieur est, on remarque une porte murée et les départs d'une voûte: entrée pour certains d'un hypothétique ancien cloître du prieuré.

bez bedène (48)
Les rochers 

bez bedène (16)
Ils sont situés sur la partie la plus étroite de l'arête rocheuse, où le passage est parfois incommode, d'où le nom de Maupas "le mauvais pas". Toutefois, le jeu  en vaut la chandelle. On admire là un paysage granitique sculpté par l'eau, les vents, le gel... Combien de millénaires d'érosion a-t-il fallu pour arriver à façonner ces étranges roches qui surplombent le cours de la Selves ? Le lieu parle à l'imaginaire. D'après A. Calmels, les anciens donnaient à ces blocs de pierre des noms imagés en fonction de leur forme : "roc de l'ohuc", "roc del citrou", "roc de los Cocudos".

bez bedène (24)

bez bedène (30)Pierre branlante, pierre à légende

Toutefois, si tous ces rochers sont impressionnants, sans conteste le plus remarquable d'entre eux est formé par un bloc en équilibre. C'est une roche tremblante, dit-on... Je n'ai pas vérifié ! Autour d'elle flotte comme un parfum de mystère. Elle semble être une simple formation naturelle,  pourtant elle est parfois qualifiée de "dolmen", comme si on y voyait, sans doute à tort, l'oeuvre des mains de nos ancêtres.

Ce qui est possible par contre, c'est que l'on ait voulu (quand ?) la christianiser en peignant sur le rocher de dessous une croix blanche. Or, en règle générale, on ne réserve un tel traitement qu'à des pierres auxquelles nos anciens prêtaient des vertus ou des pouvoirs particuliers, croyances autrefois très répandues et combattues par l'Eglise. Peut-être aussi n'a-t-on peint cette croix que pour signaler un site remarquable ? J'en suis réduit à faire des hypothèses. Si quelqu'un en sait plus, je lui serai reconnaissant de laisser un commentaire.  

Pour conclure sur le sujet, je site in extenso ce que dit A. Calmels sur la pierre :

"Elle fut signalée pour la première fois par l'historien Bosc (1753-1804), originaire de ce village. Il y a là une énorme quille de granit, découronnée de sa pointe sur laquelle on peut grimper côté nord tandis que le bord opposé forme un a-pic absoluement vertical. Or sur ce bord tronqué gît en surplomb une grande pierre qui paraît être la cime de la quille renversée par les siècles. Bosc l'appelait pierre branlante; il est certain qu'aujourd'hui elle ne branle plus; en tout cas, il est bien difficile de croire que dans une intention religieuse des hommes se soient entendus pour hisser une pareille pierre sur un pareil précipice."
 

bez bedène (31)  bez bedène (32)


Bref...  

Un lieu magique, à la fois par sa nature, son patrimoine, et je ne sais quel parfum de mystère et d'autenticité. Un de mes plus beaux coups de coeur en Aveyron.

Lire
Chanoine A. Calmels, Guide touristique de l'Aubrac. Ste-Geneviève-sur-Argence et St-Amans des Cots, éditions de la solidarité aveyronnaise, 1984, 2e édition.
A. Drignon. L'Aveyron. Rouergue hier et aujourd'hui. Fil d'Ariane éditeur.

Liens
Site intéressant sur la Viadène, ses lacs et ses rivières
Hôtel du lion d'or (belles photos de Bez-Bédène)

Accès
Localiser Bez-Bédène sur la carte interactive

Près de Bez-Bédène
Mur-de-Barrez, village au riche patrimoine
Albinhac et sa représentation de la Mort
Aubrac et sa domerie 

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 08:00

 

 

Roquefère, Cupserviès. Deux villages millénaires, oubliés dans les bois du versant sud de la Montagne noire, entre rochers, cascades et forêts. Dans ces bourgs toujours vivants, le temps semble s’être arrêté…  

 

Roquefère, la roche sauvage.

 

On donne comme étymologie Roca fera, la roche sauvage. Il y aurait beaucoup à dire sur ce village, qui recèle mille vestiges d’un patrimoine précieux.



Le château.

 


Architecture
. Sa partie arrière date du XIIe siècle. Il a reçu par la suite améliorations et embellissements multiples. Ainsi, il contient dans une de ses salles une cheminée du XVIIe siècle, classée aux monuments historiques. Sous sa forme actuelle, il comporte 4 tours et deux cours.

 

Histoire. Il appartenait avant la croisade contre les Cathares aux seigneurs de Cabaret, défenseurs de la Montagne noire qui capitulèrent devant les troupes de Simon de Montfort. Les seigneurs de Cabaret toléraient, et même protégeaient la religion cathare. Après leur capitulation, Roquefère passa donc aux mains de la couronne de France.  

 

L’Eglise.

 

Elle est de style gothique. Elle abrite plusieurs pièces remarquables. L’une d’elle est un reliquaire de la Sainte-Epine (de la couronne d’Epines du Christ). De forme octogonale, il s’orne de rayons comme un ostensoir et date des années 1790. Il porte un poinçon qui représente une couronne accompagnée du nom d’ARIBAUD. C’est la marque de Jean-Pierre Aribaud II, orfèvre réputé dans l’Aude en cette fin du XVIIIe siècle.

La cloche porte une inscription du XIVe siècle.

 

Insolite : le calvaire de Roquefère.

 

C’est un de ces calvaires de village, édifiés jadis, et laissés à l’abandon. Moi, je trouve ce genre de lieux infiniment touchant… Jean Girou, déjà dans les années 1980, en disait la poésie :

 

«  Un calvaire aux statues d’argile, mérite une halte pieuse –une pensée candide et fervente a posé dans cette nature la reproduction des trois scènes de la passion ; les personnages, de grandeur naturelle, ont subi du temps d’irréparables outrages ; le gel, le vent les orages ont mutilé les statues qui ajourent ainsi à la désolation de la tragédie sacrée. Des grottes, d’une architecture enfantine, composées d’un aggloméré des pierres, de stalactites et de scories métallifères, véritable résumé minéral de ces monts sauvages, abritent ce Calvaire ».

 

Cupserviès, du dolmen à la cascade.

 

L’époque néolithique : le dolmen de Ventajous.

 

Lorsqu’on vient de Roquefère et que l’on suit un chemin qui serpente dans les bois de Feuillus et de pins, on arrive à un plateau appelé de Ventajous. Peut-être parce qu’en ces lieux le vent souffle en toutes saisons ? Ce lieu donne un panorama impressionnant, à des kilomètres à la ronde. On y trouve les vestiges de deux dolmens, dont l’un est encore visible. Même si sa dalle horizontale de couverture a disparu, on voit nettement les trois dalles horizontales qui forment un caisson, sans doute la chambre funéraire.

 

Antiquité.

 

Les lieux étaient donc connus et occupés depuis l’époque néolithique. En quelques minutes de marches, on parvient du dolmen de Ventajous au site de la chapelle Saint-Sernin.

 

En ce lieu, on a des traces d’occupation romaine. A l’emplacement de la chapelle Saint-Sernin de Cupserviès fut trouvé jadis un cippe (petit autel dédié à une divinité). Son inscription latine était une dédicace à Diane (« DIANAI »), la déesse romaine des forêts et des bois. Ce qui est tout à fait de circonstance, quand on connaît cette région montagneuse et boisée…

 

Moyen-âge.

 

Au Moyen-âge est édifiée la chapelle Saint-Sernin. Selon certains auteurs, elle est reconstruite sur des fondations de l’époque  wisigothique, au XIe siècle. Son architecture très simple révèle l’époque de sa construction, selon L’Aude (éd. Bonneton) :

 

«  Eglise rurale de type préroman du XIe siècle, c’est-à-dire nef unique, voûtée en plein-cintre sur doubleaux, prolongé par un chœur en hémicycle, voûtée en cul de four, légèrement plus étroit. Elle fait la transition entre les églises préromanes du IXe siècle dont elle garde les traits principaux et les églises du premier art roman dont elle annonce les caractéristiques. »

 

Saint-Sernin : l’église et le cimetière.

 

Emouvant spectacle que celui du cimetière qui entoure la petite chapelle. La vie d’autrefois était rude et impitoyable, ces modestes tombes en témoignent à leur manière.

-Emile Garel, décédé le 5 février 1921 à l’âge de 16 ans.

-Clément Bouisset, né le 6. 6. 1898, mort le 8. 10. 1918.

Une belle croix de pierre, fragilisée par le gel, mais toujours majestueuse, occupe le centre de ce champ du repos.

 

Le village de Cusperviès et la cascade.

 

De l’église de Saint-Sernin, il y a quelques minutes de marche jusqu’au village de Cupserviès proprement dit. Du petit bourg, aux rues étroites pour atténuer la morsure des vents, on a une belle vue sur la Cascade. L’eau de la rivière fait une chute de 90 mètres environ : réellement spectaculaire ! Le bruit de l’eau, qui se répercute dans le vallon, ajoute à la beauté et au mystère des lieux.

 
Les rues du village sont fort étroites… Même l’Eglise est protégée par un auvent, sorte d’abri. Au-dessus de la porte, une sorte de niche décorée d’une coquille.

 



A Cupserviès et aux alentours
.

Les rues étroites du village. 

 

Protections en ardoise sur les murs (nous sommes en pays de neige !)


Le vieux lavoir.  



On remarquera les belles et grandes fermes (vestiges de bergeries ?).

 

 

La montagne était autrefois peuplée de petits hameaux, comme celui de Sabarthès. Aujourd’hui, leurs maisons ont perdu leur charpente et leur toiture, et les maisons sont enserrées dans les griffes du lierre…

 


Bref.

 

Vestiges de la préhistoire, de l’époque romaine, du Moyen-âge et de l’époque moderne… Une promenade dans la nature, mais aussi dans le temps. Que dire de plus devant tant de merveilles ?

 

Il faut les voir soi-même.

 

 

 

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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 07:42

 Il est, dans la Montagne noire audoise, des villages perchés et secrets... Ils apparaissent comme par enchantement au détour d'une route. Cabrespine est de ceux-là. Niché au creux d'une vallée, ce petit bourg nous offre les vestiges d'une riche histoire...

Je ne peux écrire de gros articles pour le moment, alors je vous offre ces quelques mots et photos... en attendant mieux !

Cabrespine selon Jean Girou.

Ecoutons ce grand amoureux du pays :

"Cabrespine ! Ossature décharnée, ravinée par les eaux, les orages, le gel et le soleil, rocher de l'Aigle, de l'Agnel, visibles et reconnaissables de tout le pays.

Dans ce cadre tourmenté, qui étage les perspetives, la plaine, au loin, brille; la route, ombreuse sous les châtaigniers, descend, bordée d'un côté sur les murettes des champs, de l'autre par le précipice; [...] un pont de pierre saute un ruisseau et l'on entre dans Cabrespine ".  

Un véritable Eden ?

Située sur le versant sud de la Montagne noire, Cabrespine regarde vers la Méditerranée... Elle est située dans une vallée fertile où l'on trouve pommiers, poiriers, noyers, et même vigne et olivier. Il y avait aussi le seigle, la pomme de terre, l'élevage des brebis pour la laine.

La vocation agricole de Cabrespine était réelle. Jadis existait, le premier jeudi du mois d'août, une foire aux ovins et merrains de châtaigniers (bois pour les tonneaux).

De l'ère des mines de fer à celle des abbayes.


Cabrespine, pas si loin que cela de la voie domitienne, avait à l'époque antique de nombreuses mines de fer. Elles furent encore exploitées au siècle dernier. Cabrespine n'entre dans l'histoire écrite qu'en 814, où elle est signalée comme dépendance de l'abbaye de Lagrasse. Quelques moines vivaient sur place pour l'exploitation du domaine. 

L'époque féodale. 

A cette époque sont établies des seigneuries de village. Pour abriter le siège du pouvoir, et se défendre, des châteaux sont construits. En 1035 est contruit le château de Cabrespine, un des plus anciens de l'Aude avec Peyrepertuse et Quéribus. 
 
Que se passa-t-il lors de la guerre contre les cathares ? Je n'ai pas poussé assez loin mes recherches pour le savoir. Néanmoins, on sait qu'en 1217 Simon de Montfort, le général des croisés, donne le château de Cabrespine à l'abbaye de Lagrasse. Le château fut ensuite disputé entre catholiques et protestants pendant les guerres de religion.

L'église de Cabrespine.

Elle fut recontruite au XVIIIe siècle, sur des bases romanes. Il y a dans le village, au-dessus du linteau d'une porte, une sculpture qui semble d'époque médiévale. Proviendrait-elle de l'Eglise ?

L'époque industrielle.

Les rues de Cabrespine sont de nos jours bien calmes. Néanmoins, il faut s'imaginer jadis ici un petit centre industriel ! Jusqu'au XXe siècle, on y comptait des tanneries et des fabriques de draps. Hélas, le village se dépeuplera rapidement au profit des usines de la plaine, Mazamet et bas Languedoc...



Bref... ou le mystère des six ponts.

Un petit monde magnifique. Je n'ai guère eu le temps de faire des recherches, mais le peu d'info que j'ai rassemblées donne envie d'aller plus loin...


Dans une des rues de Cabrespine, six petits ponts permettent d'accéder à des maisons. Une beauté de plus dans ce village béni des dieux.

Il y aurait tant d'autres chose à dire sur Cabrespine: par exemple, que Pierre Duhem, le célèbre historien des sciences, y écrivit, s'y promena souvent et dessina les paysages si beaux et si familiers...


Autres villages perchés proches de Cabrespine.

Lespinassière et sa tour majestueuse.
Castans, le village des châtaigniers aux 4 hameaux.

Sources. 

Cabrespine sur le site des Villages perchés de la Montagne noire.  Toujours une mine d'informations, que j'ai utilisée pour cet article. 
Association Randodhuhem, qui évoque les promenades et les dessins de Pierre Duhem à Cabrespine.
Aude, éditions Bonneton. 
J. Girou, Itinéraire en Terre d'Aude.  

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Abellion le Polygraphe - dans Villages perchés
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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 01:02


Quelles sont ces constructions perchées au milieu de rochers dénudés ? Ce sont les maisons d'Hautpoul, un charmant village au-dessus de Mazamet, dans la Montagne noire tarnaise. Village millénaire, qui guetta depuis ces hauteurs l'arrivée des troupes de Simon de Montfort.

De la Montagne à la plaine.


L'histoire d'Hautpoul est semblable à celle de nombreux villages de la Montagne noire : il fut construit en hauteur comme le village principal de sa micro-région, mais, au cours du Moyen-âge il perdit de l'importance au profit d'un autre village construit dans la plaine, en l'occurence, Mazamet.

Dans la Montagne noire tarnaise, on a au moins deux autres exemples: l'oppidum de Verdun-Berniquaut progressivement abandonné au profit du village de Sorèze, et le site du Castellar délaissé au profit du village de Dourgne. La différence avec d'autres cas, c'est qu'Hautpoul est l'un des seuls villages castraux qui n'aient pas été complètement abandonnés au profit de la plaine.

Une légende prétend qu'Hautpoul fut fondé par un "roi wisigoth", en 413.



La croisade. 
 
A Hautpoul, le transfert de la montagne à la plaine a été motivé... par les ravages de la Croisade contre les cathares. En effet, l'armée de Simon de Montfort a tenu ici un siège de quatre jours, avant de s'emparer de la ville et de démanteler le château. Ce serait à ce moment-là que, de gré ou de force, les habitants d'Hautpoul sont descendus dans la plaine et auraient fondé un village qui deviendrait Mazamet. 



Le récit du siège d'Hautpoul, d'après Pierre de Vaux-de-Cernay

"Le quinzième jour après Pâques, nous arrivâmes. Les ennemis commencèrent à insulter les nôtres. Le fort était sur les rochers abrupts et semblait inaccessible. Un pierrier (machine de guerre) que nous montâmes abattit la tour du château. Le troisième jour, nos soldats voulurent monter à l'assaut, mais à peine parvenus au premier faubourg, ils reçurent des coups de pierre et le feu fut mis où ils étaient entrés. Le quatrième jour, alors que les pierres battaient encore le fort, un nuage épais de fumée permit aux assiégés de prendre la fuite. Nous les poursuivîmes, nous tuâmes tous ceux qui purent êtres atteints et, le jour suivant, le comte fit entièrement brûler la place, qu'il réduisit en cendres". 

Il est dit qu'Isarn d'Hautpoul, le seigneur, et quelques-uns de ses fidèles, purent alors s'échapper à la faveur d'un souterrain.  

Quelques siècles plus tard, pendant les guerres de religions, Hautpoul a toujours une place stratégique, puisqu'il est sans cesse pris et repris par protestants et catholiques.

 

La légende du peigne d'or.

La Vallée de Mazamet, comme tant d'autres dans la Montagne noire, a connu une certaine richesse grâce aux activités textiles dès le XVIIIe siècle, relayées au XIXe siècle par le délainage. Ces activités étaient permises par l'énergie hydraulique (pour fouler la laine), en l'occurence le cours de la rivière Arnette.

Hélas, la concurrence étrangère a fait que ces activités ont progressivement disparu. Pour autant, une légende liée à Hautpoul garde la mémoire de cette époque bénite. La légende du peigne d'or, que j'ai racontée in extenso ailleurs, mais dont je vais rappeler ici quelques éléments liés à l'eau.

Il est dit que la fée Saurimonde jeta jadis son peigne d'or dans l'eau de l'Arnette, et que c'est ce talisman qui contribua à la prospérité de Mazamet, directement liée aux eaux jaillissantes de la rivière.

D'ailleurs, la fée, avant de jeter le peigne dans l'eau, s'adressa à un certain Rivière en lui disant "de grande rivière, tu deviendras petit ruisseau" après quoi le personnage obèse et opulent se transforma en mediant pauvre et famélique. Une grande rivière, c'est la richesse: manière symbolique de dire que la prospérité économique de Mazamet vient de l'eau.

Une énigme ?



Le plus frappant dans cette photo, c'est l'homme au premier rang, sur son espèce de mille-feuilles de rochers. Ce rocher est-il réellement dans la montagne d'Hautpoul ou a-t-on affaire à un montage photographique ? Je ne saurais dire pour le moment... Il faudrait se rendre sur place. Avis à ceux qui savent...

Bref...
Voilà, ce n'est qu'une simple carte postale, tout est dit dans le titre, je n'ai pas le temps de travailler à un article plus développé pour le moment... Je vous jure que je parlerai plus longuement de ce merveilleux village d'Hautpoul une autre fois.

En savoir plus.
La carte postale est des éditions APA-Poux (Albi).  
Site d'Hautpoul (association des jouets en bois).

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Abellion le Polygraphe - dans Villages perchés
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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 08:41

 

Montolieu, dans la Montagne noire, à 20 km de Carcassonne et 70 de Toulouse est un but idéal de balade. Vous y trouverez à la fois de beaux paysages, un patrimoine intéressant, et une quinzaine de libraries très bien fournies ! Disons donc quelques mots sur l’histoire de Montolieu, après quoi on vous offrira un petit guide descriptif de quelques librairies que l’on y trouve !  

 

L’histoire en très bref…

 

Montolieu était traversé par une voie romaine, venue de Puylaurens et de Saissac. Le village fut pendant longtemps le siège d’une abbaye bénédictine. Montolieu fut assiégée par les Protestants lors des guerres de religion, qui la prirent par escalade le 3  mai 1576. Au XVIIIe siècle, elle fut réputée pour sa production de draps (Manufacture royale).

 

Eglise Saint-André de Montolieu, ses beautés et ses mystères.

 

Comme toutes les églises, celle-ci fut construite et reconstruite à diverses époques. Une première église paroissiale  est mentionnée en 931. L’église actuelle est du plus pur style gothique, et fut construite au XIVe siècle. En deux fois, puisque l’autel fut consacré en 1368 par l’évêque Jean Fabri, et qu’une pierre datée de 1393 figure sur le chevet, ce qui atteste une deuxième campagne de travaux.

La nef comportait à l’origine 9 travées, dont une fut rasée au XIXe siècle pour élargir la rue… C’est à ce moment là que les éléments de l’ancienne façade principale furent réemployés dans la nouvelle. Les fausses voûtes d’ogives et les peintures sulpiciennes qui les ornent sont encore une fois l’œuvre du XIXe. A l’origine, il n’y avait qu’une charpente.

 

Saint Michel et le démon. 

 

On peut admirer à l’Eglise de Montolieu (dans une chapelle latérale) un magnifique tableau du XVIIe siècle, du pur style baroque, représentant saint Michel qui écrase le démon. Le tableau est plein de mouvement. Le saint et le démon sont immobilisés dans une sorte de combat aérien. Saint Michel, dans un geste ample et une tension de tout son corps, va donner un coup d’épée au démon qui tombe à ses pieds. La beauté de l'archange naît du contraste entre le métal luisant de sa cuirasse et le drapé mouvant de sa cape rouge sang. Quant au démon, il est représenté avec un naturalisme à faire frémir, doté d’une sorte de museau ou de groin particulièrement hideux, et de cornes de chèvres du plus parfait grotesque…

 

Autres tableau, pour les amateurs d’un style plus assagi : Jésus chassant les vendeurs du Temple, toile d'après Jouvenet, par Jacques Gamelin, né en 1738 et mort en 1803.

 

Autres témoins de l’histoire.

 

Il faut voir la magnifique manufacture du XVIIe siècle (bâtiment de 1740), transformée aux XIXe et début du XXe. Les armoiries royales au-dessus de l’entrée ont disparu après la Révolution. Elle est aujourd’hui transformée en chambre d’hôtes, alors avis aux personnes âgées et fortunées… Allez, sans rancune ! On adore les chambres d’hôtes.

 

Il ne faut pas non plus manquer, sur la place parking, la croix en fer forgé, à l'angle de la place publique, à l' entrée du bourg  (inscription aux monuments historiques par arrêté du 27 septembre 1948). C’est un chef-d’œuvre de ferronnerie ; le fer a été manié avec une telle dextérité, que les feuillures et autres ornements semblent comme végétaux ou floraux.

 

Montolieu village du livre.

Tout a commencé en 1989. Michel Braibant, un relieur, aujourd’hui décédé, est tombé amoureux du village et a voulu en faire un village du livre, comme il en existait déjà en Belgique ou au Pays de Galles. Huit librairies se sont ouvertes vers 1990 ; aujourd’hui, il doit y en avoir une quinzaine. On peut aussi y voir le musée du livre. Mais évoquons quelques-unes des librairies que je préfère à Montolieu.

 

Le Guide des librairies de Montolieu.

 

L’Alcyon (rue de la mairie) : Un peu généraliste, comme tous les libraires de Montolieu, ou à peu près ; mais on y trouve souvent des bouquins étonnants et rares en fantastique, sciences humaines. Vous y serez très bien accueilli.

 

Alzeau-livres (face au pont) : grand choix de livres anciens, dont certains aux reliures impressionnantes (recueils de lois du XVIe siècle, un Plutarque d’Amyot), cela vaut la visite ; dans les livres modernes, spécialité de régionalisme et d’histoire militaire. François Castagné est un passionné, avec qui il est très agréable de discuter.

 

Le dilettante (en bas d’une petite rue qui part du côté de l’Eglise) : les stocks d’un libraire parisien (si j’ai bien compris). On y trouve de tout, et parfois des choses très intéressantes. Sur une sorte de Mezzanine, pléthore de livres d’art et pour enfants. Est tenu par une jeune fille fort sympathique mais qui déteste marchander !

 

La Manufacture (dans les locaux de l’ancienne manufacture de draps, en bas du village) : regroupement de plusieurs libraires. Grand choix de livres sur tous les sujets : sciences humaines, histoire, religions, etc. Grosse pochothèque et stock de roman (vous y trouverez le Danièle Steel ou le Marc Lévy d’occase pour la fête des mères), y compris en langues étrangères.

 

Feu central : a toujours des livres intéressants et atypiques ; un peu d’ésotérisme et de littérature érotique, des romans d’aventure, BD de collection. Le cadre est super détendu, avec cheminée et canapés pour bouqiner un brin…

 

Voyelles : Tout pour l’amateur de littérature. Editions originales de textes littéraires, brochures de poésie (Fata Morgana et alii), et dernièrement un rayon pochothèque bien fourni. A parfois des livres d’archéologie, à un prix attractif. On y trouve des Maurice Magre !

 

La Chouette : un grand bazar (terme qui est loin d'être péjoratif pour moi), d’une étendue phénoménale, avec ses étages, son sous-sol, ses coins et ses recoins. Important rayon régionalisme.

 

Clio : un autre fameux bazar, très typique, la boutique du bouquiniste comme on se l’imagine, où il faut slalomer entre les piles de livres ou enjamber des romans pour se ménager un passage. Comme le nom l’indique, important rayon histoire, mais aussi littérature.

 

Le relieur : un véritable artiste. Vous pouvez lui confier vos ouvrages les yeux fermés.

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Abellion le Polygraphe - dans Villages perchés
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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 07:52

 

Sur les pentes qui mènent au Pic de Nore, couvertes de forêts, vous croiserez au détour d’un chemin un charmant village, dominé par un fier donjon. Isolée comme une île dans sa mer arborée, la bourgade dégage une ambiance particulière, entre la sérénité, le calme et le mystère. Car Lespinassière est un endroit secret, qui, malgré la beauté de son château, ne semble pas avoir laissé de trace dans l’histoire…

 

Arriver à Lespinassière.



C’est déjà un exploit en soi ! Un route pentue et en lacets (la D 620) serpente pendant des lieues dans de sombres bois de conifères. De place en place, d’étranges rochers d’allure feuilletée élèvent leur rude silhouette contre la morsure des vents. On aperçoit parfois, perdue dans les forêts, une ferme d’allure ancestrale, seul signe de présence humaine dans ces lieux sauvages. Et c’est au détour d’un virage qu’apparaît, tel un phare, le donjon de Lespinassière, veillant sur les 90 habitants que compte le village.  

 

Les origines du village.

Lespinassière est un village construit en terrasse sur le sommet d’une colline, les maisons étant comme frileusement pelotonnées autour de son donjon. Ce qui laisse présager une fondation ancienne, antérieure à la croisade cathare (XIIIe siècle) où tant de villages détruits furent et reconstruits dans la plaine, alors que l’on édifiait aussi des bastides. Ainsi, il est dit que le château existait déjà à l’époque carolingienne. Cette place forte naturelle, si isolée, nous reporte dans des âges sombres d’insécurité, bien oubliés aujourd’hui, où la Montagne et la forêt étaient le refuge contre les dangers divers et variés.  

 



Une histoire oubliée.

Le plus frappant, avec l’histoire de Lespinassière, c’est que l’on ne sait rien. Tout, ou presque a été perdu dans les brumes du mystère et de l’oubli. A partir du IXe siècle, Lespinassière appartenait au domaine de l'Abbaye de Caunes. Nulle part le village n’est cité lors de la croisade contre les Cathares. Peut-être parce que cette place forte naturelle était imprenable ?

 

Le château de Lespinassière.

Seul témoin de ces temps oubliés, le château. Nous l’avons dit, il est cité au IXe siècle, et il a été détruit lors des guerres de religion (1579). Il s’ouvre de portes et de fenêtres en plein cintre. Le donjon carré, impressionnant de verticalité, est construit de simples moellons, comme toutes ces modestes et grandioses forteresses de la Montagne noire. L’intérieur est voûté en berceau. Tout ces éléments laisseraient supposer une construction d’époque romane, époque où la Montagne noire se couvrait d’un noir manteau de donjons.

 

La structure du village.

Le village est en terrasse, construction propice aux cultures. Contre les violents orages méditerranéens qui frappent le village, un système de drains a été mis en place, et un réseau de canaux d’irrigations lui permet de tenir face aux étés secs. Dans la forêt, d’autres terrasses marquent des lieux autrefois cultivées, agrémentées de çi de là de sécadoires (séchoirs à châtaignes).

 



Une famille de Lespinassière : les Hébraud.

A défaut d’en savoir plus sur l’histoire de Lespinassière par les sources directes, la généalogie d’une famille importante du village nous en apprend davantage. Ils s’agit des Hébraud. L’une des descendantes de cette famille a créé un site internet sur lequel on peut glaner des renseignements passionnants. On y apprend ainsi que cette famille, attestée dès le XIIIe siècle à Lespinassière, semble avoir même partie liée avec l’hérésie cathare !  Mais parole à la descendante :

« En 1280 (?), soit 70 ans après l'ordonnance de Villers-Cotterêts, instituant l'usage des noms de famille, on trouve un Bernadus et un Arnaudus EBRAUDI à Lespinassière, dans un acte concernant les droits de l'Abbaye Bénédictine de Caunes, sur les habitants de Lespinassière.
En 1323 un acte concernant le droit de passage des troupeaux sur les propriétés des habitants de Lespinassière, mentionne 5 HEBRAUD, parmi lesquels un Arnaud.Est-ce le même que celui de 1280 ? et un Raymond traduisant la fidélité au comte de Toulouse...et suggérant que l'hérésie Cathare n'était pas loin. Enfin, le Compoix de 1490 nous révèle l'existence de nombreux EBRAUD dans différents hameaux de Lespinassière. »

Les Hébraud sont d’ailleurs toujours passionnés par l’histoire de leur village, et c’est guidé par l’un d’entre eux que j’ai visité l’étonnante Eglise de Lespinassière.

 

L’histoire mouvementée de l’église de Lespinassière.

L’église originelle datait du XVIe siècle, mais elle fut détruite une nuit du début du XXe siècle par un orage très violent, même pour ces pays méditerranéens… En effet, c’est toute une partie de l’Eglise qui s’effondra sous les flots de l’Argent-double en furie. Détail macabre, les corps des morts furent extraits de leurs tombes du cimetière voisin et portés dans des champs, à une centaine de mètres de là…




Les ruines de l’ancienne église sont encore visibles, avec le départ de ses voûtes en croisée d’ogives. L’appareil, comme celui du château, est de moellons, obtenus à partir de la pierre schisteuse et sombre que l’on trouve partout ici.

On reconstruisit une nouvelle église juste à côté de l’ancienne en style 1930, avec un chemin de croix qui était l’œuvre, dit-on, d’un prix de Rome. Cela vaut le détour, on a plus l’habitude du style sulpicien que du style 1930 dans les églises de village…

 

Pharmacopée naturelle : la triaque.

Pour tous les accros de la pharmacopée naturelle, une étrange tradition médico-culinaire de Lespinassière… On fabriquait autrefois (encore entre 1870 et 1937) la triaque (mot qui vient de thériaque ?), confiture de genièvre non sucrée, destinée à la médecine humaine et vétérinaire, et vendue aux éleveurs du coin. Mélangée à du vin chaud, la triaque provoquait une abondante sudation… Sans doute salutaire avant l’importation du sauna finlandais dans nos contrées, même si nettement moins sexy… Le site « villages perchés en Montagne noire » nous en apprend plus sur sa fabrication :

 

« Les baies provenaient des genévriers locaux mais aussi de Saint Pons et de Quillan, elles étaient récoltées à l'aide de " tamboros " de 60cm de diamètre et de bâtons. Une centaine de litre de baies mures étaient sur le feu dans un grand chaudron en cuivre contenant un peu d'eau. Une fois gonflées, elles étaient enfermées dans un sac de toile et pressées afin d'en extraire le jus. Ce jus était ensuite cuit dans un chaudron jusqu'à obtention d'une pâte visqueuse. Conservée dans des boites en fer blanc de cinq kilos, la triaque était transporté et vendue dans toute la région. »

 

En bref…

Visitez Lespinassière ! Et vive la Montagne noire ! Un village où l’on trouve autant de chats ne peut de toute façon être habité que de personnages hautement sympathiques !

 

Sites (cliquez sur le lien).

Villages perchés en Montagne noire.

Généalogie et histoire de la famille Hébraud.

Lespinassière sur le site pays cathares.

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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 09:32

 

 

Les bastides, ce sont ces villes nouvelles au plan géométrique, construites par les rois de France en Occitanie, au détour des XIII et XIVe siècles. On connaît souvent celles de la plaine : Revel, Carcassonne (ville basse), etc… Ce que l’on sait moins, c’est qu’il en existe une dans les sombres forêts de la Montagne noire. C’est Saint-Denys, que je vous propose de découvrir aujourd’hui, avec aussi ses légendes et ses mystères.

 

L’époque romaine.

 

Certains ont cru voir à Saint-Denys le plan de base de l’urbanisme romain (decumanus, axe  de l’est à l’ouest et cardo maximus, axe du nord au sud). Mais ce point est contesté ; il est possible que le plan géométrique de Saint-Denys ne doive en effet rien aux Romains, et tout à son statut de bastide du XIIIe siècle.

 

Ce qui est sûr, c’est que le village était occupé à l’époque romaine. On a retrouvé au lieu dit Co d’Espérou, sur le territoire de la commune, une ancienne villa qui semble avoir été la demeure d’un maître de forge de l’époque romaine. Dans l’antiquité, la Montagne noire était en effet réputée pour la qualité de son fer. La villa comporte une partie vraisemblablement destinée à l’exploitation du fer, et une autre réservée à l’habitation et à l’agrément, avec un portique avec bassin, un laraire (sanctuaire es divinités domestiques). Mais le tout est édifié avec un manque de moyen et une rusticité qui laisse penser que l’édificateur connaissant les canons de l’architecture romaine, mais sans avoir les moyens d’en imiter le luxe. Ainsi, les trompe-l’œil peints prenaient la place du marbre !

 

Saint Denys avant saint Denys : l’énigmatique château des Tours-nègres.

 




Sur le territoire de la commune se trouve un antique castel de Montagne connu dans le pays sous le nom de Tours-nègres. Il est situé dans le paysage sauvage et grandiose des gorges de l’Alzeau, où la rivière se taille un chemin en mugissant parmi les arbres et les falaises à pic.

Bien que la légende nous dise que les Tours-nègres étaient une abbaye, il est facile de voir qu’il s’agit en fait d’une ancienne petite forteresse, avec sa basse-cour et son donjon. On a remarqué que l’édifice était visible du château de Saissac, comme de l’Eglise de Montolieu, ce qui suppose la possibilité de signaux optiques.

 La raison d’être de cette forteresse en ce lieu sauvage ? Tout simplement, elle était là pour protéger une route très ancienne qui franchit en bas du château l’Alzeau sur un gué. Cette route qui gagnait Cuxac devait exister alors que Fontiers et Saint-Denys n’avaient pas été encore fondées (avant le XIIIe siècle).

Le château date peut-être du XIIe siècle, du fait de son architecture et de sa fonction défensive qui est devenue inutile après la fondation de saint-Denys (XIIIe siècle), puisque les routes ont alors changées. Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire et la légende des Tours-nègres, voyez donc cet autre article du blog (lien).  

 

 




La fondation de la ville.

 

En 1307, un acte d’inféodation du roi Philippe le Bel stipule que le bois de la Serre a été donné aux nouveaux hameaux de Saint-Denys et de Fontiers « pour leur usage et utilité et pour la construction de leurs maisons », ce qui laisse supposer qu’à l’époque le boug était encore en construction.

 

Comme toute les bastides, Saint-Denys a un plan en damier, formé de rues parallèles se coupant à angles droits. On le retrouve dans les autres bastides de plaine : Revel, Mirepoix, etc.

 

Contrairement à la ville voisine de Saissac, plus ancienne et jadis repaire de cathares (lien),  Saint-Denys a été fondée par la volonté du roi de France, à la fin du XIIIe siècle. Cette forte volonté politique de la monarchie française se marque par le nom de la ville : Saint-Denys, en hommage au saint patron de la monarchie française, évêque légendaire de Paris auquel on attribuait les œuvres connues sous le nom de corpus dionysien, avant que cette attribution soit réfutée en 1614 par Casaubon.

 

 

L’église.

 

Il reste près de l’église des vestiges des anciens remparts, avec une porte datée de 1616. L’Eglise est construite en dehors des remparts, ce qui laisse supposer qu’elle est postérieure à leur édification. Elle est de style gothique et a été remaniée en 1761 et 1853.

 

On y voit des vestiges intéressants. Il y a quelques vitraux sulpiciens assez jolis. Deux fresques anciennes se voient sur les pans du mur gauche : Jésus montant au ciel, la descente de croix. Au plafond, les quatre évangélistes. Une dalle funéraire de 1659, avec une croix de Malte, est visible près du sanctuaire. Mais le véritable trésor est une vierge ancienne que l’on date du XVe siècle. C’est une vierge dorée, couronnée, tenant l’Evangile qu’elle présente aux assistants. Sur son bras gauche, l’enfant Jésus. Il est à noter que la main gauche du Christ semblait porter un objet qui a depuis disparu : mystère…

 


 

Les cloches de l’église ont une histoire amusante. L’une d’elles s’appelle Apollonie, datée de 1877. Elle porte son nom en hommage à sa ‘marraine’ (la donatrice) Apollonie Saba, et ne pèse pas moins de 900 kg ! Une autre s’appelle Marguerite et a été fondue en 1806 avec des restes de bronze provenant d’une ancienne cloche, et pèse 200 kg. Quand à la dernière, elle a été échangée an 1793 contre une grosse cloche fêlée envoyée à la fonderie des canons de Toulouse. Elle est datée de 1613, et pèse 40 kg.

 

Curiosités.

 

-On peut voir dans le village une haute maison du XIXe siècle, avec une statue représentant une religieuse et une petite fille. C’était l’ancienne école des jeunes filles, tenue par les sœurs de saint-Joseph, et fondée en 1855. En 1964, l’école fut fermée lorsque les sœurs furent chargées par l’évêque de s’occuper de l’école secondaire Jeanne d’Arc de Castelnaudary.

 

-Un épisode curieux : en 1919, devant la mortalité des nouveau-nés à l’hôpital de Carcassonne, on décida d’établir à saint-Denys une pouponnière, où les nouveaux nés de la plaine pourraient profiter de l’air salubre de la Montagne noire.

 

Quelques anciennes coutumes et croyances.

 

-On raconte que le trésor du château des Tours-Nègres est accessible pendant la nuit de la saint-Denys, le 9 octobre.

 

-Saint-Denys avait son buisson (espèce de gros arbuste qui vit très longtemps, traditionnellement planté près d’une fontaine dans les villages du Cabardès). Voir notre article sur la question : lien.

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Abellion le Polygraphe - dans Villages perchés
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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 00:32

 

Ce village de l’Aude, blotti dans les forêts de la Montagne noire, est magique. Les bergers du néolithique y ont mené leurs bêtes et érigé des pierres à légendes. Les gallo-romains y ont établi leurs exploitations agricoles. Des seigneurs belliqueux en ont fait le point de départ de leurs expéditions punitives. De paisibles meuniers y ont fait fortune. Et on y murmure d’étranges légendes de trésors wisigothiques et de pierres qui grandissent comme des plantes…

 Entrons donc ensemble dans les mystères et l’histoire de Saissac !

 

.

 

Une pierre à légendes qui grandit et qui saigne!

Près de Saissac, au lieu-dit Picarel, se trouve une étrange pierre levée. Les anciens rapportent que jadis, les enfants pouvaient s’asseoir dessus, mais que depuis, elle a grandi !

Une autre légende tout aussi mystérieuse disait que, lorsqu'on la frappait trop violemment, la pierre saignait (cette légende s'expliquant peut-être par la présence de fer dans la roche?).

En fait, il s’agit d’un menhir érigé jadis par les peuples du néolithique, le long d’un chemin très ancien appelé dans le pays Cami Roumieu ou Saissaguès (de Saissac). Ce chemin traverse les forêts de la Montagne noire, sans doute depuis la plus ancienne antiquité, et a vu défiler, après les troupeaux de la préhistoire, les romains et les pèlerins de Saint-Jacques.

 

 





Les origines romaines.

 Trois éléments nous permettent de parler des origines romaines de Saissac.

 -d’une part, l’étymologie du nom de Saissac : c’est un nom de lieu formé, avec le suffixe gallo-romain, -acum, sur le gentilice (nom de grande famille) Sacius, sans doute le nom du propriétaire. Saciacum signifie donc : la « propriété de Sacius ».

 

-d’autre part, les vestiges d’occupation romaine présentes sur la commune, et tout près à Saint-Denis. On a fouillé les vestiges de la villa de Co d’Espérou, qui en fait était la demeure d’un maître de forge gallo-romain.

 

Saissac et les Wisigoths : l’histoire et la légende.  

 

Le nom de Saissac, dans la tradition populaire, est associé au trésor des Wisigoths. En effet, on racontait autrefois une bien étrange histoire. Après la bataille de Vouillé (près de Poitiers) où le roi wisigoth Alaric fut tué par Clovis et son armée mise en déroute par les Francs, le trésor des Wisigoths, comportant entre autre le chandelier sacré des Juifs pris aux romains, devait être caché. Un petit contingent mené par Théodogote, la femme de Clovis, serait venue l’enfouir à Saissac.

 

Cette histoire n’est sans doute qu’une belle légende, et on n’a aucune preuve, à l’heure actuelle, qu’il existait un château à l’époque wisigothique à Saissac. Néanmoins, il faut noter que plusieurs auteurs indiquent que la Montagne noire, où se trouve Saissac, a été longtemps la frontière du royaume wisigoth et du royaume franc. La légende serait-elle une confuse mémoire de cette ancienne situation politique ?   

 

Par contre, on a trouvé un vrai trésor à Saissac, mais il date de l’époque de saint Louis, et comporte 2000 pièces (trouvé en 1979).

 

(Un vieux pont en bas du château).

Saissac à l’époque médiévale.

 

C’est au Moyen-âge que Saissac devient importante, avec la famille de Saissac. Apparemment, le lieu est un centre dès l’époque carolingienne. Le château est cité en 960, et la famille de Saissac en 1031. Les seigneurs de Saissac étaient du genre remuant ! Théoriquement vassaux du comte de Carcassonne, ils s’opposent à lui dans les faits : ainsi, en 1150, Hugues de Saissac conteste à Roger, vicomte de Béziers, les droits de justice et d’administration sur la terre de Valsiger (Montolieu).

Isarn Jourdain, seigneur de Saissac, donne des terres aux cisterciens de l’abbaye de Villelongue en 1149 : « fonds incultes et cultivés, revenus et redevances, eaux, emplacements de moulins et pâturages ».

 

Bertrand de Saissac, seigneur médiéval et fin politique.

 

Bertrand de Saissac était un puissant seigneur en Montagne noire, à la veille de la tourmente qui allait frapper la contrée, celle de la croisade contre les cathares. Il était également un des familiers de Roger Trencavel, le puissant vicomte de Carcassonne.


Bertrand était sans doute, comme d’autres seigneurs de la Montagne noire, ceux de Roquefort (les Cammazes-81) et de Cabaret (Lastours-11) un sympathisant du catharisme. Il usait d’ailleurs de manières bien cavalières avec l’Eglise… Ainsi, lorsque Bertrand de Saint-Ferréol fut élu comme abbé d’Alet dans l’Aude, Bertrand le fit jeter en prison ; il mit ensuite le cadavre de l’abbé défunt sur le siège abbatial, et fit procéder à une nouvelle élection truquée. Celle-ci lui permit de mettre à la tête de l’abbaye « son » candidat, Boson, que l’archevêque de Narbonne confirma dans ses fonctions en échange d’une grosse somme d’argent…

 

La tourmente de la Croisade.

 

Bertrand, tout en utilisant l’Eglise catholique pour ses desseins politiques, protégeait les cathares et hébergeait les Troubadours. Il aurait accueilli ainsi le célèbre Pierre Vidal, l’amoureux de la Louve de Pennautier… Il était sans doute lui-même croyant cathare, et était consulté sur des points de foi. La « parfaite » (prêtresse cathare) Blanche de Laurac vint ainsi prêcher à Saissac.

 

En 1209, Simon de Montfort prend Carcassonne. Trencavel, le vicomte, est vaincu à Carcassonne et ses vassaux doivent reconnaître Simon de Montfort comme légitime seigneur ou être bannis. C’est ce qui arrive à Saissac, fief qui revient désormais au seigneur franciman Bouchard de Marly. La Montagne noire appartient désormais au roi de France, qui y fera construire la bastide de saint-Denys.

 

Le château de Saissac.

 

C’est l’un des plus beaux ensembles de l’Aude. Son donjon s’élève à 18 mètres ! On pourrait presque s’attendre à y voir chevaucher l’irascible Bertrand de Saissac !

 

Saissac moderne, ses drapiers et ses meuniers.

 

Avec l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles) viennent des temps plus calmes.

Le commerce des draps est alors florissant dans la Montagne noire en général, et à Saissac en particulier. Tout cela grâce à la laine des ovins qui pullulent ! La famille des Saptes se fait construire dans le village un bel hôtel de style XVIe siècle finissant, un peu rustique mais admirable, que l’on peut toujours voir.

 

Les meuniers sont aussi bien implantés dans la ville à l'époque. Encore aujourd’hui un petit ruisselet canalisé passe dans le village, que l’on appelle le Béal des Treize Meuniers, cité en 1658. Il servait sans doute à alimenter en eau les moulins et usines où la laine était foulée pour la fabrication du drap.

 

Le cimetière et la petite chapelle.

 

Si vous cherchez dans le village un lieu isolé, c’est le cimetière de Saissac, situé dans un endroit bucolique, avec son ancienne chapelle de Saint Jean de Saissaguet. Une procession avait lieu là à l’occasion de la fête de la saint-Jean.

 

Autre coin isolé : un ancien moulin situé près de la rivière, en bas du château. Le lieu est difficilement accessible, mais on peut y gravir un escalier acrobatique, une meule et un petit pont qui ne tient plus guère que par un grand mystère !

 

Voilà !

 

J’espère que ces quelques lignes vous aurons donné envie de visiter Saissac et son château. Vous pouvez y accéder à partir de Carcassonne (route de Montolieu) ou de Revel (Route des Cammazes). Profitez bien de cette montagne magique qu’est la Montagne noire.


Sources.

Canton de Saissac-opérations vilatges al pais. Une véritable mine d'informations, comme tous les ouvrages de cette collection. A consulter impérativement!

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 07:21

 


Non loin du village de Caudebronde, la chapelle Saint-Pierre est située au bord de la route départementale qui va de Carcassonne à Mazamet. Partiellement dissimulée sous un bois de chênes menus, c’est une église de montagne assez modeste, faite pour résister aux rigueurs des climats. De forme trapue, elle est couverte d’ardoises, et dispose d'un proche où l'on peut s'abriter. Elle a une belle porte rustique en plein cintre. Devant sa porte, une petite croix de fer.

 

La source de saint-Pierre.

 



Si l’on emprunte un petit chemin derrière la chapelle, on arrive rapidement à une petite source, protégée par une construction en moellons. Là coule une eau très pure, dont la tradition dit qu’elle peut guérir les maladies des yeux.


Jadis, ceux qui voulaient obtenir la guérison opéraient ainsi : ils devaient se rendre à la source le premier août, jour de la fête de saint Pierre, entre l’angelus du matin et celui du midi. A ce moment là, il fallait se laver les yeux trois fois, dire un « pater à saint Pierre », le supplier de prier Dieu pour soi. Ensuite, on emportait un peu d’eau pour se laver les yeux chaque jour en se levant et se couchant.

 

La légende de la Juive.

 



Le plateau de Caudebronde est également lié à une légende mettant en scène un être féminin énigmatique, fée, sirène ou sorcière. Elle s’appelle la Juive (Josiva), et apparaissait le jour de la chandeleur (2 février). Si elle portait un fagot de bois sec sur l’épaule, cela indiquait que l’hiver allait reprendre dans toute sa rigueur.


Une telle légende se retrouve non loin de là à Lastours, où c’est un autre personnage féminin, Salimonde, qui apparaît également le jour de la Chandeleur pour donner un signe de la fin proche ou lointaine de l’hiver. De telles capacités météorologiques sont souvent associées dans les légendes à des êtres féminins ; ainsi, dans les bestiaires du Moyen-âge, c’étaient les sirènes qui avaient cette capacité de prédire le temps.


Quant au nom de « juive », il faut se rappeler que l’antisémitisme latent des populations anciennes était réel, et que juif était synonyme de païen, enchanteur, sorcier (autrement dit : un être qui a des rapports avec les forces de la nature brute, ou du surnaturel). Il n’y a pas lieu de s’étonner qu’un être magique légendaire ait reçu un tel surnom.


D’ailleurs, d’après François Oustric, un conteur racontait là-bas il y a quelques décennies que cette juive était une druidesse, qui administrait là une sorte de petit sanctuaire à l’époque romaine. Légende sans doute trop précise « historiquement parlant » pour être réellement authentique.

 

Plusieurs mystères.

 



-pour autant, cette légende permet de faire une hypothèse intéressante sur les origines du sanctaire. En effet, le plateau de Caudebronde, de l’antiquité au Moyen-âge, a été un haut lieu de la production de fer. On trouve encore sur place des mâchefers et des restes de fourneaux. Qui dit fourneaux ou forges dit sans doute dommages oculaires pour ceux qui y travaillent, dus à la chaleur du métal en fusion. De ce fait, peut-être que la fréquentation de cette source qui guérit les maladies des yeux date de l’époque pré-chrétienne, avec possible christianisation du lieu sous l’invocation de Saint-Pierre ensuite. Mais, bien sûr, ce n’est là qu’une supposition.


-Les lieux étaient en effet occupés au moins depuis l’époque romaine. On a trouvé sur place une amphore de type rhodanien, du règne de Caligula.   


-il existe dans la source une petite niche. Certains disent qu’autrefois se trouvait là une petite statue disparue (volée ?), dont on ignore le sujet : représentait-elle saint Pierre ? Dernièrement, on y a déposé une icône.

 

Les chemins de saint-Jacques. 


On peut même penser que la source, après les Romains, fut ensuite visitée au Moyen-âge par les pèlerins de saint-Jacques, puisqu’après tout, nous ne sommes pas loin ici du Cami Roumieu qui traverse la Montagne noire, ancienne voie romaine sans doute empruntée par les pèlerins. Certains même parlent d’une hôtellerie qui aurait accueilli ici les visiteurs. Toujours est-il que tout ceci relève de l’hypothèse, en l’absence de confirmation directe.

 

Sources.


F. Oustric, « La source de saint-Pierre » (Revue Folklore).

F. Courrière, Récits et traditions de la Montagne noire

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Abellion le Polygraphe - dans Villages perchés
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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 10:52
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Il y a des lieux d’Occitanie où l’on vient attiré par la grandeur et la célébrité des monuments. Il y en a d’autres où l’on vient abusé par l’éclat de fausses légendes. Mais il en est d’autres qui se donnent dans une sincérité totale, une beauté humble, rude et sublime à la fois. Tel est Castans, village entouré de montagnes, de forêts et de châtaigneraies dans la Montagne noire audoise, près du Pic de Nore.
 
Là, nos anciens, aux prises avec une nature aussi belle qu’impitoyable, ont dû conquérir leur survie par une lutte physique de tous les instants avec la terre, la pierre et l’eau. Les pentes ont été terrassées, les ruisseaux endigués ; on a planté des châtaigniers là où le blé ne pouvait pousser. On a sculpté dans la pierre de la montagne madones et croix, les témoignages humbles d’une foi en une existence d’autant plus précieuse qu’elle était précaire.
 
Vivre à Castans. 

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Certains disent que les hommes étaient déjà là au IX siècle. Seuls des bergers pouvaient alors vivre sur cette terre ingrate et jalouse, dans ces forêts profondes. Ce n’est qu’au XVIIIe et au XIXe siècle que le village de Castans s’est peuplé. En effet, les sols schisteux de la région se prêtent admirablement à la culture du châtaignier. C’est donc en vendant ses châtaignes, le « pain du pauvre », que Castans a vu se développer ses cinq hameaux : Laviale, Lafargue, Quintaine, Escandelle, Raïssac.
 
Le pays du châtaignier.
Le châtaigner demande peu, et fournit tout : il donne ses fruits, dont les plus beaux étaient vendus dans la plaine, tandis que les autres servaient à la fabrication du castagnou, une bouillie épaisse dont se nourrissaient les anciens. En moins de 10 ans, le châtaignier produisait un bois apprécié. Tous les 6 à 68 ans, on coupait les taillis ou boutières, qui servaient à fabriquer les cerclages de tonneau, jusqu’à ce que le bois soit supplanté par le fer. Les plus vieux châtaignier fournissent encore des planches réputées dans le minervois pour les fonds de tonneau. La feuille de châtaigner, chez les plus humbles, était également utilisée omme fourrage pour les agneaux, et la bogue de châtaigne comme engrais pour l’olivier.
Un énorme châtaigner, très ancien, se trouve dans le hameau de Lavialle. Ne le manquez pas.
 
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La pierre et l’eau.
 
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Les hommes d’autrefois tiraient de leur environnement tout ce qui leur était nécessaire. Ainsi, la pierre schisteuse de la montagne fournit les matériaux des maisons. Les moellons sont parfois étonnamment agencées.

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Les ruisseaux de la montagne étaient canalisés, conduits vers les lavoirs.
Peut-on imaginer la ruse et la sagesse des anciens, capable de survivre de peu et d’utiliser avec le plus d’efficacité le peu de ressources disponibles ? Je suis admiratif devant leur habileté à résoudre, fruit d’une inventivité permanente mais aussi d’une expérience millénaire accumulée au cours d’innombrables générations.
 
Madones et croix. 

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Dans ce pays où la survie était difficile, y a t-il une place pour la beauté ?
Il y a d’abord la beauté fonctionnelle des voûtes de pierres et de moellon, patiemment agencées.
Il y a ensuite une magnifique Vierge à l’enfant, sans doute sculptée par un artiste local. Une vierge imposante de majesté tient dans son giron le corps d’un christ enfant. La silhouette de la vierge est très simple : visage rond, yeux suggérés par de simples cavités… Mais l’émotion qu’elle dégage est réelle. Le corps du christ semble incroyablement chétif, tandis que la mère exprime une force résignée et tranquille. Cette force, était-ce celle des habitants de Castans face aux misères de leur vie, jadis, dans ce coin isolé ? L’artiste local avait bien dû voir des mères aimer leurs enfants à la santé fragile, en ces âges difficiles de mortalité infantile, et nul doute que c’est cette émotion réelle qu’il a voulu rendre dans l’image de la Vierge à l’enfant. 
D’autres croix bordent les routes, et semblent conjurer les dangers d’une existence précaire.
 
La chapelle.

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Cet édifice a été aménagé en salle d’exposition, et vous pouvez le visiter. Sa porte est de style ogival, et l’édifice a un toit rustique en bois. On y voit une autre madone en bois à l’enfant, signe de l’importance de la Vierge dans la foi locale d’autrefois. Quoi de plus réconfortant que la tendresse d’une mère pour ces hommes et ces femmes exposés à une vie rude et difficile ?
 
Des pierres parlantes.
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Il revient au promeneur d’aujourd’hui d’imaginer la vie des hommes d’autrefois. Leurs joies, leurs angoisses. Leurs espoirs, leur volonté de vivre. Ces gens sont éloignés de nous par leurs conditions de vie, mais aussi tellement proches par leur humanité. Leurs descendants sont fiers de leur héritage et savent toujours le préserver pour l’offrir au visiteur épris d’authenticité. Si dans des lieux comme Rennes-le-Château, on rencontre le Languedoc illusoire des mystificateurs, ici on rencontre le Languedoc réel des hommes qui l’ont construit dans la sueur et le sang.  
 
A voir :
Au hameau de Laviale, châtaignier géant, croix avec vierge du XVIIe siècle, chapelle du XIIe siècle, panneau d’informations, église paroissiale. Quintaine est un hameau classé. Multiples randonnées.
 
Pour plus d’infos.
Guide de randonnée Chamina Montagne noire, randonnée 45.
Site de l’association des villages perchés de la Montagne : villagesperches.free.fr/
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Abellion le Polygraphe - dans Villages perchés
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