Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Ce Samedi, je me suis rendu à Montaillou, le fameux village occitan. Et j'y ai rencontré une descendante des cathares! Je reviens en quelques mots sur cette rencontre peu banale.
Montaillou est un village de montagne, isolé dans un plateau jadis glaciaire et battu par les vents,où il ne pousse rien ou presque. Un lieu comme je les aime
! Le village est étonnant, presque insulaire. On se croirait sur une île bretonne tellement ici, tout à l'air de respirer la fierté et
l'indépendance.
Le village.

Le château de Montaillou, photo provenant du site Terres Cathares
Sur la place principale, outre la radio locale, une gentilhommière, avec un beau proche fortifié. Il paraît qu'autrefois le gros bâtiment du fond de la cour était
aussi fortifié, mais que l'ancien propriétaire l'a fait modifier, sous prétexte de travaux à une cheminée qui fumait. Résultat: l'édifice a été dénaturé, et la chemine fume encore... La
rumeur dit que là vivait la belle et lascive châtelaine Béatrice de Planissoles...
Plus loin se dresse une petite chapelle, et, dominant le village, un château, ancienne garnison du comte de Foix, dresse trois murs fiers et dérisoires vers un ciel silencieux...
Les decendants des cathares.
Ceux qui ont lu le livre d'Emmanuel Le Roy Ladurie savent qu'au XIVe siècle, toute la population de Montaillou fut déportée pour être jugée sous le soupçon d'hérésie cathare, par l'inquisiteur
Jacques Fournier. Celui-ci, non content de les interroger sur leurs possibles accointances avec l'hérésie, leur fit déballer toute leur vie, leur vision du monde, leurs amours, leurs hontes
secrètes et leurs vices. Ainsi on apprend l'existence d'un "quattuor" d'homosexuels, d'une châtelaine amatrice de jeunes gens, d'un curé usant de moyen de contraceptions étranges, d'un sacristain
alcoolique doté de la capacité de voir les morts... Sans doute nul village à aucune époque n'a été à ce point là radiographié dans son intimité la plus profonde.
Montaillou, tel que révélé par le registre d'inquisition de Jacques Fournier, apparaît dominé par une famille ou plutôt une maison, les Clergue. Ce sont eux les plus grands propriétaires du
bourg, le curé est aussi un Clergue. Or quel n'a pas été mon étonnement, en visitant la petite chapelle romane du village, de voir qu'elle était pleine de tombes de Clergue... dont le décès ne
remontait pas à plus d'une centaine d'années, pour les plus anciennes!
Ce qui était étonnant, lorsqu'on regardait ces tombes, c'est que l'on voyait que les Clergue avaient traversé les siècles, mais qu'en plus ils avaient gardé leur position dominante. Détail
révélateur, à une époque où ce n'était pas encore l'usage, les femmes Clergue qui s'étaient mariées faisaient suivre le nom de leur mari de leur nom de jeune fille.
Rencontre.
Tout pensif, je revenais du cimetière, lorsque j'aperçus une dame âgée qui marchait le long du chemin. Une Clergue, sans doute, dis-je à mon épouse. J'engageai la conversation. La dame avait de
beaux yeux verts et un visage fort expressif. Elle me confirma qu'elle faisait elle-même partie de la famille Clergue ! J'avais rencontré une descendante des contemporains des cathares, de
ceux qui allaient écouter les sermons de Bélibaste!
Très aimable, elle me parla notamment de la gentilhommière sur la place du village, qui autrait été la demeure de Béatrice de Planissoles. Elle évoqua aussi l'hémorragie des Clergue, qui
partaient pour des cieux mieux lotis en manière d'emploi. Mais aussi de l'été, où tous reviennent passer un mois mémorable sur la terre de leurs ancêtres.
N'est-il pas dommage que le monde moderne, avec sa centralisation abusive et ses nécessités économiques, dissémine une famille qui vivait dans ce village depuis plus de 700 ans? J'en laisse le
lecteur juge.
Là où ni le roi de France, ni l'inquisition n'ont triomphé, les nécessités de notre triste époque dévastent sans pitié les signes et la mémoire du passé. L'or tombe sous le
fer.