Les origines de Dourgne et la guerre des Albigeois.
Dourgne est un charmant petit village du Tarn blotti au pied de la Montagne noire, entre Revel et Labruguière. Avant la guerre des Albigeois au XIIIe siècle, Dourgne était un castrum (village
fortifié) qui s’élevait autour d’un donjon montagnard, au lieu-dit le Castellas (dont les vestiges existent encore, paraît-il). Or, nous dit la légende, ce village primitif ayant été dévasté
pendant les combats (22 avril 1212), les habitants demandèrent au roi de France Philippe IV le Bel, un siècle plus tard, la permission de reconstruire leur village au pied de la montagne.
L’autorisation lui fut demandée en 1301, nous dit la légende, par une escorte composée des plus belles jeunes filles et des plus beaux jeunes gens du village, tous tenant des branches de romarin,
et fut finalement accordée par le roi, séduit par une si belle jeunesse.
La fête du romarin.
Chaque année, lors de la Fête du Romarin (dimanche de la Sexagésime), les habitants de Dourgne organisent défilé et festin pour commémorer, ce qui fait que la fête a lieu sans discontinuer depuis
800 ans environ. Bel exemple de continuité !
Pourquoi ce symbole du romarin ? Il était d’usage pour les jeunes de Dourgne de le voler rituellement dans les jardins la nuit précédant la fête. On se souvient aussi que ce sont des jeunes
gens qui sont allées demander à Philippe le Bel la reconstrution de leur village. Le romarin est donc fortement lié à la jeunesse. Il est également lié à la « jeunesse » de la nature,
car il pousse au début du printemps (en février). On lui prête également des vertus de fécondité : ainsi, au XVIIe siècle, on disait aux enfants qu’ils naissaient dans des romarins, et non
dans des roses ou des choux comme ajourd’hui.
Une chanson célèbre.
Pour toutes ces raisons, le romarin symbolise l’amour naissant aux beaux jours, comme l’indique la chanson :
J’ai descendu dans mon jardin
Pour y cueillir du romarin
J’en avais pas cueilli trois brins
Qu’un rossignol vint sur la main.
Il me dit trois mots en latin
Que les hommes ne valent rien
Et les garçons encore bien moins.
La jeune fille dans cette chanson va cueillir du romarin pour l’offrir à son amoureux, selon une tradition attestée de longue date. Dans beaucoup de privinces du Languedoc, offrir du romarin
équivaut en effet à offrir son cœur, ou du moins à révéler ses sentiments. C’est donc pour cette raison que le rossignol arrive à propos, pour mettre en garde la jeune fille inexpérimentée de la
roublardise masculine.
Le romarin et le laurier.
Dans le légendaire de Dourgne, le fête du romarin est opposée à celle du laurier, organisée cette fois-ci non plus par la jeunesse mais par les gens mariés. En effet, la légende de la refondation
de Dourgne nous dit que les notables de la ville, après avoir obtenu la permission de reconrtuire leur villae du roi de France en 1301, durent aller chercher la charte à Puylaurens où se trouvait
le roi. C’est à cette occasion qu’ils cueillirent des brins de laurier qui poussaient en nombre dans le village, au point, nous dit la légende, de lui donner son jom (Puy-laurens, le puy du
laurier selon une étymologie fantaisiste). Or, le laurier représente la stabilité et la perdurabilité, traditionnellement associées à la symbolique du mariage, par opposition au romarin qui
symboliserait la force mais aussi l’évanescence des premiers émois.
Une hypothèse : évolution du sens de la fête ?
Ce que suggère B. de Viviès, c’est que la fête du romarin était traditionnellement une fête de la jeunesse, liée au printemps et à l’éveil de la fécondité, et que c’est peu à peu qu’a été
privilégiée la commémoration historique de la reconstruction de la ville. D’ailleurs, aujourd’hui, la fête du romarin a presque totalement perdu son aspect de fête de jeunesse pour devenir avant
tout une fête costumée, commémoration historique.
Quoi qu’il en soit, il faut souligner la vitalité des gens de Dourgne qui savent si bien faire vivre leurs traditions. Allez donc à la fête du romarin vous-même pour en avoir la preuve !
Pour approfondir.
B. de Viviès, Saints et géants au pays de Dourgne, troisième partie, chapitre II, « les rituels laïques ».