Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Lurbe Saint-Christau (Pyrénées-Atlantiques) est un lieu réputé pour sa source thermale. Il jaillit là une eau riche en cuivre. Elle a la propriété de combattre les maladies de peau. Au Moyen-âge en particulier, les lépreux venaient y soulager leurs membres mutilés. Si bien qu’un hôpital y avait été fondé par les Hospitaliers, sous la protection de Gaston IV le croisé (1114). Celui-ci dura jusqu’au XVIe siècle. Nul ne se doutait, encore au XIXe siècle, que les origines du lieu remontaient bien plus loin dans le temps…
La découverte d’une statue.

En 1897 eut lieu le nettoyage du bassin de la source des Arceaux. Nul ne se doutait alors que ce serait l’occasion de retrouver la preuve que l’occupation du site et son utilisation remontaient bien en deçà du Moyen âge.
En effet, venu du fonds des temps apparut un étrange buste. Il avait été taillé dans un marbre gris et grossier. Seul le visage avait été ouvragé, le reste du corps ayant été laissé à l’état de bloc, on pourrait presque dire d’ébauche. Ni bras, ni jambe, seulement un tronc informe. De ce tronc émergent de puissantes épaules, dont l’artiste anonyme s’est attaché à restituer la rondeur. Dans les épaules est enfoncée une tête étonnante.
Un visage venu de la nuit des temps.
La tête elle aussi suggère la robustesse. C’est un personnage masculin et viril, doté d’un puissant menton, et de larges moustaches. Le cou, presque totalement escamoté, renforce l’expression de puissance. Le visage porte une chevelure épaisse, qui semble groupée en tresses ou en mèches, mais peut-être est-ce là pure convention de la part de l’artiste.
La bouche, rectangulaire, est ouverte comme pour prononcer des paroles en langue inconnue… Quant aux yeux, suggérés par de simples ronds, et au nez, simplement figuré par une sorte de triangle, avec des arcades sourcilières rapprochées, ils ne sont pas sans rappeler ceux d’un autre visage gallo-romain (peut-être celui du dieu Abellion?) dans la vallée de Lesponne.
(Croix de Béliou)

(Statuette de Lurbe).

L’art gaulois.
Cette représentation n’est pas naturaliste, comme celles de l’art grec ou romain, mais au contraire stylisée. Les parties du visage se réduisent à de simples figures géométriques : des ronds pour les yeux, un triangle pour le nez un rectangle pour la bouche. Les moustaches, quant à elles, sont représentées par des sortes de crochets, d’une forme également très simple. Toutes ces caractéristiques et des comparaisons ont permis aux spécialistes, il y a longtemps déjà, de rattacher cette figure à l’art gaulois, peut-être à celui des Volsques qui occupaient la région.
Il y a en effet dans la vallée de Lurbe certains vestiges d’occupation celtiques, comme par exemple un oppidum connu dans la région sous le nom de « Camp de César ».
Signification de cette œuvre.
Que représentait cette pierre pour ceux qui la gravèrent ? Etait-ce une effigie divine ? Certains ont supposés que la statue devait être posée sur une gaine, comme les Hermès orientaux, ou bien enterrée. Qu’en était-il vraiment ?
On a rapproché cette statue du nom d’un dieu connu, Baïgorrix, connu par des inscriptions votives dans les parages de Luchon, et qui se serait perpétué localement dans le nom de Bager, la montagne qui domine le vallon de Saint-Christau. Mais il y a, là aussi, plus de questions et d’hypothèses que de réponses. Alors si vous en savez plus, n’hésitez pas à poster un commentaire…
Source.
B. Duhourcau, Guide des Pyrénées mystérieuses.