Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Depuis plus d'un siècle, les archéologues ont découvert dans les Pyrénées centrales (Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées) de nombreuses
sculptures gravées dans le marbre local, après la conquête romaine. La récente exposition du Musée Saint-Raymond à Toulouse nous propose d'entrer dans cet univers des marbres sculptés du début de
notre ère...
Pour la plupart, il s'agit d'autels très simples dédiés à des divinités ; parfois, l'autel est plus élaboré et comporte une représentation de divinité. Parfois encore la divinité est représentée
seule (bas-relief ou stèle). Ces vestiges divers nous apprenent beaucoup sur les croyances et les société pyrénéenes d'après la conquête romaine.
Faisons donc un détour dans les croyances de Pyrénées païennes, avant l'avènement du Christianisme...

Un autel votif, qu'es aco ?
C'est une offrande faite par un individu, ou un groupe, à une divinité donné, sous la
forme d'un petit bloc de marbre sculpté (cf ci-contre, un autel votif provenant du pays basque, similaire à ceux des Pyrénées centrales présentés dans l'expo).
Il est composé de trois parties: un couronnement sculpté parfois surmonté d'un "coussin", un corps où figure l'inscription dédicatoire à une divinité et le nom du dédicataire ("champ
épigraphique"), et une base (socle). Le tout était sculpté directement dans un bloc de marbre par un artisan spécialisé.
La pratique de dédier ces autels était fort répandue sous l'occupation romaine, si bien que l'on compte, dans l'ancienne région de Lugdunum des Convènes (St Bertrand de Comminges à l'époque
romaine) pas moins de 600 autels votifs, et autant d'objets divers (sarcophages, auges cinéraires) sculptés dans le marbre local.
Le marbre, industrie locale.
En comparaison, les bassins voisins du Salat et de l'Adour n'ont livré qu'une trentaine de vestiges d'autels ! Les archéologues pensent que, dans le haut bassin de la Garonne, il y a eu une
dynamique économique incroyables, une "culture de la pierre", sans égale dans les Pyrénées.
Il y a aussi des raisons symboliques. le marbre représente l'éternité, la perennité des offrandes aux dieux, comme du souvenir des morts.
La vie des marbriers à l'époque romaine.
D'après des inscriptions de l'époque (seul document historique disponible), on distinguait les officinatores (entrepreneurs) et les marmorarii, les ouvriers spécialisés dans la
taille des pierres. Leur dieu était Erriape, sans doute un dieu des carrières.
Ainsi, dans la carrière de Rapp, à St-Béat (31), on a trouvé pas moins de 40 autels consacrés à Erriape !
Les marbriers utilisaient, à l'image des sculpteurs sur pierre d'aujourd'hui, des massettes en fer et des ciseaux de différentes formes, comme en attestent les traces laissées sur les blocs
sculptés.

La religion romaine.
Contrairement à la religion chrétienne, finalement tournée vers l'individu, la religion romaine mettait l'accent sur la vie harmonieuse de la société "ici-bas". C'est pourquoi les offrandes
n'étaient pas seulement le fait d'individus, mais aussi de communautés entières.
On ne disait pas encore "tu" à Dieu... La religion consistait à fournir une bonne offrande au bon dieu, dans les respect des convenances, pour qu'il vous soit propice le moment
opportun...
Et pour se rendre un dieu favorable, rien de tel que le sacrifice, bien sûr ! Sa nature et son déroulement étaient extrêmement codifiés. Ainsi, dans le cadre du sacrifice d'un animal, le sexe de
la bête, la couleur du pelage étaient prévus par les règlements. L'animal était immolé, en public ou en privé, une partie de sa viande pouvant être consommée dans un banquet rituel

L'autel votif, signe d'une offrande.
C'est le signe, le souvenir du sacrifice qui a été accompli. Il porte le nom du dieu, le nom de celui qui a offert le sacrifice, et la formule VSLM, qui signifie littéralement : "
(Untel) s'est acquitté de son voeu de bon gré et avec reconnaissance".
Sur les côtés du vase, on voyait parfois un guttus (vase) et une patère (sorte de plat), en mémoire du rituel qui consistait à verser dans la patère, à l'aide du guttus, une libation (de vin
ou de lait) en l'honneur du dieu.
Parfois même, l'autel était la seule offrande, sans qu'il y ait eu de sacrifice.
Quelle société ?
Mais ceux qui offraient ces autels, qui étaient-ils ? quelle société derrière ces sacrifices ?
Il y avait d'abord les esclaves, qui faisaient suivre leur nom de la lettre S. (servus).
Les hommes libres se distinguaient en plusieurs catégories: hommes libres, esclaves affranchis (liberti), et membres des grandes familles portant les trois noms, prénom, gentilice (nom de
famille) et surnom (ex: Marcus Tullius Cicero).
Ce sont les gentilices les plus intéressants à étudier. E effet, les habitants de la région utilisaient des surnoms qui étaient soit latin (par exemple Fortunatus), soit issus de l'ancienne
langue aquitaine de l'époque, qui n'est pas sans rapports avec le basque actuel (Siricon, Anderitia).
Parfois, c'était une communauté entière qui dédait un autel: les Conferani, les Consorani, les pagani ferrarienses ( "habitants du canton des mines de fer").

Les dieux.
Quels étaient-ils ? Pour résumer rapidement, on peut dire que les urbains adoraient les divinités de l'occupant (romaines), tandis que, dans les coins plus excentrés, ont vénérait encore les
divinités pré-romaines. Pour autant, certaines divinités romaines en raport avec la nature (Diane, Sylvain, les montagnes) ont été adoptés dans les campagnes.
Les divinités romaines sont celles bien connues de la mythologie : Jupiter, les Nymphes, Mars....
Les divinités aquitaines ne nous sont connues que par leurs noms : Abellio, Lahe, Edelat, Ilixo, Xuban (une quarantaine de noms sont recensés). Plusieurs noms de ces dieux ont pu
être transposés en latin par la suite.
Trois objets majeurs de l'expo.
Autel à Abellio.

Abellio est un dieu connu par plus de dix insciptions: un record pour les dieux locaux ! Ici, un autel avec une représentation en buste, très rare.
Stèle à Sutugius.
Une divinité locale représentée en guerrier, et assimilée au dieu romain Mars.
Bas-relief funéraire d'Attis.

La plus belle pièce de l'exposition à mes yeux... Tout le monde connaît la légende d'Attis ou Adonis, compagnon de Cybèle mort dans la fleur de l'âge, après avoir été émasculé (on peut faire le
parallèle avec la légende de Vénus et Adonis). Le mythe représente la mort et la renaissance de la nature.
Bref.
L'archéologie amène au rève par la reconstitution du passé qu'elle nous offre, ainsi que la beauté de ces vestiges où les canons de l'art romain "officiel" sont interprétés par le talent des
artistes locaux...
Liens.
Un autre de mes articles sur les dieux pyrénéens.
Infos.
Exposition "Marbres, hommes et dieux", Musée St-Raymond, Toulouse.
Les photos des objets de l'exposition sont extraites du livret.