Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Dans l'article précédent, nous avons laissé les braves habitants d'Alet aux prises avec les conséquences dramatiques de la croisade contre les Cathares. Accompagnons-les maintenant le long de la fin du Moyen-âge et de l'époque moderne. Nous croiserons au passage des gens aussi différents que Nostradamus, Nicolas Pavillon, Mazarin...
Le temps des cathédrales.
Il faut attendre un siècle pour que l’abbaye d’Alet voie une fortune plus favorable. En 1318, le pape lotois, Jean XXII, crée un évêché dont Alet est le siège, comportant 111 paroisses. L’ancien abbé devient évêque et ses moines chanoines. C’est alors que l’on reconstruit l’église en style gothique. Les restes de l’abbaye romane, entre autres son abside, l’extérieur de la salle capitulaire sont intégrés dans le nouvel édifices de dimension beaucoup plus ambitieuses.
C’est aussi au XIVe siècle que commencent les travaux de l’Eglise paroissiale (photo ci-dessus), comme nous l’apprend la base mémoire des Monuments historiques :
L'église paroissiale fut construite par les évêques en même temps que la cathédrale à partir du deuxième quart du 14e siècle. Les deux chapelles ouvrant sur le choeur portent à la clef de voûte, au nord, les armes de Guillaume d' Alzonne, évêque de 1333 à 1355 et au sud, celles de Guillaume de Florence (1355-1360). La 3e chapelle nord porte les armes de Guillaume de Rochefort (1489-1508) et la deuxième chapelle nord fut certainement érigée au 17e siècle, sous l' épiscopat de Nicolas de Pavillon.
Les Juifs d’Alet et l’énigme Nostradamus.
Tout visiteur de l’Eglise d’Alet ne peut pas ne pas être frappé par les étranges fenêtres de l’église paroissiale, dont la forme est celle de l’étoile de David, dite aussi sceau de Salomon,
symbole bien sûr lié au judaïsme. Ce symbole se retrouve sur une maison du XVIe siècle, dans la vieille ville d’Alet, dite « maison de Nostradamus ». Non loin de là, une ancienne ruelle
est dite « de la Juiverie ».
Tous ces éléments semblent attester l’existence d’une ancienne communauté juive à Alet. Même si la théorie selon laquelle les fenêtres de la cathédrale en sceau de Salomon auraient été commandées par des juifs convertis mériterait confirmation archivistique. Quant à la maison de Nostradamus, il semble qu’elle n’ait jamais abrité l’astrologue, mais qu’elle appartenait à des membres de sa famille élargie, selon des recherches menés par le responsable de l’OT d’Alet-les-Bains.
A quelle époque les Juifs sont-ils arrivés, et quand leur communauté s’est-elle au contraire mise à décliner ? Quelles étaient leurs activités, peut-être liées à la finance ? Tout cela reste à éclaircir.
L’empreinte des Guerres de religion.
Nouvelle tragédie à Alet : les guerres de religion. Les protestant, venus des Cévennes et du Pays castrais, franchissent la Montagne noire et arrivent à Alet. Ils la prennent deux fois, en 1573 et 1577. Les catholiques sont chassés, des maisons sont incendiés, les fortifications partiellement détruites. Mais ce sont les églises qui furent ruinées de font en comble, ainsi que le couvent et le palais épiscopal Seule l’église saint-André est reconstruite, peu de temps après les faits. Le palais épiscopal est ruiné, et les évêques résident au château de Cournanel.
Charmes de la Renaissance.
Mais la renaissance et le début des temps modernes ne sont pas des périodes uniquement tragiques, loin s’en faut. Une certaine aisance semble alors régner à Alet, à en croire le nombre d’hôtels particuliers remarquables qu’il nous reste de cette époque. L’un d’eux a une élégante porté ornée d’un bucrane.
La figure de Nicolas Pavillon.
Alet allait mettre longtemps à se relever des ravages des guerres de religion. Si elle le put, c’est en partie grâce aux talents d’administrateur de Nicolas Pavillon, évêque d’Alet de 1637 à 1677.

Cet homme hors du commun s’inscrit dans la mouvance de la réforme catholique du concile de Trente et d’une de ces tendances radicales : Port-royal, ou le « jansénisme ». Nicolas Pavillon est à l’origine un prêtre proche de saint Vincent de Paul. A l’époque, celui-ci formait avec Bérulle et ses oratoriens, Saint-Cyran et bien d’autres un groupe informel qui voulait épurer l’Eglise catholique des excès du passé, et donner aux prêtres à la fois une solide formation et une rigueur morale impeccable. Pavillon s’inscrit dans ce courant, et n’ambitionne rien d’autre, bien qu’étant gentilhomme, que d’être curé d’une petite paroisse. Richelieu le nomme dans l’évêché lointain d’Alet.
Pavillon s’y fait remarquer comme administrateur. Il fait bâtir le pont qui franchit toujours l’Aude à l’entrée d’Alet. Il fait tracer le chemin d’Alet à Quillan par Espéraza. Il forme des régentes pour aller faire l’école aux enfants dans les campagnes éloignées. Il fonde un séminaire pour assurer une formation décente aux prêtres. Il tente de raisonner les nobles locaux (Ferrouilh, Montfaucon, Aoustenc) qui règlent leurs différents par des assassinats et des vendettas perpétuelles…
Il installe même… L’eau courante ! Un système de canalisations de pierre de taille passait sous les maisons et dans les jardins, fournissant l’eau aux maisons du village. Le système fut amélioré au XIX e siècle et doté de fontaines. Alet fut ainsi une des premières villes de l’Aude à disposer de l’eau courante.
C’est aussi grâce à Nicolas Pavillon et ses successeurs que fut reconstruit le palais épiscopal (phot ci-dessous), dans sa forme actuelle.
Autres événements marquants du XVIIe siècle.
Sur la place principale du vieil Alet se trouve l’hostellerie de la Main d’Argent. On dit que Mazarin fit une étape ici en se rendant en Espagne pour négocier le mariage de Louis XIV. L’hôtesse, Françoise de Montesquieu, refusa tout paiement mais accepta en cadeau le gantelet de l’un des officiers.
Alet, ou plutôt la commune voisine de Bouriège et le manoir du Villard virent naître Nicolas de Montfaucon de Villars, auteur du Comte de Gabalis…
Alet thermale et touristique.
A partir du XIXe siècle, Alet acquiert sa vocation touristique et thermale. Certaines des sources sont chaudes, et coulent à une trentaine de degrés. Elles alimentent un lavoir qui devait être autrefois très pratique et apprécié des femmes du village. Sa source était réputée contre ma Typhoïde et les maladies intestinales.
Il y avait une source communale, mais aussi d’autres sources privées contrôlées par les hôtels. L’hôtel des bains, en plus d’attirer une importante clientèle et de lui fournir réceptions et autres mondanités, exploitait la source dite Buvette et fabriquait de la limonade à l’eau de source. C’est alors que de grandes villas belle époque ont été construites dans le style clinquant de l’époque. La villa Livadia a été construite par Cubiat, alétois de naissance qui fut cuisinier du Tsar avant de se retirer à Alet. Elle serait construite sur le modèle de la résidence du Tsar à Yalta. Devant sa porte, un arbre immense : un Wellingtonia des Rocheuses planté devant l’entrée lors de l’inauguration de la villa en 1896.
Lire.
Alet-les-Bains, 2000 ans déjà. Edité par la municipalité en 1997.