Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Sur la façade d'une maison de Cordes, au-dessus de belles baies gothiques, court une frise de statues en relief.
Cavalier, archer, bêtes pouchassées, molosses féroces, tout semble renvoyer ici à l'art cruel de la chasse.

Pourquoi le riche bâtisseur de la demeure la fit-il orner de cette étrange scène ? Quels secrets conserve en son sein cette belle et intrigante demeure ?
Levons donc le mystère...
Beauté du grès...
La maison du Grand-Veneur au début du XXe siècle. Une fabrique de chaussures et une épicerie
(parisienne, siou plet) occupaient le rez-de-chaussée de la bâtisse !
La Maison du grand Veneur est édifiée avec de belles pierres de taille de grès, aux coloris divers. Le style gothique est aisément reconnaissable aux ouvertures en forme d'ogives, présentes aux
trois étages de la bâtisses. Au rez-
de-chaussée, quatre grands porches. Au
deux étages supérieurs, de belles baies géminées (doubles) gothiques, acollées deux à deux. Il existe un troisième étage, situé sous le toit
Les trois étages sont soulignés par des gouttières en moulure.
La frise.
Elle est située au deuxième étage, et se poursuit de part et d'autre des baies, ou en leur milieu.
A l'extrême gauche, le piqueur, cavalier armé d'une lance est à l'arrêt, en poste. Il guette sa proie, qui arrive à sa droite : un sanglier qui se précipite vers lui, poursuivi par un chien
qui l'a fait sortir du bois. La forêt est symbolisé par un bel arbre aux feuilles qui dessinent des volutes.
La scène est représentée avec un certain naturalisme. Les figures sont pleines de dynamisme. Le cavalier,
arc-bouté sur son cheval, est figé dans l'attente, prêt à frapper le coup mortel. le sanglier, harcelé par le chien, semble retourner vers lui son groin énorme.

Le souci du détail va jusqu'à la nature du sol. Le cavalier et le sanglier foulent un sol jonché de feuilles appartenant aux essences locales, chênes et châtaigniers.
Le mythe du "relais de chasse" des comtes de Toulouse.
Aujourd'hui, le centre-ville de Cordes est classé aux monuments historiques et rénové. La maison du Grand-Veneur n'échappe pas à la règle (vous pouvez la voir dans son état actuel
ici).
Le nom de cette maison est issu d'un contre-sens des historiens du XIXe siècle. Ceux-ci avaient cru pouvoir conclure de la décoration de la maison à sa fonction, et avaient pensé que la maison
était un relais de chasse à destination du comte de Toulouse Raymond VII.
Les véritables propriétaires de la demeure.
Au début du XXe siècle, des études historiques plus poussées ont montré que la maison n'avait été édifiée que 70 ans environ après le comte. Elle appartenait à la famille de Rabastens, dont le
comte Bertrand fut le mécène, nous dit Claire Targuebayre, dans l'ouvrage qu'elle a consacré à Cordes.
Une décoration intérieure soignée.
Le luxe de cette demeure ne se limitait pas à la façade. Certaines parties de la demeure ont conservé un décor peint, fait de motifs géométriques (carrés posés sur la pointe). Vous pouvez
l'apercevoir sur la photo ci-dessus.
Un urbanisme raffiné.
Les historiens ont souligné l'homogénéité des maisons du Centre-ville gothique de Cordes : Maison Prunet, Maison du Grand-Fauconnier, maison du Grand-Veneur. Elles furent construites en l'espace
de soixante-dix ans environ, de 1290 à 1370 environ. La Maison du Grand-Veneur, quant à elle, date du début du XIVe siècle.
Toutes les maisons, soigneusement alignées, formaient et forment toujours un bel ensemble. On a pu parler de "Moyen-âge italien" ici, tant l'influence des cités transalpines et de leur urbanisme
raffiné semble prégnante ici...
Autre carte postale ancienne. Notez que la maison représentée au premier plan n'est pas celle
du Grand-veneur, mais du Grand Ecuyer (hôtel de ville).
L'air de la méditerrannée...
Beaucoup d'éléments font penser à l'influence italienne. Les maisons ont des toits plats, des gouttières horizontales, des fenêtres à ogives. En particulier, on remarque sur les façades
d'étranges anneaux suspendus au bout d'un manche en fer coudé, les mêmes que l'on trouve par exemple à Venise. Ceux-ci servaient, aux jours de fêtes, à recevoir des bâtons pour tendre
tapisseries, étoffes précieuses et draps brodés, pour pavoiser les rues.
Bref...
Cordes, bastide méridionale et médiévale, sur laquelle soufflait déjà, en ce début de XIVe siècle, un vent de
renouveau venu d'Italie...
La richesse culturelle inouïe d'un lieu où se rencontrèrent la civilisation occitane, française et italienne en cet âge qui n'a pas grand chose de "moyen", mais qui, à mes yeux, est bien grand et
exceptionnel.
Laissons le dernier mot à Albert Camus qui appréciait tant ces lieux:
"Le voyageur qui, de la terrasse de Cordes, regarde la nuit d'été sait ainsi qu'il n'a pas besoin d'aller plus loin et que, s'il le veut, la beauté ici, jour après jour, l'enlèvera à toute
solitude".
Références.
Les études de Charles Portal sur Cordes.
Claire Targuebayre, Cordes en albigeois. Privat.
Sources de l'iconographie.
1, 3, 4: Carte postale Carlus libraire éditeur à Cordes (711-"Fragment de la maison du Grand-Veneur")
2: Monuments historiques, base Mémoire.
5 et 7: bases de données Internet des sociétés savantes de Toulouse.
6: Carte postale Labouche Fr., Toulouse. Sites et monuments du Sud-Ouest, 7e série, n. 17 "Cordes. Maison du Grand
Veneur (Hôtel de Ville)".