Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.

Vraiment étrange cette carte postale... Peu lisible même, mais si mystérieuse, dans son absence totale de profondeur. On y aperçoit des figures, des tentures, des personnages longs et émaciés,
assis ou debout. Quittons un instant la grisaille du quotidien pour, dans les grisés de cette carte postale, capter un rayon de soleil de la Catalogne romane.
Saint Martin de Fenollar
Plaisamment francisé en "Fenouillard" sur la carte postale,
le nom de ce site a une belle sonorité catalane...
Il désigne une charmante petite église des Pyrénées Orientales, non loin du village de Maureillas las Illas. Bien sûr, le site n'a pas le grandiose d'un Saint Martin du Canigou ou encore du
Prieuré de Serrabonne. Toutefois, cette église miniature recèle des peintures admirablement conservées.
Histoire de la chapelle
En 844, le roi Charles le Chauve -fils de Charlemagne- déclare, parmi les possessions de l'abbaye d'Arles-sur-Tech, l'église de Sant Marti de Fenollar, cella (petit monastère). L'architecture de l'Eglise semble clairement pré-romane. Elle est en effet divisée en deux parties bien nettes, la nef et l'abside carrée ; la première est destinée aux fidèles, et la seconde à l'officiant. On ne peut que noter la similitude avec le plan d'autres églises de la Catalogne ou du Languedoc, comme celle de Saint-Martin des Puits.
A l'époque romane, la nef est voûtée et les admirables peintures sont réalisées (XIIe siècle)...
L'église est par la suite abandonnée pendant longtemps. Elle servit, jusque dans les années 1950, de dépendance agricole, mais elle était sans
doute déjà visitée des curieux, comme en témoigne cette carte postale envoyée en 1909. Néanmoins, ce n'est qu'en 1968 qu'une campagne de restauration déblaie la terre qui encombrait l'édifice. Le
niveau du sol était un mètre plus bas !
La fresque de notre carte
Elle représnete en fait deux épisodes de la vie de la Vierge. A gauche, l'annonciation avec sa Vierge debout, à droite, la nativité, avec la Vierge en couches, étendue sur son lit.
L'annonciation (photo de gauche)
L'annonciation est difficilement reconnaissable ici du fait de l'absence de l'ange Gabriel, éliminé par le cadrage... Il figure pourtant à gauche de Marie. Celle-ci est penchée vers le messager céleste. La représentation du visage est étonnante: les yeux, comme ceux de l'ange, sont peints en blanc, ovales et étrangement fixes. Le visage est émaciée, l'arête des pomettes est souligné par des traits de peinture ocre, ce qui lui donne un air étrangement ascétique.
La nativité
Là aussi, le cadrage a supprimé un personnage : le saint-Joseph assis au chevet du lit. La vierge est en
effet couchée sous une sorte de tente ou de dais fait d'un tissu à carreaux.
Elle est surmontée d'un feston coloré. La tête de Marie repose simplement sur sa main, dans l'attitude habituelle des personnages couchés caractéristique des représentations
médiévales.
Il peut être éclairant de comparer avec un relevé de la scène complète, réalisé par les Monuments historiques (ci-dessous).

Autres fresques
Les rois
mages
Le reste des représentations de la chapelle concerne l'annonce aux bergers, mais aussi une représentation des vingt-quatre vieillards qui, dans l'Apocalypse, chantent les louanges divines... Un
historien local a identifié le verset suivant sur la peinture :
"et comme il ouvrait le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre viellards rendirent 'hommage à l'Agneau..."
Le plus beau dans cette chapelle, c'est peut-être la représentation des trois Rois mages, accompagnés de l'inscription suivante -en latin- qui permet de les reconnaître (elle est empruntée à
l'évangile de Matthieu) :
"vidimus stellam ejus in oriente et venimus cum muneribus adorare dominum"
(Nous avons vu son étoile à l'orient et sommes venus avec des présents pour adorer le Seigneur).
J'aime beaucoup leur étrange costume, avec leurs couronnes, leurs capes pourpres, leur habits ornés de motifs géométriques, alternativement verts et blancs...
Peinture et illusionnisme ?
Bien sûr, nous ne dirions pas que cette peinture est illusionniste, nos qui sommes habitués à la perspective "centrale" élaborée à la renaissance en Italie. Pourtant, telle a été
l'intention du peintre... La partie inférieure des fresques est ornée d'une sorte de motif de tissu, comme à Saint-Martin des
Puits: il imite des draperies fixées au bas des murs, par des clous.
Bref...
Un bijou de l'art roman catalan, qui, dit-on, frappa par la beauté de ses couleurs Braque et Picasso...
Ouvert toute l'année.
Sources
"Eglise de St Martin de Fenollar", collection "L'histoire de nos monuments", fiche numéro 5.
Autres merveilles de l'art roman en Languedoc et Catalogne
Saint-Martin des Puits, prieuré méconnu aus belles fresques
Le Prieuré de Serrabona, et l'énigme des regards de
pierre
Si vous voulez voir, les peinture de Saint-Martin en
couleurs, c'est ici...