Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Le château de Cabaret
A quoi pensons-nous quand nous voyons un de ces nids d'aigles ruinés sur sa montagne ? A chacun sa réponse... Pour moi, quand je revois Roquefort, Lastours, ou l'un de ces vieux châteaux de la Montagne noire, je pense à l'effort de toutes ces populations, bâtissant à la
force de leur mains les murs qui assureraient leur sauvegarde en ces temps troublés.
Résistances ?
Dans ces forteresses vivaient certes souvent des cathares, mais aussi, on l'oublie souvent, des gens qui ne l'étaient pas, des marchands, des chevaliers, qui tous solidairement résistèrent
contre l'envahisseur venu du Nord... Il n'est pas question de refaire l'histoire, mais de rendre hommage au courage et à la lucidité de ceux qui se défendirent contre le malheur qui fondit
sur eux.
Cabaret, château et village : le castrum
Un des châteaux symboles de cette résistance du sud, aux armées de la Croisade est sans doute le château de Cabaret, qui a donné son nom à la région du Cabardès, en Montagne noire. C'est l'un des quatre châteaux de Lastours, avec Quertinheux, Tour Régine et Surdespine. Ces murs, souventes fois rebâtis ou restaurés
depuis l'époque de la Croisade, ont néanmoins été témoins des actes de cruauté ou de bravoure, que nous allons évoquer...
Le chemin conduisant aux ruines du
castrum
Pour en finir avec l'image du château romantique...
Depuis longtemps, l'archéologie en a fini dans nos contrées avec l'imagerie romantique du château, demeure sombre d'un seigneur obligatoirement sanguinaire, isolée à l'écart des villages. Tout
cela, divagations et imagination déréglée...
Les donjons médiévaux se tenaient en effet au milieu de ce qui était des groupements de population, des villages parfois prospères, les castrums. Ainsi en était-il du château de
Cabaret. L'ancien village était construit en terrasses à l'aplomb du château de Cabaret, au Nord et au Nord-Ouest.
Vie et mort du village
Le village s'est sans doute développé dès 1063, autour du primitif château de Cabaret, qui n'était pas au même emplacement que l'actuel. Les maisons se situaient sur la pente ouest, sur
neuf terrasses aménagées jusqu'au cours du Grésilhou. Un second faubourg, sur la pente nord, s'étendait jusqu'à l'Orbiel. Ces lieux ont été brusquement abandonnés vers 1229, lors de la reddition
de la forteresse. L'abandon dut être brutal, puisqu'on trouva lors des fouilles du bois consumé, des restes de repas. Le castrum fut détruit volontairement par l'administration royale en
1240.
Un village fréquenté par les "bonshommes"
Il est dit qu'ici, entre 1223 et 1229, l'activité des Cathares fut intense. Tous les habitants du château, par exemple, étaient là pour les prédications de l'évêque cathare Guiraud Abit.
En 1229, au moment du siège d'Humbert de Beaujeu, deux parfaites, Marceline et Raymonde, seront évacuées au château de Miraval tout proche, tandis que Guiraud et la plupart des parfaits
trouveront refuge dans le Pays de Sault.

L'état actuel du château
L'ensemble est orienté dans l'axe nord-sud. On y remarque un donjon à cinq côtés, acollé à un corps de logis
restangulaire, le tout englobé dans une enceinte au Nord, à l'ouest, au Sud.
Un monde minéral
C'est ici un univers minéral, le monde de la pierre. Plusieurs parties (logis, côté sud de l'enceinte) son contruites à cru sur le rocher.
La bâtisse frappe avant tout par la beauté de ses pierres, aux couleurs diverses, tantôt blanches, tantôt dorées, et explorant toutes les nuances de gris. L'appareil mélange le calcaire
dolomitique extrait sur place, avec le calcaire blanc, plus tendre, et le schiste minoritaire. L'ensemble tient par un mortier fait de chaux et de sable. Les moellons de tailles diverses
donnent à la constuction le charme de la diversité...
Les deux cours
Passage entre les deux cours
On monte le chemin assez raide qui mène au château, pour se retrouver dans la première enceinte, la cour
nord. Puis un petit passage nous conduit vers une autre cour interne aux fortifications, au sud. On voyait jadis entre les deux cours un pavement de galets. La cour nord contient à
son extrémité les vestiges d'une citerne.
Le logis
Intérieur du logis
A cheval sur les deux cours, le corps de logis. On y pénètre par une porte jadis surmontée d'une bretèche, dont il ne reste désormais que les consoles. On voit dans la maçonnerie de nombreux
trous de boulins qui laissent supposer qu'il existait autrefois un étage.
Voûte du premier étage du donjon, dans la
tour
La tour
Elle est de forme pentagonale (photo ci-contre). L'étage est en partie effondré, mais laisse voir les vestiges d'une merveilleuse voûte d'ogives, "à cinq quartiers rayonnants"
(ci-dessus), selon les termes des gens de l'art. Les voussoirs sont en calcaire blanc taillé, les chapiteaux des ogives ne sont pas historiés (sculptés). Beauté fonctionnelle et sans fioritures
d'un donjon de montagne, pourrait-on dire...
Histoire : avant et après les Cathares
Le village de Cabaret fut abandonné au XIIIe siècle. Toutefois, le château, quant à lui, fut occupé jusqu'au XVIIe siècle.
La bâtisse ne présente pas aujourd'hui pas la même physionomie qu'à l'époque des bonshommes. En effet, à l'origine, Cabaret était une forteresse en pièces détachées: le logis
était séparé du donjon, et de la tour nord. Ce n'est qu'à l'époque moderne, aux XVIe et XVIIe siècles, que l'ensemble a été englobé d'une enceinte, sans doute à l'époque des guerres de religion.
Le château médiéval devint alors un fort, plus compact.
Cabaret pendant la croisade
Cabaret fut un haut lieu durant la Croisade, notamment en raison du rôle que joua son seigneur, Pierre-Roger de Cabaret, une figure de premier plan.
On ne sait rien sur lui, si ce n'est qu'il protégeait les hérétiques. En 1209, Pierre Roger était aux côtés de son suzerain Trencavel, pour défendre Carcassonne contre les Croisés menés par
Montfort. Une fois la Cité tombée, Pierre-Roger et son frère Jourdain ont regagné leur forteresse de la Montagne noire, terre d'asile pour de nombreux cathares et seigneurs
sans terre.
La cour nord
Le premier assaut (1209)
Un premier assaut, mené par Montfort, aboutit à un échec. Pierre-Roger en profite pour continuer à mener une guerre faite de raids éclair et de guérilla, menés depuis son nid
d'aigle montagnard. Voici ce que nous en dit Michel Roquebert :
"... dès que les Croisés ont détalé, [Pierre-Roger] se met à parcourir sans cesse le pays en tendant des embuscades et en lançant des coups de main. Deux de ses compagnons, deux chevaliers de
Fanjeaux refugiés dans ses murs, et dont la mère était une hérétique, Pierre Mir et Pierre de Saint-Michel, réussissent même, en novembre, au cours d'une escarmouche, à tuer un grand capitaine
français, Gaubert d'Essigny, et à en capturer un autre, celui-là même à qui Montfort avait attribué le fief de Saissac: Bouchard de Marly, cousin germain d'Alix de Monmorency, l'épouse du chef
croisé."
Bretèche à l'entrée du logis de
Cabaret
La reddition de 1211
Cabaret capitula néanmoins en 1211, sans coup férir. La forteresse fut alors échangée avec d'autre domaines. Il est à noter qu'à Cabaret, il n'y eut pas de bûcher, comme à Minerve, ni
de siège interminable, comme à Montségur. Pour Marie Elise Gardel, ce n'est pas un hasard.
"Et s'il ne s'est rien passé d'aussi spectaculaire à Cabaret qu'à Montségur ou à Minerve, il semble que cela tienne, d'une part, à l'habileté de ses co-seigneurs, en particulier de Pierre-Roger,
mais d'autre part à la configuration du terrain, qui ne permettait pas de soutenir un long siège".
Le siège de 1227
Pendant la deuxième partie de la croisade, le château de Cabaret est à nouveau assiégé, en vain, par Humbert de Beaujeu.

Après la Croisade
Le catharisme ne disparut pas pour autant après la fin de la Croisade... Il est même dit que les châtelains installés sur place par le roi reçurent le consolament, le
sacrement cathare des mourants, entre 1273 et 1283... L'histoire des idées et des pratiques est, encore une fois, bien plus complexe et délicate que l'histoire guerrière et politique...
Les châtelains étaient installés par le roi, et rémunérés. Jusqu'à la fin de l'ancien régime, les habitants du Cabardès sont exempts de taille en échange de la garde et de l'entretien des
châteaux de Cabaret.
C'est pendant les guerres de Religion quye Cabaret, occupé par les protestants, est réaménagé pour les armes à feu. En mai 1591, les soldats du maréchal de Joyeuse prennent la forteresse. La
Montagne noire passe ainsi toute entière au parti de la Ligue.

Une étrange histoire, ou la lamentable cohorte...
Voilà une des histoires les plus frappantes sur ce château... J'ignore si elle est avérée ou pas, tellement elle semble étrange et horrifiante de cruauté. Il est dit qu'après la prise de
Bram, Simon de Montfort voulut intimider Pierre-Roger de Cabaret. Il fit aveugler cent habitants, leur faisant aussi tailler les lèvres et le nez ; un seul d'entre eux fut laissé
borgne, afin de servir de guide à ses compagnons jusqu'à Lastours.
Bref...
Un lieu phare de la Montagne noire, important dans l'histoire et la mémoire de ce coin de France... Cet article n'a pas pour but de résumer tout ce qu'on peut savoir sur le château,
simplement de donner des pistes de curiosité sur son histoire, à partir des travaux des spécialistes
Que Cabaret et l'ombre de Pierre-Roger nous fassent souvenir de ne pas céder à la force, et de se battre pour les nôtres et nos valeurs...
Liens
Les quatre châteaux de Lastours: introduction
Castrum de Cabaret
Bibliographie sommaire
Les divers travaux, ouvrages et articles de Marie-Elise Gardel, qui dirige les fouilles à Cabaret.
Les Citadelles du vertige de Michel Roquebert.