Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.

Des murs ruinés, troués de fenêtres béantes comme des orbites. Un paysage de montagne où les nuages créent des puits d'obscurité et de lumière... Voilà l'impression saisissante du
visiteur qui arrive à Roquefixade, une belle journée d'automne.

Ici, malgré le grandiose du site, règne un étrange sentiment de désolation. Le sentiment est justifié, puisque le château a été démantelé sous Louis XIII. Alors, laissons-nous aller à la beauté
et à la mélancolie de ce site.
Le château de l'araignée.

Roquefixade semble en équilibre précaire, comme posé sur le bord d'une falaise à pic. Les bâtisseurs ont sans doute tout fait pour que de loin, la forteresse paraisse imprenable, niché en haut
d'une paroi verticale. Espéraient-ils ainsi décourager les assaillants éventuels ?

Mais si l'on contourne le roc sur lequel la citadelle est construite, on monte par un petit chemin. Et là, deuxième émerveillement: une partie du château a été construite sur le vide, tout
un mur semble surplomber une falaise béante ! Les hardis bâtisseurs d'autrefois ont en effet jeté une voûte arquée au-dessus du précipice pour soutenir cette partie du château. Cela donne
réellement le vertige...
La cour.

On poursuit son chemin, et l'on arrive à la basse-cour du château. Nom bien pompeux, pour une sorte de petite prairie d'herbe folles, semée de rochers et de restes d'architectures. La cour est
encore bordée, du côté nord, de vestiges des anciennes murailles.

Ces murs s'ouvrent de meutrières qui permettaient de tirer en contrebas, vers le chemin d'accès (le côté le plus vulnérable). On voit aussi dans la maçonnerie de nombreux trous de boulin de forme
rectangulaire. C'est dans ces trous que venaient s'insérer jadis les charpentes. On peut se demander si elles soutenaient seulement des éléments de fortification, ou bien également des édifices
plus conséquents comme des maisons, des écuries, des forges. On sait en tout cas qu'à Monségur, château tout proche dont on a rapproché Roquefixade, la basse-cour recelait plusieurs édifices.
Le donjon.

De la basse-cour, on monte sur le donjon massif et rectangulaire, juché sur un rocher en surplomb de quelques mètres. Sa forme trappue est très reconnaissable, même du bas de la montagne. Cette
silhouette solide, ainsi que les pierres de gros appareil donnent un air inexpugnable à ce château de montagne.

L'entrée du donjon était jadis fort bien défendue. les vestiges nous permettent de deviner qu'il y avait là deux portes successives, en partie taillées dans le rocher. Elles étaient munies
chacune d'une herse. On peut également penser que des mâchicoulis permettaient de défendre l'entrée.
Un poste de guet ?
C'est dans ce donjon, à un étage du mur nord, si mes souvenirs sont bons, que l'on trouve les deux énormes baies. Elles s'ornaient jadis de deux bancs perpendiculaires à la fenêtre,
appelés dans le jargon des spécialistes "sièges à coussièges". On peut se plaire à imaginer les guetteurs surveillant les abords...

Un mystère de plus: ces baies sont roussies par endroit et semblent avoir été léchée par les flammes. Traces d'un incendie de jadis ?
Qui vivait ici ?
Le premier château existait déjà en 1034.
On a longtemps tout ignoré des habitants du château. Une tradition tenace, qui ne remontait sans doute qu'au siècle dernier, voulait que Roquefixade soit un château ayant abrité des cathares. On
avait même baptisé une ruelle du nom pompeux de "Chemin des Parfaits", en hommage aux responsables religieux du catharisme. Eydoux pestait avec humeur contre cette "catharomanie" qui pousse
à voir dans de modestes forteresses de montagne on ne sait quel temple ésotérique.
Des recherches ont pu indiquer que le château appartenait en fait à la famille de Pailhès, vassaux des comtes de Toulouse et de Foix, et donc sans doute en première ligne contre les armées de la
Croisade. Il est même dit qu'un des personnages ayant participé à l'assassinat des inquisiteurs à Avignonnet, Guillaume de Plaigne, vécut ici avec sa famille en 1246.

La période royale.
Le château est racheté par le roi au comte de Foix en 1278. Une garnison est installé sur place, et des réparation sont faites qui donnent au château sa physionomie actuelle. Le château, rendu au
comte de Foix en 1463, est détruit sur l'ordre de Louis XIII en 1632 par le gouverneur de Foix, le sieur de la Forest-Toyras.
C'est l'époque où Richelieu détruit les châteaux partout en France, officiellement pour raisons d'économies, mais peut-être plus secrètement pour supprimer ces vieux symboles du pouvoir féodal
qu'il veut briser... Eydoux a ce beau mot à ce sujet : "Le cardinal luttait contre les châteaux à la manière d'un Don Quichotte contre les moulins."

Bref.
Mélancolie et beauté d'une forteresse ruinée... Que demander de plus ?
Sources.
Association du château de Roquefixade.
H.-P. Eydoux, Les châteaux fantastiques, t. 2.