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Le 5 février est la fête de
Sainte-Agathe. Rien de spécial, si ce n'est que certaines légendes du Lauragais et de la région Toulousaine prétendaient que la sainte revenait jadis la nuit de sa fête, sous forme de chatte, pour
faire respecter un étrange interdit de faire la lessive... Enquêtons.
chats et la lessive se fera" (Santa Gata gatarà et la ruscada se farà)... Il y a ici un jeu de mots intraduisible en français, et reposant sur le fait qu'en languedocien "Gata" veut
dire également "Agathe" par aphérèse, et "chatte". La femme fait donc sa lessive. Une sorte de chat se met au coin du feu et crie : "Vide! vide ! vide!" chaque fois qu'elle va vider le
chaudron.
D'Agathe à la gato...
Comment cette martyre respectée est-elle devenue dans nos contrées cette étrange sainte se métamorphosant en chatte ? Et pourquoi celle-ci empêche-t-elle de faire sa lessive la nuit du
5 février ?
Les mystères de la nuit du 5
La nuit de la Ste-Agathe n'était pas une nuit comme les autres en Occitanie. En effet, plusieurs rituels répertoriés par les ethnologues en faisaient un moment extrêmement important dans
l'ancienne société rurale du toulousain. Cette nuit était en effet dédiée à la protection magique contre le mauvais temps, moment capital dans une région profondément agricole.
Jadis, en effet, on sonnait les cloches toute la nuit de la Ste-Agathe pour éloigner l'orage. De la tombée de la nuit à l'aube, le carillonneur et ses aides faisaient leur
office sans discontinuer. A Villemagne, dans l'Aude, les habitants observaient les nuages toute la journée. Leur direction indiquait le chemin qu'emprunteraient, tout le long de l'année, les
orages (d'après Chr. Amiel).
La raison de l'interdit: hypothèse haute
Ainsi peut se comprendre l'interdit de faire la lessive : par un principe de magie imitative simple. En effet, dans beaucoup de civilisations, agiter de l'eau peut causer, par un principe de
correpondance symbolique, des orages: troubler les "eaux d'en bas" peut entraîner des troubles dans les "eaux d'en haut", le firmament étant souvent considéré comme liquides dans
l'imaginaire populaire comme dans l'imaginaire de l'écrit (voir Genèse). Dans le Lauragais, on prétendait autrefois que les prêtres pouvaient, en troublant une surface d'eau avec
leur bâton, provoquer des averses.
Dans cette nuit cruciale et décisive pour le temps de toute l'année, il était évidemment interdit de faire quoi que ce soit qui puisse provoquer un orage, comme, par exemple, faire la
lessive. Voilà pourquoi l'interdit existe et que la chatte est chargé de le faire respecter, y compris par l'homicide s'il le faut...
Quant à la forme prise par la sainte, c'est sans doute un jeu de mot sur Agato-gato (Agathe-Chatte) en occitan.
La raison de l'interdit : hypothèse basse
Même si on ne retient pas cette hypothèse liée à la magie des eaux, peut-être trop spéculative, on peut en proposer une autre. Jadis, en Languedoc, il existait des jours durant lesquels il était
interdit de faire la lessive : le 5 février bien sûr, mais aussi d'autres fêtes religieuses comme le Jour des Morts ou la Semaine Sainte.
Il est dit que, si l'on transgresse ces lois, une personne de la maisonnée mourra dans l'année, et que l'on "lave son linceul"... Sainte Agathe sous sa forme animale, la chatte qui habite au
"Cimetière vieux" selon les termes de la légende, a partie liée avec ce domaine de la mort, comme avec celui du religieux. Elle incarne la menace de mort qui pèse sur celui qui transgresse...
Bref...
Certains y verront pure superstition, mais c'est sans doute là l'expression du mode de pensée magique qui était parfois celui de nos ancêtres...
Sources
Chr. Amiel, "Ethnologie" in L'Aude, éditions Bonneton.
J.-P. Piniès, Croyances populaires des pays d'Oc, art. "Chat".
Rosa Giorgi, Les saints (Iconographie).