Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Gourdon, magnifique ville du Lot... De ses maisons de calcaire blanc, le visiteur ne peut garder qu'un souvenir nostalgique et songeur. Là, les artisans du passé, tailleurs de
pierres, menuisiers, sculpteurs, ont accompli des merveilles, sculpté dans la pierre des formes harmonieuses et d'étranges énigmes...
La maison Cavaignac
Cette porte est celle de la maison Cavaignac, où naquit et vécut un personnage célèbre. il s'agissait du conventionnel Jean-Baptiste de Cavaignac, montagnard, du même camp que Danton et
Robespierre. Ce personnage semble avoir eu une vie assez aventureuse, semble-t-il.
Après avoir voté la mort du roi, il siège peu à la Convention et accomplit diverses missions. On le voit tantôt en Vendée, dans les Pyrénées, puis au sein de l'armée des Pyrénées occidentales, et, après une accusation de viol, dans l'armée de Rhin-Moselle.
Lors de l'insurrection anti-montagnarde (20 mai 1795), il ne peut empêcher les jacobins d'entrer dans la salle de la Convention. Il participe à la répression de l'insurrection.
Il arriva à négocier les changements de régime, et ce n'est que sous la Restauration qu'il sera banni comme régicide.
Pas vraiment un tendre... A temps de fer, hommes de même. Mais passons à
la porte !
L'architecture
La porte date du XVIIe siècle (je n'ai pas plus de précision pour le moment). Elle a deux pilastres d'ordre
ionique et un fronton. L'oculus en forme de masque lui donne un certain air maniériste: l'organique s'y mêle en effet au végétal et à l'ornemental.
On peut admirer les belles proportions de cette porte, et la finesse de son exécution.
La porte sculptée
Elle semble ancienne. Est-elle de la même date que le reste de la construction ? Je ne saurais pas le dire. Mais
pour autant, on y reconnaît des thèmes iconographiques en vogue au XVIIe siècle, notamment sous l'influence de la somme symbolique de l'époque, l'Iconographie de Cesare Ripa
(publiée à la fin du XVIe siècle).
En effet, les trois figures énigmatiques qui sont représentées sont trois des quatre vertus cardinales: la Tempérance, la Prudence et la Justice (il manque la Force). Les vertus cardinales sont
les vertus les plus importantes de l'ancienne morale. On les trouve dès la Bible, dans le livre de la Sagesse (8, 4).
"[...] elle (la Sagesse) enseigne, en effet, tempérance et prudence,
justice et force;
ce qu'il y a de plus utile pour les hommes dans la vie. "
Elles sont théorisées dans l'Antiquité (S. Ambroise), tout au long du Moyen-âge. Ainsi, on lit dans la Somme théologique :
"... on les appelle principales par rapport aux autres, à cause du caractère primordial de leur matière : la prudence est appelée ainsi pour sa fonction de direction, la
justice parce qu'elle concerne les actions dues entre égaux, la tempérance parce qu'elle réprime les convoitises des plaisirs du toucher, la force parce qu'elle rend très ferme contre les
périls de mort".
Leur importance et leur représentation subsiste encore au XVIIe siècle. Passons donc chaque vertu en revue avec ses attributs.
La tempérance et la prudence

La tempérance consiste en la maîtrise des instincts et des désirs (non pas dans leur éradication, mais dans le fait de les ordonner, de les soumettre à la raison). On la reconnaît aux deux vases
qu'elle porte, et au geste qu'elle fait de verser un liquide de l'un dans l'autre. La prudence, quant à elle, définie par l'application de moyens licites à un but juste, se reconnaît à son
miroir, et à son serpent ("Soyez prudents comme des serpents et doux comme des colombes").
La Justice
Reconnaissable, est-il besoin de le dire, à sa balance. Le détail de la photographie nous permet aussi d'apprécier les différents compartiment de la porte, ornés tantôt de figures et tantôt
d'ornements végétaux.
Bref...
Le genre de petites énigmes qui pimente une promenade...