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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 22:23

  hollande-enfarine.jpg

  Il semble que le statut d'homme politique soit redevenu dangereux, comme le prouve l'incident qui vit dernièrement un candidat à l'élection présidentielle subir un assaut pulvérulent... Je n'épiloguerai pas ici sur la coupure du monde politique parisien dit "élite" et du peuple dit "France d'en bas", réelle et préoccupante à vrai dire, dont cet incident semble un symptôme parmi d'autre. Je me contenterai ici de parler de la symbolique de la farine. 

 

    Car - est-ce une coïncidence ? - l'homme politique a été enfariné non loin de la Chandeleur, au moment même où plusieurs carnavals - dont celui de Limoux dans l'Aude - ont déjà commencé, et où les masques "enfarinés" commencent à arpenter les rues de nos villes et villages.

 

    La farine, comme tant de substances familières, était aussi pour nos anciens une substance sacrée, magique, ludique... Depuis l'Antiquité jusqu'au Languedoc traditionnel et à notre XXIe siècle, essayons de poser les jalons de sa symbolique. Nous verrons comment cet aliment, sacré à ses origines, est ensuite devenu le signe de la détestation et de l'opprobre.

 

Imaginaire de la farine

 

    Avant de nous plonger dans l'histoire, entrons dans le mythe...

 

    Bachelard nous l'a appris, l'imaginaire humain se déploie dans la sphère des quatre éléments. Celui de la farine ne semble pas faire exception. Terrestre, la farine l'est dans la mesure où le grain est issu du sol ; pourtant, la farine est le grain broyé, sublimé, séparé de ses scories et de sa pesanteur ; sa pulvérulence n'est donc pas sans rapport avec l'élément de l'air. La farine, formée de petites particules, a également la propriété de s'écouler, un peu à la manière d'un liquide ou de l'eau. Enfin, on pourrait croire que la farine n'a rien à voir avec le feu. Pourtant, elle s'y rattache à deux égards : premièrement, par ses propriétés physiques ; en effet, mêlée à l'air, elle a des propriétés explosives ; ensuite, elle représente l'énergie de la germination.

 

farine.jpg

 

L'Antiquité (1) : libations 

 

    La farine possède dès l'Antiquité une valeur sacrée essentielle ; tant dans l'univers hébreu que dans le monde gréco-latin, elle fait partie des offrandes qu'affectionnent les dieux. Les oblations (offrandes) de fleur de farine mêlée à de l'huile sont évoquées dans l'Ancien Testament (Livre des Nombres, ch. XXIX). Chez les romains, l'immolation de la victime consitait à verser sur elle de la farine mélangée à du sel (mola salsa), signe qu'elle sort du monde humain pour entrer dans le domaine du Sacré ; d'ailleurs, immolatio en latin - mot dérivé de mola salsa - signifie à proprement parler consécration par la farine et le sel.

 

L'Antiquité (2) : vers un autre monde

 

     Détail intéressant, certains personnages de l'Antiquité sacrée marquaient leur statut à part grâce à la farine. Homère évoque trois nymphes devineresses, les Thries, qui vivaient sur le Parnasse : 

 

il existe trois soeurs vénérables [...], leur tête est couverte d'une farine blanche ; elles habitent un vallon du Parnasse, et loin des hommes elles m'enseignèrent l'art de lire l'avenir (Hymne à Mercure). 

 

manet-nymphe-surprise.JPG

Manet, La Nymphe surprise

 

     Mais ce n'est pas là le passage le plus essentiel quant à la symbolique de la farine. Dans un passage de l'Odysée, Ulysse souhaite communiquer avec les morts ; c'est ce qu'on appelle la nekuiomanteia (évocation des morts, qui a donné "nécromancie" en français). Le rituel qu'il observe pour parvenir à sa fin comporte le sacrifices de brebis noires. Avant de perpétrer cette offrande sanglante,  il asperge la fosse du sacrifice de libations de lait et de miel, avant de terminer celles-ci par une aspersion de farine blanche.

 

Autour de cette fosse, fais les trois libations de lait miellé, ensuite de vin doux, et d'eau pure en troisième ; enfin, saupudrant le tout de farine blanche, invoque longuement les morts, têtes sans force.

 

Je ne suis aucument spécialiste de symbolique antique, mais il me semble, d'après ces extraits, que la farine semble intervenir à chaque fois qu'une personne - ou un rituel - se situe dans un entre-deux mondes : qu'il s'agisse du monde humain ou du monde divin, du monde des vivants ou de celui des morts.

 

La déesse Carna

 

     De manière tout aussi intéressante, le livre VI des Fastes d'Ovide évoque une déesse Carna ou Cranié, déesse des gonds et protectrice des portes, associée à Janus qui la déflora. Elle était fêtée dans les premiers jours de juin, et en son honneur les Romains mangeaient de la farine mélangée à du lard :

 

Tu demandes pourquoi en ce jour des calendes on déguste du lard gras et des fèves mélangées à de la farine d'épeautre chaude. Carna est une vieille divinité, elle se nourrit de mets du temps passé, n'ainmant pas le luxe, elle ne demande pas des repas recherchés.

 

On est frappé par la proximité entre le nom de cette déesse Carna et le nom de "Carnaval", fête où interviennent tant la viande de cochon, le "gras", que la farine. En particulier quand on sait que les repas du Mardi Gras sont souvent composés de fèves, de salaisons et qu'on jette à cette occasion de la farine à tout va : soit les mêmes ingrédients que chez Ovide, ou peu s'en faut.

 

Le Moyen-âge et l'époque moderne

 

    Est-ce du fait de cet héritage païen que la farine est si présente dans l'univers du Carnaval ? Elle apparaît en effet à plusieurs occasions :

 

 

limoux sortie 11 heures (14)

- aspersions de farine : d'abord, la farine figure parmi les éléments dont sont aspergés les participants au Carnaval : ainsi, on dit communément à propos du Carnaval de Limoux qu'avant d'utiliser des confettis, les pierrots lançaient de la farine ; mieux, que les premiers pierrots étaient eux-même des Meuniers. Au XVIIe siècle, armés de fouets et d'une besace de farine, ceux-ci parcouraient les rues au son des tambours et des hautbois. Le costume de meunier est encore porté lors de l'ouverture du Carnaval de nos jours (mais sans farine, voir photo ci-contre). 

 

    Cette coutume ne semble pas être limitée à Limoux :dans certains carnavals, les aspersions de farine ont encore lieu, comme par exemple au Brésil ou, plus près de chez nous, à Roquebrun. A Carcassone, les buffoli projettaient autrefois de la farine grâce à des soufflets. Au XIXe siècle, Philippe Ernest de Beauffort, témoin oculaire des Carnavals romains, rapporte que

 

   Les princesses romaines reçoivent des bordées de petites balles souvent assez dures au milieu du visage, et elles sont les premières à en rire ; je rentre tous les soirs blanc comme un meunier ; mon habit, mon chapeau, tout est couvert de farine. 

 

- masque de farine : ensuite, la farine est souvent ce qui permet au Pierrot ou au masque de carnaval de cacher de manière plus ou moins complète ou illusoire son identité. Dans plusieurs fêtes su sud de la France, comme par exemple en Catalogne, on voit encore des masques grimés avec de la farine. A St-Laurent de Cerdans, lors de la sortie de l'Ours, ils pousuivent les jeunes filles notamment.

 

IMGP6557.JPG

Enfarinés à la fête de l'Ours de St-Laurens de Cerdans (2011)

 

Gros Guillaume

 

    Il me semble qu'il y a peut-être là une influence du théâtre, et peut-être de la figure de Gros Guillaume, comédien de l'époque de Louis XIII portant haut son énorme bedaine. Gros Guillaume était un ancien boulanger qui paraissait sur scène le visage enfariné (ci-dessous). Etait-ce une sorte de personnage carnavalesque passé aux trétaux de la farce ? 

 

Gros-Guillaume.jpgFarine et carnaval : quelques hypothèses

 

    Pouquoi la farine est-elle omniprésente dans le Carnaval ? Ce qui est étonnant si on prend le point de vue de la longue durée, c'est que l'aspersion de farine qui était un rite de sacrifice dans l'Antiquité est devenue dans le cadre du carnaval une sorte de jeu, comme si le rituel païen survivait en changeant de sens.

 

- Carnaval érotique et gourmand 

 

     Carnaval étant une célébration de la fécondité et de m'abondance à tonalité plutôt païenne, les aspersions de farine avaient peut-être, selon une association d'idée, la fonction d'évoquer la fécondité humaine (notamment si on en asperge les femmes, victimes privilégiées de ce genre de plaisanterie, encore dans les Carnavals actuels). En effet, la farine est du grain moulu, et le grain c'est l'équivalent végétal de la semence humaine. L'image traditionnelle du bufoli ou soufflacul qui projette avec son soufflet de la farine à un endroit stratégique est assez explicite à ce sujet... Bufa-si al tiol, comme on le chante encore à Ladern de nos jours


     Ceci serait en accord avec la figure du meunier dans le légendaire occitan -mais aussi plus généralement français -, qui avait une réputation de Don Juan, son métier le mettant en contact avec les femmes qui venaient faire moudre leur farine. Les meuniers étaient en effet méprisés dans l'ancienne société, suspectés de voler la farine autant que les femmes, d'êtres libertins et gourmands, et même parfois sorciers (Voir Paul Sébillot, La légende des métiers).

 

     Toujours est-il que la farine, comme les confetti, n'est pas envoyée uniquement sur les femmes : tout ne saurait se réduire à cette interprétation. Il a bien sur au premier degré une célébration de l'abondance de la nourriture, qui éclate dans le gaspillage : réaction à la fois contre les disettes de l'hiver et le jeûne catholique du Carême, bien sûr. 

 

- Carnaval politique

 

     Si l'on considère que ce sont souvent les personnalités représentant le pouvoir et la richesse qui sont l'objet de ces projections, des princesses italiennes évoquées par Beauffort au principal de collège, il y aurait une dimension politique au carnaval : la revanche du faible qui humilie le fort, dans la logique carnavalesque du monde inversé et de l'anarchisme joyeux. Les jets d'oeufs et de farine sont devenus le moyen pour le peuple, pendant le Carnaval, d'exprimer son mécontentement, ainsi que le signale Van Gennep (Manuel de Folklore, I, 3, 1947, p.928 sq.).

  

Retour au présent...

 

     Les politiques d'aujourd'hui ont-ils donc perdu le sens de la fête et de la dérision ? M. Hollande a sans doute tort de juger "irresponsable", les lèvres pincées, un geste inoffensif qui après tout s'enracine dans une longue tradition carnavalesque. Faut-il faire ceinturer par trois gardes du corps et interner une femme qui ne fait finalement que se réapproprier une tradition séculaire pour exprimer son agacement face à une société qui dysfonctionne ? 

 

Notre époque est vraiment mortellement sérieuse... 

 

 

 

Source des illustrations :

Illustration 1 - illustration 2 - Illustration 3 - Illustration 6.

 

 

   

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commentaires

eurosix 24/02/2012 22:00

L'enfari,age succédant au tartrage me laisse curieus de l'avenir. Pendant le carnaval de Limoux, les meuniers couverts eux-mêmes e farine, n'ont défilé que pour obtenir et ils l'ont obtenu,
l'exonération des taxes qui les frappaient. Cependant, un enfarinage d'un candidat à la présidence de la République doit avoir une signification.
Par contre, l'imitation de la réaction des meuniers ma laisse "chocolat" ! amitiés

Abellion 26/02/2012 09:36



Le meunier est une figure ambigue dans la tradition orale occitane. Il jouissait d'une importance et d'un statut social supérieurs à la moyenne, sans doute, même s'il travaillait beaucoup. De ce
fait, les paysans devaient l'envier, c'est peut-être pour cette raison qu'ils ont créé la légende d'un meunier libertin et voleur... A la fin du conte du curé de Cucugnan raconté par A. Mir et A.
Daudet, il est dit que la confession du meunier prendra un jour entier !


Le fait que l'on prenne, pendant les carnavals, l'apparence du meunier, est aussi le signe que l'on voulait emprunter son identité, et donc prouve également qu'il était bien jalousé !


Amitiés



mouneluna 11/02/2012 19:00

passionnant, mais tellement important puisque avec la farine on fait le pain.
on perd nos essentiels, la culture du blé, de l'orge, du seigle etc....
la farine devient une arme, c'est mieux que la tarte pas de taxe carbone
bisous gelés

Abellion 13/02/2012 08:32



C'est effectivement la réflexion que je me suis faite au sujet de la comparaison entre l'enfarinage et l'entartage : le second passe bien car il se fait avec la complicité des médias, tandis que
le premier est plus populaire, plus sauvage, et donc n'agrée point.


Sinon, je suis pleinement d'accord avec ce que tu dis ; il est temps de revenir à l'essentiel, et la confrontation entre la verbosité politique et l'aliment emblématique de l'occident est bien de
nature à susciter plus ample réflexion.


Avec un poutou, en cours de dégel actuellement !



fée des agrumes 10/02/2012 11:31

Mortellement sérieuse? Ennuyeuse, endormie, ron- ron monotone pour endormir...
Cet article me donne envie de faire des beignets de carnaval... Seulement, je n'ai pas de friteuse et les odeurs d'huile dans la maison ne m'enchantent guère... c'est malin... :p

Abellion 11/02/2012 08:16



Sommeil, c'est juste... Il est vrai que l'art de la communication politique s'apparente parfois à l'hypnose : comment endormir le peuple avant qu'il ne se rende compte des problèmes ?


Le rire du Carnaval est chose trop sérieuse pour être laissée aux enfants, comme c'est trop souvent le cas ; il faudrait que les gens resaissisent la puissance contestataire, naturellement
'anarchique', de cette fête. Mais il faut croire que nos contemporains sont trop bien dressés, peut-être par la télévision et les médias, pour se permettre quelque manifestation de
mécontentement, fût-ce la plus anodine.


Le fait qu'une femme qui commette ce type d'acte qui n'entame que l'amour-propre d'un responsable politique, et en rien son intégrité physique, soit considérée comme "folle" ou "déséquilibrée",
en dit long sur la résignation et le renoncement de nos contemporains.


On dirait que la personne des politiques est désormais devenue sacrée. Ne parlons pas d'un certain couple formé d'un économiste et d'une journaliste, qui se complaisait dans des perversions
diverses, mais devient subitement vindicatif lorsque ses frasques sont exposées en plein jour. Il ne faudrait pas que l'on puisse voir dans les coulisses...


Je n'aime pas plus que cela les gens comme Stéphane Guillon, mais je considère que la souveraine liberté du bouffon et du rire est une loi sacrée, devant laquelle même les rois hésitaient à
sévir, alors que dans notre belle république, elle est remise en cause. Ou alors, elle est laissée à des professionnels de la contestation ou du rire stipendié qui cachent leur bien-pensance
profonde derrière une apparence de pensée critique (Guy Bedos pourrait en être le modèle). 


La moraline est de retour... Pour bien longtemps je le crains.



poisson 10/02/2012 09:58

chez les Dogons aussi on utilise la farine de mil pour certains rituels et les hommages aux ancêtres.
Ce qui est certain, c'est que je ne ferai plus de patisserie sans penser à vous.

Abellion 11/02/2012 08:03



Merci du renseignement. Vous avez une référence sur le sujet (revue, site, livre) ? Je suis intéressé d'autant plus que j'ignore à peu près tout des traditions de l'Afrique.


Amitiés.



Christian lemenuisiart 09/02/2012 22:49

Comme quoi l'inspiration peut venir de partout
Heureux d'avoir de tes nouvelles
A bientôt

Abellion 11/02/2012 08:02



Nous vivons dans un monde de symboles ; que notre société soit moderne et technologique n'y change rien, bien au contraire, Internet est un formidable disséminateur de signes ; il suffit d'être
un peu curieux pour tenter de les décrypter.


A bientôt