Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
La forêt de la Loubatière est l’une des plus belles de la Montagne noire. Cette forêt, d’une étendue de 400 hectares, se trouve sur le territoire de la commune de Lacombe (Aude). Sous ses arbres centenaires s'élèvent les ruines d’une ancienne chartreuse (abbaye de l'ordre des Chartreux)abandonnée bien avant la Révolution. Les lieux sont pleins d’une beauté mélancolique. Le chevet de l’Eglise, de dimensions modestes, est encore visible, ainsi que les murs du chœur. Mais les humbles murs de moellons de schiste, d’une maçonnerie rudimentaire, ne résisteront pas bien longtemps encore aux assauts du climat, malgré un débouissaillage et des fouilles faits il y a une dizaine d'années par des collégiens de Carcassonne.
On raconte que les Chartreux était assiégés par les loups, et qu’ils voulaient s’enfuir sans passer par la forêt mal fréquentée. Ils connaissaient l’entrée d’un souterrain, mais ignoraient
quelle pouvait bien être son issue. Et l’on ajoute que, pour savoir où menait ce boyau, ils lâchèrent des canards dans le souterrain. Et la légende ajoute, bizarrement :
« Quand ils les ont vus sortir un moment après, tout près de Labruguière, ils décidèrent de s’enfuir par là ».
Les moines avaient-ils inventé la longue vue pour voir à plus de 15 km de distance ? Plus sérieusement, cette légende d’un canard qui permet de découvrir l’issue d’un souterrain est un
lieu commun dans la tradition orale occitane.
Une vie difficile.
La réalité est plus prosaïque : c’est le manque de vocations, de moyens de subsistance et la présence de brigands, nombreux au début du XVe siècle, qui fit partir les moines de la chartreuse
de Loubatière, après quoi ils trouvèrent refuge à celle de Saïx près de Castres en 1423.
Pourtant, la création de le chartreuse ne datait que de 1315. Le choix des lieux semble bien conforme à l’esprit des Chartreux défini par la règle de Saint Bruno, puisqu’en ces lieux les moines pouvaient à la fois observer le silence et méditer sur la beauté d’une nature sauvage. En 1323, l’installation des chartreux est confirmée par le pape Jean XXII.
La fin du couvent de la Loubatière.
Mis à part les rigueurs du climat et les attaques de bandits, la vie semble avoir été paisible, si ce n’est l'épisode d’un frère du couvent, Pierre d’Arris, qui s’était ralliée au mouvement des spirituels franciscains, avait été excommunié et condamné à trois ans de cachot.
Les moines étaient très pauvres, et dès la fin du XIVe siècle, faute de réparations nécessaires, leur abbaye menaçait ruine. De plus, faute de vocations de frères convers, les moines ont du recourir à des assistants stipendiés pour faire les menues besognes du couvent, ce qui a occasionné des frais supplémentaires.
La grange de Campservy.
Les moines chartreux disposaient d’une grange près de Villardonnel, au lieu dit Campservy. Récemment, cette grange a été restaurée par ses propriétaires et transformée en chambres d’hôtes. On peut y voir à l’extérieur une belle colonnade, dont j’ignore si elle date ou non de l’époque des moines.
Pour finir.
La chartreuse de la Loubatière est indiquée sur les cartes de randonnée IGN. C'est un lieu
paisible, qui incite à la méditation... D'intéressants tableaux faits par des collégiens donnent d'intéressantes informations. Vous pourrez également voir sur place des wagonnets (il y
aurait eu une mine de fer sur place dans les derniers siècles). Bonne découverte !
Sources.
« La chartreuse de la Loubatière », dans Opération Vilatges al pais-Canton de Saissac (1997).