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Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.

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Une ruine oubliée : les Tours-Nègres en Montagne noire (article complet).

 Sans doute aucun lieu de la Montagne noire (Aude) n’est plus secret que celui-là. Dans l’étroite vallée où l’Alzeau se fraie un chemin en mugissant s’élève, sur un à-pic vertigineux, une étrange ruine. Elle est inconnue des historiens, mais les habitants disent qu’il s’agit d’un ancien prieuré hanté, qui recèle en ses entrailles un trésor mystérieux.

 


La légende de l’abbaye.

 

 

 

Les guerres de religion. La France était dévastée depuis des années par des affrontements fratricides entre le parti catholique et le parti protestant. C’était une guerre civile où le prétexte religieux faisait bon ménage avec les intérêts individuels et politiques…

Loin des combats, dans ce coin désert de Montagne noire, s’élevait le prieuré des Tours-Nègres. Elles devaient leur nom à la couleur noire de leurs pierres. C’était un prieuré qui dépendait de l’abbaye de Montolieu : il était donc aux mains des bénédictins.

Comme chaque année, les moines allaient célébrer la messe de Noël dans la chapelle des Tours-Nègres. La cloche sonnait dans la campagne engourdie par la froide nuit d’hiver. A ce moment-là, une petite troupe de protestants partis de Cuxac, à la poursuite d’un chevreuil, se regroupa devant l’entrée du prieuré, attirée par le son des cloches. On dit qu’alors l’odeur du festin préparé pour le réveillon vint chatouiller leurs narines, ainsi que l’espoir d’un pillage facile et profitable. La porte était entr’ouverte, le gardien étant allé à la messe…

« Allons-y, pas de quartier ! »

Les envahisseurs se précipitèrent dans la chapelle. En peu de temps, tous les moines furent massacrés. Le sacristain, un peu sourd, continuait à sonner les cloches ; l’un des reîtres le frappa d’un coup de hache à l’épaule, lui sectionnant le bras qui resta accroché à la corde, alors que son corps tombant inanimé à terre. Le prêtre, quant à lui, agonisait au pied de l’hôtel, la tête fracassée…

Le soldats, après avoir englouti le repas des moines, pillèrent les maigres biens de l’abbaye et y mirent le feu.

 


 

L’abbaye hantée.

La légende ajoute une histoire de fantômes. Si l’on se risque à venir aux Tours-nègres la veille de Noël, on peut voir le bras levé du sacristain qui sonne encore et encore sa cloche. Il est dit en effet que tous les autres moines sont entrés dans la paix de la mort, mais que le sacristain, comme le curé des Quatre messes basses d’Alphonse Daudet, avait été puni de sa gourmandise. En effet, il avait négligé ce jour-là sa communion et s’était absorbé plus que de raison dans les préparatifs du repas. On dit que le sacristain ne trouvera le repos que lorsqu’on aura donné à sa dépouille une sépulture chrétienne.

Par temps clair, on entendait ces cloches fantomatiques jusqu’à Saissac ; les anciens se signaient alors et priaient pour cette âme perdue…

 

La légende du trésor.

Une autre légende évoque le trésor. D’après les habitants du coin, encore aujourd’hui, un trésor se trouve aux Tours-Nègres. Plusieurs légendes éparses courent à son sujet. On dit souvent que c’est un « trésor religieux » ; s’agit-il d’objets du culte ? Cachés par les moines ?

Par ailleurs, la tradition orale évoque le moment où l’on peut approche ce trésor. Ce serait pour la saint Denys, le 9 octobre, au beau milieu de la nuit, que le trésor serait accessible. Il paraît que certains chasseurs ou pêcheurs de la contrée se serait rendus sur place, à la date fatidique pour manger une omelette tout en attendant, pourquoi pas, quelque signe mystérieux ?

 

La vérité : un castrum de Montagne ?

Voilà la légende. Mais qu’en est-il de la vérité ?

A mon humble avis, moi qui ne suis pas historien de profession, les Tours-Nègres n’ont aucune marque qui permet de confirmer qu’il s’agit d’un édifice religieux. Bien plus, il me semble évident qu’il s’agit d’un ouvrage militaire, du genre petite forteresse de montagne.

-Sa position est particulièrement stratégique : il protège en effet un gué, point de passage très important au début du Moyen-âge, à l’époque où il n’y avait pas ou peu de ponts.

-sur le site, on remarque une structure d’ensemble qui est celle des castrums de montagne : partie basse (cour) de superficie plus importante, avec aussi un donjon escarpé, situé au sommet d’un rocher en surplomb.

 




-enfin, un élément architectural frappant : la porte romane en plein-cintre, qui nous donne peut-être un indice sur la période de construction (XI-XIIe siècles ?). Cette porte romane est en tout points semblable à celle d’un autre castrum de la Montagne noire de la même époque, celui de Roquefort aux Cammazes (Tarn).

 

Une preuve supplémentaire.

Une autre preuve du statut défensif de l’ouvrage nous est apporté par une autre observation, faite par le docteur Jacques Lemoine. Selon cet auteur, les Tours-Nègres sont visibles à la fois du château de Saissac et de Montolieu ; Ce qui voudrait dire que l’on pouvait, par un système de signaux optiques (miroir, feux), communiquer à distance. Un dispositif identique aurait existé dans la vallée du Sor, entre les châteaux de Durfort, Roquefort et Berniquaut.

Pour moi, ma conviction est faite : il s’agit d’un petit château de montagne. Maintenant, qu’est-ce qui empêche que ce château ait eu une petite chapelle où des moines venus de Montolieu, ou d’ailleurs, aient pu célébrer la messe ? Rien, évidemment.

 

Comment s’y rendre ?  

Les Tours-Nègres se trouvent sur la commune de Saint-Denys (Aude), et sont signalées sur la carte IGN bleue 2345 O On peut s’y rendre à partir du hameau de Constant, ou bien des fermes de Bérail et Canet. Il faut s’y rendre en hiver ou en automne, en évitant les périodes de croissance de blé ou des récoltes, où vous risquez d’endommager les cultures (les chemins communaux ne sont pas entretenus, il faut traverser les champs). Les agriculteurs du coin sont sympas, et parlerons volontiers avec vous de ces légendes, mais respectez leur travail !

 

Sources.

Jacques Lemoine, Le Haut-Cabardès, Carcassonne, 1955.

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C
Merci encore pour cette mine d'or, un trésor de renseignements qui donne envie de chercher tous ces coins où planent de belles légendes !
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A
Mais avec plaisir Roselyne... J'aimerais avoir le temps de m'occuper un peu de ce blog, mais désormais la vie réelle m'a réabsorbé...
R
Bonjour,<br /> pour info, les Tours Nègres ne sont pas accessibles depuis le Hameau de Constans. Il n'y a aucune voie d'accès, les prés sont privés, clôturés pour le bétail et interdits au public. Il en est de même pour les autres accès mentionnés. Les ruines sont presque complètement masquées par la végétation, quasiment impossibles à trouver car il n'y a pas de passage visible dans les fourrés.
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A
Pourtant, on peut y aller, à condition de respecter les cultures et de demander l'autorisation du propriétaire bien sûr. Peut-être que la végétation a poussé depuis ? Ce n'est tout de même pas la jungle non plus !!!
L
<br /> Bonsoir,<br /> content de voir qu'il y a des personnes qui sont intéressées par les livres de mon grand pere;<br /> cordialement Romain Lemoine<br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Le Haut-Cabardès est une vraie mine d'or sur l'histoire, les curiosités et les traditions de la région... C'est grâce à cet ouvrage que j'ai connu ce beau site des<br /> Tours-Nègres. Je pense qu'outre ses connaissances étendues, M. Lemoine avait un véritable amour pour ce pays.<br /> <br /> <br /> Bien cordialement.<br /> <br /> <br /> <br />
U
je suis toujours frappée dans ces relations guerrières entre Protestants et Catholiques, du fait que le mauvais rôle est souvent du côté du Protestants. Il y aurait là quelque chose à creuser sur une mentalité qui eut aussi de beaux jours au 19è siècle. Passionnant.
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A
<br /> <br /> Ce que vous dites est à très vrai. Pour ma part, j'ai observé que chacun garde le souvenir de ses martyrs: en pays majoritairement catholiques, ce sont des récits de massacres de moines qui<br /> reviennent souvent, en pays protestant, de pasteurs. Les pays à majorité catholique étant plus nombreux, il va de soi que les légendes défavorables aux protestants sont plus fréquentes dans<br /> l'ensemble.<br /> <br /> Par exemple, à Revel, une tradition disait que les dominicains avaient été précipités dans un puits et que l'eau se changeait en sang chaque annés pour l'anniversaire du massacre. Par opposition,<br /> dans les montagnes du Sidobre, une autre tradition fait d'un rocher creux le lieu où les catholiques ont tué un pasteur en y fracassant sa tête (vers le XVIIIe siècle je crois).<br /> Il y a effectivement un bel article à faire sur ces traditions légendaires qui tournent autour des guerres de religion, et je vous remercie de me l'avoir suggéré. Je m'y attelle dès que possible<br /> ! C'est effectivement révélateur des rancunes et mentalités.  <br /> <br /> Généralement, il est difficile de savoir la teneur de véracité de ces traditions. Il faudrait des recherches poussées. C'est le cas pour les Tours-Nègres, où le récit semble n'être qu'une simple<br /> légende. Selon les historiens, le château aurait déjà abandonné au XIIIe siècle, on ne voit pas ce que des moines seraient venus y faire au XVIe.<br /> <br /> Je crois qu'il y a pas mal de traditions légendaires sur les guerres de religion en Auvergne, en plus de tous les événements historiques lié à cette période.<br /> <br /> Merci de vos encouragements, Uline, et je répare un petit oubli en mettant le lien vers votre blog que je conseille à tous ceux qui passent ici de visiter. Je m'y rends moi-même souvent,<br /> pour avoir un aperçu de l'histoire de ces belles gentilhommières du Cantal...<br /> <br /> Abellion.<br /> <br /> <br /> <br />