Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Peu de monuments permettent d'imaginer ce que fut l'ancien Languedoc au temps de sa grandeur, avant la croisade contre les cathares qui marqua
son déclin. Néanmoins, à Burlats (Tarn) s'élève une maison romane du XIIe siècle, connue comme le "Pavillon d'Adélaïde", qui témoigne du haut niveau atteint par cette civilisation.
A ces vestiges est attaché le nom d'une dame amie des arts, morte trop jeune, comme plus tard devait périr la terre bénie qui l'avait vu naître...
Attachons-nous à ces pierres pleines de nostalgie, reflet d'une splendeur passée et anéantie.
Une maison romane.

Cette maison est un échantillon précieux de l'architecture civile romane. On connaît bien les églises de cette période, mais rares sont les maisons particulières, ou plutôt les logis
seigneuriaux, qui subsistent de cette époque.
L'édifice, qui remonte sans doute au début du XIIe siècle, présente une silhouette trapue, qui semble évoquer davantage la lourdeur que le luxe, au premier regard. Mais à celui qui
s'approche, il révèle la beauté de ses baies géminées harmonieuses, ainsi que de magnifiques spécimens de la sculpture romane.
Une organisation fonctionnelle.
La maison présentait une organisation efficace, sur trois niveaux. Le rez-de-chaussée était aveugle: il servait d'entrepôt. Le premier étage servait à la défense. Quand au second étage, celui qui
porte les gracieuses baies géminées, c'était le logis seigneurial, la demeure du noble propriétaire des lieux.
Des sculptures élégantes.
Les fenêtres géminées portent des décors différents: l'une est sculpté de billettes (sorte de motif en échiquier), l'autre d'une frise d'animaux... Toutes sont ornées de magnifiques chapiteaux
sculptés.
Après avoir présenté la maison, parlons maintenant de la dame des lieux...
Origine d'Adélaïde.
Raymond V, comte de Toulouse, avait épousé Constance de France, fille du roi Louis VI. De leur union étaient nés plusieurs enfants, parmi lesquels Adélaïde (vers 1155 d'après Lestang). Il semble
que Raymond V n'ait pas eu pour Constance les égards dus à son sang royal, car il la privait d'argent et la délaissait pour ses maîtresses. Elle confie d'ailleurs ses déboires conjugaux dans une
lettre à son frère Louis VII...
Certains n'ont pas hésité à écrire que Constance, fuyant son mari, était venue se réfugier à Burlats. Mais d'autres pensent que c'est impossible, car la place appartenait alors aux
Trencavel, et pas aux comtes de Toulouse. Ce qui semble en revanche mieux attesté, c'est que sa fille Adélaïde demeura en ces lieux.
Le mariage d'Adélaïde.
Elle fut mariée toute jeune, en 1171, à Roger II Trencavel (mort en 1194), vicomte de Béziers. Le mariage est le résultat d'une alliance politique: Adélaïde est la fille du comte de
Toulouse, avec lequel Roger tente de s'allier.
Il est dit qu'Adélaïde et son mari usèrent de tolérance à l'égard du catharisme, le laissant s'implanter sur leurs terres. Contrairement au comte de Toulouse qui combattait cette
hérésie à la même époque.
Adélaïde à Burlats.
Il est dit qu'Adélaïde vécut à Burlats, et qu'elle y présida ces fameuses "cours d'amour", sur lesquelles on a tant écrit, et qu'on pourrait définir minimalement comme un groupement de poètes
autour d'une dame, dans le contexte de l'amour courtois.
Ainsi courtisée, et jeune veuve (en 1194), Adélaïde aurait pu se laisser tenter par les sirènes de la séduction... mais il est dit qu'elle resta fidèle à la mémoire de son défunt mari, et qu'elle
refusa même Alphonse II, roi d'Aragon.
Une cour poétique ?
Les membres de l'entrourage d'Adélaïde les plus marquants auraient été Guérin d'Apchier et le chevalier de Marviel. Ce dernier était troubadour, et on lui doit cette strophe (traduite de
l'occitan par Henri de Lestang) qui s'adresserait à Adélaïde elle-même:
Vous avez en partage
Savoir, noble dignité,
Attraits divers, doux langage,
Air charmant, vive gaîté;
Et dans l'heureux sentier que vous daignez choisir,
Toute beauté pâlit dès qu'on vous voit paraître,
Sous vos pas légers on voit naître
La joie et le plaisir.
Mais bientôt allaient succomber et Adélaïde, et le Languedoc indépendant... Elle mourut en effet en 1200, à l'âge de 45 ans. En 1209, c'est au tour de son fils, Raymond-Roger Trencavel, de
succomber dans la prison de Carcassonne, où le chef des croisés, Simon de Montfort, l'avait fait enfermer après la prise de la ville. Mais ceci est une autre histoire...
Bref...
Le destin d'Adélaïde nous donne un aperçu du raffinement de la civilisation méridionale à son apogée...
Son hôtel de Burlats, édifice fragile mais épargné par la folie guerrière, alors que tant de châteaux furent ruinés, est le signe que tout cela fut plus qu'un rêve.
Un rêve gravé dans la pierre...
Sources et compléments.
Photographies issues des bases de données des Monuments historiques.
Henri de Lestang, Le Pays tarnais.
Constance de France, mère d'Adélaïde.
Photographie et présentation du Pavillon.