Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.

Un article précédent a déjà évoqué quelques légendes relatives au pavillon dit d'Adélaïde, à Burlats
(Sidobre-Tarn). Cette maison romane fut construite vers le milieu du XIIe siècle par les Trencavel, vicomtes de Béziers avant la Croisade contre les Albigeois.
Parlons maintenant des beautés de l'architecture de cette demeure...
Aspect général.
Il est un peu trappu, ce pavillon... Il faut se souvenir qu'il faisait partie d'un ensemble fortifié, le château construit par les Trencavel, même si par ailleurs il devait aussi faire
office de résidence luxueuse. Il s'élevait d'ailleurs autrefois à l'extérieur d'une enceinte aujourd'hui disparue. De ce fait, pour des motifs de sécurité, le niveau inférieur était aveugle
(sans fenêtres).
Le pavillon forme un quadrilatère, presque un rectangle, de 15 mètres sur huit environ. Témoignage de l'ancienne vocation guerrière, le deuxième niveau comporte encore, sur la face nord, une
meurtrière. Sa présence permet de penser que le deuxième niveau avait une fonction défensive.
La salle de prestige (troisième niveau).

Le troisième niveau, avec ses baies romanes géminées fort harmonieuses,
comportait sans doute une salle unique. Il s'ouvre de cinq baies magnifiques, ornées de chapiteaux sculptés. Là devaient se trouver les appartements des Trencavel, et peut-être
même de la mystérieuse Adélaïde, si elle vécut bien ici comme le rapporte la tradition.
La salle fut plusieurs fois remaniée, puisqu'on y trouve une porte surélevée caractéristique de l'architecture du XIIIe siècle (l'ensemble de la demeure remontant au milieu du XIIe
siècle). Cette porte donne sur une chicane et rappelle, par son linteau, la porte de la Palabre à Montségur (voir photo ci-dessous).

On trouve sur les chapiteaux sculptés une ménagerie fantastique, qui parcourt tous les échelons des vices humains, du règne animal, et même du surnaturel : diablotins, poissons,
coquilles, animaux forestiers... Evoquons quelques-uns des plus beaux.
La ménagerie des vices.
D'abord, motif que l'on trouve aussi dans les églises romanes, le mauvais riche ou l'avare (ci-contre). Il porte sa bourse suspendue autour du cou à l'aide d'une corde, et est
entouré généralement de démons... Ici, il est accompagné d'une sorte de chimère hideuse. Sur une autre fenêtre, c'est le lâche qui est symbolisé par un lièvre qui prend la
fuite...
Daniel.
Bien sûr, la pensée médiévale, profondément religieuse, a apposé son empreinte ici. On trouve une scène de l'ancien testament: le prophète Daniel jeté dans la fosse aux lions, sur ordre du roi de
Babylone Nabuchodonosor. Le prophète porte une sorte de turban, ce qui lui donne passablement l'air oriental... Il est entouré, bien sûr, par les redoutables félins, représentés de
manière assez hiératique, avec un cou démensuré.
Un peu de fantaisie.
Mais foin de sérieux, on trouve aussi d'autres motifs décoratifs très bien sculptés et fort amusants. Notamment, à deux endroits, de gros chats. Ceux-ci portent dans leur gueule des
poissons, ou tirent une langue démesurée... On sourit devant la manière à la fois simple et efficace de l'artiste, qui a voulu suggérer ainsi la rapacité et l'espièglerie de ces beaux
Raminagrobis !
Bref...
Les spécialistes ont conclu, à l'examen de cette décoration, qu'il n'existe pas de thématique propre à l'architecture domestique romane. Le mauvais riche, Daniel se retrouvent sur les églises, de
même que l'étonnante ménagerie d'aigles et de lions...
Ce qui est frappant, c'est la maestria de l'exécution, qui éclate dans une comparaison avec la collégiale romane voisine... On a affaire ici à des maîtres de la sculpture
romane.
Le pavillon est aujourd'hui un lieu d'exposition pour l'art contemporain... Un choix criticable peut-être, mais qui à mon avis a le mérite de permettre de visiter le lieu, et de tracer comme une
continuité entre l'art du passé et celui du présent.
Bibliographie.
Actes du colloque Jean Cabanot, 14e congrès archéologique de France, 1982.
Article sur le pavillon, de vieilles photos et la légende d'Adélaïde.