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Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.

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Une demeure du Moyen-âge à Burlats (Sidobre, 81)



Un article précédent a déjà évoqué quelques légendes relatives au pavillon dit d'Adélaïde, à Burlats (Sidobre-Tarn). Cette maison romane fut construite vers le milieu du XIIe siècle  par les Trencavel, vicomtes de Béziers avant la Croisade contre les Albigeois. Parlons maintenant des beautés de l'architecture de cette demeure...

Aspect général.

Il est un peu trappu, ce pavillon... Il faut se souvenir qu'il faisait partie d'un ensemble fortifié, le château construit par les Trencavel, même si par ailleurs il devait aussi faire office de résidence luxueuse. Il s'élevait d'ailleurs autrefois à l'extérieur d'une enceinte aujourd'hui disparue. De ce fait, pour des motifs de sécurité, le niveau inférieur était aveugle (sans fenêtres).

Le pavillon forme un quadrilatère, presque un rectangle, de 15 mètres sur huit environ. Témoignage de l'ancienne vocation guerrière, le deuxième niveau comporte encore, sur la face nord, une meurtrière. Sa présence permet de penser que le deuxième niveau avait une fonction défensive.

La salle de prestige (troisième niveau).

Le troisième niveau, avec ses baies romanes géminées fort harmonieuses, comportait sans doute une salle unique. Il s'ouvre de cinq baies magnifiques, ornées de chapiteaux sculptés. Là devaient se trouver les appartements des Trencavel, et peut-être même de la mystérieuse Adélaïde, si elle vécut bien ici comme le rapporte la tradition.

La salle fut plusieurs fois remaniée, puisqu'on y trouve une porte surélevée caractéristique de l'architecture du XIIIe siècle (l'ensemble de la demeure remontant au milieu du XIIe siècle). Cette porte  donne sur une chicane et rappelle, par son linteau, la porte de la Palabre à Montségur (voir photo ci-dessous).


On trouve sur les chapiteaux sculptés une ménagerie fantastique, qui parcourt tous les échelons des vices humains, du règne animal, et même du surnaturel : diablotins, poissons, coquilles, animaux forestiers... Evoquons quelques-uns des plus beaux. 

La ménagerie des vices. 


D'abord, motif que l'on trouve aussi dans les églises romanes, le mauvais riche ou l'avare (ci-contre). Il porte sa bourse suspendue autour du cou à l'aide d'une corde, et est entouré généralement de démons... Ici, il est accompagné d'une sorte de chimère hideuse. Sur une autre fenêtre, c'est le lâche qui est symbolisé par un lièvre qui prend la fuite... 
 

Daniel.

Bien sûr, la pensée médiévale, profondément religieuse, a apposé son empreinte ici. On trouve une scène de l'ancien testament: le prophète Daniel jeté dans la fosse aux lions, sur ordre du roi de Babylone Nabuchodonosor. Le prophète porte une sorte de turban, ce qui lui donne passablement l'air oriental... Il est entouré, bien sûr, par les redoutables félins, représentés de manière assez hiératique, avec un cou démensuré.

Un peu de fantaisie.

Mais foin de sérieux, on trouve aussi d'autres motifs décoratifs très bien sculptés et fort amusants. Notamment, à deux endroits, de gros chats. Ceux-ci portent dans leur gueule des poissons, ou tirent une langue démesurée... On sourit devant la manière à la fois simple et efficace de l'artiste, qui a voulu suggérer ainsi la rapacité et l'espièglerie de ces beaux Raminagrobis !  

Bref... 

Les spécialistes ont conclu, à l'examen de cette décoration, qu'il n'existe pas de thématique propre à l'architecture domestique romane. Le mauvais riche, Daniel se retrouvent sur les églises, de même que l'étonnante ménagerie d'aigles et de lions... 

Ce qui est frappant, c'est la maestria de l'exécution, qui éclate dans une comparaison avec la collégiale romane voisine... On a affaire ici à des maîtres de la sculpture romane.

Le pavillon est aujourd'hui un lieu d'exposition pour l'art contemporain... Un choix criticable peut-être, mais qui à mon avis a le mérite de permettre de visiter le lieu, et de tracer comme une continuité entre l'art du passé et celui du présent.


Bibliographie.

Actes du colloque Jean Cabanot, 14e congrès archéologique de France, 1982.

Article sur le pavillon, de vieilles photos et la légende d'Adélaïde.

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U
Certes, c'est une belle demeure, mais ce que j'aimerais voir reconstituée c'est une demeure de gens simples, petits commerçants des villes, ou des gros bourgs voire quelques demeures de campagne ...au travers des inventaires après décès ... ce n'est pas la même chose ...
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A
<br /> Ce serait effectivement passionnant. De telles reconstitutions existent parfois, notamment pour la période gauloise, romaine... Je ne sais pas s'il y en a tant pour le<br /> Moyen-âge et la Renaissance.<br /> <br /> <br />
F
Intéressant édifice, les maisons romanes sont rares et surtout celles possédant une iconographie. Il semble bien en effet que les thèmes ne soient pas différent de ceux des édifices religieux. <br /> Pour ce qui est de l'art contemporain, je pense que dans un lieu pareil il doit se soumettre au lieu, il doit y avoir un dialogue pour que cela fonctionne. Il faut donc que les artistes aient une vraie démarche et fassent l'effort de comprendre le lieu, les artistes ou tout au moins les organisateurs des expositions. Ce que j'en vois sur les photographies tendrait à prouver que ce n'est pas le cas. Et art contemporain est un concept plutôt flou.
Répondre
A
<br /> Oui, les conclusions des archéologues allaient aussi dans ce sens-là: il semble que la sculpture romane n'ait pas eu de thèmes strictement "civils", mais qu'ils sont communs à l'art qui s'exprime<br /> dans les édifices religieux.<br /> <br /> Pour ce qui est de l'art contemporain, il me semble effectivement qu'aucune démarche n'a été faite par les artistes exposés en direction de la nature du lieu et de ses caractéristiques. C'est<br /> effectivement bien dommage... Mais savaient-ils seulement qu'ils seraient exposés là ?  Vous savez, Burlats n'est pas une métropole culturelle comme Avignon !<br /> <br /> Selon moi, encore une fois, ces vieux édifices malmenés par le temps, comme les églises, justaposent retables baroques et chapiteaux romans et statues sulpiciennes... L'eclectisme, parfois en<br /> ce qu'il a de choquant, est inscrit dans la destinée des bâtisses. Et cela me choque moins aussi quand l'expo est temporaire.<br /> <br /> Surtout, s'il n'y avait pas cet expo, je pense que le bâtiment serait tout simplement fermé... Elle a au moins le mérité d'exister pour cela ! Et pour donner un espace d'expression aux artistes<br /> locaux.<br /> <br /> <br />
M
que de beauté !!!<br /> c'est toujours un émerveillement de voir ces photos et de lire ton récit.<br /> bien a toi<br /> Moune
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A
<br /> Merci surtout à toi de tes nombreux encouragements et réaction, qui font toujours plaisir ! A très bientôt !<br /> <br /> <br />
F
C'est beau !<br /> cela me ramène vers des livres non encore lus sur l'art du Moyen âge.. ( Focillon)
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A
<br /> Oui !Il ya aussi les livres de Baltrusaitis, qui fut élève de Focillon, et commit lui-même pas mal de livres très pointus sur la question...<br /> <br /> <br />
F
je voyage ... j'aime les vieilles pierres. peut être qu'un jour, je visiterai cette région dont tu parles guidée par tes articles.. merveilleuse perspective. <br /> Plus précisément, ces sculptures étaient elles repeintes? <br /> les architectures connues épurées actuellement ont été très bariolées en leur temps.Souvent surprenant. je suis curieuse
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A
<br /> Oui, en beaucoup d'endroits, les sculptures romanes étaient peinte. En particulier, au pavillon d'Adélaïde, il existe un chapiteau sans scultpure dont les archéologues pensent qu'il était peint<br /> autrefois.<br /> <br /> <br />