Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.

Un sarcophage de marbre, taillé vers le XIIe siècle. Un chef-d'oeuvre réalisé par un maître du XIIe siècle, et qui par l'harmonie de ses formes, la délicatesse et l'énigme de ses figures, nous
charme toujours.
Ce sarcophage est conservé dans l'abbaye de St Hilaire, entre Carcassonne et Limoux, dans l'Aude.
Le sujet du sarcophage.
Il représente l'arrestation et le martyre de St Sernin (ou Saturnin), évangélisateur et évêque de Toulouse (IIIe siècle). La lecture des scènes s'effectue de droite à gauche.
Côté droit.

Sernin est représenté en évêque, avec Papoul (évangélisateur du Lauragais) et un évêque espagnol. Son visage barbu exprime sérénité et majesté. Il porte la crosse et l'habit d'évêque.
Face principale, à droite.

Sernin , porteur du livre de l'Evangile, est arrêté par des soldats romains, vêtus à l'antique. On aperçoit sur la droite une construction (Eglise ? Bâtiment public ?).
Face principale, à gauche.
Il représente le martyre de Sernin. Selon la tradition, il a été jeté du haut du Capitole de Toulouse puis attaché à un taureau et tiré depuis le Capitole de Toulouse, jusqu'au lieu actuel
de la Basilique Saint-Sernin. La rue où le corps a transité porte d'ailleurs toujours celui de Rue du Taur.
Un incunable du XVe siècle, la chronique de Nuremberg raconte ainsi la scène:
" Dans (la ville de Toulouse) les dépouilles de saint Saturnin et des autres saints sont vénérées avec le plus grand honneur. Saturnin, premier évêque de la ville fut capturé par les païens. Il
fut précipité du haut de la forteresse du Capitole, du haut en bas des marches. Après que sa tête eut été heurtée, que son cerveau fut extrait de son crâne, et que tout son
corps eut été mis en pièces, il rendit au Christ une âme digne, en ces lieux".

A droite, le capitole de Toulouse est représenté par un bâtiment monumental, sorte de grande arche.
Un bouvier pique le taureau avec un aiguillon pour l'exciter, tandis que deux jeunes filles assistent au martyre, les saintes Puelles, disciples de Saturnin.
Côté gauche.

Sur la face de gauche, le corps de Sernin est mis au tombeau par les Puelles, tandis que son âme s'élève au ciel sous la forme d'un enfant, accueilli par un ange.
Le Maître de Cabestany.

Les magnifiques figures, en plus d'être somptueusement drapées, ont été scupltées dans un style très caractéristique : grand yeux effilés, parfois en amande, larges mains très
détaillées (voir par exemple la paume de Sernin bénissant sur la photo ci-dessus: on distingue nettement les lignes de sa main !)
Ces traits sont caractéristiques d'un maître anonyme de la sculpture romane, dont les oeuvres sont disséminées dans le sud du Languedoc (Aude) et en Catalogne. Il s'agit du maître de
Cabestany.
Mystères et splendeurs de l'art roman.
L'élément qui m'a le plus frappé, c'est le taureau qui tire le martyr. Sans être représenté de manière naturaliste, son corps arqué évoque explicitement une idée de force et de tension.
Il y a aussi ces étranges et énigmatiques masques qui surgissent des jambes des personnages...
Bref, nul besoin de commanter davantage cette merveille de l'art roman. Ces images, certes bien imparfaites, sont bien plus éloquentes que tout ce que l'on peut en dire.