Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.

Une des fêtes traditionelles du début de l'été est celle des feux de la Saint-Jean, qui marque le solstice
d'été (24 juin). Toutefois, une autre partie des traditions de la St-Jean concerne les eaux, aussi étonnant que ce que cela puisse paraître ! Pour évoquer de paradoxe, rendons nous près de
Dourgne dans le Tarn, dans le vallon de Saint-Macaire.
Le Vallon de St-Macaire
Il est située tout près du village de Dourgne. C'est une petite vallée fraîche et boisée, au nord de la Montagne noire, où coule une rivière un peu torrentueuse, le Baylou. On y touve une petite
chapelle édifiée dans les années 1950, et dédiée à Notre-Dame de Fatima. Saint Macaire, un ermite, aurait vécu là d'après la légende. Mais les rites et croyances associées à ce lieu
semblent remonter à beaucoup plus loin dans le temps.

Une source guérisseuse
Près de la chapelle coule une source. Celle-ci était jadis fréquentée par
ceux qui espéraient une guérison. Une coutume en particulier était observée ici, comme en beaucoup d'endroits d'ailleurs: celle de laver la partie malade avec un linge qui était ensuite
abandonné sur place. D'où le nom de monies donné au lieu-dit, mot désigne en occitan, selon B. de Viviès, les linges abandonnés près des sources
cultuelles.
Une coutume identique est attestée près de diverses fontaines guérisseuses et, non loin du Tarn, à Betharram, selon P. Sébillot.
"Vers 1818, ceux qui baignaient la partie de leur corps affectée de quelque incommodité dans la fontaine de Bétharram, avaient soin de déposer sur les ronces qui l'environnent, le linge qui
leur avait servi, persuadés que sans cette formalité, le remède n'aurait aucun effet."
En d'autres endroits, on pouvait, selon le même principe magique, laisser une épingle ayant touché l'organe malade. Qu'il s'agisse d'un linge ou d'une épingle, la démarche était la même. On
pensait abandonner "le mal avec l'objet".
Le soleil qui danse
Toutefois, c'est principalement à la date de la Saint-Jean qu'est lié le légendaire de la source, comme l'indique un témoignage du début du XIXe siècle.
... "c'est surtout le Jour de la Saint-Jean que [les eaux de la fontaine] jouissent de la plénitude de leurs vertus curatives. Aussi, ce jour-là, disent les habitants, elles
descendent à flot, elles bouillonnent dans le bassin et le soleil danse à son lever."
Voilà pour le légendaire. Il y a aussi le rite : on rapporte qu'autrefois, garçons et filles venaient chercher de l'eau à la fontaine, la nuit de la Saint-Jean.

Mythes et rites identiques
La source de Mouniès n'est pas une exception. Paul Sébillot, dans son Folklore de France, rapporte plusieurs autres cas de sources guérisseuses dont le pouvoir se manifestait au solstice
d'été. On les visitait généralement dans la nuit qui précédait la Saint-Jean. Ainsi, à Bétharram (Hautes-Pyrénées), les eaux guérissaient le 23 juin à minuit. En Tarn-et-Garonne, la source de
Saint-Jean à Saint-Quentin était réputée couler seulement le jour de la Saint-Jean, de midi au lever du Soleil. Fait plus intéressant, Sébillot parle de certaines sources en Poitou, dont on
croyait que les eaux bouillonnaient le matin du 24 juin, sans plus de précision hélas.
La raison des mythes
D'après Bertrand de Viviès, le vallon de Saint-Macaire témoigne de la subsistance de rituels anciens, fondés sur la croyance aux vertus de l'eau, du soleil. Ce n'est que par la
suite que l'Eglise aurait essayé de christianiser la dévotion en important en ces lieux le culte de Saint-Macaire, ermite, célébré le 5 septembre.

En bref
La Saint-Jean était une des fêtes les plus importantes dans l'ancienne civilisation agricole du Languedoc. Un de ces temps sacré, où toutes les guérisons semblaient possibles. dans les mentalités
anciennes, les pouvoirs guérisseurs des sources étaient en lien avec le soleil, même si la figure chrétienne de Saint-Jean Baptiste est tout aussi importante. Il est fort possible que
l'Eglise ait réinterprété en un sens chrétien des pratiques très anciennes.
Cet article voulait simplement évoquer les légendes et les rites de cette civilisation paysanne d'autrefois, dont nous sommes issus, et qui sont bien oubliés aujourd'hui...
Sources
Bertrand de Viviès, Saints et géants au pays de Dourgne.
Paul Sébillot, Le Folklore de France (réédité sous le titre "Croyances, mythes et légendes des pays de France"
par Francis Lacassin, aux éd. Omnibus).