Le site non officiel du Pays Cathare et du Languedoc (Aude, Haute-Garonne, Tarn, Ariège). Plongez dans la nature, l'histoire et la légende du Sud.
Sur une montagne au dessus du village de Sorèze (Montagne noire - Tarn) se trouvent les fondations d’un village abandonné. Qui construisit ces murs ? Quand furent-ils délaissés ? A la suite de quelle tragédie ?
La légende parle de combats sanglants. Il y aurait eu là des païens assiégés, adorateurs d’une idole. Le diable hanterait les lieux et apparaîtrait à qui serait assez fou pour l’invoquer… Enquêtons sur ces lieux mystérieux.
I. la légende de la citadelle maudite.
Les légendes liées à Berniquaut ont été recueillies par Jean-Antoine Clos au début du XIXe siècle, alors qu’elles étaient encore très vivaces. Les habitants de Sorèze redoutaient alors Berniquaut, lieu maudit, « séjour du démon et très favorable aux sorciers ».
La légende des païens.
Clos rapporte que, selon les habitants de Sorèze,
« … les habitants [de Berniquaut] étaient païens, et lorsqu’ils se virent assiégés par les chrétiens, ils cachèrent dans les puits et dans les creux des rochers le mouton d’or (d’autres disent le veau d’or) qui était leur idole, avec toutes leurs richesses. »
Au début du XXe siècle, la légende était encore connue. L’écrivain Jean Mistler, qui a grandi à Sorèze, l’a évoquée dans ses souvenirs. Pour sa grand-mère, il ne s’agissait pas d’une idole en or massif, mais d’une peau d’or cousue de louis et de doubles-louis !
Sorciers à Berniquaut au siècle des lumières.
La fin tragique des anciens habitants de Berniquaut, et leur paganisme supposé ont fini par donner au lieu une réputation sulfureuse, semble-t-il. En particulier au XVIIIe siècle, siècle des Lumières qui est aussi celui des magiciens et des illuminés…
« Quelques années avant la Révolution, un certain Bardou de Sorèze se joignit à d’autres mauvais sujets de Verdalle et des villages voisins. Ils se rendirent à ces ruines par un temps orageux, munis de quelques livres de magie et de divers instruments. Après avoir fait pacte avec le démon, deux d’entre eux pénétrèrent dans un réduit profond, tandis que leurs camarades récitaient les formules.
L’imagination frappée, ils crurent voir des figures monstrueuses, et ils furent tellement saisis d’effroi, qu’ils eurent de la peine à se retirer. Mais leur terreur augmenta par la violence de l’orage qui fut des plus extraordinaires. Pendant plusieurs jours ils furent obligés de se cacher pour se soustraire à la vengeance du peuple, qui attribuait l’orage et ses effets à leur impiété ».
Entrée d'une grotte.
Légende ou vérité ?
Cette légende d’un mouton d’or ou veau d’or n’est pas particulière à Berniquaut. Elle se retrouve par exemple aux châteaux de Saint-André et de saint-Paulin près d’Alban. On en signale d’autres en France. C’est plus un thème de conte qu’une réalité… Berniquaut est donc la demeure maudite des païens et du diable, dans la mentalité de nos ancêtres. Mais qu’en était-il réellement ?
II. l’histoire : de l’oppidum gaulois au village médiéval.
Un village médiéval.
Le village de Berniquaut s’appelait Verdun. Il est mentionné pour la première fois dans l’acte de fondation de l’abbaye de Sorèze. Celui-ci remonte à 816, sous le règne de Louis le Pieux.
Berniquaut était au XIIe siècle une possession des Vicomtes d’Albi, co-gérée par le seigneur du château de Roquefort et l’abbé de Sorèze. Il y avait alors une partie fortifiée, sorte de château.
Encore aujourd’hui, on voit les fondation d’une tour, mais aussi de remparts médiévaux ou de simples maisons. Les rues sont encore visibles, et on aperçoit parfois des traces de char dans le rocher.
Traces de chars dans la roche.
Verdun oppidum gaulois.
Cela, on le savait depuis longtemps. Mais des fouilles menées au XXe siècle on fait apparaître que Berniquaut avait été un oppidum gaulois important.
Les anciens ne croyaient pas si bien dire lorsqu’ils parlaient de païens. L’oppidum de Berniquaut fut d’abord une forteresse celte, comme l’indique d’ailleurs l’étymologie de son ancien nom : Verdun, « hauteur fortifiée » en gaulois. Il s’agissait d’une importante communauté de période de la Tène III (-120 à -50). On a trouvé sur place une monnaie des Ruthènes (peuple gaulois de l’Aveyron actuel), ornée d’un sanglier.
Un mur de 700 mètres !
On a d’ailleurs remarqué, par photographie aérienne, les vestiges d’un énorme talus de 700 mètres de long, genre de fortification propre aux Gaulois. Ce type de travail a une utilité défensive assez réduite, mais devait décourager les assaillants, vu depuis la plaine. On a récemment relevé un mur de pierres sèches qui faisait partie de ce genre de fortifications gauloises.
Berniquaut, refuge des périodes troublées.
En fait, il apparaît que Berniquaut, au cours de l’histoire, a été abandonné dans les périodes de paix, puis à nouveau occupé et fortifié pendant les guerres. Ainsi, occupé par les Gaulois, il est déserté lors de la Pax romana (début de notre ère). On s’y réfugie lors des grandes invasions (à partir du IVe siècle). Une seigneurie y existe au XIe siècle, qui porte le nom d’origine germanique « Brunichellis » (du nom de femme Brunhild). Après cette date, le village des hauteurs fut définitivement abandonné pour Sorèze, dans la plaine.
Repaire de brigands.
Berniquaut est abandonné au cours du XIIe siècle, avant la Croisade contre les Cathares. Il y possible qu’il ait été à nouveau occupé lors de la guerre de cent ans. En effet, après celle-ci, les mercenaires sans solde des grandes compagnies sont venues s’installer dans les châteaux de la Montagne noire occidentale, comme Roquefort, Castellar de Durfort. Ils se livraient dans les environs au noble art du brigandage.
Bref…
L’histoire et la légende… D’un côté les documents et les archives, de l’autre la mémoire. Deux approches pour un lieu unique, qui se contredisent souvent mais se croisent parfois. Les habitants de Sorèze auraient ainsi gardé la mémoire confuse d’une occupation extrêmement ancienne du site.
Renseignements.
Berniquaut se visite librement. Il faut laisser sa voiture à Sorèze et faire l’ascension de la montagne. Des panneaux très bien faits expliquent les découvertes archéologiques et proposent des reconstructions. Une belle balade !
Il faut aussi visiter les collections archéologiques du musée de Sorèze. On y voit les objets trouvés à Berniquaut dans les
années 70-80.
Lien
Berniquaut sur le site Lauragais Patrimoine